‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 10 sur 197 · DANS LA VIE EXTRA-UTEEINE · texte numérisé non relu

DANS LA VIE EXTRA-UTEEINE

§ I. — VIE ORGANIQUE. — PROPRIÉTéS ORGANIQUES. MOUVEMENTS DE LA VIE ORGANIQUE.

A sa sortie du sein de la mère, le fœtus, devenu une individualité vivante, continue à s'entretenir et à se développer, comme il l'avait fait jusque-là ; mais les conditions nouvelles du milieu oii il se trouve placé entraînent avec elles de nouveaux mouvements et de nouveaux procédés dans leur exécution. L'être vivant ne reçoit

plus le mouvement extérieur à travers les liens qui l'unissaient à la cellule mère ; il le reçoit par les poumons, par le tube digestif, par les organes des sens ; c'est à travers res organes que nous allons le suivre et l'étudier.

Les organes si divers et si différents par leur forme et leur texture sont tous, à des titres égaux, le résultat de l'évolution de l'œuf humain ; on ne sait pas pourquoi le principe de vie uni à la matière a fait ici une cellule hépatique et là une cellule cérébrale ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il a fait les organes avec le secours seul du mouvement-aliment et que ces organes s'entretiennent et se consentent tels qu'ils sont avec le secours du môme aliment : tous sont formés par un tissu spécial qui emprunte au fluide sanguin les éléments de son entretien, et le résultat de cette nutrition est le maintien des propriétés spéciales du tissu. La vie des organes, considérés individuellement, n'a pas d'autre but, et les mouvements qui l'accompagnent ont tous le même caractère : 1" mouvement du sang se mettant en rapport avec chacun des organes du corps ; 2* mouvement spécial de ces derniers, chacun selon la nature du tissu qui le compose, et, en définitive, permanence et continuité de l'évolution organique conservant en tous les points du corps le caractère qu'elle doit avoir.

Mais si le caractère de ces mouvements est toujours le même, les résultats qui en découlent sont essentiellement différents; c'est par eux que nous parvenons à distinguer un organe d'un autre organe, un mouvement d'un autre mouvement.

Le résultat du mouvement nutritif, avons-nous dit, est la permanence de l'organe tel qu'il doit être. Or ce tel qu'il doit être n'est autre chose que l'ensemble des propriétés dont chaque organe est doué en vue de sa destinée physiologique. Ces propriétés sont inhérentes au tissu môme de l'organe, et loin de concourir au mouvement nutritif, c'est ce dernier mouvement, au contraire, qui leur donne naissance et les conserve en état; l'organe les tient en réserve, en puissance, et ce n'est qu'en des circonstances que nous déterminerons plus tard, qu'elles entrent en activité. Pour le moment nous devons nous borner à constater que ces propriétés, résultant du mouvement nutritif des organes, sont très-variables et spéciales pour chacun de ces derniers. Citons quelque»; exemples.

lie foie retire du sang les éléments de son entretien, et le résultat de la transformation des éléments du sang par les cellules hépatiques est la nutrition de ces cellules et le maintien du milieu dans lequel elles sont placées ; ce milieu est un milieu de bile. La propriété des tissus du foie est de tenir en permanence, prêt h être dépensé, un milieu chimique d'une nature spéciale appelé tik (i).

Tous les organes à sécrétion ou à excrétion : glandes salivaires mucipares, gastriques, spermatiques, ovariques, sudipares, rénales, etc., sont analogues au foie quant au mode selon lequel ils reçoivent et transforment le mouvement-aliment, analogues aussi quant au résultat du mouvement nutritif qui est toujours un milieu chimique spécial, nécessaire, indispensable à la vie de l'organe.

Le poumon se nourrit et se développe comme les autres organes au moyen du sang ; mais, chez lui, le résbltat du mouvement nutritif n'est pas la création d'un mouvement chimique particulier comme précédemment; le résultat est ici un milieu physique, un milieu favorable à l'osmose gazeuse ; en d'autres termes, le mouvement nutritif a pour but de maintenir les propriétés physiques de la muqueuse des poumons.

