DU REVE
L'explication du rêve est renfermée tout entière dans la distinction que nous avons établie entre la perception simphy phénomène vital organiquement représenté par les divers centres des couches optiques, et la perception-notion, phénomène vilaï représenté organiquement par une modalité particulière des cellules de la périphérie coylicale et pouvant, par son activité propre, réveiller dans les couches optiques le phénomène petxeption de souvenir.
Le rôve, en effet, n'est autre chose que l'activité fonctionnelle du cerveau en l'absence de la participation du centre de perception aux causes impressionnantes actuellet.
Pendant le rôve, les couches optiques n'obéissent plus au mou* vement impressionneur venu de l'extérieur ou de la profondeur même des organes ; sous l'influence possible de ces causes impressionnantes, le phénomène perception ne se produit pas et pour deux raisons : la première, c'est que les organes des sens endormis ne transmettent pas ou transmettent un mouvement impressionneur très-faible ; la seconde, c'est que les centres optiques fournissent difficilement leurs propriétés organiques, c'est-à-dire le phénomène perception»
Cependant l'homme qui rôve perçoit et parfois même il perçoit d'une manière très- vive. Comment ce fait s'explique-t-il en admettant les conditions que nous venons de formuler touchant le sommeil du centre de perception?
Dans l'état de veille, le centre de perception se borne à percevoir; cette perception est un phénomène vital simple qui ne laisse aucune trace matérielle dans l'organe qui en est le siège (couches optiques) ; aussi la perception simple n'est pas le dernier terme des transformations du mouvement impressionneur. Des couches optiques le mouvement perception se dirige vers la périphérie corticale, où il laisse une empreinte durable sous forme de modalité dynamique ; c'est cette modalité qui représente la perception-notion, c'est-à-dire la perception distinguée et classée définitivement parmi les acquisitions cérébrales. Or la perception
REPOS DE LA Yl£ FOiîCTipîINJELLE DU CERVEAU. 805
notion n'a pas la faculté d'être par clle-môme centre de perception^ ou, en d'autres termes, de donner par elle-même naissance au phénomène perception : si elle avait cette faculté, nous serions incessamment en présence de toutes nos perceptions, ce qui n'est pas et ce qui ne serait pas possible. Un mécanisme indispensable préside à la transformation de la peireption-notion en perception simple, c'est-à-dire en une chose sentie dans le centre de perception. Ce mécanisme est celui de la mémoire et résulte, d'un côté, de liens qui unissent entre elles toutes les cellules de la périphérie corticale, de l'autre des liens anatomiques qui unissent les cellules périphériques aux couches optiques. Grâce à ces liens et sous l'influence seule de l'activité des cellules périphériques, les cellules des couches optiques peuvent entrer en activité et donner naissance au phénomène vital de la perception. C'est ainsi que les couches optiques peuvent être mises en activité sous une influence distincte de celle des organes des sens, et que, pendant le sommeil de ces derniers, pendant que l'homme est endormi, elles peuvent percevoir non-seulement des images, mais entendre les signes du langage, les comprendre et en être vivement impressionnées.
Ainsi donc, pendant le rêve, l'activité du centre de perception, représenté par les couches optiques, n'est plus réveillée par les impressions actuelles^ c'est-à-dire par celles qui lui arrivent par la voie des nerfs impressionneurs, mais par les perceptions-notions classées et localisées dans les cellules de la périphérie corticale.
Mais, dira-t-on, comment ces cellules entrent-elles en activité pendant le repos du centre de perception ? Quel est leur excitant fonctionnel ?
Plusieurs causes peuvent provoquer directement ce réveil : la première est un état de suractivité organique, localisée dans une portion quelconque de la périphérie corticale et provoquée soit par une préoccupation très-vive pendant la veille, soit par une impression très-vivement sentie. A un degré plus élevé, cet ordre de causes produit Y hallucination^ qui n^est autre chose que ie rêve pendant l'état de veille,
La seconde cause est une impression actuelle provenant de la profondeur de nos organes ou du monde extérieur, passant à tra-
806 PRINaPE DES DÉTERMINATIONS DB VBOUM.
Ters les couches optiques sans déterminer leur activité, et arrivant jusqu'aux cellules de la périphérie corticale. Ces dernières se trouvant ainsi réveillées, réveillent à leur tour des perceptions de souvenir dans le centre de perception.
A ce sujet, on ne manquera pas de nous adresser robjection suivante : comment se fait-il que le mouvement impressionneur soit incapable de réveiller directement les couches optiques en passant à travers leur tissu et que ce même mouvement, transformé en notion, puisse, après avoir parcouru un long circuit, réveiller dans ces mêmes couches la perception de souvenir? A cela nous répondrons : l'activité réelle des couches optiques exige pour entrer en jeu une modification profonde, persistante, tandis que l'activité qui prête son concours au souvenir est faible, fugace, rapide ; c'est à peine si la modalité des cellules optiques est modifiée. C'est d'ailleurs au peu d'énergie, au peu d'efQcacité de ce travail matériel, qu'il faut attribuer l'impossibilité oti nous sommes de retracer la plupart de nos rêves dans le champ de la mémoire.
