XXI. Toucher et idée
Une sensation tactile arrive toujours à la conscience lorsque le sensorium commune y fait attention ; sans cette circonstance le phénomène organique de la sensation a bien lieu , mais il n'est pas remarqué. L'intention rend aussi plus nettes les sensations que procure le toucher. Une douleur devient d'autant plus pénible que l'atieniion s'y attache davantage. Une sensation insignifiante par elle-même peut également acquérir par ià une durée très-fatigante : c'est ce qui arrive , par exemple, aux démangeaisons qui surviennent dans un point irès-limité de la peau. Lorsqu'une personne lance de la salive au visage de ses interlocuteurs , l'idée de la saUve rend la sensation plus vive et plus insupportable.
Par le concours de l'imagination et l'usage de l'expérience acquise , nous en venons à placer ce que nous; sentons tantôt au dedans ettaniôtau dehors de nous mêmes. Rigoureusement parlant, on ne peut sentir que l'état de ses nerfs, qu'd ail d'ailleurs été provoqué par une cause interne ou par une cause
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externe. Quand nous sentons quelque chose , ce n'est pas la chose extérieure elle-même, mais seulement la main mise en contact avec l'objet ; l'idée de la cause extérieure fait que nous donnons à ce que nous sentons le nom du corps qui détermine en nous cet etl'et. J'ai fait connaître la manière dont nous acquérons l'idée du monde extérieur par opposition à notre propre corps. La notion d'objets tactiles repose , en dernière analyse , sur la pos>ibiliié de distin;»uer les diverses parties de notre corps comme occupant une place différente dans Tespare. La distinction devient plus nette et plus sûre par l'usage du sens. Elle acquiert un tel degré de certitude chez l'adulte, que , même dans le cas où les parties de noire corps ont une position forcée, si nous ne faisons pas attention à cette circonstance , nous nous représentons les sensations suivant le même ordre relatif que les parties d'où elles émanent conservent entre elles dans létal normal. De là le phénomène, connu déjà d'Arislote, qu'une boule roulant entre les deux doigts superjK)sés de la même main , procure la sensation de deux, surfaces spheriques opposées , qui semblent appartenir à deux boules différentes.
L'extension d'une sensation tactile à une grande surface produit sur nous , toutes choses égales d'ailleurs , l'effet d'une impression plus intense que celle qui résulterait de la môme sensation bornée à une petite partie. Lorsque Weber plongeait la main entière dans de l'eau chaude, celle-ci lui semblait plus chaude que quand il y enfonçait un doigt seulement. On peut répéter l'épreuve en se baignant dans l'eau froide et chaude.
Comme chaque sensation s'accompagne d'une idée, et en laisse une après elle, qui peut être reproduite, l'idée d'une sensation est comparable à une sensation réelle. Ainsi un poids nous semble plus lourd ou plus léger qu'un autre que avons soulevé auparavant , et dont l'idée subsiste encore en nous au moment où nous semons te second, E.-H. 'Weber est
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même parvenu à percevoir dislinctemem la dîiïérence de deux poids ou de deux températures mis en contact l'un après l'autre avec sa main , comme s'ils (taienl sentis simultanément par les deux mains. Mais la capacité de comparer s'affaiblit d'autant plus qu'un laps de temps plus long s'écoule entre la première sensation et la seconde.