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CHAPITRE II

Mécanisme physiologique de la fonction-langage.

D'après les principes formulés précédemment, le langage est une fonction cérébro-motrice de relation qui a pour but de transformer une impression sentie en mouvements fonctionnels spéciaux que nous désignons sous le nom de mouvements-signes. La fonction langage est donc une fonction composée : 1" de la fonction cérébro-motrice de l'homme; 2*» de la fonction propre aux organes du corps qui sont mis en jeu par la fonction cérébro-motrice.

Cette manière de voir consacre une fois de plus la différence immense que nous avons déjà établie entre la matière fonctionnelle de l'être intelligent et celle de l'être (exclusivement sensible. En effet, il n'y a qu'une seule fonction du cerveau que nous avons désignée sous le nom de fonction cérébro-motrice et qui a pour but exclusif de transformer les impressions senties en mouvements. Or la fonction cérébro-motrice de l'animal ne transforme jamais les impressions senties en mouvementssignes, La fonction cérébro-motrice de l'homme, au contraire, les transforme toutes. Par conséquent, il y a une différence fondamentale entre la matière fonctionnelle cérébro- motrice de l'une et la matière fonctionnelle cérébro-motrice de l'autre; par conséquent encore, la différence qui existe entre l'animal et l'homme ne tient [pas précisément à ce que ce dernier possède la fonction du langage ; cette différence vient de plus haut : elle vient do ce que la matière fonctionnelle de la fonction cérébro-motrice de l'homme possède une aptitude que celle des

animaux ne possède pas. No.us ferons bientôt connaître cette aptitude et ce qu'il y a d'important et de vrai dans cette appréciation subtile en apparence et quelque peu contradictoire.

Nous soumettrons l'étude de la fonction cérébro-motrice du langage aux divisions naturelles que nous avons établies jusqu'ici dans la description de toutes les fonctions. Nous étudierons par conséquent : 1" l'excitant fonctionnel ; 2» la matière fonctionnelle; 3*» les mouvements fonctionnels.

ARTICLE I

DE l'excitant fonctionnel de LA FONCTION -LANGAGE.

La fonction cérébro-motrice du langage étant composée de la fonction cérébro-motrice de l'homme et de la fonction propre aux organes du corps qui sont mis en jeu, nous pourrions nous borner à dire que l'excitant de cette fonction est le môme que celui de la fonction cérébro-motrice ; mais, dans une question aussi délicate, nous nous croyons obligé de ne laisser aucun doute, aucune demi-obscurité dans l'esprit de nos lecteurs.

La fonction cérébro-motrice de l'homme, qu'elle provoque des mouvements de locomotion ou des mouvements-signes, n'est pas moins, àan^le^ deux cas j fonction cérébro-motrice Qi, à ce titre, elle exige pour entrer en activité l'intervention d'un excitant fonctionnel. Or cet excitant est-il le môme pour la fonction cérébro-motrice de locomotion que pour la fonction cérébro-motrice du langage ? Sans nul doute. Quel que soit le but du mouvement exécuté, la fonction cérébro-motrice est toujours précédée d'une impres^on sentie et provenant du corps lui-môme ou du monde extérieur. Enlevez à un homme tous ses sens, c'est-à-dire la source des impressions senties, et vous aurez une machine inerte qui continuera peut-être à vivre, mais qui ne manifestera, par aucun mouvement, qu'elle existe encore. Le mouvement fonctionnel du cerveau est toujours la réponse à une impression sentie ; sans impression sentie, pas de fonction, pas de mouvement fonctionnel. Cette nécessité ressort d'ailleurs de la nature môme du langage : pour exprimer quelque chose par des mouvements-signes, il faut avoir senti cette chose, il faut la voir, l'entendre, etc., ou

bien encore, pour exprimer une jnodifloation de soi-même, il faut avoir »enii cette modification.

Les impressions aciuelies n'ont pas seules ia faculté de réveiller la fonction cérébro-motrice ; nous avons vu que les impressions de iouvmir jouissent de la môme prérogative ; par conséquent, la fonction cérébro-motrice'du langage peut être éveillée par des impressions de souvenir.

Mais ce que nous n'avons pas pu dire jusqu'ici, parce que la description de la fonction cérébro-motrice de l'être sensible ne le comportait pas, c'est que le mouvement-signe lui-même, quand il a été créé et mis dans la mémoire, peut, lui aussi, réveiller la fonction du langage par un mécanisme que nous ferons bientôt connaître. Pour ne rien embrouiller, nous nous bornerons à dire ici que la fonction-langage peut être réveillée par le souvenir du signe-langage^ gravé dans la mémoire du sens qui a servi à lui donner naissance : dans le sens de la vue si c'est un signe mimique, dans le sens de l'ouïe si c'est un signe sonore. On comprendra mieux notre pensée lorsque nous étudierons la formation du n^ouvement-signe en regard de l'impression qui a provoqué son exécution.

Quoi qu'il en soit, nous pouvons nous résumer en disant que la fonction- langage doit être nécessairement précédée d'une impression sentie, par la raison bien simple que, si nous n'étions pas impressionnés d'une façon quelconque, nous n'éprouverions pas le besoin d'exprimer par un signe notre manière d'être. Il est donc indispensable que la sensation nous fournisse l'occasion de provoquer la formation du signe ; et, par sensations, nous entendons parler aussi bien des sensations objectives que des sensations qui résultent des opérations de notre esprit.

Cette liaison nécessaire entre la sensation et le mouvemeni-signe doit être prise en considération par les hommes préposés à l'éducation des sourds-muets et qui s'occupent d'augmenter la richesse du langage mimique ; ils ne doivent pas oublier, en effet, qu'il ne suffit pas de créer de [nouveaux signes, mais qu'il faut, avant tout, faire naître dans l'esprit du sourd-muet le désir, le besoin de créer ces signes en lui donnant une sensation nouvelle de l'ordre physique , intellectuel ou moral. Cette sensation étant pour lui une nouvelle manière de sentir, il formulera

cette manière de sentir en un mouvement-signe qui représentera ridée nouvelle.

ARTICLE II

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