‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 47 sur 197 · IV. — Y A-T-IL UNE OU PLUSIEURS PONCTIONS DU CERVEAU · texte numérisé non relu

IV. — Y A-T-IL UNE OU PLUSIEURS PONCTIONS DU CERVEAU

Disons d'abord que sous le nom de cerveau nous voulons parler des hémisphères cérébraux, et du noyau de l'encéphale réunis. Les éléments qui composent et qui unissent ces parties afiectent entre eux des rapports tels, qu'il n'est pas possible de les analyser séparément au point de vue qui nous occupe.

Afin d'éviter des répétitions et dans le but d'être mieux compris dans la détermination des fonctions cérébrales, nous avons réservé pour ce moment quelques considérations qui auraient dû paraître dans le chapitre consacré à la vie organique du système nerveux (p. 39). Ces considérations en effet complètent ce que nous avons dit touchant la vie organique de l'encéphale.

Cerveau vivant. — Analogue en cela à tous les organes, le cen'eau puise dans le sang les matériaux de son entretien, et il conserve ainsi l'intégrité de ses propriétés organiques. Or ces propriétés organiques ne deviennent propriétés physiologiques

(1) Voir plus loin le chapitre consacra h la fonction cérfbollo-motricc.

que sous Tinfluence de l'excitant fonctionnel ; en d'autres termes, le cerveau ne devient organe percevant (propriétés organiques) que sous l'influence de l'excitant fonctionnel (impression). Mais qu'est-ce qu'une perception organiquement parlant? ce ne peut être qu'une modification dynamique des cellules cérébrales, car il n'existe aucune différence matérielle sensible entre une cellule qui a perçu, et une autre qui n'a pas perçu. D'ailleurs, si la perception était constituée par une modification matérielle persistante, la perception elle-même serait en permanence et le souvenir n'existerait pas. La perception est donc une modification dynamique passagère et capable, sous l'influence de certaines causes, de se reproduire et de donner ainsi naissance au souvenir. Dans ces conditions, toute cellule qui a déjà donné lieu à une perception forme un instrument organique modifié dynamiquement et capable de fournir, sous l'influence de l'excitant fonctionnel, une matière fonctionnelle différente de celle que fournirait la même cellule non modifiée déjà par une perception. Il suit de là que [les perceptions de toute nature sont de véritables acquisitions cérébrales, qu'elles sont l'aliment indispensable de l'activité fonctionnelle du cerveau, et qu'elles représentent, en un mot, la matière fonctionnelle de cet organe.

Analogue à d'autres organes, au foie par exemple, le cerveau s'alimenterait ainsi à deux sources différentes, selon qu'il entretient sa vie organique ou sa vie fonctionnelle. Le foie entretient sa vie organique avec le sang que lui apportent les artères hépatiques; il entretient sa vie fonctionnelle avec le sang de la veine porte. De même, le cerveau puise dans le sang les éléments nécessaires à sa vie organique, et il complète le développement de ses instruments par les perceptions de toute nature qu'il subit : le sang fournit aux éléments du cerveau le moyen de vivre et de se maintenir en état de transformer le mouvement impressionneur en perceptions ; tandis que les perceptions lui fournissent un dynamisme, un modus agendi qui constitue réellement la richesse de la matière fonctionnelle. Il suit de là que ni la perception ni la mémoire ne peuvent être considérées à titre de fonctions du cerveau ; la perception est le màdus vivendi particulier de certaines cellules cérébrales sous l'influence de l'aliment spécial dont elles se nourrissent; la mémoire n'est que la reproduction de

ce môme modui viuendi dans certaines conditions déterminées.

Si les considérations qui précèdent n'éclairent pas suffisamment la religion du lecteur, nous l'engageons à lire comme complément le chapitre que nous consacrons plus loin à la perception et à la mémoire.

Après avoir fait la part do la vie organique du cerveau, nous allons essayer de déterminer ce qui revient à sa vie fonctionnelle.

