‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 148 sur 197 · I.— LOIS DE FORMATION DU MOUVEMENT-SIGNE · texte numérisé non relu

I.— LOIS DE FORMATION DU MOUVEMENT-SIGNE

Lois de formation du mouvement-signe. — Ces lois sont au nombre de trois :

i^ Tout mouvement-signe doit être exécuté par nos organes avec une intention significative ;

^ Tout mouvement'9igne dit être exécuté selon une certaine vitesse physiologique;

dMfout mouvement^signe doit être dirigé dans son exécution par un de nos sens.

Nous allons développer chacune de ces propositions :

Première loi. — Le mouvement- signe n'est pas un mouvement quelconque ; il faut d'abord qu'il ait été fait dans un but spécial, dans le but de représenter soit un objet, soit une action, soit enfin la manière dont nous ressentons une impression quelconque, sans oublier l'impression du signe lui-même dans les opérations de la pensée ; il faut, de plus, que ce mouvement soit exécuté par nos organes, qu'il soit en nous et non au dehors de nous, car les signes, placés au dehors de nous, ne peuvent être que des objets impressionnants.

L'intelligence n'admet pas d'intervalle dans la série de mouvements qui, de l'impression, aboutit à la formation du mouvementsigne; il est nécessaire qu'elle ait ses instruments continuellement h six disposition et en rapport direct avec elle. D'où il suit, comme nous l'avons énoncé tout à l'heure, que tout mouvement-signe doit être exécuté par nos organes.

Deuxième loi. — Tout mouvement-signe doit être formé de telle façon que, dans son exécution, il s'accommode à la rapidité physiologique des opérations de la pensée.

11 est dans la nature des opérations de la pensée d'être excessivement rapides. Demander le pourquoi, ce serait demander pourquoi le cœur bat tant de fois par minute ; pourquoi, dans le même espace de temps, il se fait un [nombre déterminé de respirations ; pourquoi enfin la digestion se fait dans un temps donné. Tout est ordre dans Torganisme, et chaque organe exécute sa fonction daas un temps défini que la maladie seule peut changer. Le cerveau, instrument de l'intelligence, n'échappe pas à cette loi générale ; sa substance est le substratum , le véhicule des mouve-

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ments qui transmettent les impressions et les volitions, et nous ne pouvons pas faire que ce mouvement s'exécute plus ou moins rapidement) en dehors des limites physiologiques. Ceux qui ont l'habitude de parler en public comprendront bien cette nécessité physiologique. Mieux que personne, ils savent que l'instrument de la pensée ne s'accommode pas toujours à la rapidité de l'inspiration. Parfois les idées (par idée nous entendons ici vues de V esprit) arrivent en foule et confuses : il [ne leur manque que la formule expressive; mais cette formule est trop lente dans sa formation, et l'idée fugitive « la vue de l'esprit » disparaît avant d'avoir reçu par le langage la fixité et la vie. Dans ces circonstances exceptionnelles, l'équilibre indispensable entre la conception des idées et leur développement complet par le langage est rompu, et il en résulte une certaine confusion dans les opérations de la pensée.

Ce défaut d'équilibre est encore mieux apprécié par l'écrivain, lorsqu'il veut fixer la pensée parlée dans les signes de l'écriture : très-souvent sa plume est en retard sur sa pensée et, faute d'une rapidité suffisante dans le dessin, il ne donne qu'une pâle copie des opérations de son esprit. Ce qui n'arrive qu'exceptionnellement pour les bons écrivains, constitue l'état physiologique des divers individus. Beaucoup de personnes, très-intelligentes d'ailleurs, n'arrivent jamais ni à bien parler, ni à bien écrire parce que, chez elles, la conception de l'idée et sa manifestation expressive par le langage ou par l'écriture n'agissent pas de concert; l'ordre et la mesure manquent dans ces opérations mystérieuses, parce que l'instrument se plie difficilement à la rapidité de l'idée de « la vue de l'esprit » qui veut éclore, et les plus belles conceptions aboutissent souvent à une infécondité regrettable.

