CHAPITRE I
CSoasIdératlons prélimiaaires sur le mouvement.
ARTICLE I
CAKAGTKRES GÉNÉRAUX DU MOUVEMENT DANS SES RAPPORTS AVEC LA FORCE ET LA MATIÈRE.
Le mouyement est la manifestation expressive de tout ce qui eti. Que ce mouvement soit moléculaire ou organique, qu'il ressorte des lois de la physique, de la chimie ou de la physiologie, il existe rivé à la matière dont il est une des conditions indispensables. Nous ne pouvons pas concevoir la matière stable dans sa masse ou dans ses éléments ; ce spectacle inédit serait le néant de la vie actuelle ou une création reposant sur des conditions nouvelles.
La lumière, le son, la chaleur, l'électricité sont des modes de mouvement ; la terre, si imposante par ses majestueuses proportions, se meut dans l'espace non-seulement dans sa totalité, mais dans chacune de ses parties, et le mouvement moléculaire intime
dont elle est le siège n'est pas le moins puissant : c'est lui qui de longue main préparc le marbre de nos statues, la pierre de nos maisons, le combustible de no» usines et de nos foyers; c'est encore à lui que nous devons, à travers des transformations successives , l'aliment indispensable des plantes, des animaux et de l'homme; enfin tout se meut, et il n'est pas jusqu'à ce corps inerte que nous appelons cadavre qui ne soit le siège d'un mou,vement moléculaire caractérisant un agrégat nouveau.
Le mouvement est donc une des conditions indispensables de tout ce qui occupe une place dans l'espace. Mais ce mouvement d'où vient-il ? Quel est-il ? Est-ce une force particulière inhérente à l'élément matériel et résultant de son organisation spéciale, ou bien l'élément matériel n'est-il que le substratum d'une force déjà existante, qui lui imprime le mouvement et la vie ? Non, le mouvement n'est pas le principe qui anime la matière ; le mouvement n'est que le mode expressif de son activité ; c'est par lui que nous connaissons cette activité même, non dans son principe, dans son essence, mais dans ses effets. Un principe, une force, isolés de la matière, sont inaccessibles à nos sons et échappent directement à tous nos moyens d'investigation ; notre esprit ne peut s'attacher qu'aux effets qui résultent de l'action de la force sur la matière, et comme le mouvement et un mouvement particulier est la conséquence nécessaire de cette action, il s'ensuit que le mouvement, par ses variétés, par ses modes infinis, nous fournit la notion de la manière d'être de tout ce qui est, et qu'il doit être le but réalisable de toute recherche scientifique.
La physiologie peut nous fournir de nombreux arguments en faveur de cette manière de voir : si nous ne percevions toujours qu'une même image, si nous n'entendions jamais qu'un seul son^ on pourrait admettre à la rigueur que ce qui est en dehors de nous ne se meut pas ; mais lorsqu'à tout instant nous sommes impressionnés d'une manière si variable, soit par le sens de la vue, soit par le sens de l'ouïe, sans que les corps extérieurs changent de place, il n'est pas possible d'admettre que ce qui est en dehors de nous ne se meut pas d'une manière incessante. Les corps qui impressionnent la vue, nous les voyons sous différentes couleurs, parce que chacun d'eux modifie à sa façon le mouvement lumineux, et que ce sont ces rayons modifiés par les corps qi^i non»
donnent Timpression de$ couleurs. De môme, les corps sonores nous impressionnent de différentes manières, parce que le mou- ▼ement qu'ils communiquent à l'air et qui frappe notre ouïe n'est pas le même pour tous.
r^os sens, condition indispensable de toutes nos connaissances touchant le monde extérieur, nous prouvent donc que le mouvement, sans être le principe de toute chose, est la manifestation sensible de l'activité matérielle et la condition indispensable de cette activité. La raison, ce sens intérieur, résultante intangible de tous les sens externes, non-seulement nous affirme cette vérité, mais encore elle nous fait découvrir l'existence de certains mouvements qui n'impressionnent pas les autres sens : Newton, Kepler, avant de formuler les lois qui régissent les mondes planétaires, n'avaient pas vu les mouvements dont à l'avance ils avaient indiqué U direction ; nos savants plus modernes, annonçant qu'à tel jour, à telle heure, à un certain point du ciel on verra apparaître un astre nouveau, n'ont pas été impressionnés par le mouvement de cet astre, mais leur esprit on a deviné l'existence, la direction et la vitesse.
