‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 120 sur 136 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De l'organe du goût.

Le goût a pour siège la gorge et surtout la langue , qui néanmoins a souvent , chez les animaux , plus d'importance comme organe de déglutition que comme appareil sensoriel , de même que les nombreuses diversités de cet organe , dont l'anatomie comparée constate l'existance, intéressent fort peu la physiologie du goût , et peuvent être passées ici sous silence. Lorsque la langue est dépourvue de tissu musculaire, et sèche, comme chez les Poissons et beaucoup d'Oiseaux , il ne faut pas conclure de là que le sens du goût soit absent : car la sensation qui le caractérise est une propriété de l'arrière-gorge entière : elle appartient non à un organe particulier, mais à la membrane muqueuse de cette cavité. Les animaux qui avalent leur proie couverte de plumes ou de poils, tels que les Serpens , dont il faut rapprocher, sous ce rapport, les Oiseaux insectifores et granivores, sont les seuls auxquels le goût manque, en raison même de leur mode de déglutition. J'ai parlé ailleurs d'un organe mobile qui existe au palais des Cyprins , et que quelques physiologistes regardent comme un appareil de gustation.

DE l'organe du GOUT. 6o3

Chez l'homme , l'attouchement du voile du palais provoque la sensation du dégoût. Cette sensation pourrait, rigoureusement parlant, être attribuée à une réflexion sur les nerfs gustatifs ; mais les expériences de Dumas, Autenrieth, Richerand, Horn, Lenhossek , Treviranus et Bischoff , ont mis hors de doute la sensibilité du palais pour les choses sapides, et moi-même j'y distingue très bien la saveur du fromqge. Le grjind hypoglosse est le nerf moteur de la langue , et le lingual son nerf sensitif : c'est ce qui ressort des expériences de Dupuytren et de Mayo, comme aussi des miennes; car, en, irritant le premier de ces nerfs parle galvanisme , ou par des tiraillemens, on détermine des convulsions dans la langue, tandis que la section du second entraîne de vives douleurs. Les expériences sur le nerf lingual exigent , par rapport au mouvement , les mêmes précautions que celles qui sont nécessaires quand on expérimente sur les racines des nerfs rachidiens. Il faut détacher d'abord le nerf de la partie centrale, après quoi on en irrite le bout qui se porte à la périphérie. Si l'on irritait le nerf lingual tandis qu'il tient encore à son extrémité centrale, il serait à craindre que la langue et d'autres parties vinssent à se contracter par réflexion, comme je l'ai observé moi-même il n'y a pas long-temps.

Quant à la controverse qui s'est élevée relativement à la question de savoir lequel du hngual ou du glosso-pharyngien doit être considéré comme nerf gusiatif , et aux théories de Panizza , Bischoff, etc., sur ce point de doctrine , je renvoie à ce que j'ai dit précédemment. Wagner adopte la théorie de Panizza , en se fondant sur des motifs tirés del'anatomie et de la physiologie. Valentin et Bruns l'adoptent également , en conséquence de leurs expériences, tandis que mes expériences, celles de Kornfeld et celles de Gurlt ne sont point favorables à cette hypothèse. Je ne regarde pas celles de Valentin comme décisives , car il en résulterait qu'un animal commence à recouvrer le goût quinze jours après la section du

6o4 ï>E l'action des nerfs GCSTATIFS.

glosso pharyngien. Or ce laps de temps est tellement court, qu'il porte à croire que ropération n'avait point aboli le sens. Les expériences d'Alcock n'ont point eu de résultats positifs. La faculté de percevoir les saveurs amères n'existait plus après la section du glosso-pharyngien, et après celle du lingual, elle n'était perdue qu'à la partie antérieure de la langue : l'auteur attribue le goût tant au glosso-pharyngien qu'au lingual, et même aux branches palatines de la cinquième paire : ses expériences sur ces derniers nerfs n'ont produit rien de définitif. Les observations pathologiques sont ici d'une haute importance. Ainsi , le goût s'est trouvé aboli après la destruction de la cinquième paire , comme dans les faits rapportés par Parry, Bishop et Romberg. Une compression exercée sur le nerf lingual donna lieu au même phénomène: chez le sujet de cette observation, qui avait perdu le goût et la sensibilité de tout un côté de la langue , le commencement de la troisième branche était altéré par une petite tumeur, mais le glosso-pharyngien n'offrait rien d'anormal.

Je crois que le lingual est le principal nerf gustatif de la langue. Mon opinion repose sur les expériences de Magendie, de Gurlt et de Kornfeld , sur celles que j'ai faites moi-même , et sur les observations pathologiques de Parry, Bishop et Romberg. Mais je ne regarde pas comme prouvé que le nerf glosso-pharyngien soit sans participation à cette fonction dans le région postérieure de la langue et l'arrière-gorge. Romberg lui attribue la sensation du dégoût, qui protège l'entrée du système digestif.

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