CARACTÈRES DISTINCTIFS ET MÉCANISME DES MOUVEMENTS INSTINCTIFS
Généralement on donne le nom de mouvements instinctifs h certains mouvements qui conduisent l'animal à son but, ou à sa destinée physiologique, de la façon la plus sûre et sans l'intervention d'un raisonnement dirigé par l'intelligence. Cette manière de voir que l'on réserve à certains mouvements de l'animal, dans des circonstances déterminées, nous l'appliquons à tous ses mouvements sans exception. Tous les mouvements de relation de l'individualité sensible sont instinctifs, c'est-à-dire non raisounésy non perfectionnés, — Comme nous nous occupons do cette
question dans le chapitre consacré au Principe des déterminations de l'animal, nous nous bornons ici à exprimer le fait.
Le vrai caractère des mouvements instinctifs est dans le mécanisme de leur exécution. En effet, la sensibilité préside seule, sous le mode agréable ou désagréable, à l'exécution de tout mouvement de la bote, et elle ne provoque aucun mouvement qui n'ait été prévu organiquement dans les instruments corporels. — De cette façon la mécanique animale est très-simple : une impression de besoin sollicite l'activité des sens et celle des membres ; les objets impressionnants répondent ou ne répondent pas à la satisfaction du besoin ; ils sont agréables dans le premier cas, désagréables dans le second ; en définitive, l'animal agit sous l'influence de l'un ou l'autre de ces sentiments selon les possibi^ liiés motrices qui lui ont été départies. Un seul phénomène vient compliquer ce mécanisme : la mémoire. L'animal n'a qu'une mémoire incomplète, comparée à celle de l'homme (v. p. 371); mais, dans sa simplicité, cette mémoire est très-précieuse : c'est elle qui parfois lui donne les apparences d'un être intelligent. L*animal ne peut reproduire, dans le champ de la mémoire, que ses acquisitions cérébrales ; or ces acquisitions, nous le savons, se réduisent à des notions sensibles associées, mais en aucun cas intelligentes (v. p. 274). Par conséquent, la mémoire peut aider l'animal dans ses déterminations; mais elle ne saurait donner à ses actes le caractère intelligent.
Au caractère positif que nous venons de formuler, et qui représente l'état réel des choses, nous pouvons joindre quelques caractères négatifs : L'animal n'a pas de volonté : il n'a que des désirs, des tendances à... L'animal n'invente pas. L'invention consiste à se créer un modèle dans l'esprit, et à lui donner ensuite une forme réalisée. L'animal ne perfectionne pas, car perfectionner c'est inventer, c'est faire mieux. L'animal ne parle pas : il est plus ou moins expressif; mais il n'invente pas le mouvement-signe.
Dans le chapitre suivant, nous reviendrons de nouveau sur ce sujet et nous esquisserons les caractères de l'individualité sensible parallèlement avec ceux de l'individualité intelligente. . En dire plus ici, ce serait nous exposer à des répétitions inutiles.
SECTION II