C. V entriloquie
On connaît chez l'homme une manière particulière de parler qu'on désigne sous le nom de ventriloquie. Quelques physiologistes , comme Magendie, pensent que les sons produits par les ventriloques ne sont que des modifications du timbre de ceux auxquels l'organe vocal donne naissance. D'autres croient qu'ils ont une cause particulière , qu'ils tiennent , par exemple, à ce que le sujet articule pendant l'inspiration. Celte dernière opinion est la plus répandue. On ne saurait nier qu'il ne soit possible d'articuler en aspirant , malgré les difficultés qu'on est obligé de vaincre pour cela , et que les sons qui se forment ainsi n'aient quelque analogie avec ceux des ventriloques. Cependant je ne pense pas que cette théorie soit exacte. Il y a une autre manière bien plus facile d'imiter complètement la voix des ventriloques , en donnant un timbre tout particulier aux sons de la sienne , et je suis persuadé que c'est elle qu'emploient les ventriloques de profession. Je fais une inspiration profonde , de sorte que le diaphragme refoule les viscères abdominaux en avant , puis j'expire d'une manière toute particulière , en resserrant beaucoup ma glotte , et faisant sortir l'air très-lentement par la contraction des parois Ihoraciques , tandis que le diaphragme conserve la situation qu'il avait durant l'inspiration , et qu'en conséquence le ventre demeure poussé en avant pendant que je parle. Cette intonation au moyen d'un grand rétrécissement de la glotte et d'un souffle faible déterminé par les seules parois latérales de la poitrine , sans le concours des muscles abdominaux , donne II. i5
226 • DE LA FABOLE.
lieu au timbre particulier des sons de ce registre. On peut ainsi former des sons qui ressemblent à ceux d'un homme appelant de loin. Gomme le ventre demeure gonflé tandis qu'on parle, on croit d'abord ventriloquer pendant l'inspiration; mais on ne tarde pas à se convaincre que c'est réellemeut pendant l'expiration ; car, lorsque Ton continue jusqu'à ce qu'on n'ait plus d'haleine, la poitrine s'est resserrée de plus en plus, et quand il n'y a plus possibihté de produire aucun son par défaut d'air dans le soufflet , on est forcé de faire une nouvelle inspiration.
Parmi les effets que produisent les ventriloques , il y en a beaucoup qu'il faut attribuer à de simples illusions d'autres sens, de l'oreille par exemple, comme quand le sujet fait entendre des paroles qui ont l'air de venir d'un endroit déterminé. En général , nous distinguons très-peu la direction du son, et quand noire attention est dirigée vers un point, noire imagination est prête aussitôt à y rapporter ce que nous entendons.
D. F'ices de la parole.
Une bonne prononciation suppose que la cavité orale est bien conformée et l'oreille juste. Les imperfections de la parole proviennent d'un défaut dans l'une et l'autre de ces deux conditions. La parole devient vicieuse eu égard à la formation de certains sons , et en même temps nasonnante , lorsqu'il y a un trou à la voûte palatine. Elle devient incomplète chez ceux qui manquent de dents. On peut consulter Kempelen et SchuUhess pour ce qui regarde les vices de prononciation relatifs à chaque lettre. Le bégaiement tient à l'inhabileté et rikumobililé de la langue. L'ivresse le produit d'une manière passagère , et la paralysie du nerf grand hypoglosse d'une manière permanente. Mais la parole peut aussi être imparfaite parce que les sons ne se succèdent pas convenablement, quoique le sujet ait la faculté de les former purs. Le bégaiement est l'impossibilité momentanée de prononcer une coo-
sonne ou une voyelle ou de l'unir aux précédentes. L'obstacle peut se rencontrer au commencement ou dans le milieu des mois. Si la lettre difficile à prononcer se trouve au milieu d'un mot, il arrive souvent que la syllabe précédente ou celle qui ne peut sortir complètement est répétée plusieurs fois de suite, par exemple zi-zi-zi-zitze , llllachen. Il manque dans le premier cas la possibilité d'unir la consonne t avec la voyelle i qui précède , et dans le second celle d'unir la consonne / avec la voyelle a qui*la suit. La répétition de ce qui précède n'est pas , comme l'a très-bien fait remarquer Schulihess , ce qui constitue l'essence du bégaiement ; c'est seulement une sorte de reprise pour trouver le passage, la transition. Si la consonne précédente est explosive , l'individu est enclin à la répéter, parce qu'il ne peut pas la soutenir à volonté et jusqu'à ce que la voyelle sorte. Mais si celte consonne est soutenue (m, n, ng^ /", ;^ , sch^ r, l, s), la répétition n'est plus nécessaire, parce que le son peut ê(re prolongé jusqu'à ce que la voyelle arrive. Exemples : Bbhhoire^ l — lire. Cependant il arrive aussi que l'homme qui bégaie répète la consonne soutenue, et prononce llllire. Quelquefois même il intercale involontairement , dans le mot , des lettres qui n'y appartiennent pas , c?, f, ng^ nd et autres. Schulihess pense que ce sont les voyelles et non les consonnes dont l'articulation difficile donne lieu au bégaiement. Cette remarque découle d'une observation attentive delà nature-, toutefois, bien qu'elle rectifie une erreur jusqu'alors accréditée, elle va trop loin; car il arrive souvent que la voyelle est déjà formée, mais que la consonne qui vient après ne veut pas s'y unir. Je connais un jeune homme, très-versé dans les mathématiques, et qui a fortement bégayé autrefois ; lorsqu'il prononçait son nom, il lui arrivait fréquemment de dire Te-Tessot au lieu de Tessot. Il y a encore beaucoup de circonstances où l'obstacle existe dès la première consonne d'un mot. Dans ces cas aussi, la cause tient moins à l'articulation par les parties actives de "ïnTr;--^
2i8 I>E LA PAROLE.
la bouche qu'à une occlusion soudaine de ia glotte , qui s'oppose au passage de l'air nécessaire pour produire telle ou telle consonne. Cette clôture de la glotte , sur laquelle Arnott surtout a appelé l'attention , ne survient que lorsqu'il s'agit d'associer ensemble certaines articulations , le passage de l'air restant libre pour d'autres, par exemple pour la répétition de la syllabe précédente. Au fond , l'obstacle est toujours à la glotte , soit qu'elle ne rende pas le son nécessaire quand il s'agit d'une voyelle, soit qu'elle ne laisse poirJl passer l'air durant la tentative que le sujet fait pour articuler un son dans sa bouche. Ce travail de la part de la glotte s'annonce clairement , chez les personnes qui bégaient beaucoup , par la gêne de l'expiration et par la congestion du sang dans la tête et les veines du cou. L'essence du bégaiement consiste donc en un état pathologique des mouvemens associés du larynx et de la bouche. Lorsqu'il est porté au plus haut degré, on observe aussi des mouvemens dans les muscles de la face ; l'effet est le même que quand on veut contracter un muscle de la face , et que la face entière se contracte parce qu'on éprouve de la peine à isoler l'influx nerveux (1).