Le mouvement nutritif du cœur est identique à celui des autres organes ; mais ici il a pour effet de maintenir les ûbres musculaires, non pas à Tétat de contraction, mais à l'état de capacité de contraction, à l'état de fibres contractiles.

Les effets du mouvement nutritif du système nerveux consistent dans le maintien des fibres nerveuses en état de conduire le mouvement-impression et le mouvement qui doit provoquer la contraction des fibres musculaires.

En méditant sur les exemples que nous avons multipliés à dessein pour faire entrer dans notre cadre la plupart des mouvements évolutifs de la matière organique, on ne tarde pas à s'apercevoir que, si ces mouvements se ressemblent par un caractère commun

(1) Nous n'ignorons pas que l'on a prétendu que la bile aurait la propriété d(* dissoudre les cellules hépatiques; nous savons aussi que dans la fièvre jaune les cellales hépatiques disparaissent en grand nombre. Nous n'en persistons pas moins dans notre manière de voir tout à fait indépendante de ces considérations. En parlant de ces faits, nous avons voulu tout simplement prévenir una objecHon.

fO DU MOUVEMENT EN GÉNÉRAL.

la vie, y laisse une empreinte cachée que la volonté où Taseociation naturelle des idées peuvent, à un moment donné, remettre en relief. Tous les. phénomènes de mémoire se rattachent à ces derniers mouvements.

Mais ce mouvement extérieur s'est-il épuisé dans la masse cérébrale? Non, rien ne se perd dans la nature; tout se transforme, et la modalité particulière des cellules cérébrales n'est pas le dernier terme des séries de transformation que subit le mouvement extérieur. Les cellules cérébrales sont en rapport avec des fibres nerveuses qui aboutissent à des muscles dont la contraction rend évidente l'activité du cerveau : les muscles sont comme les aiguilles d'une horloge qui manifestent au dehors le mouvement des rouages intérieurs. L'activité cérébrale se manifeste toujours par un mouvement musculaire, et ce sont les mouvements effectués sous forme de travail mécanique : paroles, gestes, efforts de toute nature qui sont la dernière expression du mouvement extérieur diversement transformé par le sj'stème nerveux et par le système musculaire. C'est ainsi que le mouvement extérieur s'est associé aux actes les plus délicats et les plus sublimes de la vie, avec les actes de la pensée. Dans ce concours utile qu'il a prêté à la matière vivante, il n'a rien perdu, il n'a rien gagné, et ce qu'il avait prêté lui a été rendu sous forme de mouvement destiné à rentrer de nouveau dans le monde extérieur.

Ce que nous venons de dire n'est pas spécial au sens de la vue ; nous pourrions l'appliquer aux sens de l'ouïe, de l'odorat, et nous constaterions que toujours, avant do produire son effet utile, le mouvement extérieur est d'abord transformé par des organes spé-» ciaux, et que c'est le mouvement de ces derniers qui en définitive produit reflet voulu sur le centre de perception.

De ce qui précède, il résulte que le mouvement extérieur, en tant qu'il est soumis aux lois de la physique, se montre à nous avec des caractères bien différents, selon qu'il se trouve en rapport avec les corps inorganiques ou avec les corps vivants : en rapport avec les piremiers, son action est directe et produit son effet sans intermédiaire ; en rapport avec les seconds, il n'arrive à son but (ju'après une série d'intermédiaires dont le but évident est de physiologiser le mouvement extérieur et de le rendre ainsi plus apte à impressionner la matière vivante.

GONSIDBRATtONS PRÉLIMINAIRES. «i

IMftorinais toutes les analogies possibles entre la manière d*ètre des corps inorganiques et des corps organisés vivants, en présence du mouvement extérieur, sont épuisées, et nous n'avons plus qu'à déduire de notre exposé comparatif les conséquences qui en découlent. Les corps inorganiques se distinguent des corps vivants sur deux points très-essentiels : sur la manière dont ils reçoivent et transforment le mouvement extérieur ; sur la nature de l'effet produit.

Premier point, — Tandis que les corps inorganiques subissent directement, sans intermédiaire, l'influence du mouvement extérieur, le corps vivant, lui, s'en empare en la recevant ; il fait entrer le mouvement dans le courant de la vie à travers des organes spéciaux destinés à le physiologiser, et ce n'est que sous cette forme physiologique qu'il lui permet de remplir le rôle dont il est capable.

