‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 43 sur 197 · GALL ET LES L0CAL1SAT£URS · texte numérisé non relu

GALL ET LES L0CAL1SAT£URS

suffisantes eu physiologie, comme nous allons du reste le dé* montrer.

Une voyon&-nous de saillant dans les expériences de Flourens ? Un pigeon auquel il enlève le cervelet par tranches. « Ce pigeon, dit- il, ne se meut plus d'une manière coordonnée ; cependant il marche, il saute, mal, il est vrai, et comme un animal ivre, mais enfin il se meut. » Flourens conclut de cette expérience, répétée de diverses manières et donnant toujours les mêmes résultats, c'est-à-dire une certaine disharmonie dans l'exécution des mouvements, qu'il existe dans le cervelet un principe coordinateur, chargé d'organiser les divers mouvements et de les coordonner en mouvements d'ensemble.

Les faits de l'expérience ne légitiment nullement cette conclusion. Flourens et les partisans dès localisations admettent que le siège de l'intelligence et de toutes ses facultés réside exclusivement dans les lobes cérébraux; or qu'est-ce qu'un principe coordinateur des mouvements , sinon un principe intelligent? C'est lui en effet qui donne à tous nos mouvements le cachet de l'intelligence, et sans lui l'intelligence, qu'on localise exclusivement dans les lobes cérébraux, serait un principe inintelligent^ puisque livrée à elle-même elle ne saurait provoquer que des mouvements désordonnés, déraisonnables. Nous avons vu en effet dans toutes les expériences de Flourens que l'animal privé de son cervelet avait la démarche d'un animal ivre, et ne manifestait au dehors la vie intelligente que par des mouvements inintelligents. Si les partisans des localisations eussent fait ces réflexions, ils auraient vu qu'elles se concilient difScilement avec leur manière de voir.

Pour nous, nous ne reconnaissons l'intelligence que là où elle se manifeste par des mouvements intelligents. Si donc, en enlevant le cervelet, l'animal est incapable de manifester son intelligence par des mouvements intelligents, nous en concluons que le principe intelligent est dans le cervelet et non pas dans les lobes cérébraux. L'expérience portant non plus sur le cervelet mais sur les lobes cérébraux, nous donne un résultat et des conclusions identiques. En supprimant en effet les lobes cérébraux sur un animal, on peut provoquer chez lui, quand on l'excite, des mouvements réguliers, coordonnés, intelligents en un mot ; par

conséquent l'intelligence coordinatrice se trouve dans le cervelet et non dans les lobes cérébraux.

On objectera peut-être à ce raisonnement que l'intelligenoe veut seulement et que le cervelet coordonne. Le cervelet serait ainsi le chef de gare qui organise les trains et les dirige vers leur destination. Mais qu'est-ce qu'un principe paresseux, qui se contente de dire : Je veux, et qui laisse aux autres le soin d'organiser avec intelligence y de coordonner enfinîles mouvements qui doivent manifester cette volition? Où est l'intelligence? Est-elle dans cette volition, inintelligente puisqu'elle ne sait pas par elle-même manifester convenablement sa nature, impuissante puisqu'elle a besoin d'un major général qui organise pour elle ce qu'il y a de plus intelligent dans la volition, c'est-à-dire l'exécution intelligente des moyens qui doivent lui donner une réalité sensible ?

De deux choses l'une : ou bien le cervelet est un organe passif, composé de plusieurs arrangements de cellules présidant à l'accomplissement des divers mouvements de locomotion, mouvements qui dès lors doivent s'accomplir fatalement et toujours de la même manière, sous l'influence de l'excitation de la volonté, sans que celle-ci puisse jamais modifier cette exécution, puisqu'elle ne coordonne pas ; ou bien c'est un organe intelligent qui, par lui-môme et sous l'influence seule de la volonté, peut organiser, coordonner les mouvements les plus complexes, les associer avec indépendance de mille manières différentes , faire office enfin de principe intelligent. Dans le premier cas, nous voyons un mécanisme invariable dans sa constitution comme dans ses effets, dont la volonté met en jeu les différentes parties selon les effets qu'elle veut produire. L'intelligence logée dans les lobes cérébraux est dans ce cas toute-puissante, une, et son activité s'exerce sur la matière seule et non sur un principe intelligent subordonné. Mais comme l'intelligence est impuissante à coordonner elle-même, il en résulte que sa puissance est très-limitée, ses moyens très-restreints, et qu'elle ne pourra jamais manifester son activité que par les mêmes mouvements, par les mouvements réglés d'avance dans les divers compartiments de la substance cérébelleuse.

Dans le second cas, l'intelligence perd son unité et partage le pouvoir avec un principe qui présente avec elle une grande simi-

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litude, mais qui est distinct, puisqu'on prétend qu'il fait ce que l'intelligence ne peut pas faire : coordonner les mouvements. 11 est vrai que Flourens n'accorde à ce principe que le soin de coordonner les mouvements de locomotion, le saut, le vol, la nage, etc.; mais ces mouvements constituent la majeure partie de la mécanique animale et ce sont eux qui plus tard seront la base de la mécanique industrielle et artistique de la vie intelligente de l'homme. Par conséquent on a tort de localiser exclusivement l'intelligence dans les lobes cérébraux; et, à tant faire, on aurait bien pu en laisser quelque peu dans les hémisphères du cervelet.