Je partage complètement l'opinion d'Arnolt et de Schulthess quand ils assignent pour cause prochaine au bégaiement une affection spasmodique de la glotte. Cette affection est une occlusion momentanée de la glotte , soit par le rapprochement des cartilages aryténoïdes , qui s'appliquent l'un contre l'autre, soit parla pression qu'exercent les muscles ihyro-aryiénoïdiens, qui peuvent accoUer les cordes vocales l'une à l'autre. Il faut tenir pour certain que cette affection momentanée est une association pathologique avec certains mouvemens de la bouche , en particulier de la langue , et qu'elle en dépend enlièremerît. Les parties de la bouche sont placées comme
(1) Mcigendie , art. Bégaiement du Dictionnaire de médecine et de chi" rurgie pratiqties , Paris, d830, t. IV, p. 63.
DE LA i'AROLE., 22g
elles doivent l'être pour former le ù; les lèvres peuvent aussi s'ouvrir comme l'exige 1 explosion de cette lettre ; mais il manque le courant d'air venant de la glotte. La marche naturelle pour remédier au bégaiement consiste donc à rendre facile l'association entre les mouvemens du larynx et les articulations. Chanter les mots est déjà un moyen d'y parvenir, parce que, dans le chant, l'attention se porte davantage sur la part que le larynx prend à la prononciation, qu'elle ne le fait dans la parole ordinaire. Aussi les personnes qui bégaient chantent-elles mieux qu'elles ne parlent.
Tenir la langue trop basse dans la bouche paraît favoriser le bégaiement. La méthode de madame Leigh tend à corriger ce vice et à relever la langue vers le palais. Les anciens avaient recours à un moyen analogue quand ils faisaient tenir des corps étrangers sous la langue. La méthode indiquée par Arnott repose sur des notions physiologiques exactes , eu égard au bégaiement. Si les lèvres de la glotte étaient visibles comme celles de la bouche , dit cet écrivain , la nature du bégaiement ne serait pas demeurée si long-temps couverte d'un voile. La glotte se ferme de temps en temps chez l'homme qui bégaye : il s'agit de faire perdre celte habitude à la nature , par Texercice. Arnott propose de faire unir tous les mots en un seul par des intonations intercalées , jusqu'à l'épuisement de Thaleine. Ce moyen est bon , mais il ne suffit pas, puisque l'obstacle principal existe la plupan du temps dans l'intérieur même des mots , et tient aux mouvemens associés que réclament certaines articulations. Si j'avais une méthode à proposer pour la guérison du bégaiement, outre le procédé d'Arnott, j'emploierais le suivant : Je ferais au sujet des écritures dans lesquelles il ne se trouverait aucune consonne absolument muette ou explosive (p,(î,7,7r,T,x); ces écritures ne contiendraient que des phrases dans Ja composition desquelles il n'entraînerait , outre les voyelles , que des consonnes susceptibles d'intonation concomiiaMie (f, x,
23o DE Là PABOLE.
sch , S, r, 1, m , n, ng); je ferais une loi de prononcer toutes ces lettres avec intonation , et de les traîner très-long-temps. De là résulte une prononciation dans laquelle Tarticulation est constamment accompagnée d'intonation , de manière que la glotte ne se trouve jamais fermée. Une fois le sujet bien exercé à tenir sa glotte ouverte sans interruption , même entre les mots , comme le conseille Arnott , à ne jamais la fermer pendant et après chaque consonne et chaque voyelle , on pourrait passer à la consonne muette A, et aux consonnes explosives ; car, parvenu là , il sait déjà de quoi il s'agit. Le procédé de madame Leigh est d'un empirisme aveugle : ni le maître ni l'élève ne savent ce dont il est question.
Il y a un certain vice , assez commun , de la parole , qui diffère essentiellement du bégaiement. C'est Tintonation entre les mots, Tinierpolation d'une, d'un œ , d'un a, plus ou moins long , ou de quelqu'une des voyelles nasales , ou d'un son particulier modifié par la gorge , pendant que la prononciation des mots eux-mêmes est bonne , par exemple/e... e. Il semble entendre un instrument de musique dont le son se prolonge au-delà de la durée voulue. Ces sons étrangers forment et facilitent le passage d'un mot à un autre , et c'est peut-être là ce qui souvent y donne lieu , quoique fréquemment aussi ils tiennent à l'hésitation de la pensée. On rencontre quelquefois ce défaut chez les personnes qui bégaient , peut-être parce que c'est un moyen d'éviter une interruption en passant au mot suivant.
La formation de sons purs suppose Touïe. Il est fort difficile aux sourds-muets d'apprendre à prononcer des sons même grossiers. Il ne leur manque que l'ouïe , en totalité ou en grande partie ; le mutisme est la suite de la surdité. Avec beaucoup de peine ils apprennent à imiter les mouvemens pour articuler les sons qu'ils voient faire devant eux, mais leur langage demeure toujours une.sorte de hurlement qui ne peut servir dans la société , parce que l'absence de l'ouïe les
DELA PAROLE. 2)i
prive du régulateur dont ils auraient besoin pour bien articuler. ' Au reste, l'ouïe et la parole ne peuvent tenii" Tune à l'autre que par Tintermédiaire du cerveau lui-même. On ne voit pas de quelle utilité seraient des connexions nerveuses entre l'orgme de l'audition et celui de la phonation. L'anastomose entre les nerfs facial et lingual est étrangère tant à l'ouie qu'à la parole , car le nerf facial n'a rien de commun avec la première , ni le nerf lingual avec la seconde. Le principal nerf de la phonation est le grand hypoglosse , duquel dépendent tous les mouvemens de la langue. Le nerf facial joue aussi quelque rôle dans les articulations , du moins dans celles auxquelles les lèvres prennent part. Ces deux nerfs appartiennent à la physionomie, en ce sens que la mimique de la face et la parole représentent objeciivement, chacune à sa manière, nos états intérieurs. Or tous deux paraissent dépendre de la même partie centrale, les olives.