Second point. — Nous devons distinguer ici le cas dans lequel l'effet produit ressort des lois de la chimie et le cas dans lequel il ressort des lois de la physique. Si le mouvement extérieur détermine un mouvement chimique dans un corps inorganique, l'effet produit est permanent et le corps retombe dans son état d'inertie jusqu'à ce qu'un autre mouvement extérieur vienne réveiller en lui de nouvelles propriétés. Au contraire, si le mouvement extérieur détermine un mouvement chimique dans le corps vivant, l'effet produit ne reste pas inerte; il circule, il est emporté par le courant de la vie qui le soumet à de nouveaux milieux, à de nouvelles transformations, jusqu'à ce qu'enfin il apparaisse de nouveau sous forme de mouvement extérieur. Dans le premier cas, l'effet produit est en permanence d'inertie ; dans le second , il est en permanence de mouvement.

Si le mouvement extérieur détermine un effet physique sur un corps inorganique, cet effet dure le temps que persiste l'action du mouvement extérieur et disparaît avec lui. Si le mouvement extérieur agit sur un corps vivant, l'effet produit est une transformation qui aboutit à une réaction ou à une sensation pouvant être reproduite dans les phénomènes de mémoire.

Les termes mêmes de ces conclusions nous autorisent à reconnaître que le corps vivant est le siège de mouvements spéciaux parfaitement caractérisés ; mais cette vérité pressentie mais non

f2 DU MOUVEMENT EN GÉNÉRAL.

démontrée avant nous n'a pas été le but exclusif de notre exposition. En assignant leur place respective aux mouvements dont la connaissance constitue la physique, la chimie et la physiologie; en indiquant les caractères qui distinguent les mouvements de la chimie et de la physique pures des mouvements de la chimie et de la physique vivantes, nous avons songé aux empiétements fréquents des sciences accessoires sur la physiologie, aux doctrines malsaines dont elles l'ont affligée, à la chimiâtrie, à l'iatro-mécanique, et nous avons espéré qu'en plaçant la science de l'homme sur ses hases naturelles par la notion formelle, précise de son objet et de son but, nous établirions peut-être une barrière inébranlable contre tout envahissement ultérieur.

Persuadé que la connaissance des mouvements spéciaux, que la connaissance de leurs associations et de leurs transformations doit être à la fois le but et le moyen réalisables de toute recherche scientifique, nous désirons qu'on définisse la physiologie dans son objet qui est le mouvement des corps vivants, et dans son but qui est la connaissance de ce mouvement, de ses rapports et de tous ses modes. La physiologie est la science qui a pour but l'étude des mouvements de la vie, soit en eux-mêmes, soit dans leurs rapports avec le mouvement extérieur. Cette science mérite le nom de science de C homme y lorsque par la notion précise des mouvements de la vie elle s'élève à l'étude même du principe de ces mouvements.

Dans ce travail nous n'aurons à nous occuper que du groupe spécial de mouvements qui se rattachent anatomiquement au système nerveux ; mais, pour mieux être fidèle à nos principes, pour mieux éclairer l'étude difficile que nous avons entreprise, nous jetterons préalablement un coup d'œil général sur les mouvements de la vie.

MOUVEMENTS DE LA VIE. ti

Uon de la vie organique (1). Les mouvementH qui les caractérisent résultent de la mise en activité des propriétés organiques des tissus, et ils se manifestent sous l'influence de l'action de fibres sensitives impressionnées elles-mêmes par le mouvement-aliment. Tous ces mouvements, avons-nous dit, ont pour but et pour effet la transformation du mouvement extérieur en mouvement physiologique ; nous allons en trouver d'autres qui tout en ayant un autre but n'en ressemblent pas moins aux précédents quant à leur caractère essentiel, et quant au mécanisme qui les distingue des mouvements de la vie organique.