Cerveau fonctionnant.— Toute fonction consiste dans la transformation du produit de la vie organique en mouvements fonctionnels dans un but déterminé ; par conséquent la fonction du cerveau consiste à transformer le produit de sa vie organique (perceptions) en incitations à des mouvements dans un but déterminé. Mais cette fonction est-elle unique? Généralement on répond par la négative et on trouve dans le cerveau des fonctions multiples ; on fait pour ce dernier ce qu'on a essayé de faire pour le foie en le gratifiant d'une fonction glycogénique. Il est évident que dans ce dernier cas on a confondu les divers modes de l'activité organique avec la fonction de l'organe [: en retirant du fluide sanguin les éléments de la bile, les cellules peuvent en même temps, et comme résultat inévitable du travail, donner naissance à du glucose ; mais le glucose ainsi formé n'est pas une matière fonctionnelle. Une erreur de môme nature a été commise par ceux qui admettent plusieurs fonctions cérébrales, et cette erreur, à notre avis, tient à deux causes : !• on n'avait pas fait la part de ce qui revient exactement à la vie organique et à la vie fonctionnelle du cerveau ; 2® on a confondu trop souvent les fonctions cérébrales avec les fonctions de la vie de relation, et Ton a mis sur le compte exclusif des premières ce qui est le fait de la réunion de celles-ci avec les secondes. Pour nous, chaque organe ne remplit qu'une fonction, et le cervcîiu ne fait pas exception à la règle commune. Ceci d'ailleurs ne sera plus bientôt l'objet d'aucun doute.

Quand on examine la composition histologique du cerveau, on ne rencontre que des cellules motrices et des cellules impressionneuses, des fibres motrices et des fibres impressionneuses ; ces éléments sont toujours unis les uns aux autres dans les mômes rapports : les cellules motrices donnent naissance aux fibres motrices; les cellules impressionneuses sont le point de départ des

fibres impressionneuses. Ainsi réunies, les cellules et les fibres forment un élément cellulo-moteur d'un côté, un élément celluloimpressionneur de l'autre. Ces éléments sont doués de propriétés physiologiques distinctes : l'élément cellulo-impressionneur possède la propriété de transmettre le mouvement impressionneur et de le transformer en choses senties; l'élément cellulo-moteur possède celle de transformer le mouvement-perception en un autre mouvement capable de provoquer la contraction musculaire. Ces deux éléments sont unis l'un à l'autre parles prolongements cellulaires et ne peuvent pas fonctionner efQcaeement s'ils sont isolés : l'élément cellulo-impressionneur ne saurait jamais manifester au dehors son mode d'activité, et réciproquement l'élément cellulo-moteur, séparé de l'élément impressionneur, ne donnerait jamais spontanément le résultat de ses propriétés physiologiques. Ces deux éléments sont indispensables l'un à l'autre, au point de vue de la fonction du cerveau ; mais jouissant néanmoins de propriétés physiologiques distinctes, ils représentent chacun un élément fonctionnel distinct : le premier reçoit l'aliment fonctionnel et le transforme en perceptions ; le second transforme le mouvement ' perception en mouvement- moteur , et le produit de cette transformation se propage à travers les libres motrices jusqu'à une fibre musculaire ; là, le mouvement nerveux disparaît pour être remplacé par un autre mouvement fonctionnel dont il a provoqué l'activité.

En quelque point du cerveau qu'on examine les éléments dont nous venons de "parler, en quelque point du corps qu'on suive la marche et l'arrivée du mouvement^moteur^ la succession des phénomènes est non-seulement la môme, mais encore la nature du mouvement fonctionnel est partout identique ; le mouvement" moteur est le môme dans tous les nerfs et dans tous les muscles indistinctement : que l'excitant fonctionnel soit transmis par les sens de la vue, de l'odorat, de l'ouïe ou tout autre sens, que la matière fonctionnelle transformée réveille l'activité de telle ou toile autre fibre motrice, peu importe ; dans ces circonstances si variées, on trouve un môme mouvement ayant pour siège une fibre motrice et aboutissant à un môme résultat, c'est-à-dire à une contraction musculaire.

D'après ce qui précède, chaque couple composé d'un élément

cellulo-impressionneur et d'un élément cellulo-moteur constitue une fonction que nous désignons sous le nom de fonction sensitivO'motrice{i). Ces fonctions élémentaires sont évidemment très-nombreuses, aussi nombreuses que les éléments cellulo-impressionneurs et cellulo-moteurs associés, et comme le résultat fonctionnel est le même pour toutes, qu'il est constitué par un même mouvement ayant pour siège des éléments histologiques identiques, nous sommes autorisés à désigner leur ensemble sous ime dénomination unique, sous celle de fonction cérébro-motrice. Les fonctions élémentaires dont nous venons de parler peuvent être jusqu'à un certain point comparées aux fonctions élémentaires des éléments histologiques du foie, constituant par leur ensemble la fonction unique de cet organe.

