‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 6 sur 197 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

ganes de la vie, et nous avons pu dire ainsi ce qui appartient à sa vie organique et ce qui appartient à sa vie fonctionnelle.

Mais les résultats de notre comparaison ne se sont pas bornés là : ayant remarqué que les procédés de la vie sont les mêmes dans tous les organes, en ce qui concerne révolution de la vie organique et les manifestations de la vie fonctionnelle, nous avons pu déterminer le nombre, la nature, le mécanisme des fonctions du cerveau, d'après un procédé analogue à celui que Ton emploie dans rétude physiologique des autres organes et avec un résultat tout aussi satisfaisant.

C'est ainsi que, en restant dans le domaine de la physiologie, nous sommes parvenu à établir les conditions physiologiques de la parole et de la pensée et à indiquer les rapports qui unissent ces deux modes de l'activité cérébrale.

Qu'on nous permette, en terminant ces lignes, de répondre à une question qui nous a été déjà adressée : «Vous ôtes-vous inspiré des travaux des Allemands? ôtes-vous au courant de ce qu'ils ont publié sur ce sujet? »

Notre réponse sera courte :

Nous n'avons eu rien à emprunter aux étrangers, soit en ce qui concerne les idées fondamentales, soit en ce qui concerne les détails de notre travail.

Pareille demande nous fut adressée à propos de la Physiologie de la voix et de la parole^ mais sous une forme plus perfide : « Êtes-vous bien sûr, disait-on, que les Allemands n'aient pas inventé votre théorie de la voix et de la parole ? » Nous n'en sommes pas encore bien sûr.

Ces faits personnels nous amènent à protester contre la tendance de ceux qui considèrent comme un fait légitime l'envahissement ambitieux et la prépondérance du

PRÉFACE. Xm

germanisme dans toutes les questions de science. Cet envahissement est réel, et cependant nous ne saurions reconnaître à TAllemagne d'autre supériorité sur la science française que celle qui résulte de son habile propagande et de notre simplicité.

Bien avant l'envahissement de nos provinces par les troupes des Hohenzollern , l'esprit germanique s'était assis à notre foyer avec tant de candeur, qu'on ne pouvait le soupçonner d'être dangereux. Les produits germains faisaient prime alors, et l'on n'était réellement quelque chose qu'après avoir commis la traduction d'un opuscule tudesque ou après avoir développé publiquement, en longues périodes, pompeuses, superbes, et avec l'accent de l'admiration la plus vertueuse, les élucubrations bonnes ou mauvaises d'un penseur germanique.

Pour entretenir et développer chez nous ces dispositions naïves, l'Allemagne s'est servie de la presse, et, avouons-le, elle a réussi au delà de ses désirs. Nos grandes revues sont périodiquement encombrées de longs articles sur le grand peuple, et les auteurs ne manquent jamais d'insinuer que tout ce qui vient d'outre- Rhin est.de beaucoup supérieur à tout ce qui est français* Naturellement, pour rendre le contraste plus frappant, ces mêmes revues ne publient, en fait d'œuvres françaises, que ce qu'il y a de plus insignifiant ou de plus compromettant pour notre science. Il en est même qui sont si bien imprégnées de ce contagium venu de l'Orient, qu'elles ne craignent pas de confier le visa des articles de science à de véritables Allemands.

Nous admettons sans difficulté que des Prussiens viennent au milieu de nous s'immiscer honorablement à la lutte pour l'existence {struggle for life) ; mais nous ne saurions admettre qu'on les laisse en position, si minime que soit leur influence, de diriger le mouvement des idées dans un sens ou dans un autre. Il y a dans ce fait

XIV PBÉFAGE.

une question d'honnâteté et de délicatesse qui doit s'im-* poser avant toute autre considération.

Mais TAllemagne se sert de la presse à un autre point de vue : depuis Berlin jusqu'à Genève et à Paris, quel-» ques publicistes poursuivent la mission de circonvenir l'esprit et de dénaturer les tendances généreuses de la jeunesse de nos écoles par Tattrait d une science facile, A cet effet, ils emploient les mêmes procédés dont ils se servent pour égarer les masses dans les questions politi-» ques : ils font sonner bien haut les mots progrès, liberté: ils font appel aux camarades et aux amis; enfin, comme appât suprême, ils crient à Vintoléranee religieuse, qnanà ils ne peuvent mettre en avant la tyramùe du gouver^ nêment.

Les résultats de cette propagande internationale sont évidents : ils conduisent à la liberté de négliger l'étude des anciens, nos maîtres, à la liberté de fouler aux pieds la tradition scientifique, à la liberté enfin de résumer la science en un mot et de se croire après cela un grand homme.

Encore vingt ans de ce régime, et l'anéantissement de la science française serait complet.

Mais non, cette comédie sinistre ne saurait durer. Déjà depuis quelque temps la jeunesse de nos écoles oppose à ces insinuations perfides son admirable bon sens : en s'appliquant aux études pratiques du laboratoire , elle s'est familiarisée avec les moyens d'investigation qui un instant ont fait la réputation de nos voisins, et elle est arrivée à cette conviction raisonnée que, si ces moyens sont précieux et indispensables, ils ne sont pas toute la science.

Un de nos jeunes amis nous disait il y a peu de jours : « Pendant dix ans j'ai cherché partout ce qu'on appelle la science allemande : je Tai cherchée dans les salles de dissection, sur Tobjcctif du microscope, et en définitive

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