V, — CLASSIFICATION DBS MOUVEMENTS DE LA VIE
De ce que nous avons exposé dans les articles précédents, nous pouvons conclure à une classification naturelle des mouvements de la vie, basée sur les caractères essentiels que nous avons assignés h chacun d'eux.
Les mouvements de la vie peuvent être divisés d'abord en deux groupes principaux :
4* Mouvements de la vie organique ;
2° Mouvements de la vie fonctionnelle.
Le premier de ces groupes n'est pas susceptible de fournir de nouvelles divisions, parce que les mouvements qui le composent ont tous le môme caractère et le môme but. Le seul motif à division serait de considérer l'élément matériel spécial à chaque organe ; mais on arriverait ainsi à une simple énumération et non à une division utile.
Le second groupe, au contraire, se présente à nous avec des divisions naturelles parfaitement distinctes et caractérisées. Nous voyons, en effet, les mouvements fonctionnels se réunir, se grouper toujours ensemble, pour atteindre un but déterminé ; et, comme ce sont toujours les mêmes mouvements associés qui convergent vers le môme but, nous n'avons qu'à considérer les destinées physiologiques de l'être vivant et grouper autour de chacune de ces destinées tous les mouvements fonctionnels qui concourent à sa réalisation.
Or ces destinées se réduisent à trois : !• développement et entretien de l'être ; 2* mise en relation de l'être avec lui ou avec ce qui n'est pas lui; 3« reproduction.
Ces trois destinées physiologiques s'accomplissent à la faveur des mouvements fonctionnels; nous sommes par conséquent autorisé à diviser ces derniers en trois ordres :
1« Mouvements fonctionnels de nutrition; 2* mouvements
fonctionnels de relation ; 3® mouvements fonctionnels de reproduction.
Dans chacun de ces trois ordres, il est indispensable de tracer des divisions secondaires dont on trouvera les motifs dans les développements ultérieurs de ce travail. Pour le moment , nous devons nous borner à les signaler, et insister plus particulièrement sur les lignes fondamentales de notre classification, c'està-dire sur les mouvements de la vie organique et sur les mouvements, de la vie fonctionnelle.
La plupart des physiologistes avaient plus ou moins entrevu la triple destinée du corps humain : Aristote, Buffon avaient constaté Texistence de plusieurs ordres de fonctions ; Bichat, s'inspirant de ces vues générales propres au génie, comme il le dit luimême (1), compléta la pensée de ses prédécesseurs et publia la chxssiiication des phénomènes vitaux, telle qu'elle est encore adoptée de nos jours. Cependant personne n'avait songé h distinguer les mouvements de la vie organique des mouvements de la vie fonctionnelle. La classification des fonctions de Bichat repose, il est vrai, sur la distinction que ce savant avait établie entre une prétendue vie animale et une prétendue vie organique ; mais ridée de faire la part de deux vies ou plutôt de deux manifestations vitales dans chaque organe, la part de l'organe vivant et la part de l'organe fonctionnant , est tout à fait étrangère à cette distinction. Il semble qu'en inventant une vie organique et une vie animale, Bichat ait eu surtout le désir de formuler une distinction essentielle entre les trois règnes de la nature, et principalement entre les animaux et les plantes. En effet, pour lui, la vie organique résume l'ensemble des fonctions de nutrition et d'excrétion chez les animaux comme chez les plantes ; tandis que, chez les animaux seuls, on trouve la vie animale, résumant l'ensemble des fonctions de relation. Dans cette voie il aurait pu inventer, avec la môme apparence de raison, une troisième vie, résumant l'ensemble des fonctions de reproduction.
Nous ne saurions trouver aucun motif légitime à ces distinctions : de ce que les fonctions de nutrition et de relation n'ont pas le même but immédiat, il ne s'ensuit pas que sur cette simple
(1) Bichat, Anatomie générale^ p. cj.
considération on doive inventer deux vies: Tune, fonctionnelle de nutrition, appelée vie organique; l'autre, fonctionnelle de relation, appelée vie animale. Ces distinctions, intéressantes peut-ôtre à un certain point de vue, ne présentent aucun avantage au point de vue physiologique. Ce que nous entendons par vie fonctionnelle et par vie organique est tout autre chose, et ici, la distinction, reposant sur des motifs parfaitement naturels et légitimes, présente non-seulement de grands avantages au point de vue de la physiologie, mais encore au point de vue de la médecine :en physiologie on ne saurait désormais négliger cette distinction sans s'exposer à confondre, comme on l'a fait jusqu'à présent, des phénomènes tout à fait dissemblables; en médecine, cette distinction est destinée à réformer bien des erreurs dans les questions de nosologie, et à prévenir certains abus dans la thérapeutique.