Il suit naturellement de ce qui préo-ède que le mouvement doit être excessivement varié dans la nature, aussi varié que les notions que nous pouvons avoir de ce qui est ; car connaître, c'est distinguer une chose d'une autre chose, un mouvement d'un autre mouvement. Or comment ces mouvements si nmltiples, si variés peuvent-ils s'effectuer à côté les uns des autres sans se nuire, sans se contrarier et concourir d'une manière si juste au mouvement harmonique de la création ? Les sciences physico-chimiques et naturelles peuvent seules répondre à cette question, car tel est l'objet de leurs efforts. La physique, la chimie, la météorologie ne sont autre chose que l'étude du mouvement de la matière dans certaines conditions déterminées. Chacune d'elles se renferme dans l'étude d'un certain groupe de mouvements et cherche à établir non-seulement les caractères qui distinguent entre eux les divers mouvements, mais encore les caractères qui distinguent un groupe d'un autre groupe : la chimie étudie les mouvements qui accompagnent les différentes combinaisons de la matière ; la physique s'occupe du mouvement des corps placés dans les conditions les plus variées, sans que l'agrégat matériel subisse aucune modi-
lication dans sa composition ; l'astronomie étudie le mouvement des corps planétaires, etc. Se trouvant ainsi limitée par la nature toute spéciale des mouvements qu'elle étudie, chaque science s'est préoccupée d'établir un classement méthodique parmi eux ; elle a réuni ensemble les mouvements analogues et sur chaque groupe elle a mis une étiquette, une expression qui souvent a la prétention d'exprimer la nature de la cause déterminante des mouvements spéciaux de ce groupe. De \h l'origine du mot force.
La force en effet est la cause, inconnue dans son essence, de tout mouvement ou de toute modification de mouvement : la chaleur qui dilate les corps, l'affinité qui les sollicite les uns vers les autres et retient intimement unies deux molécules de natu'^e diverse ; la cohésion qui, par une série d'oscillations, ramène la lame d'acier à la position d'équilibre dont elle a été écartée ; le courant électrique qui sépare les éléments des composés chimiques et communique à diverses substances la propriété d'attirer, de soulever des morceaux de fer ou d'acier, sont autant de forces mécaniques, physiques ou chimiques (1).
La physiologie, analogue en cela aux sciences physico-chimiques, n'a point d'autre but que celui d'étudier le mouvement dans des conditions spéciales et de s'élever par l'analyse à la notion de cette cause, inconnue dans son essence, qui préside à leurs manifestations. Mais ce point de vue est le seul qui rapproche la physiologie des autres sciences ; à tous les autres, elle s'en distingue aussi bien par la nature des mouvements qu'elle étudie que par la nature du principe qui les dirige. Cette distinction nous paraît très-importante et, avant d'îiborder l'étude du système nerveux qui est l'agent principal des mouvements de l'organisme vivant, nous croyons devoir établir la différence qui existe entre les mouvements qui ressortent des lois de la physique et de la chimie, et les mouvements qui ressortent de la physiologie.
(i) Voir, sur ce sujet, Ga^vAnf^i, .Physique biographiquif p. 37. Paris, 1869.
ARTICLE IL
CAEACTBRES PARTIGELIBRS KT DISTINCTIFS DES MOUYEHENTS
QUI BBSSOHTERT DES LOIS DE LA PHYSIQUE, SB LA CHIMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE.
La nature^ comme disaient les anciens, a horreur du vide ; nul corps de la nature n'est isolé dans l'espace; chacun a son milieu avec lequel il fait un échange continu de mouvements, et bien que cet échange ne soit pas toujours évident, il n'en est pas moins réel; le temps ne manque jamais de nous en donner une preuve irréfutable : les couleurs changent, le bois tombe en poussière, le fer s'oxyde, les minéraux se désagrègent, tout change ou se modifie, et cette modification est le résultat de l'action des milieux les uns sur les autres sous forme de mouvement. Jusque-là rien qui distingue le corps vivant des autres corps ; lui aussi subit i'influenc43 du temps et du mouvement extérieur ; mais ce qui le distingue essentiellement de tout ce qui ne vit pas, c'est la manière dont il reçoit le mouvement extérieur et la manière dont il le transforme.