E. accent. ,
L'accent est une intonation plus élevée qu'on donne à certaines syllabes et à certains mots.
1" Accent prosodique. Chaque mot a son accent. Beaucoup d'hommes n'élèvent pas d'un semi-ton la syllabe accentuée ; d'autres l'élèvent de plus d'un semi-ton • alors la parole devient chantante. Dans le cas contraire , quand toutes les syllabes sont prononcées du même ton , elle devient monotone. Ce défaut de variation est insupportable chez les pédans , dont il exprime le naturel.
Dans les langues anciennes , l'accent et la quantité , ou la longueur des syllabes , sont deux choses tout-à-fait différentes. Dans le rhyihme de la poésie , les syllabes sont mesurées d'après leurs longueurs naturelles aux dépens de l'accent.
Eq allemand , l'accent coïncide presque toujours avec la quantité. 11 y faut allonger tout ce qui est marqué de l'accent.
:tb2 DE LA. PAROLE.
Les langues romanes^modernes ont trop peu de quantité et d'accent pour pouvoir employer avec succès le rhylhme des syllabes longues et brèves. Aussi n'y mesure-t-on ces dernières que par leur nombre.
2® Accent grammatical, L'accentuation des mots dans le discours exprime la modalité du jugement. Dans les phrases interrogatives , affirmatives , etc., l'accent est toujours sur le mot principal. La proposition la plus simple , celle qui ne se compose que de trois mots , le sujet , le verbe et l'attribut , a une signification diverse suivant le membre auquel l'accent se rapporte.
3" Accent des dialectes. L'accentuation des divers dialectes peint le caractère vif ou lent des peuples. Ici l'accent est physionomique. Celui qui ne ressort pas du caractère de l'individu , est maniéré. Dans les grandes villes, ceux qui affectent le bon ton , ont souvent une manière d'accentuer tout-à-fait différente de l'accent naturel du peuple. Les Allemands n'ont point d'accent général, comme les Français, les Danois et les Suédois.
TROISIEME PARTIEo
Les sens nous informent des états divers de notre corps par la sensation spéciale qu'éprouvent les nerfs sensoriels. Ils nous font connaître aussi les qualités et les mutations des corps qui nous entourent , en tant qu'elles déterminent des états particuliers de ces mêmes nerfs. Le sentiment est commun à tous les sens ; mais la manière de sentir varie dans chacun d'eux. Sous ce rapport, on en distingue cinq , la vue , l'ouïe, le goût, l'odorat et le toucher. Par toucher , nous entendons la manière de sentir propre aux nerfs sensilifs , tels que le trijumeau, le vague, le glosso-pharyngien et lesrachidiens, c'est-à-dire les sensations de chatouillement, de volupté, de douleur, de chaud , de froid , et les sensations tactiles. Le mot de sensation ne nous servira désormais que pour désigner la transmission au sensorium , qui appartient également à tous les nerfs sensoriels. Les sens ne nous procurent , à proprement parler, que la conscience des qualités et des états de nos nerfs ; mais l'imagination et le jugement sont toujours prêts à interpréter comme qualités et mutations des corps situés hors de nous les changemens provoqués dans nos nerfs par des causes extérieures. A l'égard des sens qui sont rarement afifectés par des causes internes , cojnme la vue et l'ouïe , cette confusion nous est devenue tellement habituelle qu'à moins d'y réfléchir nous ne nous en apercevons pas. Mais, pour ce qui concerne le sens du toucher , qui est tout aussi souvent mis en jeu par des causes internes que par des causes externes , et qui nous procure la conscience des sensations particulières à nos nerfs
a34 DES SENS.
tactiles , il nous est facile d'apercevoir que ce que nous sentons , la douleur, la volupté, est un état de nos nerfs , et non une qualité des choses qui le déterminent. Ceci nous conduit à quelques principes {^fénéraux , dont l'exposition doit précéder l'histoire des sens considérés chacun en particulier.
I. Nous ne poui>ons avoir ^ par l'effet des causes extérieures , aucune manière de sentir que nous n'ayons également sans ces causes et par la sensation des états de nos nerfs.
Cette proposition est de toute évidence pour le sens du toucher. Ce que les nerfs tactiles peuvent sentir est le froid et le chaud , la douleur et le plaisir , et d'innombrables modifications de sensations , qui ne sont ni de la douleur ni du plaisir , mais contiennent les mêmes élémens , lesquels seulement n'y sont point portés à Texirême. Toutes ces sensations nous sont à chaque instant procurées par des causes internes , partout où il y a des nerfs sensitifs ; elles peuvent aussi être déterminées par des causes extérieures , mais celles-ci ne sauraient y introduire un élément de plus. Ainsi les nerfs sensitifs ne sentent que nos propres états , des qualités mises en évidence par des stimulations ou internes ou externes.
Nous pouvons avoir la conscience d'une sensation olfactive, même en l'absence de toute matière odorante , lorsque le nerf olfactif a une disposition déterminée pour cela. Ces perceptions d'odeurs dues à des causes internes ne sont pas fréquentes : on en voit cependant des exemples chez des sujets d'une complexion très- irritable.
Il en est probablement de même à l'égard du goût , quoiqu'icila distinction soit difficile à établir, parce qu'on ne peut savoir si la saveur qu'on éprouve ne provient pas d'un changement particulier de la salive ou de la sécrétion muqueuse buccale. Dans tous les cas, le dégoût qui, comme sensation, appartient à la classe des sensations gusiatives , dépend trèssouvent d'une simple disposition nerveuse.