Les poumons sont constitués anatomiquement par un tissu spécial renfermant, comme tous les autres tissus, des vaisseaux san guios et des nerfs. Pendant la vie fœtale, les mouvements organiques maintiennent ce tissu tel qu'il doit être ; mais dôs que le fœtus sort du sein de la mère, à ces mouvements viennent s'en adjoindre d'autres qui résultent de l'impression du mouvement extérieur, de l'air, sur les fibres nerveuses sensitives. Ici comme dans la contraction des muscles des mâchoires, comme dans le rejet au dehors du produit des glandes salivaires, le mouvement extérieur provoque le mouvement physiologique des nerfs sensitifs, et ce mouvement, à son tour, détermine l'activité des puissances musculaires qui concourent & la respiration.

Le cœur, considéré au point de vue de la vie organique, vit et se développe aux dépens du sang que lui apportent les artères cardiaques. Cette nptrition ne met pas en jeu la contraction de ses fibres, mais elle les maintient inposse: ce n'est qu'à l'arrivée ilu sang dans les cavités du cœur et sous l'influence de ce contact, que les fibres se contractent et chassent au loin le fluide sanguin ; après cet acte le cœur se repose jusqu'à ce qu'une nouvelle ondée sanguine vienne provoquer de nouveau sa contraction, Dans cet exemple, le sang fait office d'excitant sur les parois des ventri-

(1) Pour mieux montrer la distinction importante que nous prétendons établir entre les mouvements qui nous occupent actuellement et ceux dont nous avons déjà parié, nous rappellerons que la bile, résultat, produit spécial de la vie organique du foie, n'est pas sécrétée pendant la digesUon; au contraire, elle est sécrétée au moment oh la veine porto lui fournit les résultats mêmes de la digestion, et c'est cette bile sécrétée en dehors de la digestion qui sera déversée dim le duodénum» lorsque de nouveaux aliments introduits dans l'estoroao auront provoqué les inouvemeuta dont nous parlons.

cules; cette excitation est transmise par les nerfs cardiaques aux fibres musculaires, et de là, la contraction.

Pendant que l'appareil auditif est au repos, il vit organiquement, il entretient et répare ses tissus ; mais si un mouvement sonore vient impressionner le tympan, la vibration de ce dernier est transmise aux osselets, des osselets à la fenêtre ovale, de la fenêtre ovale au liquide du labyrinthe et à la rampe du limaçon, et en définitive, le son est perçu. Ici encore le mouvement extérieur provoque des mouvements particuliers qui se distinguent essentiellement des mouvements de la vie organique.

L'utérus et les ovaires constituent un appareil particulier qui, lui aussi, a ses mouvements organiques et ses mouvements fonctionnels. Les mouvements organiques de l'appareil génésique sont représentés parla sécrétion de l'ovule et le flux menstruel. Quant à la fonction, elle demande, elle exige pour apparaître, l'intervention de son excitant spécial : tant que l'ovule ne rencontre pas le spermatozoïde, il s'étiole, meurt et est expulsé. Si la rencontre se fait, l'ovule est fécondé; et le développement de l'homme, la fonction a lieu.

Un corps incandescent est approché du doigt; l'excès de calorique impressionne désagréablement les nerfs : cette impression est sentie et le doigt est retiré. Il s'est passé ici le même phénomène que nous avons constaté dans les autres fonctions. Un excitant a réveillé les propriétés organiques des nerfs sensitifs; le mouvement qui en est résulté a été transmis.au cerveau, de là aux nerfs moteurs, et la fonction qui, dans le cas présent, est un acte, a été remplie.

Ces exemples, que nous pourrions multiplier à l'infini, nous paraissent suffisants pour montrer qu'il y a dans l'organisme deux sortes de mouvements parfaitement distincts : l** les mouvements de la vie organique, accompagnant la nutrition et le maintien des propriétés des organes ; 2" des mouvements qui ont pour but de mettre en activité les résultats de ces mêmes propriétés. Les premiers conservent et économisent; les seconds dépensent.

Tandis que les mouvements de la première série n'ont d'autre but que de maintenir les organes en leur état normal par une transformation immédiate du mouvement-aliment en mouvement organique doué de propriétés spéciales , les mouvements de la

seconde série vont porter leur influence particulière ailleurs; ils sont le trait d'union qui relie entre eux les divers organes de Téconomie, et dans cette chaîne continue, ils ne se bornent pas à réunir ce qui est séparé : ils transmettent un mouvemenl particulier, doué de propriétés spéciales et produisant un effet déterminé.