On voit un phénomène tout opposé se produire lorsque la rapidité de la formule l'emporte sur la rapidité de la conception. C'est, en quelque sorte, un dicton populaire, que beaucoup de gens parlent beaucoup pour ne rien dire. Physiologiquemcnt, on peut se rendre compte de cette infirmité. Chez ces personnes, la conception de l'idée est rare et très-lente, l'expression de la formule est au contraire facile et rapide ; on dirait que l'activité nerveuse s'emploie tout entière non pas à concevoir des idées, mais à formuler des paroles. Lorsqu'elles parlent en public et lorsqu'elles écrivent, ces personnes présentent la môme idée, sous

un nombre infini de formes, en attendant qu'une idée nouvelle se présente. Elles arrivent ainsi à tenir l'esprit du lecteur ou de l'auditeur en éveil (lorsqu'elles ne l'endorment pas) pendant un temps beaucoup trop long, relativement au nombre d'idées qui ont été émises. Ces courtes appréciations suffisent pour montrer les rapports nécessaires qui doivent exister entre la rapidité de la conception idéale et la rapidité de formation du mouvementsigne.

La conception idéale, ce qu'en d'autres termes nous appelons les vues de Pesprit, n'est autre chose que la perception d'un rapport comparatif ou significatif itommler ce rapport par les ^jpies du langage constitue l'opération élémentaire de la pengi^:

Troisième loi. — L'intervention d'un sens spécial, pour diriger le mouvement-signe dans son exécution, et pour transmettre le résultat de ce mouvement à la perception de Tintelligence, s'impose d'une manière évidente et formelle. Le mouvement-signe doit être, par-dessus tout, intelligent; il faut donc qu'il soit dirigé dans son exécution par un de nos sens, de façon que l'intelligence, impressionnée par ce sens, sache très-bien ce qu'elle fait. Le sourd, qui ne s'entend pas lui-même, peut produire un son avec ses organes ; mais sait-il bien ce qu'il fait ? Non, assurément : son intelligence, ne recevant pas l'impression de ce que ses organes produisent, ne peut apprécier ses propres actes.

Les lois que nous venons de formuler touchant la formation du mouvement-signe nous permettent de donner de ce mouvement une définition précise :

Le mouvement'signe est un mouvement déterminé et exécuté par nos organes dans le but intentionnel de lui faire représenter un rapport significatif; un sens spécial dirige son exécution, et le phénomène sensible qui en résulte est transmis à P intelligence par tintermé^ diaire de ce sens.

Tout mouvement qui n'entre pas dans cette définition n'est pas un mouvement-signe.

L'avantage immédiat que nous trouvons dans la solution des problèmes qui viennent de nous occuper, consiste à pouvoir élucider certaines questions très-importantes concernant raï)hasie, l'enseignement des sourds-muets, et sur lesquelles on avait professé jusqu'ici des erreurs très-préjudiciables.

^D. FouRmÊ. — Sysl. nerv. 37

Ces questions sont au nombre de trois :

PREMiiRfi QUESTION. — Quels 8ont les sens qui peuvent présider à la formatitmdu mouvemefit-^igne^ et par conséquent quel est le nombre des langages ?

Pour les sens de l'ouïe et de la vue, l'aptitude est évidente, la parole et le langage mimique en sont une preuve irréfutable ; mais on est^il de môme pour les sens du toucher, de l'odorat et du goût ? Ce que nous avons dit déjà sur la nature du mouvementssigne va nous fournir les éléments de notre réponse.

Pour qu'un sens puisse apprécier et diriger un mouvement, il est indispensable que ce mouvement puisse d'abord impressionner ce sens lui-même : un mouvement mimique n'impressionnera jamais le sens de l'ouïe, et réciproquement un mouvement sonore n'impressionnera jamais le sens de la vue. Or est-il possible de faire exécuter à nos organes le mouvement spécial qui est capable d'impressionner le toucher, le goût, l'odorat? Non, il n'est pas possible, par des mouvements organiques, de fournir des im« pressions tactiles, gustatives, odorantes. Il existe bien, dans le corps de l'homme, des objets sapides et odorants, mais il ne faut pas confondre ces objets impressionnants avec le mouvement voulu, déterminé, capable de remplacer ces objets. Pour que la perception odeur ou saveur eût la valeur d'un signe^ il faudrait que, par le mouvement de nos organes, nous puissions donner aux sens de l'odorat et du'goût une impression capable d'être appréciée par ces sens. L'incapacité des sens du toucher, du goût et de l'odorat à être impressionnés par des mouvements organiques voulus et déterminés nous permet de conclure qu'il ne peut y avoir que deux sortes de mouvements-signes^ deux langages, par conséquent : le langage phonétique et le langage mimique.

Deuxième question. — L'écriture est-elle un langage?

L'écriture n'est et ne peut être que la traduction d'un langage.

