‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 29 sur 197 · DES HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX · texte numérisé non relu

DES HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX

festation expressive et variable d'un même principe. Le moi faculté a été inventé pour faciliter le classement méthodique des diverses capacités de l'esprit humain ; elles représentent l'action, variable selon l'instrument, du principe pensant sur la matière, et pas autre chose.

Cependant il ne faudrait pas croire que l'idée des localisations soit nouvelle et que Gall l'ait inventée.

Galien plaçait Vesprii vital dans les ventricules du cerveau, et, selon lui, la glande pinéale ferait office de portier; Willis plaçait le sensorium commune dans les corps striés ; Lapeyronnie faisait du corps calleux le siège de l'&me, et Descartes la plaçait dans la glande pinéale. Toutes ces inventions de principes localisés ne prouvent qu'une chose : l'impuissance des physiologistes à expliquer le mécanisme des actions nerveuses par lesquelles se manifestent les opérations de l'esprit humain. Lorsque la physiologie invente des organes-archées, elle fait preuve d'ignorance ; et pour se déguiser à elle-même son incapacité elle emploie le procédé qui fut de tout temps employé dans des circonstances analogues : elle invente un mot qui lui tient lieu de ce qu'elle ne sait pas. Nous devons par conséquent nous détourner de cette voie, et examiner s'il ne serait pas possible, par une interprétation plus judicieuse des faits anatomiques, des faits pathologiques et de l'expérimentation physiologique, de découvrir le mécanisme que nous cherchons. Dans tous les cas, cette recherche nous conduira à la découverte des propriétés physiologiques des éléments du cerveau.

Comme nous l'avons vu p. 107, les lobes cérébraux sont constitués à l'extérieur par une couche de substance grise et à Tinté* rieur par un amas de substance blanche ; nous examinerons séparément ces deux parties.

Substance grise. — Comme partout ailleurs, la substance grise qui enveloppe les hémisphères cérébraux est inexcitable : on peut la lacérer , la brûler, l'irriter de toute façon sur un animal vivant, sans déterminer la moindre trace de mouvement ; de sorte que, ne pouvant pas provoquer directement l'action physiologique de cette substance, nous sommes tenus de demander à l'anatomie et aux observations pathologiques le secret de ses propriétés physiologiques.

lâO PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES.

D'après M. Luys, la couche la plus extérieure de la périphérie corticale serait composée de petites cellules, analogues à celles qu'on trouve dans la corne postérieure de la moelle ; les couches profondes seraient composées, au contraire, de grosses cellules, analogues à celles des cornes antérieures dé Taxe médullaire (1).

M. Luys a conclu de l'analogie de formes et de dimensions à l'analogie de fonctions : les impressions seraient transmises aux cellules de la périphérie, et ces dernières réagiraient à leur tour, au moyen de leurs prolongements, sur les cellules homologues et sur les cellules profondes. La communication du mouvement impressionneur aux cellules homologues expliquerait, selon M. Luys, la généralisation des impressions, la formation et l'association des idées. Quant à la mémoire, toujours d'après le même auteur, elle serait due à la propriété spécifique que possède la cellule d'emmagasiner l'influx nerveux et de reproduire la modification spécifique qu'elle a subie sous l'influence de la cause excitatrice primitive (2).

Dans cette théorie, le rôle des grosses cellules consisterait à recevoir le résultat de l'activité des cellules périphériques, à transmettre cette nouvelle modalité aux cellules des corps striés, qui, par l'intermédiaire des fibres des faisceaux spinaux antérieurs, avec lesquelles elles sont en rapport, transmettraient Tincitation aux mouvements volontaires. En d'autres termes, la volition des mouvements ne serait « qu'un phénomène secondaire de l'activité cérébrale doué d'un caractère subordonné et lié plus ou moins intimement à l'arrivée préalable des impressions sensorielles et aux opérations de jugements qu'elles entraînent à leur suite (3). n

La manière dont M. Luys a compris la physiologie cérébrale est déjà un progrès sur les idées localisatrices ; à la place d'organes complaisants, chargés de former de toutes pièces les opérations de l'esprit, il fait intervenir le dynamisme fonctionnel des éléments histologiques. Cependant il manque à ces idées ingénieuses la démonstration expérimentale, qui seule pourrait les

(1) Luys^ Recherchei sur le système nerveux cérébrO'Sfinalt p. 351.

(2) LuyB^ (oc. ci/., p. 366.

(3) Luys, toc. cit. , p. 38i .

Page 1