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CHAPITRE IV

De la mémoire considérée dans Tensemble de aea éléments constituiifii.

Après avoir examiné séparément les conditions qui président à la formation de la mémoire , après avoir analysé minutieuse * ment les phénomènes qui accompagnent sa genèse et ses manifestations dans tous les cas possibles, nous allons considérer ces divers éléments dans leur ensemble et formuler d'une manière plus précise le mécanisme de leur association. Trois conditions président au développement et à la production de la mémoire :

i» Répétition dans le cerveau du même mouvement-perception effectué une première fois sous l'influence d'une impression reçue. La possibilité de cette répétition, résultant d'une aptitude des éléments matériels qui sont en jeu, se développe en présence de l'objet impressionnant ou sous l'influence seule des opéra^ tions de l'esprit ;

S° Etablissement d'un rapport dUdentité entre cette perception répétée et la perception qui se développa jadis sous l'influence d'une impression reçue. L'établissement d'un rapport d'identité entre deux perceptions séparées par le temps se fait en plaçant le moi dans les mômes conditions de milieu, de temps, d'espace où il se trouvait lors d'une impression reçue. Le moi se trouve ainsi impressionné comme il le fut jadis ; mais être impressionné comme on le fut jadis n'est pas absolument se souvenir. Pour qu'il y ait souvenir, il faut que, tout en constatant l'identité de ces deux impressions, le moi les distingue en quelque façon et leur assigne une place déterminée dans le temps ;

3"" Le procédé particulier à la faveur duquel l'établissement de ce rapport est provoqué : que nous examinions la mémoire dans les sensations de la vie fonctionnelle de nutrition ou dans les sensations de la vie fonctionnelle de relation, dans les sensations de la faim et de la soif, dans celles de la vue, du toucher» ou enfin dans celles qui proviennent de l'activité volontaire d^ nos organes, partout le mécanisme de la production est le m$me et ne saurait être autre ; mais le réveil de la mémoire, dans ces

conditions si diverses,. se fait par des procédés différents et spéciaux à chaque classe de sensations. Nous avons analysé ces procédés dans les pages précédentes, nous nous bornerons donc à les énumérer dans une synthèse rapide.

A. Nous réveillons la mémoire des sensations de la vie fonctionnelle de nutrition : faim, soif, douleur, etc., par le souvenir des circonstances qui ont accompagné ces sensations et qui ont en même temps, impressionné un des sens spéciaux de la vie de relation. Ce réveil peut être involontaire et résulter de l'activité de l'esprit, ou bien il peut être provoqué par la volonté.

B. Le réveil de la mémoire des sens spéciaux : vue, odorat, toucher, etc., se produit par un procédé spécial à chaque sens. Pour les sens de la vue et de l'ouïe, il y a toujours répétition du mouvement physiologique impressionneur et le moi se donne ainsi une véritable perception de ce mouvement. Soit que le réveil de la sensation provienne du cours naturel des idées sous l'influence de l'activité cérébrale dans un sens déterminé, soit que la volonté intervienne avec le désir formel de réveiller la mémoire, dans les deux cas le procédé est le même : le moi provoque le développement tacite du mouvement impressionneur qui l'a déjà affecté ; pour la vue, il tient et dirige le crayon qui dessine sur la rétine les détails de l'image qui nous impressionna jadis; et pour l'ouïe, il fait vibrer chacune des fibres vestibulaires ou limacéennes qui vibrèrent autrefois sous l'influence de l'impression réelle. Ce procédé, spécial aux sens de la vue et de l'ouïe, emprunte sa raison d'être à l'appareil spécial qui, aux portes de l'organisme, reçoit le mouvement extérieur ; cet appareil a pour but de vitaliser un mouvement extérieur très-compliqué^ de le transformer en mouvement physiologique pour ménager son entrée dans le mouvement harmonique de la vie. Par ces motifs, on comprend mieux la nécessité où nous nous trouvons de provoquer la reproduction du mouvement impressionneur pour Té veiller la mémoire de ces sens.

Les aveugles, les sourds peuvent réveiller, les uns la mémoire des sons, les autres la mémoire des images malgré une altération profonde de l'appareil extérieur; mais la lésion, dans ce cas, s'arrête à l'expansion nerveuse chargée de recueillir le mouvement extérieur déjà transformé. En d'autres termes, pour que

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