Les sensations propres au sens de la vue , la lumière , les
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. a55
couleurs, Tobscurité, peuvent aussi avoir lieu sans cause extérieure. Réduit au plus bas degré de sensibilité, le nerf optique ne sent rien autre chose que l'obscurité. L'exaltation de sa sensibilité se manifeste , au contraire , les yeux étant fermés , par des effets de clarté et de scintillation , qui ne sont qu'une simple sensation , ne dépendent point d'une lumière matérielle, et ne peuvent par conséquent éclairer aucun objet. Chacun sait avec quelle facilité , en fermant les yeux , on voit les plus belles couleurs , surtout le matin , quand le nerf jouit encore d'une grande excitabilité. Ces phénomènes ont lieu fréquemment chez les enfans, au moment où ils se réveillent. La nature extérieure ne peut donc nous créer ici aucune impression qu'il ne soit possible à des causes internes de produire dans les nerfs , et Ton conçoit qu'un homme devenu aveugle, pendant sa jeunesse, par l'obscurcissement des milieux transparens , doit conserver une pleine et entière intuition intérieure delà lumière et des couleurs , quand la rétine et le nerf optique n'ont point souffert. Les idées qu'on se fait souvent des nouvelles sensations qu'une opération procure à l'aveugle de naissance sont exagérées et inexactes. L'élément de la sensation visuelle , la lumière , la couleur , l'obscurité , doit éire connu de cet homme , tout aussi bien que des autres. Supposons même qu'un homme naisse au milieu d'une nature uniforme et dépouillée du prestige des couleurs, qu'en conséquence les impressions de celles-ci ne lui soient jamais amenées du dehors , son sens de la vue n'en serait pas pour cela plus pauvre que celui de tout autre ; car la lumière et les couleurs sont innées en lui , et n'ont besoin que d'une excitation pour arriver à Tintuition.
Les sensations auditives nous viennent également aussi bien V du dedans que du dehors. Toutes les fois que le nerf acoustique se trouve dans un état d'irritation , nous éprouvons la sensation qui lui est propre , nous entendons des tintemens , des bourdonnemens , des sons. C'est par de tels phénomènes»
que ses maladies se manifestent. C'est par-là que s'annonce la part qu'il prend souvent aux affections , même légères et passagères, du système nerveux.
De tout cela il résulte clairement que les influences extérieures ne font naître en nous aucun mode de sensation qui ne puisse avoir lieu aussi sans cause du dehors, et par l'effet de causes internes agissant sur le sens correspondant.
II. Une même cause interne produit des sensations différentes dans les divers sens , en raison de la nature propre à chacun d'eux.
L'accumulation du sang dans les vaisseaux capillaires des nerfs sensoriels, en cas de congestion et d'inflammation , est une cause interne qui agit sur tous de la même manière. Cependant elle détermine des phénomènes de clarié et de scintillation dans les nerfs optiques, quoique les yeux soient fermés , des bourdonnemens et des liniemens dans les nerfs acoustiques , de la douleur dans les nerfs sensiiifs. De même, un narcotique mêlé avec le sang occasione , dans chaque nerf sensoriel , les troubles qui s'accordent avec sa nature spéciale, des flamboiemens dans le nerf optique , des bourdonnemens dans le nerf auditif , des fourmillemens dans les nerfs sensiiifs.
III. Une même cause externe produit des sensations différentes dans les divers sens , en raison de la nature propre à chacun d^eux.
L'influence mécanique d'un coup , d'un choc , d'une pression , provoque , dans l'œil , la sensation de la lumière et des couleurs. Personne n'ignore qu'en pressant l'œil , après l'avoir fermé , on détermine^l'apparition d'un cercle de feu, et qu'à l'aide d'une pression moins forte, on provoque celle de cou-, leurs, qu'on peut même transformer les unes dans les autres, phénomènes dont les jeunes gens s'amusent souvent lorsqu'ils s'éveillent avant le jour. L'espèce d'éclair qu'on aperçoit en se comprimant l'œil avec force dans l'obscurité , n'est qu'une pure sensation , et ne saurait illuminer les objets extérieurs.
NOTIÔiNS tîiELÎMINAIRES. 20*^
Chacun peut s'en convaincre aisément. J'ai répété fort souvent l'expérience, sans que jamais il me fût possible , à Taide de cette lumière subjective, de distinguer dans Tobscurité les; objets même les plus rapprochés de l'œil. Elle a quelque importance , puisqu'il s'est trouvé des cas où les tribunaux ont soumis le phénomène à l'appréciation de la médecine légale (1). La lumière qu'on excite dans l'œil en le comprimant n'est pas jQon plus visible pour une autre personne , puisqu'elle ne consiste qu'en une sensation exallée.
La faculté de luire qu'on attribue aux yeux n'a rien en soi qui s'élève contre elle à priori. Rien ne s'oppose à ce que les nerfs des animaux luisent , et comme l'œil nous offre la seule occasion que nous ayons de contempler, sans lésion préalable, un nerf, la rétine, à travers des milieux transparens, c'est là qu'on devrait le mieux pouvoir remarquer le phénomène , s'il s'opérait en effet un dégagement de lumière dans les organes nerveux. Eût-il lieu réellement dans l'appareil de la vision , il n'aurait aucun rapport avec la lumière que nous font apercevoir certaines causes internes. Mais l'expérience ne confirme pas qu'il s'opère un dégagement de lumière objective dans les nerfs ni dans la rétine , et des faits qui seront mentionnés ailleurs attestent que rien de semblable ne s'opère.
L'influence mécanique excite aussi dans le nerf acoustique les sensations qui lui appartiennent en propre. Un soufflet , par exemple , et la chose est même passée en proverbe , peut faire naître dans les nerfs auditifs et dans les nerfs optiques, comme dans ceux du toucher , les sensations particulières à ces sens. Rien n'annonce, au contraire, qu'un coup puisse faire naître la sensation d'une saveur ou d'une odeur ; cepen-
(1) On en trouve un exemple dans Muller , Archiv fuer Anatomie , t. I, p. 140 (d834). Il s'agissait d'un homme qui , attaqué la nuit par deux voleurs , disait en avoir parfaitement reconnu un à l'aide de l'éclatanle lumière produite par un coup de poing qu'il lui avait avait asséné sur l'œil droit.
a58 DES SENS.
