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CHAPITRE IV

Sensations de la vie fonctionnelle de relation.

Les organes de la vie de relation sont des instruments animés, vivants ; à ce titre ils sont la source d'impressions de la vie organique et le point de départ de sensations de la vie de nutrition. Les premières se traduisent dans chaque organe par le besoin général de fonctionner, les secondes représentent toutes les sensations de plaisir ou de douleur qui peuvent accompagner l'exercice régulier ou irrégulier de la vie fonctionnelle de nutrition. Nous signalerons ces impressions à mesure que l'occasion se présentera ; mais qu'on y prenne garde : on ne doit pas les confondre avec les sensations provenant de la vie fonctionnelle de relation, comme on le fait en particulier à l'occasion des sensations qui

(1) Ce serait ici la place de parler des sensations provenant de la vie fonctionnelle de reproduction; mais comme ces sensations rassortent tout à la fois des sensations de la vie fonctionnelle de nutrition et de la vie fonctionnelle de relation, nous croyons qu'il serait superflu de nous en occuper, et nous laissons au lecteur 1p soin de combler cette lacune.

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proviennent de la vie de nutrition de l'appareil extérieur des sens. Ces sensations, généralement confondues sous le nom d'impressions sensilives générales, se distinguent essentiellement des sensations spéciales qui caractérisent le sens auquel l'appareil dont elles proviennent est annexé.

Cela dit, nous allons nous occuper tout particulièrement des sensations propres à la vie fonctionnelle de relation. Et d'abord une observation importante : dans la description qui va suivre nous ne pouvons pas décrire séparément les sensations qui pro* viennent de chaque organe de la vie de relation. Vie de relation veut dire au contraire : participation nécessaire du cerveau à Texercice de ces fonctions; par conséquent nous devons, dans la recherche des causes impressionnantes et dans l'énumération des sensations fonctionnelles, tenir compte tout à la fois et de l'appareil de relation qui est mis enjeu et du cerveau lui-même. On comprendra bien la valeur de ce motif si on s'est pénétré de ce que nous avons dit touchant la genèse et la détermination des fonctions cérébro-motrices de relation (p. 18i).

Pour étciblir un certain ordre dans notre exposition nous examinerons successivement :

1° Les sensations qui résultent de l'activité fonctionnelle du cerveau dans ses rapports avec les organes sensoriels ;

a** Les sensations qui résultent de l'activité fonctionnelle du cerveau dans ses rapports avec les organes du mouvement en général.

Nous omettons à dessein de faire un troisième article pour les sensations qui résultent de l'activité du cerveau dans ses rapports avec les organes de l'expression, parce que cet article rentre parfaitement dans le second à cause de l'identité du mécanisme fonctionnel dans les deux cas. Quand nous parlerons des organes du mouvement nous n'aurons qu'à signaler ce qui revient h la fonction de l'expression.

Par contre nous réserverons un paragraphe spécial à un ordre de sensations dont jusqu'à présent nous n'avons pas trouvé les analogues : ce sont des sensations spéciales provoquées, non plus par les agents extérieurs, mais par le mouvement même des organes de la vie de relation, dirigé dans son exécution par le cerveau. Nous donnons à ces sensations le nom de

SENSA rJONS DE LA VIE FONCTIONNELLE DE RELATION. 271

semations spéciales résultant de Vactiviié volontaire des organes; 3* Enfin dans un troisième article nous étudierons sous le nom de sentiment de V individualité l'ensemble des sentiments qui résultent des rapports du cerveau fonctionnant avec ce qui n'est pas lui.

ARTICLE I

SENSATIONS OUI RÉSULTENT DE L* ACTIVITE FONCTIONNELLE DU CERVEAU DANS SES RAPPORTS AVEC LES ORGANES SENSORIELS.

§ I. — BESOIN DE SENTIR ET SENSATIONS SPlfcCfALES.

4*» Besoin de sentir. — Les tissus vivants qui composent les organes de relation ont une vie individuelle propre qui a ses exigences, ses besoins, analogues aux besoins de la vie organique en général. On comprendra mieux notre pensée si nous disons que le besoin de crier, le besoin de mouvoir ses membres, le besoin de recevoir des impressions de toute nature, le besoin de communiquer à nos semblables notre manière de sentir par le langage sont à la vie morale et intelligente de l'homme ce que le besoin de manger et de boire sont à l'existence et à l'entretien de l'être . Ces deux ordres de besoins, bien que très- distincts dans leur but, n'en ont pas moins un caractère commun, indélébile, qu'ils puisent dans une commune origine. Ce caractère est la nécessité de leur manifestation : la volonté la plus énergique ne peut pas empêcher qu'ils ne s'imposent à nous, et quoi qu'on fasse ils réveillent d'une manière fatale l'activité du centre de perception. Cette nécessité tient elle-même à ce que tous nos organes ont une destinée, un but à atteindre, et que le meilleur moyen d'en assurer la réalisation était de faire entrer dans les conditions d'existence de chaque organe en particulier un désir organique spécial que nous appelons besoin. Le besoin est une sollicitation adressée au moi par un organe dans le but d'attirer le concours général des autres organes de la vie vers la réalisation de sa destinée physiologique particulière. Il y a donc des besoins attachés aux organes de la vie de relation comme il y a des besoins attachés aux organes de la vie de nutrition.

Des conditions organiques de l'appareil des sens et des con-* ditions organiques du cerveau résulte un besoin de la vie de

relation que nous avons désigné sous le nom de besoin de sentir.