Dans la question qui nous occupe, Bichat paraît avoir subi l'influence irrésistible que les progrès éclatants des sciences physico-chimiques exercèrent sur l'esprit des savants de son époque. Les premières pages de son Anatomie générale sont consacrées à de longues considérations sur les propriétés physiques et sur leurs rapports avec les phénomènes de la vie. Jusque-là, rien de mieux ; mais ces considérations l'ont conduit à inventer des propriétés organiques ou de tissu qui sont Vexten$ibilité et la contractitité par défaut d'extension ou par racornissement y et des propriétés vitales qui sont la «en«tA{7t7e et la [con/rac/t7i7^ sensible ou insensible. C'est abuser étrangement des mots que d'appliquer le nom de propriété à la contractilité par racornissement; c'est abuser aussi, dans un autre sens, que de faire de la sensibilité une propriété générale des tissus vivants. La sensibilité est une propriété spéciale ; c'est une des puissances du principe de vie, quand il est uni avec un certain tissu, avec le tissu nerveux. Ainsi considérée, la sensibilité est une propriété vitale, mais une propriété vitale du système nerveux.
Les inventions que nous venons de critiquer disent assez pourquoi le génie de Bichat, obscurci par les idées courantes ou par une analyse insuffisante, n'a pas pu nous donner un tableau suffisamment exact des phénomènes de la vie. Peut-être eût-il été phw heureux en s'inspirant do5i idées grandioses de Tillustre
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Bordeu, qui avait déjà professé que chaque organe du corps possède une Tie propre et indépendante.
Quoi qu'il en soit, et ceci soit dit sans prétendre porter atteinte au mérite d'un génie dont personne plus que nous n'admire sincèrement les œuvres, nous devons constater le fait suivant : les propriétés organiques et la vie organique, inventées par Bichat,sont tout autre chose que les propriétés organiques et la vie organique dont nous avons déterminé les caractères ; d'où il suit que les bases sur lesquelles nous avons établi notre classiflcation des phénomènes de la vie sont tout à fait différentes de celles qui ont servi à l'illustre physiologiste (I).
Le vrai point de départ de notre classification est dans l'analyse physiologique des mouvements de la vie. Grâce à cette analyse, nous avons pu déterminer le caractère de chacun d'eux, définir exactement ce qu'on doit entendre par propriétés organiques et physiologiques^ pBV fonctions, et établir enfin d'une manière précise la ligne de démarcation qui sépare la vie organique de la vie fonctionnelle. Si nous nous sommes appesanti longuement sur les caractères essentiels qui distinguent ces deux vies, c'est que nous avons pressenti l'importance de ces distinctions, tant au point de vue pathologique qu'au point de vue physiologique. Persuadé que le problème des rapports du système nerveux avec la vie et l'intelligence avait été mal posé jusqu'ici ; convaincu que l'on n'arriverait à aucune solution tant qu'on se bornerait à chercher le secret de ces rapports dans l'étude exclusive de l'histologie et de l'anatomie, nous avons voulu placer le problème sur de nouvelles bases ; ces bases reposent elles-mêmes sur les notions générales des phénomènes de la vie , sur leur appréciation, sur leur interprétation physiologique, sur les lois en un mot qui président à l'évolution de la vie des organes et aux mouvements de la vie fonctionnelle. Nos recherches nous ont permis, en eff'et, d'établir sur ce sujet des données fondamentales qui, logiquement appliquées à l'étude des fonctions intrinsèques du système ner\'eux, doivent sinon nous conduire à la solution définitive du problème, nous maintenir du moins dans la voie qui peut y conduire.
(i) Voir sur ce stget VAfiatomie générale et les Heeherchês sur la pie et la mort de Bichat
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