dant rirritation mécanique du voile du palais, de l'épiglotle , de la base de la langue , provoque une saveur nauséeuse. L'effet que les corps produisent sur l'organe de rouie , dans la sensation auditive , est purement mécanique. Une impulsion mécanique soudaine de l'air détermine la sensation du son dans l'organe de louïe , comme celle de la lumière dans l'organe de la vue. Si celte impulsion est violente , on entend une détonation ; si elle est faible , on ne discerne qu un bruit; si enfin la cause persiste pendant un certain laps de temps , le bruit, le son est soutenu aussi. Dans certaines conditions déterminées, le bruit devient un son également déterminé ou appréciable. Le même bruit , qui demeure bruit tant qu'il reste continu et sans interruptions régulières , prend le caractère d'un son musical dès qu'il vient à être interrompu très-souvent et avec régularité dans un court espace de temps»; Le frottement des dents d'une roue contre une latte de bois , dans la machine imaginée par Savart , ne produit que du bruit quand on le considère en lui-même et comme impulsion mécanique propagée à Torgane auditif; mais, si l'on tourne la roue avec beaucoup de vitesse, et que les bruits se succèdent rapidement , ils deviennent de moins en moins distincts les uns des autres , et finissent par constituer un son musical , dont l'acuité croît en raison directe ""n la rapidité des chocs ou de la rotation de la roue. Les vibrations d'un corps, qui, prises isolément , ne produiraient qu'un simple bruit , encore même à peine , acquièrent le caractère d'un son musical par le fait seul de leur succession répétée ; Timpulsion est mécanique aussi. En admettant que la matière de la lumière agisse sur les corps par des oscillations mécaniques, nous avons là encore un exemple qui nous prouve que les vibrations agissent diflèremment sur des sens divers. Elles donnent lieu à la sensation de la lumière dans l'œil , et à celle de la chaleur dans les nerfs du toucher.
J/éleciricité est un second exemple d'une même irritation
NOTÏONS PRÉLIMINAIRES. 25q
provoquant des sensations diverses dans des nerfs sensoriels différens. Il suffit déjà de deux métaux hétérogènes faisant îa chaîne avec rœil pour exciter, dans 1 obscurité , la sensation d'une lueur fulgurante ; l'œil n'a pas même besoin de se trouver dans le courant ; pourvu qu'il en soit très- rapproché , la sensation a lieu également , par l'effet d'une partie du courant qui se détourne sur lui. C'est ce qui arrive, par exemple, lorsqu'une des plaques est mise en contact avec la face interne d'une paupière et l'autre avec l'intérieur de la bouche. Une électricité plus forte donne lieu à des sensations de lumière bien plus vives. L'irritation galvanique provoque la sensation auditive dans l'organe de l'ouïe. Volta , ayant compris ses oreilles dans la chaîne d'une pile de quarante paires de plaques , éprouva un sifflement et un bruit saccadé pendant tout le temps que la chaîne demeura fermée. Ritter, en fermant la chaîne , entendit un son comparable à celui de svl^.
L'électricité par frottement détermine une odeur de phosphoïc dans les nerfs olfactifs. En armant la langue avec des métaux hétérogènes , on provoque une saveur acide ou salée, suivant la situation des plaques, dont l'une est appliquée sur l'organe , et l'autre dessous. On a voulu rapporter cet effet à la décomposition des sels de la salive ; mais ce qui vient d'être dit des autres sens suffit pour démontrer Tinsuffisance de celte explication.
Dans les nerfs du toucher, les effets de Téleclricité ne sont ni des sensations de lumière , ni des sensations de son , d'odeur, de saveur, mais des sensations propres à ces organes , comme des percussions , des picotemens , etc.
Les influences chimiques exercent vraisemblablement aussi une action différente sur les divers nerfs sensoriels. On conçoit que nous sommes fort peu instruits à cet égard. Ce qu'on sait , c'est que certaines influences chimiques déterminent des impressions tactiles , comme ardeur, douleur, sensation de chaleur, dans les nerfs du toucher, des sensations de saveur
zl^Ô DES SENS.
dans l'organe du goût , et , quand elles sont volatiles , des sen» salions d'odeur danS l'organe olfactif. Il nous est impossible d'exercer une action chimique sur les nerfs des sens supérieurs, sans leur porter préjudice, autrement qu'à l'aide de substances introduites dans le sang. Ici se rangent les eft'ets des narcotiques, qui, ainsi que personne ne l'ignore, déterminent des phénomènes subjectifs de vision et d'audition.
IV. Les sensations propres à chaque nerf sensoriel peuvent être provoquées à la /bis par plusieurs influences internes et eœternes.
C'est ce qui résulte déjà des faits précédemment rapportés ; car
1° La sensation de la lumière est excitée dans l'œil
a. Par des vibrations ou des émanations qu'on nomme luttîière d'après leur action sur l'organe de la vue , quoiqu'elles déterminent beaucoup d'autres effets encore , même chimiques , et qu'elles entretiennent même les actions organiques des plantes ;
b. Par des influences mécaniques, telles qu'un choc, un coup ;
c. Par rélectricité ;
d. Par des influences chimiques, comme celles de substances narcotiques, digitale ou autres, introduites dans le sang, qui déterminent des phénomènes subjectifs de vision, des flamboiemens devant les yeux , etc.;
e. Par l'irritation du sang dans la congestion. ' 2° La sensation du son l'est dans l'organe auditif
a. Par des influences mécaniques , vibrations des corps , que transmettent à cet organe les milieux propres à les propager ;
b. Par l'électricité ;
c. Par des agens chimiques introduits dans le sang ( narcotiques , altérans , nervins) ;
d. Par l'irritation du sang.
3« La sensation des odeurs Test dans les nerfs olfactifs
a. Par les influences chimiques de nature volatile , les arômes ;
h. Par l'électricité.
4° La sensation des saveurs Test
a. Par des influences chimiques qui agissent, soit du dehors, soit au moyen du sang, sur les nerfs du goût. Magendie prétend que les chiens auxquels on injecte du lait dans le sang , en éprouvent le goût , et se lèchent les lèvres ;
h. Par rélectricité ;
c. Par des influences mécaniques. Telle est la saveur nauséeuse que font éprouver les titillations du voile du palais , de Fépiglotte et de la base de la langue.
5° Les sensations tactiles le sont
a. Par des influences mécaniques , vibrations sonores , altouchemens de toute espèce ;
h. Par des influences chimiques;
c. Par la chaleur ;
d. Par l'électricité ;
e. Par l'irritation du sang.
