‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 40 sur 197 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Gall et les locaiisatenrs. — Influence f&cbeuse du système des localisations cérébrales snr les progrès de la science.

En parlant des propriétés physiologiques du système nerveux, nous avons déjà résolu ces questions par la négative (voir p. 148). Nous avons démontré en effet que, de toutes les expériences pratiquées pour démontrer l'existence des localisations cérébrales, on ne pouvait raisonnablement conclure : i^ que probablement les impressions de toute nature sont perçues au niveau des amas de substance grise qui entourent la substance blanche du cerveau et du cervelet, et que certains groupes de cellules sont spécialement affectés à chaque impression sentie ; ^ que les incitations aux mouvements corrélatifs aux impressions senties prennent naissance au niveau du groupe de cellules qui représentent organiquement la perception de ces impressions.

Ces conclusions, ratifiées par les observations pathologiques^ résument tout ce que nous savons touchant le siège des fonctions cérébrales. Ce résultat, bien mince en apparence, est assurément très-précieux si nous savons nous en servir ; nous devons pour cela nous dépouiller de Finfluenco possible des localisateurs et des localisations, telles que les entendent les sectateurs plus ou moins déguisés de Gall. Il faut, à ce sujet, se tenir d'autant plus sur ses gardes, qu'au premier abord cette doctrine simplifie tous les problèmes de la physiologie cérébrale. Il est si commode d'inventer des archées, des êtres de raison chargés de faire tout ce qui serait au-dessus de nos forces, et au-dessus de nos moyens d'investigation I Avant de se payer de mots, la vraie science doit se préoccuper de savoir s'il ne lui est pas possible de faire entrer dans son domaine les prétendus demi -dieux, fils de l'ignorance.

Gall. — Gall n'a pas inventé les localisations cérébrales ; Descartes, avant lui, avait localisé l'âme dans la glande pinéale ; mais il est juste de dire que personne n'avait développé et systématisé ridée localisatrice, au point de fa mettre aux lieu et place delà physiologie cérébrale.

L'erreur de Gall vient de ce que, prenant des mains des philosophes l'âme avec tous ses attributs, il a prétendu trouver dans la masse cérébrale un organe particulier et préposé à la manifestation de ces derniers. Il a considéré chacun des attributs dénommés comme autant de fonctions, et, assimilant ces fonctions à celles de la vie nutritive, il a cru devoir leur donner, comme à ces dernières, un organe particulier. Tel est le point de départ du système de Gall. Tout repose sur cette base fragile, idéale, et assez séduisante pour en avoir imposé aux critiques mêmes du sjrstème. Gall en effet a été pris au sérieux par les physiologistes les plus éminents, qui ont eu le tort de ne songer qu'à démontrer anatomiquement la non-existence des localisations. Ce moyen critique était long, laborieux, et, pour tout dire, impossible ; aussi n'a-t-il converti qu'un très-petit nombre de croyants, et l'on trouve encore aujourd'hui des adeptes très-décidés du système de Gall.

A notre avis, Gall aurait pu être combattu avec plus de succès, si Ton se fut borné à lui demander des explications sur le point de départ même de son système, car il est évident que si on en accepte les prémisses, tout est possible. De déductions en déductions on arrive en effet à créer une hiérarchie de fonctions cérébrales ayant chacune un organe particulier pour ses manifestations, et l'on ne voit pas où l'esprit humain, si fécond en choses imaginaires, pourrait s'arrêter dans cette voie. Que doit-on entendre par facultés intellectuelles et morales ? Quelle différence y a-t-il entre une faculté et une fonction ? Tels sont les points que l'on aurait dû éclaircir tout d'abord. Il est évident pour nous que ces deux expressions ont été confondues jusqu'ici, et que là est l'origine de toutes les erreurs de Gall. « Une fonction suppose toujours l'existence d'un organe : pour faire de la bile il faut un foie, pour faire de la salive il faut des glandes salivaires, et conséquemment, pour faire des actes intellectuels, moraux et déterminés, il faut des organes spéciaux dans la masse cérébrale. » C'est ainsi que parlait Gall ; c'est ainsi que parlent encore ses partisans. Il est aisé de voir, d'après ce langage, que pour eux les facultés comme les fonctions sont le résultat d'organes sécréteurs, et qu'entre la faculté et la fonction il n'y a qu'une différence de degré dans la hiérarchie fonctionnelle. Dans le

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