Les contradictions flagrantes, les appréciations fausses des faits de l'expérience que nous venons de signaler, montrent le peu de solidité des arguments sur lesquels les localisateurs ont édifié leur doctrine et réduisent celle-ci à néant.

Flourens, Bouillaud et les autres localisateurs sont des adeptes de Gall qui, en reniant les exagérations de ce grand physiologiste, n'ont pas pu s'empêcher de porter dans leurs travaux les fruits dont le novateur avait jeté la graine. Il était assez facile de démontrer que les casiers cérébraux de Gall n'existent pas; mais, l'idée localisatrice appliquée, amplifiée, et nullement inventée par lui, présente quelque chose de si séduisant et simplifie d'ailleurs si bien la physiologie cérébrale, qu'on comprend l'enthousiasme et la méprise de ses partisans. Flourens en particulier se défend des idées localisatrices de Gall, qu'il trouve absurdes ; mais, en somme, a-t-il fait autre chose que son prédécesseur? Non, il a émondé le système, il l'a réduit à sa plus simple expression ; au lieu de vingt cases, il en a laissé subsister trois : les lobes, le cervelet et le nœud vital. C'est trop ou pas assez. Trop, si Flourens admet un principe unique; pas assez, s'il en admet plusieurs. Dans cette manière de faire la physiologie, nous voyons clairement la tendance antique qui nous pousse à mettre une puissance, un principe, partout où notre esprit impuissant est arrêté parles difficultés des problèmes do la vie. C'est un moyen commode assurément, mais qu'il serait bon de remplacer aujourd'hui. Lorsque de tous côtés nous voyons les eff'orts des savants tendre vers la simplification et l'unification des forces de la nature, on voudrait soumettre les actes de l'homme à des influences supérieures,

iSg FONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX.

créer pour sa grandeur des principes multiples et faire de son petit corps un temple de divinités païennes. Impuissance et vanité, telle est, à notre avis, la mesure de ces efforts.

Tout dans l'homme converge vers l'unité; un seul principe anime notre machine, et si pour comprendre cette unité sublime on a fait intervenir des forces secondaires, ce n'est pas une raison pour en mettre l'invention sur le compte de la nature. Ces inventions d'ailleurs, il est aisé de le démontrer, échappent à toute démonstration raisonnée et sont, comme on le verra bientôt, tout à fait contraires à une saine interprétation des faits de l'expérience.

Il ne suffit pas d'avoir démontré Terreur, nous devons à notre tour chercher les éléments matériels des fonctions cérébrales, car il en existe, c'est certain ; et si nous ne prétendons pas expliquer le principe qui les anime, nous essayerons du moins de faire connaître les effets qui résultent de l'union de ce principe avec la matière, en déterminant le mécanisme général selon lequel se produisent les fonctions cérébrales. Mais comment y parvenir? Dès le début de ce travail, nous avons constaté que l'anatomie du cerveau était loin d'avoir dit son dernier mot, et que se laisser guider exclusivement par elle c'était s'exposer à tomber dans Terreur des localisateurs, avec cette différence cependant que ces derniers ont fait le roman anatomique de la psychologie, tandis que les anatomistes, livrés à leurs propres ressources, ne peuvent . faire que le roman psychologique de Tanatomie. C'est pour éviter de tomber dans l'un ou l'autre de ces deux écueils que nous avons entrepris de poser le problème sur de nouvelles bases, et que nous avons cherché à le résoudre d'après de nouveaux principes : persuadé que le mécanisme de Tévolution fonctionnelle est le môme pour tous les organes, et que s'il se présente à nous avec des apparences distinctes cela tient aux propriétés organiques distinctes pour chaque organe en particulier, nous nous sommes appliqué à faire la part de ce qui est à la vie organique et de ce qui appartient à la vie fonctionnelle. Cette division féconde, en nous obligeant à analyser tous les mouvements de la vie, à les caractériser, à préciser le mécanisme de leur production, nous a permis d'établir les lois qui président à Tévolution fonctionnelle de tous les organes. Ces lois, vraies pour le foie comme pour le

poumon et le cerveau, sont si bien l'expression de la vérité, que par leur seule application on peut faire à priori la physiologie d'un organe quelconque, pourvu que l'on connaisse ses propriétés organiques. Cependant nous ne voulons pas profiter do cette possibilité et subordonner en aucune fiiçon la question anatomique aux résultats de l'analyse physiologique. Dans ce qui va suivre, nous allons analyser au point de vue anatomique et physiologique les éléments matériels qui entrent en jeu dans l'exercice des fonctions du système nerveux, et nous préparerons ainsi la voie qui doit nous conduire à la solution du problème qui nous oc cupe.

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