L'intelligence qui a créé le mot a créé aussi un signe écrit qui lui correspond ; mais, en le créant, elle lui a donné même valeur, même signification ; de sorte que le signe écrit, n'étant qu'une traduction visuelle du signe sonore, il ne peut arriver à l'enten» dcment qu'en suivant la filière sensitive à travers laquelle il a dû passer pour être formé. Cette filière est représentée par les organes de la parole. En d'autres termes, le signe écrit ne peut

arriver à Tentendement qu'à la condition d'être traduit en signe sonore*

Quand nous lisons, nous parlons mentalement, nous traduisons par la parole subjective notre lecture; et c'est par cet intermédiaire que le sens du signe écrit arrive à l'entendement. La nécessité de cette traduction résulte de la nature même du langage. En effet, pour manifester ses opérations, l'intellect emploie des mouvements qui aboutissent, il est vrai, à des résultats perceptibles par l'un de nos sons ; mais l'idée qui a donné naissance à ces mouvements, dans lesquels elle se trouve incorporée, ne peut arriver à l'intellect qu'à la condition que ces mouvements soient répétés de nouveau ; [par conséquent, avant d'ôtre en dehors de nous, tout langage a dû être d'abord en nous^ formulé par nos organes, c'est-à-dire par des instruments sensibles se trouvant en rapport direct avec le centre de perception.

Si les idées pouvaient arriver directement à l'intellect par Tintermédiairo des cinq sens, il n'en serait pas ainsi, et les signes écrits pourraient être directement saisis par l'intelligence. Mais nous avons vu que cela est impossible. Tout langage, c'està-dire tout signe destiné aux opérations de l'esprit et à ses manifestations, fait nécessairement partie de notre organisme, et tout signe en dehors de nous ne peut arriver à l'entendement qu'en passant par traduction dans le langage de l'organisme.

Donc, récriture n'est pas un langage ; l'écriture n'est qu'un aide-mémoire destiné à suppléer, par sa permanence, à la fugiti\ité de la parole. Le sens de la vue, excité par le signe écrit, provoque directement les mouvements physiologiques qui ont accompagné la formation de ce signe, c'est-à-dire les mouvements du langage, dont il n'est qu'une traduction.

Cette démonstration est d'une importance extrême, surtout au point de vue des sourds-muets. Malgré nos écrits, malgré notre insistance pour faire abandonner des erreurs préjudiciables, on continue d'assimiler le mécanisme de l'écriture, dans ses rapports avec la pensée, au mécanisme du langage articulé et l'on s'imagine que voir les signes de l'écriture et ks comprendre ^ c'est penser avec ces signes.

Vouloir enseigner à penser directement par des signes extérieurs est une erreur déplorable ; vouloir que des enfants sourds-

muets apprennent la langue nationale par récriture sans le secours du langage qui leur est naturel, c'est-à-dire sans le secours du langage mimique, est un crime de lèse-humanité. Nous le disons hautement pour la troisième fois, et nous acceptons toute la responsabilité attachée à cette appréciation (1).

Troisième question. — Les signes extérieurs placés en dehors de nous ont-ils la valeur du mouvement-signe, sont-ils un langage?

Les monuments, les monnaies, les fleurs, ont un langage, entend-on dire tous les jours. Les personnes qui parlent ainsi sont dupes de l'extension illogique qu'elles donnent au imot langage; elles sont dupes encore de ce procédé assez fréquent qui nous porte à mettre conventionnellement une série d'idées dans un objet extérieur. Dès lors, cet objet parle; mais il parle le langage que nous lui avons donné. Le mot langage^ dans ces conditions, est tout à fait impropre. L'objet auquel on l'accorde est un objet impressionnant qui, par sa forme, par les propriétés qu'on lui a communiquées, réveille dans la mémoire certains faits, certaines idées que nous traduisons immédiatement avec notre langage.

§ II. — SOURCES AUXQUELLES L'INTELLIGENCE PUISE LE &fOUVEMENT-SiaNB.

Nous connaissons la nature du mouvement-signe, nous connaissons les lois de sa formation, nous sommes en mesure de distinguer ce qui est lui de ce qui n'est pas lui, reste à indiquer les organes que l'intelligence emploie pour concourir à leur exécution.

