‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 109 sur 136 · SUR LES NEBFS AUDITIFS · texte numérisé non relu

SUR LES NEBFS AUDITIFS

bleu et indifFérent eu égard au rou{je. Descartes a très-bien peint l'effet des dissonnanceset des consonnances sur Toreille. Inter objecta sensus illud non animo gralissimum est, quod facile sensu percipitur, nequeetiam difjiciUime^sed quod non tant faciie^ut naturale desidcrium^ quo sensus feruntur in oùlçcta plane non impleat^ neque eliam tant difficulter^ ut sensus faiio-et. L'harmonie de l'ociave est trop simple pour salibfaire , et la dissonnance elle-même devient satisfaisante lorsque ce qu'il y a de difficile à saisir en elle se résout en un rapport plus facile.

Il y a impossibilité , quand la série des sons est considérable , d'employer les intervalles avec une pureté arithmétique, telle que l'ouïe en elle-même l'exige. L'exemple suivant, cité par Chladui , en fournit la preuve. Quand on emploie seulement à la suite l'un de l'autre les intervalles «o/, ut, fa ré, sol^ ut , le second ut n a déjà plus la valeur du premier, et il en est de même du jo/. La pureté des intervalles exigerait :

sol '. ut "m O : %

ut : fa zn Z '. li

fa : re zz: 6 : 5

ré : «o/ ZZ 3 : 4

sol : ut zn Z '. 1 OU Jol : ut : fa : ré : sol : ut =^ 243 : 162 : 214 : 180 ; 240 : 160. La première fois sol a la valeur de 243, et la seconde fois celle de 240 ; la première valeur d'ut est de 162, et la seconde de 160. En répétant davantage, on s'éloignerait toujours de plus en plus de la valeur priinordiale des sons. Ce qu'on nomme le tempérament pare à cet inconvénient , en altérant la pureté des sons d'une manière légère , mais insensible à l'oreille. Il est dit égal ou inégal suivant que Taltération se trouve répartie d'une manière uniforme ou non. Le lempérament égal est généralement admis dans la musique, comme étant le plus facile à mettre en pratique. Tenter de maintenir *a pureté des sons entre les octaves , ne pourrait qu'entraîner

de plus grands inconvéniens pour les autres sons. Les incouvéniens du tempérament égal ne sont point sensibles à l'oreille, pas plus que ne le sont en général les légers défauts dans l'aceord d'un instrument. Si l'oreille pouvait remarquer de si petites différences , la pratique des intervalles purs serait impossible sur des instrumens , puisqu'on éprouve déjà de si grandes difficultés à se procurer un instrument dont raccord soit parfaitement pur.

Vm Audition*

Distinguer la direction du son n'est pas un acte de la sensation elle-même, mais un jugement, porté d'après l'expérience acquise. En raison de la modification que l'ouïe éprouve suivant cette direction , la perception place le corps qui produit le son dans tel ou tel sens déterminé. Le seul guide certain à cet égard est l'impression plus vive que le son exerce sur l'une des deux oreilles. Cependant la réflexion des ondes sonores, la résonnance, la transmission non affaiblie du son par l'air des tuyaux de communication recourbés, établissent la possibilité de nombreuses erreurs. La transmission condensée du son dans des tubes contenant de l'air, ou sa propagation, par des conducteurs solides , à un foyer de résonnance éloigné, peut faire naître une illusion telle que son point de départ semble être le bout du tuyau dans le premier cas, ou le foyer de résonnance dans le second.

La direction du son peut également être appréciée? au moyen de l'ouïe, en donnant des positions variées à la tête et à l'oreille, qui font que les ondes sonores tombent sur cette dernière, tantôt perpendiculairement et tantôt obliquement.

Si ces deux moyens échouent, que les deux oreilles aient une même situation eu égard au lieu du son , comme , par exemple , quand ce dernier est excité devant nous ou derrière, il est hors de notre pouvoir de di^tinglJer si les ondes sonores viennent de l'avant ou de l'arrière, ainsi qu'il résulte

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des expériences de Venuinni , et que les lois de la physique suffisent déjà pour l'établir. Les ondes ne déterminent pas seulement l'ébranlement condensant dans une direction, elles produisent aussi l'ébranlement dilatant dans la direction opposée, et quand il s'en succède plusieurs les unes à la suite des autres, ces deux sortes d'ébranlemens alternent régulièrement ensemble. Quand bien même on pourrait distinguer la direction de l'ébranlement sur le nerf, on n'aurait pas moins, dans le dernier cas, tout autant de fondement à placer le son dans une direction que dans la direction opposée.

Les ventriloques profitent de l'incertitude que présente la distinction de la direction du son, et du pouvoir de l'imagination sur le jugement ; ils parlent dans une certaine direction, et font comme s'ils entendaient le son venir de là.

Nous ne sentons pas la distance du son , mais nous jugeons d'elle d'après l'intensité de celui-ci. Le son lui-même occupe toujours la même place dans noire oreille ; mais nous plaçons hors de nous le corps qui le produit. Il suffît d'assourdir la voix et de le rendre telle que nous l'entendons dans le lointain, pour faire croire à son éloignement , ce qui se pratique dans la ventriloquie.

Mais l'imagination influe aussi sur l'acte même de la sensation, et celle-ci devient plus vive par le fait de l'altention. Elle parvient alors à distinguer un bruit déterminé parmi plusieurs autres ou parmi des sons nombreux , et à suivre le jeu d'un seul des instrumens dans un orchestre. Si deux personnes nous disent des choses différentes, chacune datis une oreille , les deux impressions se mêlent ensemble ; ce n'est qu'à l'aide d'un effort soutenu d'attention, et par la différence du timbre des deux sons , qu'il nous est donné de suivre l'une des deux séries , et de rendre notre ouïe plus ou moins inaccessible à l'autre série , qui agit sur nous comme un bruit distrayant. Accroître volontairement l'aiteniion qu'on consacre à des sons, s'appelle écouler. Lorsque l'intention de l'âme tombe

sur ce qui est apporté au sensorium commune par les nerfs auditifs, nous n'entendons même point le son existant. Mais souvent aussi nous n'entendons faiblement une chose que parce qu'une autre occupation, qui absorbe notre attention, nous empêche de l'écouter, et qu'ensuite nous nous souvenons du son ; un phénomène ana'ogue a lieu dans d'autres sens. Les actes contraires de Timagination se troublent en quelque sorte les uns les autres, comme il arrive à des ondes douées de qualités opposées , qui , après s'être traversées réciproquement, continuent à marcher chacune de son côté.

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