‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 101 sur 197 · DE LA MÉMOIRE DAMS L'ENSEMBLE DE SES ÉLÉMENTS · texte numérisé non relu

DE LA MÉMOIRE DAMS L'ENSEMBLE DE SES ÉLÉMENTS

le réveil de la mémoire de la vue et de l'ouïe soit possible, il faut que les extrémités périphériques du nerf acoustique et du nerf optique soient intactes. Des observations précises nous font défaut relativement au sens de la vue; mais nous en avons de nombreuses concernant le sens de l'ouïe. Les personnes qui deviennent sourdes à la suite d'une lésion profonde du nerf acoustique finissent par désapprendre la parole ; nous pourrions citer bon nombre de sourds-muets qui se trouvent dans ce cas. Le réveil de la mémoire des sens du goût, de l'odorat, du toucher se fait par un procédé analogue à celui des sens de la vue et de l'ouïe ; mais la nature, mal définie, du mouvement impressionneur rend ce réveil assez difficile, et presque toujours nous faisons intervenir la mémoire plus facile des sens de la vue et de l'ouïe. C'est ainsi que, pour un toucher, pour un goût, pour une odeur, on fait intervenir la mémoire visuelle de l'objet que l'on goûte, que l'on touche ou que l'on sent.

G. Le réveil de la mémoire des sensations qui résultent de l'activité volontaire des organes se fait toujours par le même procédé : nous réveillons préalablement dans les sens de la vue ou de l'ouïe l'impression qui est résultée de l'activité volontaire de nos organes, et cette reproduction est immédiatement suivie de l'action du moi sur les nerfs qui président aux mouvements ainsi représentés. A ce sujet, nous remarquerons que dans tous les phénomènes de mémoire il y a un effort du centre nerveux vers la périphérie tendant à faire reproduire dans un nerf le mouvement impressionneur dont on veut se donner la perception de souvenir. Cet effort est d'une efficacité très-sensible dans la mémoire des sens de la vue et de l'ouïe, puisqu'il y a reproduction complète du mouvement impressionneur à l'extrémité périphérique des nerfs ; mais il est moins sensible dans la mémoire des autres sens.

Ainsi considérée, la mémoire est une sensation renversée, quant au mécanisme de sa production : le point de départ de la sensation est dans le mouvement extérieur impressionnant l'extrémité périphérique des nerfs, et son dernier terme est dans le cerveau percevant. Dans la mémoire, au contraire, le premier terme est dans le cerveau percevant et le dernier à l'extrémité périphérique des nerfs.

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370 FONCTION CÉBÉBRO -MOTRICE.

Les procédés au moyen desquels nous réveillons les divers phénomènes de mémoire ne doivent pas être confondus avec la mémoire elle-même; nous croyons avoir suffisamment dit en quoi cette dernière consiste, mais nous devons encore insister sur ce point essentiel. Le mécanisme de la formation de la mémoire, c'est-à*dire l'établissement d'un rapport d'identité entre deux impressions reçues à des époques différentes, a quelque chose de fatal, de nécessaire, et qui se produit toujours tel parce qu'il résulte d'une certaine structure anatomique. Ce mécanisme fait partie essentielle de l'évolution de la vie organique du cerveau, au même titre que le mécanisme des sensations dont il est la contre-partie ; nous pouvons vouloir nous souvenir, mais nous ne pouvons pas vouloir ne pas nous souvenir. Au contraire, le réveil de la mémoire à la faveur des procédés que nous venons d'énumérer est le plus souvent volontaire ; nous dirons même qu'il y a quelque chose d'appris dans la manière dont nous les employons.

Ces moyens font partie essentielle de l'éducation de l'homme et, tout en constatant l'existence de l'aptitude naturelle qui nous pousse à les employer, nous devons reconnaître que le jugement et la volonté jouent un très-grand rêle dans leur emploi. Sans parler de la mnémotechnie classique, il y a une mnémotechnie naturelle que le jugement dirige et que l'application féconde. C'est sur cette dernière que reposent les bases de l'éducation.

Le résumé qu'on vient de lire concerne le mécanisme de la production du phénomène mémoire. Dans le résumé suivant nous réunirons tout ce qui concerne la mémoire en général,

La mémoire est un mode d'activité du principe de vie uni à la matière cérébrale et consistant dans l'établissement d'un rapport d'identité entre deux impressions séparées par le temps, au moyen de procédés particuliers et spéciaux à chaque classe de sensations. Ce mode d'activité, comme toutes les activités organiques, est entretenu par un aliment spécial, et cet aliment est une impression reçue, actuelle ou de souvenir.

La volonté peut intervenir dans le réveil de la ipémoire, et elle intervient en effet très-souvent ; mais son rôle, il ne faut pas l'oublier, consiste à utiliser le résultat de la vie organique du cerveau et à le jeter dans le mouvement fonctionnel.

MÉIfOIRS DE L*ÊrRE 5ENSIBI«E. 371

Nous ne tarderons pas^ en efiet, à démontrer que les fonctions du cerveau consistent à se servir de la mémoire au même titre qu'elles se servent des sensations comme matière fonctionnelle* Le plus souvent la mémoire se réveille en dehors de toute participation de la volonté et sous l'influence seule des impressions qui affectent successivement le centre de perception.

Toutes les sensations sont susceptibles d'ôtre reproduites dans le champ de la mémoire, mais il n'y a qu'une mémoire si l'on ne considère que la raison organique et fondamentale de sa production. '

Un seul motif peut autoriser à admettre plusieurs sortes de mémoires : ce motif existe dans la manière variable dont le phé» nomène mémoire, toujoun le même^ est réveillé.

D'après cette classification, et en considérant non le mode de formation de la mémoire, mais le procédé selon lequel elle est réveillée, tous les phénomènes de mémoire peuvent être réunis en trois groupes :

1^ La mémoire des sensations de la vie fonctionnelle de nutrition ;

2" La mémoire des sens spéciaux ;

3"* La mémoire des sensations résultant de l'activité volontaire de nos organes.

La mémoire de la parole, composée de la mémoire des idées et de la mémoire des impressions sonores, rentre dans cette dernière classe.

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