DANS LA VIE FOETALE
Les mouvements de la vie comprennent toutes les manifestations du principe de vie uni h. la matière. Nous examinerons d'abord les mouvements qui résultent de l'union de ce principe avec l'élément matériel le plus simple, avec l'ovule, et en suivant pas à pas les mouvements particuliers qui accompagnent parallèlement le développement de l'œuf humain, nous aurons passé en revue, successivement et dans un ordre logique, tous les mouvements de la vie.
Gomme toute cellule, la cellule ovariquc est constituée par une enveloppe (membrane vitelline), par un contenu (vitellus), par un noyau (vésicule germinative), par un nucléole (tache germinative). Cette cellule ne renferme rien qui ressemble à un cduir, à un cer>'eau, à aucun des organes enlln qui, par une série d'évolutions successives, sortiront plus tard de son développement.
Les mouvements dont l'ovule est le siège sont tout à la fois les premiers et les derniers. Pour justifier cette assertion, paradoxale en apparence, il suffit de se mettre à deux points de vue différents : l'ovule est le siège des premiers mouvements si on le considère après sou imprégnation, formant déjà une individualité propre et donnant peu h peu naissance à tous les mouvements du corps humain ; il est le siège des derniers mouvements si, remontant î\ son origine, on le considère comme une des dernières manifestations du mouvement-aliment diversement transformé par les organes.
A ce dernier point de vue, l'ovule est un produit de sécrétion recevant une impulsion nouvelle de la part d'un autre produit de sécrétion, le sperme ; et c'est en définitive de l'union de ces deux
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mouvemenls utiles que résulte une nouvelle série de mouvements dont Tensemble constitue la vie. Dans Tacte de la fécondation, l'homme ne crée rien : appareil éphénière de transmission, il communique un mouvement qui lui a été donné ; pour trouver le véritable créateur, il faut remonter au principe de toute chose, à Celui qui a imprimé le premier mouvement à l'homme. Mais ce premier ou dernier mouvement de l'ovule, quel est-il? a-t-il des caractères particuliers qui le distinguent de tout autre ? Jusqu'ici la science n'a pas répondu à ces questions, et, sans être pessimiste, nous ne pensons pas qu'elle y réponde jamais : du jour où ses moyens d'investigation lui permettraient de surprendre le mécanisme intime du conflit du principe de vie avec la matière, elle connaîtrait la vie elle-même et elle pourrait l'inventer. La révision du procès de Prométhée est encore bien loin de nous 1 En attendant, contentons-nous de chercher ce qui est connaissable.
Si nous ne pouvons apprécier directement la nature du principe qui anime la matière, si nos sens ne peuvent saisir le lien qui les unit l'un à l'autre, nous pouvons du moins soumettre les effets de cette union à notre analyse, et en remontant des effets aux causes arriver à une connaissance relative des secrets de la vie.
Le microscope le plus puissant est incapable de nous montrer la plus légère différence entre la cellule ovarique d'un mammifère quelconque et la cellule ovarique de l'homme ; les premiers éléments de la vie se ressemblent tous en apparence, et cependant que de promesses différentes dans ces deux devenirs microscopiques ! Non-seulement ils renferment en puissance l'harmonieuse association de tous nos organes, mais encore ces mille détails de structure, ces innombrables nuances de caractère qui, plus tard, distingueront les animaux des plantes, l'homme de tous les ani* maux, et, bien plus, l'homme d'un autre homme. Or la logique veut qu'à des effets différents on attribue des causes différentes ; et comme la matière cellulaire se présente la même ici pour des corps si différents, il semble que nous devions admettre que ce qui distingue une cellule d'une autre cellule ce n'est pas l'élément matériel qui les constitue, mais le principe même qui les anime. Les arguments en faveur de cette manière de voir ne manquent pas : la matière est inerte par elle-même ; la façon dont elle obéit aux jnfluonrcs les plus diverses, h la pesanteur, h l'affinité, h la eohé-
MODVEIfBNTS DE U VIF. i»
?;ion, ete., le prouve surabondamment. Soumettes un barreau de fer aux influences successives de la chaleur, de Télectricité, du son, du magnétisme, durant tout ce temps l'élément matériel sera resté le môme, et cependant il aura manifesté des propriétés tout à fait différentes selon la force qui l'aura tenu un instant en sa puissance. Que conclure de là, sinon qu'il existe des forces distinctes de la matière et qui lui impriment ses diverses manières d'être?
Ces considérations empruntées au monde inorganique nous fournissent un exemple saisi^nt de la possibilité de distinguer les corps animés, non par les caractères sensibles de la matière, aiais par la nature môme du principe qui les anime. Cependant elles ne nous autorisent pas à conclure, d'une manière absolue, que l'ovule humain est animé par un principe distinct et imprimant à la xnatière sa modalité particulière. Nos moyens d'investigation ne nous permettent pas, il est vrai, de distinguer une cellule d'une autre cellule, mais avec des moyens plus puissants nous parviendrions peut-être à établir cette distinction. En attendant, cette question doit être réservée, et nous devons nous borner à analyser les effets qui résultent de l'union du principe de vie avec la matière.