Quelques exemples empruntés au monde inorganique et au monde organisé vivant feront mieux comprendre notre pensée.
Le fer exposé à l'air humide ne tarde pas à se couvrir d'une couche de rouille (peroxyde de fer hydraté); le potassium s'enflamme dans les mêmes conditions et se transforme en potasse ; l'acide sulfurique mis en contact avec la chaux forme avec elle une combinaison nouvelle, le sulfate de chaux. Dans tous ces exemples, qu» nous pourrions multiplier à l'infini, l'aetion du mouvement des milieux les uns sur les autres est directe et nul intermédiaire ne vient s'interposer entre elle et les effets obtenus ; nous constatons de plus la permanence de l'effet produit tant que le milieu ne change pas.
Dans le corps vivant nous trouvons aussi des phénomènes dans lesquels le mouvement extérieur agit sur le mouvement intérieur pour se combiner avec lui et donner naissance à un produit nouveau : ce sont les phénomènes de la chimie vivante. Mais ici les procédés sont bien différents ; les aliments introduits dans l'estomac (mouvement extérieur) ne provoquent pas immédiatement
le mouvement chimique en s'assimilant directement aux molécules de l'organe ; ils agissent d'abord sur les papilles nen'euses qui provoquent à leur tour la sécrétion du suc gastrique, et ce n'est qu'après une série de transformations que l'aliment (mouvement extérieur), suffisamment préparé à devenir vivant, entre en rapport avec les éléments du corps auxquels il doit communiquer son propre mouvement. L'aliment modifié par le suc gastrique, la bile, le suc pancréatique pénètre dans les vaisseaux ; le courant circulatoire le met en rapport avec les organes de la vie, et il fournit à chacun d'eux son mouvement spécial ; il remplace les éléments usés par le travail organique, et finalement, soumis à l'action comburante de l'oxygène, il reparaît au dehors sous forme d'eau, d'acide carbonique, de matières azotées plus ou moins complexes, sous forme enfin de mouvement extérieur.
Comme on vient de le voir, rien no ressemble moins à l'action du mouvement extérieur sur les corps inorganiques que l'action de ce même mouvement sur les corps vivants, en tant qu'elle se manifeste par des modifications chimiques. Dans le premier cas, cette action est directe, immédiate sur les corps modifiables, et l'effet en est permanent. Dans le second, il y a : i** transformation préalable du mouvement extérieur en un mouvement physiologique (transformation de l'aliment en chyle) ; T mélange de ce mouvement physiologique avec le mouvement physiologique du sang ; S* mise en rapport du mouvement-aliment avec le mouvement qu'il doit modifier, transformer ou remplacer (entretien ou régénération des tissus) ; 4® élimination du mouvement-aliment sous forme de mouvement extérieur (excrétions de toute nature).* •
Dans la chimie vivante, l'action du mouvement extérieur ne s'exerce jamais directement, et ce n'est qu'après une série de transformations que ce mouvement produit son eff'et utile sur la partie qti'il doit modifier ; quant à l'effet produit, loin d'ôtre stable comme dans les corps inorganiques, il est le siège d'un mouvement continu qui aboutit en définitive à l'expulsion du mouvement extérieur. A ce point de vue, la chimie vivante est une véritable circulation du mouvement extérieur, circulation présentant quelque temps d'arrêt sans doute, mais réelle néanmoins, et durant laquelle le mouvement extérieur prête son influence à l'entretien
et au développement des tissus pour la reprendre bientôt après et rentrer à sa sortie du corps dans le conflit général des mouvements extérieurs.