V. La sensation est la transmission à la conscience non pas d une qualité ou d\in état des corps extérieurs , mais d'une qualité^ d^un état ^ d^un nerf sensoriel , déterminé par une cause extérieure , et ces qualités varient dans les différens nerfs sensoriels.
Autrefois , pour se rendre raison de l'aptitude qu'ont les différens nerfs sensoriels à sentir des influences déterminées , par exemple , les nerfs optiques la lumière , les nerfs auditifs les vibrations , etc. , on leur attribuait à chacun un mode particulier d'excitabilité. Mais cette hypothèse ne suffit pas évidemment pour expliquer les faits. Sans contredit , les nerfs sensoriels possèdent une excitabilité spécifique pour certaines influences -, car la même irritation qui agit avec force sur un organe des sens , influe peu ou point sur un autre ; ainsi , des II. i6
'a42 Ï>ES SENS.
vibrations aussi rapides que celles de la lumière n'agissent que sur les nerfs optiques et tactiles , d'autres plus lenies ne se font sentir qu'aux nerfs auditifs et tactiles , les arômes ne sont appréciés que par les nerfs olfactifs , etc. Les stimulus extérieurs doivent donc être homogènes à l'organe sensoriel : la lumière est l'irritant homogène de la rétine , et les vibralions moins rapides qui agissent sur le nerf auditif sont hétérogènes ou indifférentes au nerf optique; car, en touchant l'œil avec un diapason qui vibre , on n'éprouve qu'une sensation tactile à la conjonctive , sans ressentir nulle sensation de lumière. Cependant nous avons vu que certains stimulus , l'électricité par exemple , ont le pouvoir de faire naître des sensations diverses dans chaque organe des sens ; cette électricité est donc homogène à tous les nerfs sensoriels, et néanmoins les sensations qu'elle provoque difl'èrent dans tous. 11 en est de même pour plusieurs autres stimulus, tels que ceux de nature chimique et mécanique. L'excitabilité spécifique des nerfs sensoriels ne suffit pas pour rendre raison des faits, et nous sommes obligés d'attribuer à chacun de ces nerfs , comme le faisait Aristote , des énergies déterminées , qui en sont les qualités vitales, de même que la contractilité est la qualité vitale des muscles. Cette opinion a reçu un nouvel appui , dans les temps modernes , des recherches d'Elliot , Darwin, Ritter, Gœthe, Purkinje et Hjort, sur les phénomènes subjectifs de sensation. On désigne sous ce nom des phénomènes provoqués non par le stimulus accoutumé d'un nerf sensoriel, mais par d'autres qui lui sont ordinairement étrangers. Pendant long-temps on les a envisagés sous un faux point de vue , en les regardant comme des hallucinations des sens, tandis que ce sont réellement des vérités sensorielles et des phénomènes fondamentaux, qui, à ce titre, méritent d'être étudiés sérieusement dans l'analyse des sens.
Ainsi la sensation du son est l'énergie propre du nerf acoustique, celle de la lumière et des couleurs est l'énergie
NOTIONS PKÉLiMlNAlRES. ll\Ù
particulière du nerf visuel, etc. Une analyse exacte de ce qui a lieu dans toute sensation aurait déjà dû conduire à cette vérité par une autre voie. Les sensations de la chaleur et du froid , par exemple, nous informent de Texistence du calorique impondérable, ou de vibrations particulières, au voisinage de nos nerfs tactiles. Mais ce qu'est la chaleur, on ne saurait s'en rendre compte par ce qui constitue immédiatement l'état des nerfs tactiles ; il faut , pour cela , se livrer à l'étude des propriétés physiques de cet agent , rechercher les lois de sa propagation , de son dégagement , de son aptitude à devenir latent, de la faculté qu'il possède de dilater les corps, etc. Et tout cela n'explique encore point ce qu'il y a de particulier dans la sensation de chaleur comme état des nerfs. Le fait pur, et dégagé de toute explication, est que la chaleur, comme sensation , prend naissance toutes les fois que le calorique agit sur un nerf de sentiment , et que le froid , comme sensation , a lieu quand le calorique est soustrait à un nerf de sentiment.
On en peut dire autant du son. Le fait pur est que, quand un certain nombre de chocs ou de vibrations sont communiqués au nerf acoustique , le Son naît , comme sensation ; mais le son , comme sensation , diffère infiniment d'un nombre quelconque de vibrations. Le même nombre de vibrations d'un diapason , qui transmet la sensation du son au nerf auditif, est perçu comme chatouillement par le nerf tactile. Il faut donc que quelque chose s'ajoute aux vibrations pour que nous puissions sentir un son , et cette condition indispensable n'est attachée qu'au nerf acoustique.
La vue est dans le même cas. La force diverse avec laquelle agit l'impondérable appelé lumière , détermine une inégalité de sensation en des points divers de la rétine de l'œil , que d'ailleurs l'action tienne à des secousses ou à un courant animé d'une vitesse infinie , suivant qu'on adopte la théorie de ^'ondulation ou celle de l'émanation. Mais c'est seulement
parce que la rétine sent comme étant médiocrement éclairés les points faiblement affectés , comme étant lumineux ceux qui reçoivent une vive impression , et comme étant obscurs ou ombrés ceux qui demeurent en repos ou n'éprouvent rien , qu'il se produit une image lumineuse déterminée , dont les contours se règlent d'après les points de cette membrane qui ont été affectés. La couleur est inhérente aussi au nerf optique lui-même , et quand elle est provoquée par la lumière extérieure , elle se produit en conséquence d'une propriété, qui nous est encore inconnue au fond , des rayons auxquels nous donnons l'épithète de colorés , ou des oscillations nécessaires pour faire naître l'impression de la couleur. Les nerfs du goût et de l'odorat sont susceptibles de recevoir un nombre infini de déterminations du dehors ; mais chaque saveur dépend d'un état déterminé du nerf, que les circonstances extérieures produisent , et il est ridicule de dire que la qualité de l'acide est transmise par les nerfs gustatifs ; car l'acide agit aussi sur les nerfs tactiles , mais il n'y fait pas naître une sensation de saveur.
