I- — DÉTERMINATION DB LA FONCTION CE RÉ B EI*LO - MOTRICE
Flourens et la plupart des physiologistes ayant constate clans leurs expériences, que le cerveau est le point de départ des incitations aux mouvements volontaires ; ayant constaté d'un autre côté que l'ablation du cervelet entraîne avec elle une certaine incoor* dination dans les mouvements de translation propres i\ chaque espèce animale, furent conduits à penser, et, avouons-lo, avec quelque apparence de raison, que le cervelet représente l'organe coordinateur, régulateur de ces mouvements. Les résultats de l'expérience sur lesquels repose cette manière de voir sont assurément constants ; nous les avons obtenus nous-mômo dans les mêmes conditions ; mais nous ne pouvons partager l'opinion de ces physiologistes, qui, à notre avis, trop pressés de conclure, ont donné à l'influence réelle du cervelet sur Texécution des mouve- ÊD. FOURNIE. — Syst. nerv, 20
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ments une importance exagérée et qui simplifie singulièrement la physiologie des actions nerveuses.
Cette question n'est pas facile à élucider ; mais, en utilisant tout à la fois les résultats de l'expérimentation physiologique ou pathologique et ceux de l'analyse physiologique, nous essayerons à notre tour de déterminer la nature des fonctions. du cervelet.
Nous avons vu que la fonction cérébro-motrice fournit un mouvement particulier et capable de provoquer l'activité fonctionnelle des centres de la moelle ; nous avons vu aussi que tous les mouvements d'ensemble se trouvent organiquement préparés d'avance dans la structure même des centres médullaires, de telle façon que, en excitant ces centres, après les avoir séparés du cervelet et du cerveau par la section de la moelle dans sa partie supérieure, on peut encore obtenir des mouvements coordonnés.
Cette expérience, dont nous avons donné les résultats (p. 397), est capitale au point de vue qui nous occupe; elle prouve en effet que* la coordination des mouvements existe organiquement dans les centres médullaires et non dans le cervelet. Cependant le cervelet n'est pas sans exercer une fonction ; nous avons dit d'ailleurs que son ablation exerce une influence incontestable dans l'exécution des mouvements. Quelle est cette influence ? Ni l'anatomie ni l'expérimentation physiologique ne peuvent nous le dire d'une façon formelle. Appelons à notre secours l'analyse physiologique.
Nous avons montré plus haut qu'à la faveur des fonctions cérébro-motrice et méduUo-motrice un mouvement quelconque peut être exécuté ; or le système musculaire de la vie de relation n'cntre-t-il en fonction que sous l'influence exclusive de la volonté? S'il en était ainsi, la volonté serait toujours appliquée à provoquer une contraction : ici la contraction d'un sphincter, là la contraction des muscles qui concourent à maintenir la rigidité de la colonne vertébrale, ou bien encore la contraction des muscles qui tiennent le corps dans une position stable ; elle serait, en un mot, si occupée, qu'elle ne pourrdt pas remplir toute la besogne dont on l'aurait gratifiée. Évidemment ce n'est pas ainsi que les choses se passent. Les déterminations cérébrales peuvent agir sur l'exécution d'un mouvement quelconque ; mais il est certain que l'ensemble des mouvements
MÉCANISME DE LA FONGTION GÉRÈBELLO-MOTRIGE. i03
de la vie de relation, tous prévus organiquement, soit dans les parties du corps, soit dans l'arrangement des centres médullaires, tous nécessaires, car il est aussi indispensable d'aller chercher Talimentque de le digérer, il est certain, dis-je, que ces mouvements doivent être exécutés avec le concours d'une influence étrangère à la volonté.
Cette influence doit être analogue à celle qui assure le mouvement fonctionnel des organes de la vie de nutrition et être tout aussi indépendante des incitations de la volonté. A ces conditions, nous comprenons que la vie fonctionnelle des muscles de la vie de relation puisse se manifester à nous d'une manière permanente sous forme de tonicité , sous forme de contraction continue, comme dans les sphincters, sous forme enfin de contraction plus ou moins durable, dans les divers états du corps, sans que jamais la volonté intervienne.
Mais où réside, cette influence? quelle est sa nature, son essence ? Inutile de l'aller chercher dans le cerveau, point de départ des incitations aux mouvements volontaires; inutile également d'aller la chercher dans la moelle, siège des arrangements organiques qui président à l'exécution des mouvements d'ensemble. A cela on pourrait nous objecter le fait de la grenouille décapitée qui sous l'influence d'une excitation peut encore exécuter des mouvements. Ce fait, loin d'infirmer notre manière de voir, doit concourir au contraire à la confirmer. En effet, que prouvent les mouvements ainsi exécutés? Ils prouvent que les racines sensitives sont intactes et qu'à la faveur de leur excitation les centres médullaires avec lesquels elles sont en rapport peuvent entrer en activité fonctionnelle ; en un mot, ils démontrent une possibilité que nous ne nions pas, une possibilité mécanique résultant de l'agencement ingénieux de différentes pièces ; mais, comme cela arrive dans tous les mécanismes préparés d'avance, dès que la cause excitatrice a disparu, le mouvement du mécanisme s'arrête. Or ce n'est pas ce que nous voyons dans le mécanisme de certains mouvements physiologiques ; la cause excitatrice venant à disparaître , les contractions musculaires n'en persistent pas moins, et quelquefois très-longtemps. Il faut donc qu'une influence permanente remplace les effets de l'excitation directe et fugace par l'intermédiaire des nerfs sensitifs ; il faut que