Mais, dira-t-on, que deviennent, dans cette manière de voir, la sensibilité, la motricité, la perception, la mémoire, toutes choses qu'on avait jusqu'ici considérées comme des fonctions cérébrales? C'est ce que nous allons examiner.

Disons d'abord que ces expressions sont de vaines étiquettes placées sur des phénomènes mal compris et mal appréciés physiologiquement. La sensibilité est une expression synthétique qui représente une possibilité sous l'influence nécessaire de certaines causes : la possibilité réside dans l'élément celluloimpressionneur capable de transformer le mouvement impressionneur en perceptions; l'influence nécessaire est représentée par les causes impressionnantes : sans l'élément cellulo-impressionneur la sensibilité n'est pas possible; on ne la comprend pas non plus en l'absence de causes impressionnantes. Il suit de là que la sensibilité ne peut pas constituer une fonction cérébrale, puisque l'un de ses facteurs est dans le cerveau et l'autre en dehors de lui.

Qu'est-ce que la motricité ? Si on entend par motricité le mouvement physiologique des fibres motrices, on n'a aucun motif légitime de la considérer comme une fonction ; dans ce cas, elle est un élément fonctionnel concourant à l'accomplissement d'une

(1) Nous avons désigné sous le nom do fonction impressio^moirice la fonction qui résulte de Tactivité des éléments cellulo-imprcssionncur et cellulo-moteiir de la moelle. Nous avons cru devoir inventer ces dénominations nouvelles parce que dans la moelle les impressions ne sont pas senties^ tandis qu'elles le sont dans le cprveau.

fonction sensitivo-motrice ; on n'est pas mieux inspiré si on entend par motricité l'action du système nerveux sur la fibre musculaire; la motricité, dans ce dernier cas, est le résultat de deux fonctions, de la fonction cérébro-motrice et de la fonction musculaire.

L'élément cellulo-impressionneur et l'élément cellulo-moteur, représentant l'un la sensibilité, l'autre la motricité, sont, pris isolément, des éléments fonctionnels concourant à l'accomplissement d'une fonction unique caractérisée par l'union et l'action réciproque de ces deux éléments l'un sur l'autre. En d'autres termes, dans toute fonction cérébrale l'élément cellulo-moteur et l'élément cellulo-impressionneur jouent un rôle nécessaire, fatal, mais distinct : dans toute fonction il y a une impression sentie qui sert d'excitant fonctionnel, et c'est le dynamisme sentant et se souvenant de l'élément cellulo-impressionneur qui excite l'activité de l'élément cellulo-moteur. D'où il suit qu'il n'y a pas de fonction cérébrale sans motricité et sans sensibilité ; d'où il suit enfin qu'il n'y a pas de fonction distincte de motricité et de sensibilité.

Nous avons déjà démontré que la perception et la mémoire ne constituent pas une fonction ; nous nous bornerons à dire ici que ces phénomènes font partie intégrante delà vie organique, qu'ils entrent comme éléments dans la constitution de la matière fonctionnelle, et qu'à eux seuls par conséquent ils ne peuvent représenter une fonction. En tant qu'organe vivant, le cerveau possède une vie particulière caractérisée par la perception des impressions agréables ou désagréables,, et par les phénomènes de mémoire : tel est l'instrument cérébral en dehors de toute considération fonctionnelle.

Le cerveau existe, fonctionnellement parlant, indépendamment de tous les organes ; sa matière fonctionnelle, il est \Tai, n'est pas un produit chimique ni un produit physique analysable directement à la faveur de nos moyens d'investigation, mais nous savons que cette matière se transforme en un produit dynamique qui a pour substratum les éléments nerveux ; par conséquent on doit étudier la nature et les caractères généraux de la fonction cérébromotrice dans le cerveau lui-même et dans les propriétés de ses éléments. C'est ce que nous avons fait jusqu'à présent, et nous sommes arrivés, par ce moyen, à constater que la fonction unique