Tandis que les mouvements organiques sont la continuation des mouvements de l'ovule et le maintien en permanence de ce mouvement-principe au moyen du mouvement-aliment , les mouvements de la seconde série ne sont rien moins que continus , la périodicité est leur caractère essentiel et, de plus, l'intervention d'un mouvement spécial, faisant office d'excitant, est indispensable à leur mise en activité. Cet excitant spécial est une impression reçue par les nerfs sensitifs, et transmise directement soit au centre de perception, soit aux nerfs moteurs ; quant à l'objet impressionnant lui-même, il est très-variable dans sa nature ; mais, soit qu'il se présente sous une des formes qui impressionnent un de nos cinq sens, soit qu'il se présente sous la forme d'aliment, d'air respirable ou de fluide sanguin, c'est toujours un mouvement extérieur plus ou moins transformé.

Ainsi donc les mouvements de la seconde série sont tout à fait distincts des mouvements de la vie organique et peuvent être désignés par les caractères suivants : 1^ par leur intermittence ; â* par la nécessité de l'intervention d'un excitant spécial destiné à les provoquer et qui agit d'abord sur les fibres nerveuses sensitives ; 3* par leur effet, qui consiste à utiliser le produit des mouvements de la vie organique dans un but déterminé, mais toujours étranger à la nutrition directe de l'organe qui est mis en jeu. Nous donnerons à ces mouvements le nom tout à fait caractéristique de motivemenis fonciionneUypaLTce que remplir une fonction c'est agir dans un but déterminé, et que nous rappelons ainsi un des principaux caractères de ces mouvements.

De même que nous avons désigné sous le nom de vie organique l'ensemble des mouvements organiques, de même l'ensemble des mouvements fonctionnels peut porter le nom de vie fonctionnelle. Nous conserverons ces deux expressions qui rendent si bien notre pensée. Au point de vue de la vie organique, les organes continuent leur évolution et s'entretiennent selon le mode qui leur a

été imprimé, sans autres conditions que celles qui ont présidé k leur naissance; ils vivent chez eux sans se préoccuper des autres organes; au point de vue de la vie fonctionnelle, ces mêmes organes font servir leur entretien, leur état physiologique à la vie des autres organes ; dans ce but, ils mettent le résultat de leur propre vie en rapport avec les résultats de la vie des autres organes; en agissant ainsi, ils accomplissent leur fonction. En d'autres termes, la vie fonctionnelle n'est autre chose que la vie organique en état d'activité dans un but déterminé ; mais, tandis que l'une est continue depuis la naissance jusqu'à la mort, l'autre est essentiellement périodique, intermittente, et réclame, pour entrer en activité, l'intervention d'un excitant spécial : donnez du sang et des nerfs à un organe, et il continuera de vivre de sa propre vie. Il n'en est pas de môme pour la vie fonctionnelle ; ici le sang et les nerfs ne sufQsent plus ; l'excitant spécial de la fonction est indispensable. Cet excitant est une impression transmise par les nerfs sensitifs aux nerfs moteurs, et ceux-ci agissent à leur tour sur les fibres musculaires qui mettent l'organe en état d'activité fonctionnelle. La vie organique s'entretient aux dépens du sang ; la vie fonctionnelle n'existe qu'avec le concours indispensable du mouvement physiologique des nerfs provoqué par une impression,

Les caractères qui distinguent si bien la vie organique de la vie fonctionnelle n'avaient jamais été formulés ; c'est pourquoi une grande confusion régnait sur cette matière , confusion d'autant plus regrettable qu'elle maintenait la physiologie générale dans une sorte d'impasse fermée au progrès. Cette opinion n'est pas exagérée ; on en comprendra d'ailleui's toute la portée, quand on connaîtra le parti immense que nous avons pu tirer do l'analyse préalable des mouvements de la vie et des distinctions naturelles que nous avons établies entre ces divers mouvements.

