IV. Harmonie des sons. Intervalles musicaux
Les rapports des sons dont on fait usage en musique se fondent , en partie sur le plus ou moins de développement de
58o EFFETS DES ONDES SONORES
la farullé que l'ouïe possède de distinguer l'impression totale d'un certain nombre de vibrations , en partie sur le plaisir que causent au sens les rapports simples des sons les uns avec les autres sous le point de vue du nombre de leurs vibrations.
Le rapport que l'oreille saisit a Vec le plus de facilité est celui de 1 : 2 : 4 : 8, etc., c'est-à-dire le rapport du son fondamental à l'octave et aux octaves subséquentes. Des sons , dont l'un fait deux fois autant de vibrations qu'un autre dans un même laps de temps , se ressemblent à tel point qu'ils n'agissent sur nous que comme des répétitions l'un de l'autre. Aussi le rapport de deux sons n'éprouve-t-il pas d'altération essentielle lorsqu'on rend l'un d'eux plus aigu ou plus grave d'une ou de plusieurs octaves. Un autre rapport , également facile à apprécier, et agréable parce qu'il est simple , est celui de 2 : 3 , ou du son fondamental à la quinte , et celui de 4 : 5 , ou du son fondamental à la tierce. Si l'on désigne le son fondamental par 4, la tierce est par conséquent 5 , la quinte 6, et l'octave 8. Prend-on 1 pour son fondamental , on a ut^ «*»s sol^ ut^
son fondamental tierce quinte octave
quatre sons qui , pris ensemble , forment l'accord le plus simple et le plus efficace ; les trois premiers seuls en font déjà un fort agréable.
Mais la musique n'en est point restée là. Il y a encore d'autres rapports de sons qui sont susceptibles d'être saisis facilement et de flatter l'oreille. Le son dont l'octave ut,, est la quinte , ou dont 3 : 2 exprime le rapport , est 4/3 ou /«g, et il y a en conséquence un rapport tout aussi simple entre lui et le son fondamental ut„ qu'entre lui et l'octave ut^ ; la tierce de sol g est 15/8 ou si^.
Entre ut. et mi^^ se trouve encore un son qui se comporte
SUR LES NERFS AUDITIFS. 58 i
comme quinte à l'égard du sol de l'octave plus grave , et^qui est par conséquent r^a, avec 9/8.
Enfin ut est à ré , ou 1 : 9/8 , comme un son {la) intermédiaire entre sol et «/est à «i ; ce la est 5/3. Tels sont les sons de la gamme
ut^ ré^ mi^ fa.^ sol^ la^ si^ ut^ 1 9/8 5/4 4/3 3/2 5/3 15/8 2 Dans cette série
ut est à rè comme 1 : 9/8 ré est à mi comme 1 : 10 9 mi est à fa comme 1 : 16/15 fa est à sol comme 1 : 9/8 sol est à la comme 1 : 9/10 la est à si comme 1 : 9/8 jî'est à îit comme 1 : 16/15 Les rapports 1 : 9/8 et 1 : 10^9 sont appelés tons entiers , et celui de 1 : 16/15 prend le nom de semi-ton. Entre les sons qui sont séparés par des tons entiers, on distingue encore des semi-tons.
Il n'y a pas égalité entre élever un son d'un semi-ton ou du rapport de 1 : 16/15, et abaisser le son suivant de la même quantité, et par conséquent ut dièse diffère de ré bémol. L'intervalle de 1 : 5/4 , ou à'^u à mi, s'appelle tierce mi^jeure , et l'intervalle de 1 •• 6/5 , ou d't*^ a wi bémol , prend le nom de tierce mineure.
Dans un accord consonnant de plusieurs sons , ceux-ci doivent être dans un rapport simple tant avec le son fondamental qu'entre eux. C'est à celte seule condition que leur réunion produit un effet agréable. Ut : mi -. sol, ou 1 : 4/5 : 3/2, forment une triade harmonique-, car mi est àw^dans un rapport simple, celui de 5 : 4 , et so\ est à ut dans un rapport également simple , celui de 3 : 2 ; mais mi et sol sont aussi consonnans, puisque le rapport entre eux est de 1 : 6/5. Au contraire , ut : mi bémol . mi , OU 1 '• 6/5 : 5/4, ne foraient point
lin accord harmonique ; car ut est bien à mi bémol comtne d : 6/5 , et ut à mi comme 1 : 5/4 ; mais mi et mi bémol ne sont point consonnans , nttencîu que 6/5 : 5/4 = I : 25/24. L'harmonie a donc pour cause la simplicité des rapports numériques.
L'accord du son fondamental avec la tierce majeure et la quinte , ut : mi : sol , ou 1 : 5/4 : 3/2, s'appelle Taccord majeur; celui du son fondamental avec la tierce mineure et la quinte , ut : mi bémol : sol , ou 1 : 6/5 : 3/4 , se nomme accord mineur. Tous deux sont composés d'une tierce majeure et d'une tierce mineure , 5/4 et 6/5 ; tous deux ensemble forment une quinte. Dans l'accord majeur, la tierce majeure précède la tierce mineure ; dans Taccord mineur, c'est la tierce mineure qui précède la majeure. Ces deux accords produisent un effet différent sur l'oreille. La consonnance est plus satisfaisante dans l'accord majeur que dans l'accord mineur.
Les dissonances produisent aussi un effet agréable sur Vôreille lorsqu'elles font le passage à des consonnances , ce qu'on appelle les résoudre ou les sauver. Un accord dissonnant, outre des intervalles consonnans, en contient aussi un dissonnant. L'octave est consonnante avec la tonique , la tierce et la quinte; mais la septième fait dissonnance. L'accord de septième peut servir comme exemple d'un accord dissonnant : outre la tonique , la tierce et la quinte , il renferme encore la septième. On parvient à résoudre la dissonnance par un accord qui , au lieu du son dissonnant, renferme les consonnans, ou qui est consonnaat avec le son dissonnant. Le rapport est le même que quand nous voyons plusieurs couleurs à la fois-, le défaut d'harmonie entre le bleu et le rouge s'efface par l'interposition d'une autre couleur qui est harmonique avec ces deux-là et indifférente pour les autres. Du vert, entre du rouge et du bleu , fait disparaître le défaut d'harmonie , parce qu'il est harmonique avec le vert et indifférent par rapport au bleu. Le même effet résulte de l'orangé, qui est harmonique avec îé