II. Modes ou énergies du toucher
Le mode des sensations tactiles est tout aussi particulier que celui des autres organes sensoriels. La manière dont ce sens annonce la présence d'une irritation, depuis l'affection la plus légère jusqu'à la plus intense, n'est ici ni son, ni lumière ou couleur, etc., mais ce quelque chose indescriptible qu'on appelle sentiment, et dont les modifications ne dépendent souvent que de l'étendue des parties affectées. Ainsi , par exemple, les élancemens annoncent une afleciion violente de parties peu étendues, la douleur gravative une affection moindre, mais plus étendue et plus profonde. Cette dernière circonstance distingue le sentiment de la pression de celui du simple attouchement.
La sensation de choc ou de coup naît d'un changement brusque de l'état des nerfs par une cause externe ou interne, par l'influence mécanique d'un corps , ou par la rupture de l'équilibre électrique. Un courant de principe nerveux qui s'échappe soudainement du cerveau, dans l'effroi ? peut aussi
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être senti comme coup ou comme choc. Le mode de cette sensatioQ ne dépend donc point de l'action mécanique d'ua corps.
Une répétition rapide de chocs provoque , dans quelques autres sens, des sensations particulières , dont la qialiié dépend de la succession des secousses , comme dans le sens de l'ouïe , et, à ce qu'il paraît aussi , dans celui de la vue. Ce mode d'excitation n'exerce , au contrait e, aucune influence sur les sens de l'odorat et du guût. Comment celui du toucher se comporte -l il à son égard ?
Une succession rapide de chocs égaux , tels que ceux qui sont nécessaires pour produire la sensation d'un son musical, est sentie comme tremblement par le sens du toucher. C'est ainsi qu'on sent non seulement la résonnance d'un corps solide, mais encore un son excité dans Teau, lorsqu'on p'onge dans ce liquide la main tenant un corps solide , par exemple un morceau de bois. Si la sensation des vibrations est plus forte, et si elle a lieu dans des parties irritables, telles que les lèvres, elle peut avoir l'expression commune ou générale du chatouillement, tel qu'on l'éprouve quand on approche de ses lèvres un diapason vibrant. La même sensation se manifeste aisément aussi à la langue par l'effet des vibrations. On pourrait être induit par-là à conjecturer que le chatouillement provoqué par d'autres causes, comme les attouchemens , les mouvemens de l'escarpolette , et la volupté qui s'en rapproche beaucoup, sont également accompagnés de vibrations d'une vitesse déterminée du principe nerveux luimême dans les nerfs. La sensation du chatouillement et de la volupté est possible dans toutes les parties du corps soumises au sens du toucher en général ; elle est développée au plus haut degré dans les parties génitales, moinrire au sein de la femme, aux lèvres , à la peau et dans les muscles.
La sensation de la douleur parait être déterminée parla violence de l'excitation du toucher.
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Celle du froid et du chaud se manifeste surtout par suite d'un chang^ement d'état de la matière, que la chaleur physique détermine dans les parties animales ; mais elle a lieu aussi dans des circonstances oii nulle modification de la température n'est appréciable à l'aide du thermomètre , par un désaccord dans les nerfs , et les sensations soudaines du froid glacial et d'ardeur brûlante paraissent se ressembler beaucoup.
Au reste, quand on compare, au moyen du toucher, les températures de milieux différens, il faut avoir égard à lacapaciié des corps pour lachuleurphysique. Une même température agit avec bien plus de force sur notre peau, et nous semble beaucoup plus chaude lorsqu'elle a pour véhicule l'eau, au heu de l'air. L'eau froide nous paraît plus froide aussi que Tair à la même température, parce qu'elle soustrait plus rapidement la chaleur à noire corps.