‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 44 sur 197 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Nature et détermination des fonctions du système nerveux.

Pour conduire plus facilement notre lecteur vers la détermination difficile dos fonctions du svstème nerveux, nous crovons devoir rappeler ici quelques vérités que nous avons déjà eu le soin de démontrer :

!• Toute fonction est constituée par la transformation de la matière fonctionnelle d'un organe en mouvements fonctionnels, sous l'influence d'un excitant et par l'intermédiaire des nerfs impressionneurs.

2" Tout organe jouit d'une vie organique particulière, qu'il doit à la nature de son tissu et qu'il ne faut pas confondre avec la vie fonctionnelle.

Par la première l'organe continue de vivre sans autre but que sa propre vie ; par la seconde l'organe met le résultat de sa propre vie en communication avec les mouvements des autres organes de la vie, par l'intermédiaire des mouvements fonctionnels. Exemples : le cœur par sii vie organique conserve à ses fibres la propriété do se contracter, et par sa vie fonctionnelle il se contracte sur le fluide sanguin pour le chasser au loin ; le cerveau par sa vie organique conserve à ses éléments les propriétés de percevoir et d'exciter la fibre musculaire ; par sa vie fonc-

lionnelle il transforme les perceptions en incitations motrices. Le cerveau, en tant qu'organe vivant, perçoit et se souvient ; en tant qu'organe fonctionnel, il transforme la perception et le souvenir en incitations motrices.

Il semblera peut-être à certaines personnes que les actes intimes de la pensée échappent à cette règle ; cela tient à ce que ces personnes ne connaissent pas encore le mécanisme de la pensée que nous ferons connaître plus loin.

3* Malgré l'apparente multiplicité de ses fonctions, et contrairement aux divisions artificielles que les anatomistes ont prétendu introduire dans sa description, le système nerveux est un. Analogue en cela au cœur et à ses dépendances, il est formé de différentes parties qui ont un rôle fonctionnel bien déterminé; mais ce rôle fonctionnel, dans les conditions physiologiques, n'est possible qu'avec le concours plus ou moins direct des autres parties du système nerveux. Le ventricule gauche n'a pas le môme but fonctionnel que le ventricule droit; mais ces deux parties du même organe concourent l'une et l'autre, d'une manière indispensable, à l'intégrité de la fonction du cœur; de même les hémisphères du cerveau et la moelle n'ont pas le même but fonctionnel ; mais ces deux parties concourent l'une et l'autre, d'une manière indispensable, à l'intégrité des fonctions nerveuses. Coupez une petite veine, le sang jaillira, mais bientôt vous pourrez l'arrêter; la vie du système sanguin ne sera pas compromise. Coupez au contraire un gros vaisseau, la veine cave, et la vie fonctionnelle du système sanguin sera détruite. De même, coupez un nerf, le résultat sera peu de chose au point de vue de l'ensemble ; mais si vous coupez la moelle au-dessus du bulbe rachidien, vous aurez éteint la vie fonctionnelle du système nerveux.

En d'autres termes, bien que les diverses parties du système nerveux aient un rôle fonctionnel distinct,on ne doit pas exagérer l'influence de cette distinction et croire que la .vie fonctionnelle, dans une partie, pourra s'exercer d'une façon indépendante des autres parties. Nous croyons et nous prouverons bientôt que quelques-unes de ces parties réunissent tous les éléments nécessaires pour constituer une fonction : excitant fonctionnel, matière fonctionnelle et mouvements fonctionnels; mais tout en admettant la

fonction, nous ne dirons pas, avec la généralité des physiologistes, que ces fonctions ont un rôle tout à fait indépendant des autres parties du système ner\'eux. Non, dans le système nerveux comme dans les autres systèmes, les activités fonctionnelles des diverses parties sont unies par des liens nécessaires; elles s'influencent mutuellement, et en définitive elles concourent individuellement à la manifestation fonctionnelle du système nerveux.

4<» Il ne faut point perdre de vue que la vie fonctionnelle en général a pour but de mettre le résultat de la vie de chaque organe en présence du résultat de la vie des autres organes, et que, dans le conflit de ces divers mouvements, il est facile et possible de faire quelque méprise. Il est indispensable de se mettre en garde contre cette cause d'erreurs, qui a conduit la plupart des physiologistes à confondre la fonction propre du tissu nerveux avec les fonctions nerveuses de la vie de relation.

Les considérations qui précèdent ont une importance de premier ordre, et nous ne négligerons pas de les développer quand l'occasion s'en présentera. Nous les utiliserons tout d'abord pour déterminer le nombre des fonctions intrinsèques du système nerveux.

ARTICLE I

Nous désignons sous le nom de fonctions intrinsèques les fono tions nerveuses résultant de l'activité propre du tissu ner^'eux, et considérées non plus dans leur association avec d'autres fonctions, mais en elles-mêmes, nous réservant d'ailleurs le soin de signaler et d'utiliser les liens qui unissent l'activité fonctionnelle du tissu nerveux à celle des autres tissus vivants.

Considérant que les fonctions ne sont autre chose, comme nous l'avons démontré, que la mise en activité, dans un but déterminé, des propriétés physiologiques d'un organe, nous devons nécessairement faire intervenir ici dans leur ordre naturel les notions que nous avons formulées dans le chapitre consacré aux propriétés physiologiques des diverses parties du système nerveux.

En conséquence nous examinerons d'abord si l'activité physiologique des nerfs mérite le nom de fonction.

ÉD. FOURNIE. — Syst. nerv. i i

g I. «^ Y A-T-IL UNE OU PLUSIEUB8 FONCTIONS DES NERFS?

Nous avons reconnu une propriété physiologique distincte à chaque ordre de nerfs : rjm/?re5A'ionnaéiYi7^ aux nerfs impressionneurs; la motricité aux nerfs moteurs. Ces propriétés entrent en activité sous Tinfluence d'un excitant ; mais cet excitant, condition fonctionnelle indispensable, n'est pas transmis aux nerfs par des nerfs impressionneurs. Ici l'impression est plus ou moins directe sur le tissu nerveux. Cela est évident pour les nerfs impressionneurs ; quant aux nerfs moteurs, ils reçoivent leur excitation d'une cellule médullaire quelconque.

Les nerfs sont des éléments fonctionnels fournissant leurs propriétés physiologiques à d'autres fonctions; mais par eux-mêmes ils ne constituent pas une fonction.

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