Si nous examinons à présent le mouvement extérieur dans ses rapports purement physiques avec les corps inorganiques et les corps organisés vivants, nous trouverons Tocciusion de signaler de mm moins caractéristiques différences. A ce point de vue, l'action du mouvement extérieur sur les corps inorganiques est toujours la même : réveîldes propriétés particulières de ce corps et disparition de ces manifestations dès que le mouvement extérieur a cessé d'agir. Vous mettez un barreau de fer en contact avec une source d'électricité , ce barreau manifeste aussitôt la propriété qu'il a de recevoir Tiniluence du mouvement électrique, par des phénomènes très- variés ; éloignez la source d'électricité, et ce barreau retombe dans son indifférence première. Dans son action sur le corps vivant, le mouvement extérieur est suivi de phénomènes tout à fait différents, et d'abord disons qu'il ne réveille pas les propriétés particulières du corps qui sont toujours en état d'activité , mais qu'il les impressionne d'une certaine façon : le corps vivant accommode, dirige ses propriétés physiques de manière à physiologiser le mouvement extérieur, à le transformer, à se l'approprier, à proportionner enfin son action, juste ce qu'il faut pour qu'elle soit suivie d'un effet utile et non pas d'un effet destructeur. Dans ses rapports avec les corps inorganiques, le mouvement extérieur se trouve en présence d'un corps inerte et capable d'entrer en activité sous l'influence seule d'une autre activité ; dans ses rapports avec les corps vivants, le mouvement extérieur se trouve en présence d'une puissance qui traduit, elle aussi, son activité par un mouvement, et c'est dans l'intervention de ce mouvement de la vie que réside la différence que nous prétendons établir. Le corps vivant est un organisme en état permanent d'activité ; les corps inorganiques sont des agrégats en état de capacités potentielles, c'est-à-dire pouvant, à un moment donné, manifester leurs propriétés, latentes jusque-là, par un mouvement déterminé. Le mouvement chaleur, par exemple, détermine toujours les mômes effets sur les corps inorganiques, ^ ces corps sont placés dans les mômes conditions : le fer se dilatera de tant de millimètres sous l'influence d'une vitesse donnée du mouvement-
chaleur, et toujours, dans les mêmes conditions, le degré de dilatation sera le même. Sur le corps vivant, cette mesure n'est pas possible ; le corps réagit, par le mouvement qui lui est propre» contre l'intensité trop vive ou trop faible du mouvement-chaleur, et grâce à cette activité propre il peut supporter, sans en souffrir, les degrés les plus extrêmes de la température ambiante et conserver celle de son corps à la hauteur compatible avec la vie et avec la santé. C'est ainsi que la température du corps des matelots reste à peu près constante, variant à peine d'un degré lorsque des climats les plus froids ils passent dans les climats les plus chauds ; on sait aussi que certains mammifères peuvent maintenir leur température propre à 70 degrés au-dessus de celle de l'atmosphère.
Ce que nous venons de dire touchant le mouvement-chaleur est applicable à toutes les influences extérieures qui se traduisent par un mouvement. Par son activité permanente, le corps vivant peut braver les lois de la pesanteur, il peut nager, courir, sauter, annihiler enfin jusqu'à un certain point, non pas le mouvement extérieur, mais les effets qu'il produit d'habitude sur les corps inorganiques.
A côté de ces distinctions qui établissent déjà une si grande différence entre, les corps inorganiques et les corps organisés, au point de vue de la manière dont ils subissent le mouvement extérieur, il est une série de distinctions d'un autre ordre dont nous pourrions nous dispenser de parler ici, privés que nous sommes d'un des termes de comparaison. Parmi les Corps inorganiques, il n'en est aucun, en effet, qui transforme le mouvement extérieur en ce quelque chose de merveilleux que nous appelons <en«a/iofi. Nous n'en continuerons pas moins notre esquisse comparative jusqu'au point où elle est possible, c'est-à-dire jusqu'au moment où l'organisme ouvre ses portes au mouvement extérieur et le laisse arriver jusqu'au centre nerveux ; au delà de ce point, les phénomènes ne sont plus comparables et un immense abime sépare les deux règnes de la nature.