Pour effectuer les mouvements-signes, l'intelligence se sert d'instruments qu'elle a préparés d'avance à un autre effet : ce sont les mouvements instinctifs, que nous avons déjà décrits sous le nom de mouvements attractifs expressifs et répulsifs. Empressons-nous d'ajouter que, chez l'homme, ces mouvements présentent un cachet de perfectionnement que nous ne trouvons chez aucun animal (2). Cependant tous les mouvements instinctifs ne

(1) Voir, pour plus de développement, noire Physiologie de la voix et de la parole et notre Physiologie des sourds-muets,

(2) Pour éviter au lecteur des prcoccupatlons inutiles, nous le prions de bien se pénétrer des caractères que nous avons assignés aux mouvements instinctifs pcrfcclionnéâ. Voir plus haut : Mouvements de Vélre inielligent.

sont pas également propres à servir les vues de Tintelligence ; elle fait un choix parmi eux, de sorte que, pour les énumérer, nous ne saurions mieux faire que d'observer et de signaler ses propres déterminations.

La première observation qui nous frappe, c'est que l'intelligence emprunt^ aux mouvements expressifs les mouvementssignes qui doifVent représenter sa propre manière de sentir, tandis qu'elle emprunte aux mouvements imitatifs les mouvements-signes destinés à représenter les objets de ses impressions. Nous donnerons quelque développement à cette pensée.

Quand l'intelligence veut exprimer, par un mouvement-signe, sa manière de sentir, elle trouve dans l'appareil extérieur des sens, dans le geste, dans l'attitude, dans la voix, des mouvements naturels qui sont affectés à l'expression ; elle utilise ces mouvements, mais avec une certaine parcimonie chez les hommes qui parlent ; le motif en est évident : les mouvements expressifs sont la forme tangible des modifications de la sensibilité, mais ils n'en sont pas moins difficiles à manier quand l'intelligence veut s'en servir dans les opérations de la pensée. Leur expression représente une modification générale et nullement les mille nuances de détail que nous pouvons rendre si bien avec l'aide des mouvements-signes de la parole. Les mouvements expressifs ont enfin le tort de ne pouvoir s'adresser qu'à la sensibilité et non à l'intelligence : il serait fort ennuyeux de pleurer pour dire qu'on est triste, et non moins fastidieux de rire pour dire qu'on est gai. Sans compter que le rire ne signifie pas qu'on soit gai, content, heureux, pas plus que les pleurs ne signifient qu'on soit triste, mécontent , malheureux ; ces mouvements expriment un peu de tout cela, mais ne signifient pas grand'chose.

A défaut d'autres signes, le langage mimique primitif des sourds-muets emploie les mouvements expressifs à profusion ; mais le langage oral ne les emploie guère qu'à titre de mouvements expressifs, pour appuyer et donner plus d'expression aux mouvements-signes de la parole.

A propos des mouvements-signes empruntés aux mouvements expressifs, nous devons signaler une confusion regrettable qui a conduit certains auteurs à accorder un langage aux hôtes et à confondre le vrai langage, formé de mouvements-signes, avec ce

tm PRINaPE DES DÉTERMINATIONS DE L'HOMME.

qui n'est pas lui. Il est donc utile de ne pas oublier ici les caractères distinctifs que nous avons établis entre ces divers mouvements.

Quand l'intelligence veut représenter par un mouvement-signe non plus sa manière de sentir, mais les objets impressionnants eux-mêmes, elle emprunte, de préférence aux mouvements expressifs, les mouvements imitatifs et les mouvements représentatifs : les mouvements imitatifs, si le mouvement a pour bat d'imiter un acte, un mouvement, un geste, une attitude, un son ; les mouvements représentatifs, si le mouvement a pour but de reproduire avec nos organes une forme extérieure. Toutes les onomatopées de nos langues parlées ont cette origine : frisson, frissonner, vient du radical frr qui accompagne le frisson ; hennissement vient de ?wbç, qui évidemment est l'imitation du cri particulier du cheval ; coq, grigri, sont des onomatopées. En cherchant bien, on pourrait trouver des exemples plus nombreux, mais ce soin nous paraît superflu. Nous nous empressons d'ajouter d'ailleurs qu'il n'entre pas dans le génie de notre langue parlée d'utiliser largement comme signes les mouvements imitatifs. Quant aux mouvements représentatifs, elle n'en emploie, croyons-nous, aucun, parce qu'il n'entre pas dans la nature du son de se prêter à la représentation d'objets qui sont destinés à impressionner le sens de la vue.

Si le langage oral est pauvre en signes imitatifs et en signes représentatifs, il n'en est plus de môme du langage mimique qui est en grande partie formé par ces mouvements, transformés en mouvements-signes. En effet, le langage consiste, pour le sourdmuet, à reproduire ses propres actes et ceux qu'il a vus en dehors de lui. Tous les actes que le corps a accomplis dans un but déterminé, il peut les reproduire pour signifier ce but lui-môme. C'est ainsi qu'il imite l'acte d'un homme qui mange pour faire comprendre qu'il a faim ; c'est ainsi qu'il répète le mouvement des doigts courant sur le papier, s'il veut écrire.