Les rêves les plus étendus, les plus longs pour celui qui rêve, ont une durée à peine appréciable qui se mesure à la durée d'un éclair. C'est une traînée lumineuse projetée de la périphérie corticale qui passe sur les couches optiques et disparait.
Le plus souvent, le rêve se produit sous l'influence directe de l'activité spontanée de la couche corticale ; lorsqu'il est provoqué par une autre cause, par une cause qui est transmise aux couches optiques par la voie des nerfs impressionneurs, il n*est pas complet : dans ces circonstances on a, pour ainsi dire, le double sentiment de l'état de rêve et de l'état de veille. Cela tient à ce que les couches optiques sont en partie réveillées par les impressions actuellei.
Après avoir établi les conditions physiologiques qui président à la production du rêve, il n'est pas de phénomène se rapportant à cette question et considéré jusqu'ici comme inexplicable, dont nous ne puissions donner une raison suffisante. Ainsi, par exem* pie, comment expliquer ces conceptions imaginaires, fantastiques, se succédant dans l'ordre le plus bizarre ? Gomment s'expliquer ces représentations variées de tableaux champêtres ou terrifiants? Gomment expliquer enfin la présence d'une cer-
laine conscience et d'une certaine volonté au milieu de ces perceptions et de ces actes auxquels président le silence et Timmobilité 1
Tous ces phénomènes s'expliquent par la condition essentielle du sommeil, c'est-à-dire par l'absence de participation du centre de perception aux impressions provenant de la profondeur des organes ou du monde extérieur, et par la possibilité où se trouvent les cellules de la périphérie corticale d'entrer en activité, et de réveiller dans les couches optiques des perceptions de souvenir.
Si l'on a bien saisi notre pensée lorsque nous avons expliqué le développement et l'origine du moi percevant et pensant et du moi conscient, on doit savoir que l'unité psychique n'a conscience d'elle-même que dans certaines conditions déterminées : il faut qu'en môme temps que le centre de perception est impressionné par une cause extérieure, il sente la possibilité de pouvoir être impressionné d'une autre façon, et il n'a ce sentiment que par le souvenir plus ou moins vif, plus ou moins présent de ce qui a pu l'impressionner dans d'autres conditions. D'oîi il suit que l'activité simultanée des couches optiques et des cellules de la périphérie corticale est indispensable pour que le moi ait conscience et dirige avec conscience et volonté ses propres actes.
Lorsque les couches optiques ne répondent plus aux excitations extracérébrales, qu'arrive-tril ?
La périphérie corticale, représentant les notions classées, peut entrer en activité ; mais comme le centre de perception n'est plus là pour diriger cette activité au moyen des impressions extérieures qui donnent au moi le sentiment de la réalité , le réveil des notions classées à la périphérie se fait sans ordre, sans mesure, et donne naissance à une série de perceptions non moins bizarres par leur nature que par leur enchaînement.
Pendant ce temps, le cen\re de perception, réveillé par des notions de souvenir, assiste réellement à cette reproduction ; il voit, il entend réellement, il a le sentiment et la conscience ; mais comme cette conscience n'est pas éclairée par la perception des impressions extracérébrales et que la comparaison entre le subjectif et l'objectif n'est pas possible, elle est trompeuse comme le rôve lui-même, ou, pour mieux dire, elle est la conscience du
608 PRINaPK DES DÉTERMINATIONS DE L'HOMME.
rôve et non celle de la réalité : l'une s'exerce à la suite de perceptions imaginaires, enchaînées plus ou moins logiquement, l'autre s'exerce à la suite de perceptions actuelles et de souvenir se succédant dans un ordre logique, et judicieusement comparées entre elles.
En d'autres termes, la conscience et la volonté du moi rêvant se produisent par un mécanisme analogue à celui qui leur donne naissance pendant la veille ; mais les éléments sur lesquels l'activité psychique s'exerce ne sont pas les mômes dans l'état de rêve et dans l'état de veille : dans le rôve, l'activité psychique s'exerce exclusivement sur des notions acquises disséminées et classées à la périphérie corticale ; dans le réveil, l'activité psychique s'exerce tout à la fois sur ces notions acquises et classées, et sur les perceptions actuelles transmises au cerveau par les nerfs impressionneurs.
Bu somnambulisme. — Le somnambulisme n'est autre chose que l'état de rôve complété par des mouvements. Pendant le rôve, tous les phénomènes s'accomplissent dans l'espace limité d'un côté par la périphérie corticale, de l'autre par les couches optiques.
Dans le somnambulisme, un élément nouveau intervient : ce sont les corps striés. C'est en provoquant l'activité de ces centres de mouvements que les conceptions du rôve sont transformées en actes et que le somnambule revôt toutes les apparences d'un ôtre éveillé. Une seule chose dort chez lui : c'est le centre de perception dans ses rapports avec les causes impressionnantes actuelles et arrivant aux couches optiques à travers les nerfs impressionneurs.
Ce sommeil seul suffit pour enlever au somnambule la conscience de la réalité, et pour lui permettre ainsi d'accomplir des actes que l'état de veille rendrait bien difBciles. *