CHAPITRE II
Exi8te-t-il des sensations de la vie organique ?
Tous les mouvements de la vie peuvent être ramenés à deux types : aux mouvements de la vie organique et aux mouvements de la vie fonctionnelle. Cette distinction si importante, et qui jusqu'à présent nous a été si utile, aussi bien dans la démonstration que dans l'exposition de nos idées, nous Tinscrirons de nouveau en tête de ce chapitre parce qu'elle va nous servir de base dans nos recherches et dans la classification naturelle que nous prétendons établir parmi les sensations.
Nous avons vu que la vie organique accomplit tous ses actes selon l'impulsion primordiale qui a été donnée à ses éléments histologiques et que, indépendante de toute influence nerveuse directe, elle entretient son mouvement par l'impression du sang sur les tissus. L'absence de filets nerveux concourant directement au mouvement évolutif de la matière nous rend compte du silence qui accompagne ce mouvement, et nous sommes autorisé à dire qu'il n'y a pas de sensations de la vie organique. Pour qu'il en fût autrement, il faudrait que de chaque molécule du corps partît un nerf capable de transmettre au moi les impressions variées que peut recevoir cette molécule, et qu'en même temps les volitions fussent transmises à cette molécule par l'intermédiaire d'un nerf particulier.
A ces conditions la vie organique serait sensible, intelligente; mais que dis-je ? Si ces conditions pouvaient exister, l'homme ne serait plus un simple chercheur de connaissances, quelquefois un savant : il serait Dieu. En plongeant ses regards dans l'organisme h travers les nerfs de sentiment, il verrait comme l'aliment se transforme en chyme, le chyle en sang, le sang en bile, en salive.