Nous prendrons pour exemple un des mouvements extérieurs qui impressionnent spécialement un de nos cinq sens. Le mouvement lumineux est un mouvement très-complexe qui, modifié d'une manière spéciale par les corps qu'il impressionne.
nous donne ainsi la sensation des couleurs. Le contact de ce mouTement avec les corps inorganiques est direct ; il les pénètre sans modifier leur texture, et selon qu'ils sont transparents ou opaques, blancs ou noirs, le mouvement lumineux est plus ou moins absorbé, plus ou moins réfléchi; si la source de lumière vient à s'éclipser, les propriétés lumineuses du corps inorganique disparaissent aussitôt. Dans le corps vivant, le mouvement lumineux subit des modifications analogues: il éclaire notre corps, il traverse les milieux de l'œil selon les lois de l'optique ; mais il entre dans l'organisme à la faveur de certains tissus organiques favorablement disposés à recevoir le mouvement lumineux, à le condenser dans de petits appareils destinés à le physiologiser, à le rendre vivant et à le transmettre ainsi modifié à la rétine, aux bâtonnets et en définitive au nerf optique. Cette manière de recevoir et de transformer le mouvement extérieur est spéciale au corps vivant. Nul corps inorganique, même avec le secours de l'industrie humaine, ne peut donner de semblables effets. Il n'est pas plus possible à l'homme d'imiter les milieux de l'œil avec des éléments inorganiques que de fabriquer un instrument comparable à cette merveilleuse table d'harmonie que nous possédons tous dans la rampe du limaçon.
Que devient le mouvement extérieur, lorsqu'après avoir été modifié, physiologisé par les organes des sens il est transmis de proche en proche à travers les fibres sensitives jusqu'au cerveau ? Ce mouvement réveille l'activité des cellules cérébrales, et il est transformé de telle façon que le corps vivant le voie, l'odore, le goûte, letàte, de telle façon enfin que l'homme ait conscience de son être, car entendre, voir, etc., c'est distinguer ce qui est nous de ce qui n'est pas nous. Mais ce n'est pas tout : nous avons vu que les mouvements des corps inorganiques disparaissent dès que le mouvement extérieur qui les a provoqués vient à disparaître ; il n'en est pas ainsi du corps vivant : lorsque ce dernier a reçu l'impression d'un mouvement extérieur par les organes des sens et que ce mouvement a réveillé l'activité des cellules cérébrales, la cause provocatrice peut être éloignée, mais le corps possède la propriété merveilleuse de pouvoir reproduire ce même mouvement, et de s'en donner ainsi la représentation subjective ; en d'autres termes, le mouvement extérieur physiologisé, rentré dans
fO DU MOUVEMENT EN GÉNËHAL.
ia vie, y laisse une empreinte cachée que la volonté ou Tassociation naturelle des idées peuvent, à un moment donné, remettre en relief. Tous les. phénomènes de mémoire se rattachent à ces derniers mouvements.
Mais ce mouvement extérieur s'est-il épuisé dans la masse cérébrale? Non, rien ne se perd dans la nature; tout se transforme, et la modalité particulière des cellules cérébrales n'est pas le dernier terme des séries de transformation que subit le mouvement extérieur. Les cellules cérébrales sont en rapport avec des fibres nerveuses qui aboutissent à des muscles dont la contraction rend évidente l'activité du cerveau : les muscles sont comme les aiguilles d'une horloge qui manifestent au dehors le mouvement des rouages intérieurs. L'activité cérébrale se manifeste toujours par un mouvement musculaire, et ce sont les mouvements effectués sous forme de travail mécanique : paroles, gestes, efforts de toute nature qui sont la dernière expression du mouvement extérieur diversement transformé par le système nerveux et par le système musculaire. C'est ainsi que le mouvement extérieur s'est associé aux actes les plus délicats et les plus sublimes de la vie, avec les actes de la pensée. Dans ce concours utile qu'il a prêté à la matière vivante, il n'a rien perdu, il n'a rien gagné, et ce qu'il avait prêté lui a été rendu sous forme de mouvement destiné à rentrer de nouveau dans le monde extérieur.
Ce que nous venons de dire n'est pas spécial au sens de la vue ; nous pourrions l'appliquer aux sens de l'ouïe, de l'odorat, et nous constaterions que toujours, avant de produire son effet utile, le mouvement extérieur est d'abord transformé par des organes spé-» ciaux, et que c'est le mouvement de ces derniers qui en définitive produit l'effet voulu sur le centre de perception.
De ce qui précède, il résulte que le mouvement extérieur, en tant qu'il est soumis aux lois de la physique, se montre à nous avec des caractères bien différents, selon qu'il se trouve en rapport avec les corps inorganiques ou avec les corps vivants : en rapport avec les premiers, son action est directe et produit son effet sans intermédiaire; en rapport avec les seconds, il n'arrive à son but qu'après une série d'intermédiaires dont le but évident est de physiologiser le mouvement extérieur et de le rendre ainsi plus apte à impressionner la matière vivante.