Le besoin de sentir est une sorte de curiosité organique qui nous pousse invinciblement à ouvrir la porte de nos sens, et à recueillir les impressions de toute nature. Ce besoin est commun à l'homme et aux animaux, et il se manifeste dès les premiers rapports du cerveau avec le monde extérieur. Il est tellement irrésistible, que pour être impressionné, modifié d'une façon quelconque, le cerveau accepte quelquefois d'ôtre impressionné désagréablement, mais le plus souvent, hàtons-nous de le dire, le cerveau recherche les impressions agréables et fuit celles^qui ne le sont pas.

2° Sensations spéciales, — Au besoin de sentir correspondent les fonctions cérébro-motrices sensorielles destinées à lui donner satisfaction. L'exercice de ces fonctions s'accompagne de sensations d'une nature spéciale, et qui sont fournies par les cinq sens. Semblables en cela à toutes les sensations fonctionnelles, les sensations spéciales réveillent dans le centre de perception un sentiment de plaisir ou de peine. Mais elles se distinguent de toutes les autres en ce qu'à côté du sentiment agréable ou désagréable qu'elles réveillent dans le centre de perception, elles lui procurent en môme temps la notion des principaux attributs de la matière.

Lorsque nous recevons une impression venue de la profondeur de nos organes, nous avons conscience de cette impression, mais l'objet impressionnant nous échappe, et si par l'expérience nous parvenons à le connaître, ce n'est qu'à l'aide des sens de la vie de relation. Dans les sensations de la vie de relation, au contraire, l'impression est accompagnée directement de la connaissance plus ou moins complète de l'objet impressionnant, et à ce point de vue chaque sens a sa spécialité : le sens de l'ouïe ne peut transmettre au centre de perception que des impressions sonores, le sens de la vue que des impressions de lumière, etc.

Cette spécialité de sensation est si bien localisée dans chaque nerf spécial, que la sensibilité propre aux autres sensations de la vie fonctionnelle, plaisir et douleur, ne peut pas être développée daas ces nerfs. Les nerfs sensoriels ne sont pas sensibles aux excitations douloureuses; on peut les lacérer, les brûler sans provoquer le moindre sentiment pénible; mais par contre l'appareil organique oxt(^»rienr qui précède les nerfs spéciaux est très-sen-

sible. Lorsque, par exemple, un son produit sur nous une impression pénible à cause de son intensité, ce n'est pas le nerf auditif qui transmet cette impression, mais bien le nerf sensitif, préposé à la vie fonctionnelle de l'appareil externe de l'audition. Il en est de même du sens de la vue : lorsqu'un corps lumineux impressionne trop vivement la rétine, ce n'est pas le nerf optique qui transmet l'impression douloureuse qui en résulte, ce sont les nerfs pupillaires.

Les nerfs spéciaux de la vie de relation nous font connaître tout ce qui est; mais pris isolément chaque sens nous donnerait une idée très-imparfaite des objets. Que serait en effet la notion d'un objet procurée par le seul sens de la vue? A peu près rien. Mais si nous connaissons en même temps la distance qui nous sépare de cet objet, si nous connaissons sa dureté, son odeur, sa saveur, sa sonorité, nous aurons de lui une connaissance plus complète et capable de fournir à notre esprit un élément utile dans ses opérations.

Les sensations spéciales de la vie de relation nous font connaître le monde extérieur, mais à une condition : c'est que l'attention dirige le centre de perception et le fixe sur l'objet impressionnant de manière à le familiariser avec l'impression reçue. Cette application nécessaire, plusieurs fois répétée, développe non-seulement les sensations au point de vue de la finesse de la perception, mais encore au point de vue du sentiment agréable ou désagréable qui les accompagne. Il est des hommes, les gourmets, par exemple, qui savent trouver dans un aliment une nuance de saveur délectable qu'un homme habitué à des aliments grossiers n'y soupçonnera même pas ; d'un autre côté, le gourmet sera impressionné désagréablement par un plat mal préparé, alors que ce môme plat fera les délices d'un autre homme. Des observations analogues peuvent être faites au sujet des autres sens ; nous pourrions faire intervenir ici les musiciens, les peintres, etc., mais cela ne nous parait pas nécessaire. Nous nous bornerons à dire que, dans l'exercice des sens spéciaux, la modération est une règle indispensable : le même motif qui fait que les sensations acquièrent par la gymnastique un certain degré de perfection fait aussi que l'abus est suivi d'un résultat tout contraire ; les nerfs des sensations spéciales sont susceptibles de fatigue comme les ED. FOUMiÉ, ^ Sy$t. nerv. i8

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autres tierfs, et quand on vient à les surmener ils ne réveillent plus en nous qu'une sensation très-faible. Malheureusement lorsque Thomme est arrivé à ce degré d'insensibilité relative, il est porté à y remédier par des excitations plus fortes, et il arrive un moment où après avoir parcouru le cycle de tous les excitants , ces derniers sont impuissants à réveiller des sensations nouvelles.

Les sensations spéciales ne se bornent pas à réveiller le centre de perception et à lui donner la représentation des mouvements extérieurs : lorsque les éléments cellulo-irapressionneurs ont été modifiés par elles, le plus souvent cette modification persiste à l'état latent et constitue une acquisition cérébrale.

En général on désigne sous le nom de notions ou connaissances les acquisitions cérébrales, et on applique ces dénominations aussi bien à l'homme qu'aux animaux. L'insuffisance du langage qui nous oblige à désigner sous le môme nom des choses si difi*érentes est assurément fort regrettable; mais, ne voulant pas assumer la responsabilité d'un néologisme, nous tldUs contenterons de préciser la signification de ces dénominations chez l'être exclusivement sensible et chez l'être intelligent.

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