du cerveau consiste à transformer les perceptions en un mouvement dynamique qui a son siège dans les fibres motrices. Quant au but de cette fonction, il est toujours le môme : provoquer une ccntraction musculaire. Cependant, le dynamisme cérébral n'étant pas directement appréciable par nos sens, nous nous trouverons souvent dans l'obligation d'étudier ce dynamisme dans les effets qu'il produit, c'est-à-dire dans ses rapports avec les mouvements fonctionnels des autres organes. Cette obligation, que la nature des choses nous impose, a été dédaignée par les uns, mal comprise par les autres : les premiers ont prétendu trouver le mécanisme des actions nerveuses en interrogeant, avec le secours du microscope, les connexions anatomiques; les seconds, trompés par l'entremôlcment des fonctions du système nerveux avec les autres fonctions de l'organisme, n'ont pas su faire la part de ce qui appartient h ces dernières et de ce qui appartient aux premières. C'est pour éviter ces méprises que nous avons cru devoir désigner sous le nom de fonctions intrinsèques les fonctions nerveuses résultant de l'activité propre du tissu nerveux et considérées non plus dans leur association avec d'autres fonctions, mais en elles-mêmes. Le même motif nous engage à désigner sous le nom de fonctions composées les fonctions du système nerveux associées dans leur accomplissement, à d'autres fonctions de l'organisme. Ce sont ces fonctions dont nous déterminerons les caractères dans l'article suivant.

ARTICLE II

FONCTIONS COMPOSiBS DU SYSTÈME NERVKUX.

Les appareils de la vie de relation autres que le cerveau possèdent, comme ce dernier, des fonctions propres et indépendantes; mais, malgré cette indépendance individuelle, il existe entre tous ces organes, entre toutes ces fonctions de tels liens de solidarité, que les uns sans les autres ne sauraient jamais s'exercer avec efficacité, c'est-à-dire remplir leur destinée commune : sans le cerveau, les membres et les appareils extérieurs des sens pourraient à la rigueur entrer en activité fonctionnelle, sous l'influence d'une excitation artificielle; ils rempliraient ainsi leurs fonctions ; mais ces fonctions s'exerceraient sans but et bans mesure, eu

l'absence de l'organe directeur et pondérateur. Réciproquement, le cerveau, sans l'appareil extérieur des sens, recevrait un mouvement impressionneur non physiologisé, non préparé pour affecter convenablement les cellules cérébrales, et la perception qui en résulterait serait confuse et mal déterminée ; néanmoins cette perception serait capable de provoquer l'activité fonctionnelle des cellules et des fibres motrices; mais, en l'absence des membres et du tissu musculaire, cette activité fonctionnelle s'épuiserait en elle-même, incapable qu'elle est de se manifester au dehors par des mouvements appréciables.

11 existe donc entre tous les organes de la vie de relation une harmonie préétablie qui, tout en sauvegardant leur indépendance individuelle, les rend solidaires les uns des autres. Examinons à présent l'ensemble fonctionnant de toutes ces activités organiques, et voyons la part qui revient à chacune d'elles.

Tout organe de la vie de relation a un but immédiat et particulier qui est celui de sa fonction, et un but ultime et commun à un groupe d'organes qui est l'accomplissement d'une des trois destinées de l'être vivant : entretenir le corps, échanger des rapports avec le monde extérieur et se reproduire. Le but immédiat de la fonction du cerveau est de provoquer la contraction musculaire ; son but ultime et commun est de favoriser l'échange des rapports du corps avec le monde extérieur. Le résultat de la fonction du cerveau consiste, comme nous l'avons dit, dans un mouvement moléculaire toujours le même et identique dans toutes les fibres motrices.

Lorsque cette fonction s'exerce sur un ensemble de muscles, elle peut déterminer l'exécution d'un mouvement compliqué ; mais elle n'entre pour rien dans la direction de cette complication même : analogues, quant au mécanisme de leur exécution, aux mouvements de nutrition, les mouvements provoqués par la fonction cérébrale ont été organiquement prévus, et le cerveau reste étranger à la combinaison des mouvements élémentaires en mouvements d'ensemble. Cependant, si nous considérons le cerveau à un autre point de vue, si nous le considérons comme organe spécial jouissant d'une vie organique spéciale, nous constaterons que son action est plus étendue dans son concours avec les autres organes de la vie de relation vers la destinée finale de Tôtre. ludé-

pendamment de toute fonction, le cerveau est un instrument percevant agréablement ou désagréablement et se souvenant ; cette organisation admirable imprime au fonctionnement de Torganc cérébral un cachet particulier, mais indépendant de la fonction. En effet, lorsque le cerveau sous l'influence d'une impression sentie provoque le mouvement des membres, il est organiquement attentif à l'impression reçue ; il se souvient, malgré lui, des impressions analogues qui l'ont affecté antérieurement, et, sans se préoccuper de coordonner les mouvements élémentaires en mouvements d'ensemble, pour obtenir un déplacement déterminé, il dirige, au moyen des sens, les rapports généraux du corps avec le monde extérieur ; il se met ainsi, lui, organe fonctionnant, dans les meilleures conditions pour atteindre le but de la fonction.