Ces effets, nous l'avons déjà dit, sont des mouvements spéciaux : les mouvements de la vie.
Pendant tout le temps que l'ovule est enfermé dans les vésicules de Graaf, il fait partie intégrante des mouvements généraux de la vie de la femme ; il naît et se développe comme les autres cellules du corps, et comme elles il se nourrit au contact du li** quide générateur qui transsude à travers les parois des vaisseaux sanguins. A la rupture des vésicules de Graaf, l'ovule se sépare de la cellule mère et il constitue dès lors un organisme libre et indépendant qui descend dans la cavité des trompes, sorte de terrain neutre où il se trouve en rapport, d'un côté avec le mouvement intérieur de la vie de la femme, de l'autre avec le mouvement extérieur. La destinée de cet organisme élémentaire peut être irès^phémère comme aussi persistante et féconde ; elle peut être un éclair ou bien le premier mot de la formation complète de l'homme ; elle sera éphémère si le mouvement extérieur ne vient pas à son secours ; faute d'aliment, l'ovule, bouton fané avant
l'épanouissement, tombera et sera expulsé au dehors. Au contraire, si le mouvement extérieur, le spermatozoïde arrive jusqu'à l'ovule et lui imprime son étreinte fécondante, cette vie qui était prête à s'éteindre se ranime et l'ovule, plongeant de nouvelles racines dans le sein de la mère, ne s'en séparera plus désormais que le jour où, devenu organisme complet, il pourra subvenir par lui-même à son entretien et à son développement.
Dans cette succession de phénomènes, nous devons nous borner au rôle d'historien ; quant à dire le pourquoi et le comment des choses, nous ne l'avons même pas essayé, car là se trouvent les mystères insondables de la vie ; et à mesure que nous avancerons dans notre exposition, nous serons obligé de reconnaître que ce terrain nous est interdit. Nous prétendons seulement constater ici :l*que l'ovule se développe et s'entretient par le mouvementaliment que lui fournit la mère ; ^ que pendant son séjour dans les trompes, après la rupture de la vésicule de Graaf, il continue de vivre d'une vie indépendante sans doute, mais qui est la conséquence de l'impulsion qu'il avait reçue dans l'ovaire ; 3"* que le mouvement extérieur sous forme de spermatozoïde vient communiquer à l'ovule une impulsion nouvelle ; 4® enfin que, sous l'influence de cette impulsion, l'ovule contracte de nouvelles adhérences avec les tissus de la mère, dont il reçoit de nouveau le mouvement-aliment qui doit lui fournir l'occasion de son développement ultérieur.
Le développement de l'ovule commence par une segmentation, une division du jaune de l'œuf (vitellus) en une infinité de cellules qui se disposent à côté les unes des autres sous forme de membrane, et c'est sur cette membrane (blastoderme) qu'apparaît bientôt la tache embryonnaire (area germinativa) qui est le premier vestige de l'embryon. Peu à peu cette tache s'allonge, devient elliptique, et l'on voit se dessiner vers son centre la ligne primitive, indice de la moelle épinière ; à l'une des extrémités de cette ligne apparaissent les cellules cérébrales ; sur ses bords, les lames osseuses des vertèbres ; puis, les membres, les organes des sens, le tube digestif, les organes génito-urinaires. Il serait intéressant de savoir si les cellules embryonnaires ne sont que des éléments transitoires disparaissant à mesure que les tissus nouveaux apparaissent, ou bien si, comme le prétendait Schwann, les tissus dé-
rÎTent tous des cellules primitives par voie de métamorphose. Ce point n'est pas encore élucidé ; en attendant qu'il le soit, nous nous contenterons de dire que, soas l'influence du mouvement-aliment fourni par la mère, la cellule ovarique continue son évolution et que. de ce travail évolutif résulte la formation de tous nos oi^anes. Dans cette formation, l'ovule n'a d'autre guide que le principe qui l'anime ; c'est dans ce principe uni à la matière que réside l'idée formatrice, l'idée qui dans les mêmes circonstances fera toujours un singe et non un chat, un bœuf et non un homme.
Durant la vie fœtale, les fonctions ne sont pas en réalité ce qu'elles seront plus tard : le fœtus ne respire pas, ne mange pas ; il est sensible, mais il n'a pas conscience de son être ; le sang que lui fournit la mère remplace tous les mouvements extérieurs (aliments, air, impressions), et c'est avec cet aliment tout formé que le fœtus prépare ses organes à exercer par eux-mêmes toutes les fonctions. Ces considérations nous amènent à ne reconnaître dans la vie fœtale qu'un seul ordre de mouvements entretenus par la vie extérieure : mouvement évolutif de la matière vivante aboutissant à la formation de tous les organes. Ces mouvements, que nous désignerons plus tard sous le nom de mouvements de la vie organiçuéj n'ont d'autre mobile et d'autre règle que le principe même qui les anime ; et loin de dépendre du système nerveux, du système sanguin ou de tout autre système organique, ce sont plutôt ces systèmes qui lui doivent le mouvement et la vie.
ARTICLE II