Les mouvements représentatifs fournissent au langage mimique primitif des signes plus nombreux encore. Pour désigner une maison, le sourd-muet en figure la forme générale avec ses mains, disposées en forme de toit. Pour désigner une église, il ajoute au signe de maison celui de prière. Pour signaler un

oiseau, il indique le bec et les ailes. L'homme, la femme, leur profession, les couleurs sont indiqués par des procédés analogues.

Soit que l'intelligence emploie dans le langage les mouvements expressifs, soit qu'elle emploie, les mouvements imitatifs ou représentatifs, elle utilise ces mouvements, non à titre de mouvements instinctifs perfectionnés, mais à titre de mou* vements-signes et à cet effet, elle leur imprime les caractères distinctifs que nous avons attribués à ces mouvements.

L'intelligence ne se borne pas à vouloir représenter sa manière de sentir ou les objets de ses impressions, son activité ne s'exerce pas exclusivement sur le monde des phénomènes ; sa fonction la plus noble consiste précisément h s'exercer sur ce qui n'est pas sensible. C'est dans son activité que nous allons trouver la source la plus noble et la plus féconde en mouvements-signes. Quand l'intelligence compare des propriétés, des qualités, quand elle mesure les espaces, quand elle raisonne et juge enfin, elle ne peut emprunter ses mouvements-signes aux mouvements instinctifs perfectionnés parce qu'elle ne trouve dans aucune action corpo relie rien de comparable et qui puisse signifier imitativement les divers modes de son activité ; elle doit dès lors créer de nouveaux mouvements-signes. Ces signes créés librement, dégagés de tout lien avec l'être sensible, sont les vrais signes du langage, car, à l'opposé des mouvements-signes provenant des mouvo'ments expressifs, imitatifs ou représentatifs, ils ne disent absolument que ce que l'intelligence a voulu leur faire signifier et ne rappellent aucun caractère sensible à nos sens : tels sont, les idées générales, les propositions, les adverbes, etc., etc. On désigne habituellement ces signes sous le nom de signes-arbUrairei.

C'est, en grande partie, à ces signes que la parole doit sa supériorité sur le langage mimique, comme instrument de la pensée ; cependant rien ne s'oppose à ce que le langage des sourds-muets ne s'enrichisse de ces mômes signes en suivant les lois de développement que nous avons déjà indiquées (i). Néanmoins, par l'emploi exclusif de son langage primitif, le sourd -muet peut arriver à développer suffisamment son intelligence pour jouir de la société de ses semblables ; il peut avec avantage s'adonner aux

(0 PhysiologU des iourds-mwts, p. 75 et suiv.

travaux manuels de rindustrie humaine; il peut enfin réunir toutes les conditions d'un bon citoyen. Quant à devenir un savant (ce qu'il ne cherche généralement pas), dans quelque branche des connaissances humaines, cela n'est pas possible, par cette raison bien simple que, pour s'assimiler* toutes les notions renfermées dans une science, il faudrait d'abord créer les signes mimiques capables de les représenter.

Après avoir caractérisé la nature du mouvement-signe, après avoir formulé les lois qui président à sa formation, après avoir distingué ce qui est lui de ce qui n'est pas lui, après avoir indiqué enfin les différentes sources où l'intelligence va le chercher, il semble que nous ayons épuisé tout ce qu'il est utile de dire sur ce sujet. Il n'en est rien cependant, et plus on étudie cette question intéressante, plus on trouve qu'elle a de l'importance et de l'étendue.

Le mouvement-signe n'est pas destiné à vivre seul ; il ne devient réellement quelque chose qu'après s'être associé à d'autres mouvements de son espèce pour concourir sous cette forme à l'évolution de la pensée.

Signe-langage. — Nous donnons le nom de signe^langage à l'ensemble des mouvements-signes associés dans un but commun.L'association des mouvements-signes entre eux se fait selon certaines lois qui dépendent elles-mêmes de la nature particulière du mouvementrsigne. C'est à l'ensemble de ces lois que nous donnons le nom de génie spécial du langage^ réservant le nom de génie spécial des langues à l'ensemble des lois qui président à l'association des mots d'une même langue. Nous allons examiner séparément le génie spécial du langage parlé et celui du langage mimique.

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