Les mouvements organiques et les mouvements fonctionnels comprennent tous les mouvements possibles du corps vivant, et nous pourrions songer dès à présent k les diviser par groupes selon leurs ressemblances ou leurs dissemblances, de manière à établir un ordre logique dans les phénomènes de la vie ; mais il nous parait indispensable de préciser préalablement le sens que nous donnons au mot fonction.

§ ni. •«- DR LA FONCTION — ÉLÉMENTS QUI ENTRENT DANS UNE FONCTION.

Tout organe, considéré au point de vue organique, au point de vue de son entretien et de son développement, est un être individuel et à part ; mais, dans le corps vivant, les organes ne sont pas isolés ; ils communiquent entre eux ; ils s'influencent, ils se tiennent par des liens très-nombreux représentés par des mouvements. Ces mouvements sont précisément les mouvements fonctionnels, qui résultent eux-mêmes de la mise en activité dos propriétés organiques de chaque tissu; il suit de là qu'on peut considérer dans chaque organe une vie organique, résumant tous les mouvements de nutrition et d'entretien, et une autre vie, mettant en activité les résultats de la première dans un but déterminé ; à celle-ci nous avons donné le nom de vie fonctionnelle ; nous pouvons par conséquent appliquer le nom do fonction h l'ensemble des mouvements à la faveur desquels les résultats de la vie propre à chaque tissu sont mis en rapport af ec les mouvements généraux de la vie. Par suite, nous pouvons désigner sous le nom de propriétés fonctionnelles ou physiologiques les propriétés organiques de chaque tissu en état d'activité fonctionnelle.

Ces distinctions n'avaient pas été établies jusqu'à présent, parce qu'on n'était pas entré dans l'ordre d'idées qui nous a naturellement amené à les formuler; mais elles sont légitimes, nécessaires, et la suite nous prouvera combien elles sont importantes et utiles. Elles nous permettent de dire, dès à présent, quel est le nombre «{'éléments qui entrent dans toute fonction ; quelle est leur nature ; quel est Tordre logique dans lequel on doit les étudier. En effet :

!• Toute fonction requiert pour entrer en jeu l'inten^ention d'un excitant spécial. Cet excitant est variable par sa nature ; mais on peut dire qu'il est toujours destiné à ôtre transformé par l'aclivité organique du tissu qui doit fournir la fonction. 11 semble que les excitants des fonctions de relation fassent exception h cette règle. Point du tout. Les objets impressionnants n'impressionnent que par le mouvement auquel ils donnent naissance, et c'est ce mouvement, physiologiaé par les nerf» sensitifs, qui sera élaboré, transformé par le rerveau :

â8 DV MOUVEMENT EN GÉNÉRAL.

2* Toute fonction étant représentée par la mise en activité, dans un but déterminé, des résultats de la vie organique, on doit se préoccuper, dans les études physiologiques, de faire la part de ce qui appartient à la vie organique et de ce qui appartient à la vie fonctionnelle. Au point de vue organique, les tissus donnent naissance à des produits ou à des propriétés ; au point de vue fonctionnel, les tissus abandonnent ces produits ou ces propriétés au profit de l'harmonieuse solidarité qui existe entre tous les organes, à cette fin, que les trois destinées de l'être vivant : s'entretenir, échanger des rapports avec le monde extérieur, se reproduire, s'accomplissent sans obstacles. Par conséquent, toute fonction doit ôtre étudiée dans sou élément essentiel, c'est-à-dire dans le produit de la vie organique, que nous désignons volontiers, à cause du rôle qu'il est destiné à remplir, sous le nom de matière fonc^ iionnelle ;

3** Toute fonction doit ôtre ensuite étudiée dans la période ultime de sa manifestation, c'est-à-dire dans les mouvements à la faveur desquels la matihe fonctionnelle est mise en rapport avec les mouvements généraux de la vie ; nous avons déjà désigné ces mouvements sous le nom de mouvements fonctionnels.

Gomme on vient de le voir, l'analyse seule des mouvements de la vie nous conduit à considérer les fonctions sous un aspect tout à fait nouveau et à tracer des divisions dont l'utilité ressortira d'une façon bien plus évidente lorsque nous en ferons l'application.

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