L'essence des états des nerfs au moyen desquels ils voient la lumière et sentent le son, la nature du son, comme qualité du nerf acoustique , celle de la lumière , comme qualité du nerf optique , celle du goût , de l'odorat , du toucher, nous sera éternellement cachée ; nous ne la connaîtrons jamais , pas plus que nous n'arriverons à la connaissance des causes finales en physique. Il n'y a pas moyen de raisonner sur la sensation du bleu : c'est un fait, comme beaucoup d'autres, qui dépasse les bornes de notre intelligence. Vouloir expliquer les sensations particulières et diverses qu'une même cause détermine dans les divers sens par la rapidité différente des vibrations du principe nerveux , ne nous avancerait à rien ; en supposant nnême que cette théorie lût vraie , il faudrait commencer par l'appliquer à l'explication des différentes sensations qui ont lieu dans le domaine d'un sens déterminé^ et rechercher avec
■Jt.
son secours pourquoi , par exemple , le sensorium reçoit la sensation du bleu , du rouge , du jaune , celle d'un son grave ou aigu , celle de la douleur et du plaisir, celle du chaud ou du froid, celle de l'amer, du doux, de l'aigre. C'est en ce sens seulement que l'explication suivante offre de l'intérêt : la cause de l'élévation différente des sons est au moins déjà la différence de vitesse des vibrations des corps sonores , et un attouchement des nerfs tactiles de la peau qui , lorsqu'il demeure isolé , produit une sensation simple de toucher, donne lieu , quand il se répète avec rapidité , comme vibration d'un corps sonore , à une sensation de chatouillement , de sorte que ce qu'il y a de spécifique dans la sensation du plaisir tient peutêtre , abstraction faite des cas où il provient de causes purement internes, à la rapidité des vibrations du principe nerveux dans les nerfs tactiles.
Ainsi les nerfs sens oriels n'ont pas pour unique oflSce de transmettre les qualités des corps à notre sensorium; c'est seulement parleurs qualités propres, et par leur aptitude à éprouver des modifications plus ou moins considérables de la part des objets situés hors de nous, que nous sommes informés de la présence de ces derniers. La sensation tactile même que la main procure ne nous avertit point de l'état des surfaces du corps touché , mais des points de notre corps qui sont excités par l'attouchement. L'imagination et le jugement font de la sensation simple une tout autre chose. C'est sur la manière diverse dont les corps déterminent les états de nos nerfs , que repose la sûreté des distinctions que nous établissons à Taide de nos sens. Mais on conçoit aussi d'après cela pourquoi la connaissance que nous acquérons du monde extérieur par nos sens , ne peut rien nous apprendre touchant la nature et l'essence de ce monde. Nous ne sentons jamais que nous dans nos relations avec les objets extérieurs, et si, d'après la manière dont ils font que nous nous sentons , nous nous faisons de leur ïi^ture des idées qui peuvent avoir une certaine justesse rela-
a/^6 DES SEKS.
tive , nous ne saunons avoir de cette nature même une intuition immédiate semblable à celle que noire sensorium acquiert des états des parties de notre corps.
VI. Un nerf sensoriel paraît n^étre apte qu'à un mode déteV' miné de sensation. Un sens ne peut donc point être suppléé par un autre sens.
La sensation peut , dans chaque organe de sens , être portée jusqu'au degré qui la rend agréable ou désagréable, sans que, pour cela , elle change de nature et prenne les caractères de la sensation d'un autre organe sensoriel. L'agréable et le désagréable sont sentis par l'organe de la vue comme harmonie des couleurs et éblouissement , par celui de Touïe comme accord et discordance des sons ; les sens du goût et de l'odorat ont des saveurs et des odeurs qui les flattent ou qui leur déplaisent ; l'organe du toucher éprouve du plaisir ou de la douleur. Il paraît donc que , même quand les organes sensoriels sont atfectés au plus haut degré , la sensation n'en conserve pas moins son énergie spécifique. Chacun sait que la sensation de la lumière , du son , des saveurs , des odeurs, n'est perçue que dans les nerfs correspondans; mais la chose est moins évidente pour ce qui concerne le loucher , et l'on peut surtout se demander si la sensation de la douleur n'est; pas possible dans les nerfs des sens supérieurs, si, par exemple, une forte lésion du nerf optique est sentie seulement comme vive sensation de lumière , et non comme douleur. La solution de ce problème présente de grandes difficultés. Outre les nerfs sensoriels spécifiques , les organes de sens reçoivent aussi des nerfs tactiles : ainsi le nez , indépendamment des nerfs olfactil^ , reçoit des ramifications du nerf sensiiif de la seconde branche du trijumeau; la langue possède à la fois le goût et le sentiment , dont chacun peut se perdre sans que l'autre soit aboli ; il en est de même de Tocil et de l'organe auditif. Pour résoudre le problème , il faudrait faire des expériences sur les nerfs sensoriels isolés. Les observatiottf
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. Sil^-J
qu'on a recueillies jusqu'à présent à ce sujet, annoncent que les nerfs sensoriels ne sont susceptibles d'aucune autre sensation que de celle qui leur appartient en propre , et que le sentiment proprement dit ne leur est point dévolu. Magendie a trouvé les nerfs olfactifs du Chien insensibles aux piqûres ; ij a remarqué aussi que les lésions mécaniques de la rétine et du nerf optique n*occasionaient pas de douleurs. D'un autre côté , Tortual a constaté que la section du nerf optique , dans l'extirpation de l'œil, faisait apercevoir au malade des masses considérables de lumière. Les cercles lumineux qui se produisent quand on tourne brusquement les yeux de côté , et qui sont dus au tiraillement du nerf optique , appartiennent déjà à la classe de ces phénomènes. Souvent il arrive , dans les cas où l'ablation de l'œil est indiquée , que le nerf optique lui-même a subi une dégénérescence telle qu'il n'est plus apte à éprouver aucune sensation ; on ne doit donc pas s'attendre à voir le phénomène observé par Tortual se représenter dans toutes les opérations du même genre ; et en effet, il ne s'est point offert dans deux extirpations de l'œil qui ont été pratiquées à Berlin. Au reste, je ne sache pas que la section du nerf soit plus douloureuse qu'aucun autre temps de l'opération ; or une pareille lésion , sur un nerf si volumineux , devrait entraîner d'atroces douleurs, et arracher subitement un cri violent aux animaux , s'il était doué de la sensibilité tactile.