GONSIDÉftATtONS PtUSLIMlNAlReS. il
Désormais toutes les analogies possibles entre la manière d'être des corps inorganiques et des corps organisés vivants, en présence du mouvement extérieur, sont épuisée, et nous n'avons plus qu'à déduire de notre exposé comparatif les conséquences qui en découlent. Les corps inorganiques se distinguent des corps vivants sur deux points très-essentiels : sur la manière dont ils reçoivent et transforment le mouvement extérieur ; sur la nature de l'effet produit.
Premier point. — Tandis que les corps inorganiques subissent directement, sans intermédiaire, l'influence du mouvement extérieur, le corps vivant, lui, s'en empare en la recevant ; il fait entrer le mouvement dans le courant de la vie à travers des organes spéciaux destinés à le physiologiser, et ce n'est que sous cette forme physiologique qu'il lui permet de remplir le rôle dont il est capable.
Second point. — Nous devons distinguer ici le cas dans lequel l'effet produit ressort des lois de la chimie et le cas dans lequel il ressort des lois de la physique. Si le mouvement extérieur détermine un mouvement chimique dans un corps inorganique, l'effet prodtiit est permanent et le corps retombe dans son état d'inertie jusqu'à ce qu'un autre mouvement extérieur vienne réveilleren lui de nouvelles propriétés. Au contraire, si le mouvement extérieur détermine un mouvement chimique dans le corps vivant, l'effet produit ne reste pas inerte; il circule, il est emporté par le courant de la vie qui le soumet à de nouveaux milieux, h de nouvelles transformations, jusqu'à ce qu'enfin il apparaisse de nouveau sous forme de mouvement extérieur. Dans le premier cas, l'effet produit est en permanence d'inertie ; dans le second , il est en permanence de mouvement.
Si le mouvement extérieur détermine un effet physique sur un corps inorganique, cet effet dure le temps que persiste l'action du mouvement extérieur et disparaît avec lui. Si le mouvement extérieur agit sur un corps vivant, l'effet produit est une transformation qui aboutit à une réaction ou à une sensation pouvant être reproduite dans les phénomènes de mémoire.
Les termes mêmes de ces conclusions nous autorisent à reconnaître que le corps vivant est le siège de mouvements spéciaux parfaitement caractérisés ; mais celle vérité prosscnlie mais non
démontrée avant noas n'a pas été le bat exclusif de notre exposition. En assignant leur place respective aux mouvements dont la connaissance constitue la physique, la chimie et la physiologie; en indiquant les caractères qui distinguent les mouvements de la chimie et de la physique pures des mouvements do la chimie et de la physique vivantes, nous avons songé aux empiétements fréquents des sciences accessoires sur la physiologie, aux doctrines malsaines dont elles l'ont affligée, à la chimiâtrie, àTiatro-mécanique, et nous avons espéré qu'en plaçant la science de l'homme sur ses bases naturelles par la notion formelle, précise de son objet et de son bût, nous établirions peut-être une barrière inébranlable contre tout envahissement ultérieur.
Persuadé que la connaissance des mouvements spéciaux, que la connaissance de leurs associations et de leurs transformations doit être à la fois le but et le moyen réalisables de toute recherche scientifique, nous désirons qu'on définisse la physiologie dans son objet qui est le mouvement des corps vivants, et dans son but qui est la connaissance de ce mouvement, de ses rapports et de tous ses modes. La physiologie est la science qui a pour but l'étude des mouvements de la vie, soit en eux-mêmes, soit dans leurs rapports avec le mouvement extérieur. Cette science mérite le nom de science de ChommCj lorsque par la notion précise des mouvements de la vie elle s'élève à l'étude même du principe de ces mouvements.
Dans ce travail nous n'aurons à nous occuper que du groupe spécial de mouvements qui se rattachent anatomiquement au système nerveux ; mais, pour mieux être fidèle à nos principes, pour mieux éclairer l'étude difficile que nous avons entreprise, nous jetterons préalablement un coup d'œil général sur les mouvements de la vie.