‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 122 sur 136 · I. Étendue et organes du toucher · texte numérisé non relu

I. Étendue et organes du toucher

Le tact proprement dit, ne diffère pas, quant à son essence, du toucher envisagé d'une manière générale. La différence tient uniquement aux rapports de l'organe, soit avec le monde extérieur , soit avec le reste de Torf^anisme. Toute partie ayant la sensibilité tactile, qui se trouve placée à la surface , jouit du tact, en ce sens qu'elle peut recevoir la sensation de corps extérieurs. Elle possède cette aptitude à un d'autant plus haut degré , que la faculté de distinguer est plus perfectionnée en elle , et qu'elle-même peut se mouvoir. En conséquence , les organes du tact sont la peau entière , mais surtout les mains ;, la langue, les lèvres, notamment chez les Chats et les Phoques, où ces appendices sont munis de longs poils, ayant un germe auquel de nombreux nerfs communiquent une grande sensibilité ; le nez chez les animaux pourvus d'une trompe , les tentacules des Mollusques, les antennes et les palpes des Insectes , les appendices digitiformes des nageoires pectorales des Trig'es, dont les nerfs naissent même d'une série de lobules ou renflemens particuliers de la moelle épinière.

A la peau , Torgane du tact est le corps papillaire , assemblage de petites inégalités visibles à la loupe , que le tissu de Malpighi enveloppe en manière de gaîne, et auxquelles aboutissent les nerfs.

De plus amples développemens sur les organes du tact appartiennent à l'anatomie comparée.

Les parties pourvues de la sensibilité tactile générale sont certaines régions du^sysième nerveux lui-même , les nerfs spinaux, et, par eux, la plupart des organes.

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Dans les organes centraux , il y a des parties qui semblent êlre privées de toute sensibilité , comme la surface des hémisphères , dont une foule d'exemples aitestent que les plaies ne causent aucune douleur ni chez Thomme , ni chez les animaux. Toutes les fois qu'à la suite de plaies de tête , il a fallu pratiquer, chez des sujets en parfaite connaissance , l'ablation d'une partie de la surface de l'encéphale , soit parce qu'elle faisait hernie, soil parce qu'elle avait subi une altération quelconque, l'opération n'a été nullement sentie.

D'autres parties des or(][anes centraux possèdent , au contraire, une sensibilité irès-développée. Mais les sensations qu'elles éprouvent ne sont pas partout du genre de celles du toucher.

Quand les parties centrales du sens de la vue viennent à être irritées, elles déterminent des sensations de lumière. On sait, depuis long-temps, qu'en comprimant le cerveau d'un homme, on lui fait voir des lueurs et des éclairs. Cependant il y a aussi des régions de l'encéphale qui sont susceptibles de sensations tactiles ordinaires. Quoique plus d'un mal de tête ne dépende que d'une sensation éprouvée dans les nerfs des tégumens extérieurs, il n'en est pas moins possiLle que l'on ressente de la pression et de la douleur dans le cerveau ; c'est ce qu'attestent les cas d'affections chroniques de ce viscère dans lesquels le malade avait un sentiment plus ou moins net du lieu où le changement de texture s'était opéré.

Dans la portion spinale du cerveau et dans la moelle épinière il n'y a pas d'autres sensations que celles du gpnre des tactiles. Ces sensations sont éprouvées , avec le caractère de douleurs ou de f<»urmillemens, tantôt dans le lieu même de leur siège objectif, savoir au milieu du dos , tantôt dans les parties extérieures auxquelles se rendent les nerfs rachidiens. Les fourmillemens et les douleurs ont quelquefois lieu sans qu'il se manifeste aucune sensation locale au dos. La cause de cette particularilé remarquable est inconnue.

DU SENS DU TOUCHiiR. 6il

Les lois qui président à la sensation dans les nerfs, lorsque ces org^anes deviennent le siège d'une irritation , peuvent être passées ici sous silence , puisque tout ce qui les concerne a déjà été exposé dans la physique des nerfs.

Le tissu corné et le tissu dentaire sont complètement insensibles, à l'exception de leurs germes, auxquels se rendent et des nerfs et des vaisseaux. L'agacement des dents par les acides doit donc être considéré comme une affection du follicule dentaire. Cependant la structure tubuleuse de la substance de ces osselets permet de concevoir la possibilité d'une transmission de Tacide au germe par les tubes capillaires, soit qu il agisse sur la portion de la dent qui n'est pas couverte d'émail, soit qu'il s'introduise à travers les fissures que ce dernier présente si souvent.

Les tendons, les cartilages et les os ne sont point sensibles dans l'état de santé. Les nombreuses expériences de Haller l'ont démontré sans réplique. Elles ont pi'ouvé aussi que le périoste est également insensible. La dure-mère semble toutefois faire exception : du moins est-il certain qu'elle possède des nerfs. Dans les maladies, les os peuvent devenir trèsdouloureux, comme aussi les organes du système chyîopoïétique, auxquels se distribue le grand sympathique, et qui n'ont qu'une faible sensibilité chez Ihomme en santé.

La sensibilité est bien moindre dans les muscles qu'à la peau , comme on peut le constater en piquant avec une épingle les légumens et les masses musculaires. La peau ellemême offre, à cet égard, de grandes différences, tenant vraisemblablement au nombre des fibres nerveuses qui se répandent dans ses diverses régions ; j'en ai donné la preuve précédemment, en rapportant les faits dont on doit la découverte à E. H. Weber. Les régions de la peau où l'on perçoit une faible distance entre deux points irrités, sont aussi, d'après les observations de cet aniuomiste , ceux où l'on distingue le plus sûrement les différences de la température et les poids

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des corps appliqués sur les té({umens : la pression d'un poids posé sur la face palmaire des doigts paraissait plus forte que celle du même poids posé sur la peau du front. La sensibilité est très-grande dans les membranes muqueuses qui font parlie du système respiratoire, des organes sensoriels, des parties génitales, etdépendent des nerfs du système animal; elle est beaucoup plus faible dans celles du canal intestinal , où cependant elle peut se développer au plus haut degré par l'effet de la maladie. Les systèmes cutanés interne et externe diffèrent encore l'un de l'autre , sous le rapport du mode de leurs sensations, en ce que le sentiment subjectif de formicalion, qui provient de causes internes, et qui s'observe si fréquemment dans les affections de la moelle épinière, paraît n'avoir lieu qu'à la peau, et ne point se manifester dans les membranes muqueuses.

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