Les sens entrent donc comme élément dans l'exercice des fonctions cérébrales, mais à titre seulement d'éléments de la vie organique. Cette inter\'ention permet au cerveau de placer le mouvement fonctionnel, dans ses rapports avec le monde extérieur, dans les conditions les plus favorables en vue du but à atteindre.

Après avoir spécifié d'une manière formelle la nature du concours que les fonctions du système nerveux apportent à l'accomplissement de la destinée finale des organes de la vie de relation, il nous est facile de donner, encore mieux que nous ne l'avons fait précédemment, une signification précise aux expressions sensibilité et motricité. En effet la sensibilité, c'est-à-dire la propriété de l'élément cellulo-impressionueur mise en activité par une cause impressionnante, ne peut se manifester au dehors et faire connaître ses modifications diverses, si elle n'agit pas sur le système musculaire, ou autrement dit, sur quelque partie du corps; qu'elle soit affectée agréablement ou désagréablement, I^ résultat fonctionnel est le môme, si on ne le considère que dans le système nerveux : c'est toujours un même mouvement moléculaire, provoqué dans les fibres motrices. En vérité la sensibilité ne revêt un caractère expressif appréciable que dans les organes de la vie de relation et dans les mouvements que ces derniers exécutent. Il suit de là que la sensibilité ne peut pas être une fonction cérébrale proprement dite, et que, si l'on tient à désigner certîiine fonction sous cette dénomination, ce qui n'est pourtant point nécessaire, il ne faut pas oublier que la sensibilité

représente plusieurs fonctions de la vie de relation : la fonction cérébro-motrice et diverses fonctions exécutées par les parties du corps.

f Quant à la motricité, elle est tout simplement la propriété physiologique de l'élément cellulo-moteur , propriété qni ne peut être mise en évidence qu'avec le concours du système musculaire et sous l'influence nécessaire de l'excitation de l'élément celluloimpressionneur.

La possibilité de donner une signification précise à certaines expressions n'est pas la seule conséquence renfermée dans les considérations qui précèdent ; nous y trouvons aussi la clef de la genèse et de la classification naturelle des fonctions du système nerveux dans leurs rapports avec les mouvements fonctionnels des autres organes. En effet, du moment que le cerveau ne fournit, fonctionnellement, qu'un mouvement moléculaire susceptible de provoquer la contraction musculaire ; du moment que ce mouvement est indispensable à la contraction, il s'ensuit que tous les organes de mouvement doivent être en rapport, par l'intermédiaire des fibres motrices, avec les divers éléments cellulo-moteurs et cellulo-impressionneurs disséminés à la périphérie corticale du cerveau. En réalité c'est ce qui existe : l'ensemble des fibres nerveuses qui proviennent des muscles disséminés dans toutes les parties du corps vient aboutir dans les corps striés, et là ces fibres se désagrègent de nouveau pour aller se mettre en rapport avec les éléments cellulaires destinés à provoquer eux-mêmes les mouvements fonctionnels.

Il suit de cette relation constante et nécessaire que les éléroents cellulo-moteurs et cellulo-impressionneurs, associés, qui ne se distinguent en rien par leurs propriétés physiologiques, et qui, par ce fait, n'offrent aucun motif plausible de division, peuvent être classés, réunis par groupes, selon les fibres motrices et les mouvements d'ensemble que ces dernières sont destinées à provoquer. De cette façon nous sommes autorisé à diviser physiologiquement la fonction cérébrale unique, que nous désignons sous le nom de cérébro-motrice^ en fonctions composdw, empruntant leur caractère commun à la fonction cérébro-moMce, et leur caractère distinctif à la destination des mouvements fonctionnels des autres organes. Ainsi, par exemple, les fonctions locomotrices

sont des fonctions composées, qui résultent du concours prêté par la fonction cérébro-motrice à la fonction des mouvements de locomotion.

Il semblerait d'après cela que Ton est autorisé à chercher dans le cerveau un siège anatomique correspondant aux divers mouvements exécutés par nos organes. Oui, si Ton prétend ne trouver que les éléments cellulo-moteurs et cellulo-impressionneurs qui ont excité le mouvement ; non, si Ton prétend trouver dans le même point tous les éléments matériels qui ont concouru par leur activité à la détermination de ce mouvement. Nous avons vu en effet, dans l'analyse physiologique des mouvements fonctionnels, que des éléments très-divers concourent à Taccomplissement d'une fonction quelconque ; nous avons vu, d'un autre côté, que la plupart des activités organiques du cerveau , représentant l'ensemble des perceptions et des phénomènes de mémoire, entrent en jeu sous l'influence de l'excitant fonctionnel.

Ces considérations nous permettent d'affirmer que les fonctions du cerveau n'ont pas de siège anatomique distinct dans cet organe. Disons-le une fois pour toutes: l'expression sié^ffona/omt^tie représente une idée fausse, conséquence inévitable de la doctrine des localisateurs, et on fera bien de la supprimer. A la place d'un siège anatomique distinct^ il faut voir dans le cerveau des associations d'éléments cellulo - moteurs et cellulo - impressionneurs, doués de propriétés physiologiques identiques, et constituant des fonctions élémentaires que nous avons désignées sous le nom de sensitivo-moirices. L'ensemble de ces fonctions constitue à son tour la fonction unique du cerveau que nous appelons fonction cérébro-motrice >

Les éléments fonctionnels dont nous venons de parler occupent la périphérie du cerveau et ils sont représentés par la substance grise corticale ; le résultat de leur fonction, c'est-à-dire le mouvement moteur, est transmis à travers les fibres motrices jusqu'au noyau de l'encéphale, et de là dans les faisceaux de la moelle jusqu'au centre qui tient sous sa dépendance l'ensemble des contractions musculaires destinées à donner une forme sensible à la fonction cérébro-motrice.

Cette manière de voir, essentiellement physiologique et vraie, nous montre une certaine harmonie préétablie entre les organes

de la vie et les éléments histologîques du cerveau; elle nous montre ce dernier fournissant aux autres organes ses propriétés organiques et physiologiques, dans un but que les organes mis en jeu se chargent de définir ; elle nous permet enfin de voir dans les fonctions cérébrales autre chose qu'un produit complexe, sécrété de toutes pièces par la substance cérébrale divisée en un certain nombre de circonscriptions.

La connaissance des conditions générales dans lesquelles se produisent les fonctions cérébrales nous évite la peine de chercher dans le cerveau des organes distincts chargés de tout faire et de tout agencer, même avec l'aide de principes régulateurs et législateurs ; elle éclaire en même temps la voie que nous avons à suivre dans l'avenir non-seulement pour déchirer le voile qui courre trop souvent la signification des lésions anatomo-pathologiques, mais encore pour découvrir avec le scalpel le siège où l'excitant fonctionnel agit sur les cellules cérébrales pour provoquer leur activité spéciale (perception), et en même temps le siège (ce ne peut être que le même) d'où partent les incitations à des mouvements déterminés. C'est en déterminant ces points spéciaux, c'est en déterminant les liens anatomiques qui les unissent à d'autres points, pour concourir ainsi à l'accomplissement des fonctions, que l'anatomie pathologique et la physiologie peuvent réaliser de réels progrès. Mais qu'on ne l'oublie pas, ces déterminations si difficiles et si diverses ne sont possibles qu'à une condition : c'est que dans cette recherche l'observateur se laissera guider par l'analyse physiologique des mouvements de la vie.

Après avoir établi d'une manière générale les conditions qui président à la genèse des fonctions supérieures du système nerveux ; après avoir fait connaître leurs caractères, leur nature ; après avoir signalé enfin la part qu'elles apportent dans le concours commun des organes de la vie de relation, nous sommes en mesure d'aborder l'étude spéciale de ces fonctions, après en avoir cependant déterminé le nombre. Cette détermination est trèsimportante h foire, comme on a pu s'en apercevoir par les considérations qui précèdent. Nous y mettrons d'autant plus de soin que le terrain sur lequel nous nous sommes placé n'avait pas encore été exploré.

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