Un nerf sensoriel , quand il vient à être irrité , peut sans contredit provoquer à son tour d'autres sensations , avec le concours du cerveau , c'est-à-dire par réflexion. Ainsi Taudiliou de certains sons , par exemple du bruit causé par le verre qu'on raie , détermine une sensation toute particulière , une sorte de frissonnement dans les nerfs tactiles. Il se peut également que la sensation d'une lumière éblouissante dans le nerf optique donne lieu , par réflexion , à une impression désagréable sur les nerfs sensitifs de l'orbite et de l'œil : du moins est-ce ainsi qu'on parvient à se rendre compte des sen-
2l[S DES SENS.
salions désagréables que l'on éprouve dans le globe oculair^ après avoir été exposé à une lumière très-vive.
En ce qui concerne l'olfaction , Magendie s'est évidemment trompé lorsqu'il a dit, d'après ses expériences sur la destruction des nerfs olfactifs , que la faculté de sentir les odeurs appartient aux branches nasales du nerf trijumeau ; car les substances irritantes qu'il a employées , en les introduisant dans les narines , comme l'acide acétique , l'ammoniaque , l'huile de lavande et celle de Dippel , excitent d'une manière très-puissante la sensibilité tactile de la membrane muqueuse du nez. Dans tous les cas bien observés d'absence des nerfs olfactifs , la faculté d'apprécier les odeurs n'existait pas non plus.
Personne ne contestera aux nerfs visuels le pouvoir d'agir sur les autres nerfs sensoriels, dans les limites assignées à l'influence qu'un nerf en général est susceptible d'exercer sur les autres par l'intermédiaire du cerveau. Quelle étendue n'ont pas les affections déterminées par une névralgie ! Quels désordres n'apporte pas dans les appareils des sens un état nerveux dont les organes abdominaux sont la source ! N'est-il pas ordinaire de rencontrer alors des aberrations de la vue , des bourdonnemens d'oreilles , etc., quoique, d'ailleurs, bien des phénomènes de ce genre dont on rapporte l'origine au bas-ventre , aient une source beaucoup plus profonde , et se rattachent à l'irritation de la moelle épinière !
C'est sous ce point de vue aussi qu'on doit envisager l'influence du nerf frontal sur le nerf optique , et les gouttes sereines qui ont été observées à la suite de ses lésions ; il est vrai que cette sorte d'amaurose , dont les modernes ont eu rarement occasion de rencontrer des exemples , serait peutêtre plus exactement attribuée à la commotion de l'œil et du nerf optique , par suite de la contusion du front.
Les observations anatomiques alléguées en faveur du rem-
cement d'un nerf sensoriel par un autre , reposent sur une
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 2^g
base très-précaire. On a prétendu que la branche ophthalmique du trijumeau servait de nerf optique à la Taupe 5 cependant Koch et Henle ont fait voir que cet animal a un véritable nerf optique , très-grêle , mais proportionné au volume de son œil , et il en est vraisemblablement de même pour le Protée. Treviranus et E.-H. Weber ont fait voir que le nerf acoustique des Poissons est indépendant du trijumeau. Quand bien même il arriverait à une gaine nerveuse de renfermer des fibres dévolues à diverses fonctions , ce ne serait point là une preuve que des sensations diverses pussent être transmises par un même conducteur. C'est ainsi qu'on explique une particularité anatomique des Poissons , chez lesquels existe un nerf accessoire de l'acoustique, qui naît tantôt du cerveau, tantôt du trijumeau ou de la paire vague (1), et cette autre disposition offerte par certains Oiseaux, dont, suivant Treviranus (2) , le nerf veslibukire serait une branche du facial. Blainville , Mayer et Treviranus admettent des rudimens de nerfs olfactifs chez les Dauphins (3) ; dès-lors il n'y aurait pas nécessité de recourir à d'autres nerfs pour expliquer l'odorat chez ces animaux ; mais on ignore s'ils sentent ou non les odeurs.
Parmi les faits physiologiques dignes de créance , il ne se trouve aucun exemple de véritable remplacement d'un nerf sensori^el par un autre nerf entre lequel et lui existent des différences spécifiques. On ne dirait pas aujourd'hui que les aveugles voient avec les doigts , parce que le toucher a pris chez eux un développement qui le rend exquis. Quant à la faculté de voir avec les doigts , ou avec le creux de l'estomac , pendant le sommeil magnétique , c'est un pur conte dans la bouche de ceux qui en parlent, et une jonglerie de la part des
(1) E. H. "Weber, De aure et anditu, p. 33, 401.
(2) Trevibantjs, dans Zeitschrift fuer Physiologie, t. V.
(3) Trevibauvs, Biologie, t. V, p. 342.
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personnes qui prétendent la posséder (1), Les nerfs tactiles ne sont susceptibles d'aucune autre impression que de celles qui se rapportent au toucher. Aussi n'est-il pas possible d'entendre autrement qu'avec les nerfs acoustiques ; car ce que les nerfs tactiles sentent des vibrations des corps, n'est qu'un sentiment de tremblement, et ne ressemble en rien au son; à la vérité , il n'est pas rare aujourd'hui de voir confondre ensemble les manières diverses dont les vibrations des corps agissent sur l'ouïe et le toucher. Sans l'oreille vivante , il n'y a pas de son au monde, mais seulement des vibrations. Sans l'œil vivant , il n'y a au monde ni clarté , ni couleurs , ni obcurité , mais seulement les oscillations d'une matière impondérable , la lumière, ou l'absence de celle-ci.
YIL On ignore si les causes des énergies dii>erses des nerfs sensoriels résident en eux-mêmes , ou dans les parties du cerveau et de la moelle épinière auxquelles ceux-ci aboutissent ; mais ce qu'il j" a de certain , cest que les parties centrales des nerfs sensoriels au cerveau sont susceptibles d' éprouver ^ indé^ pcndamment des cordons ou conducteurs nerveux , les sensations déterminées propres à chaque sens.
La sensibilité spécifique des nerfs sensoriels pour des stimulus particuliers doit sans doute résider en eux-mêmes, de manière , par exemple , que des vibrations d'une rapidité ou d'une lenteur permettant de les entendre , agissent seulement sur les sens de l'ouïe et du toucher, que des influences purement mécaniques, et s'exerçantsurles nerfs de la gustation, ne contribuent presque point à faire naître la sensation des saveurs, etc. Mais la réaction spéciale qui succède à l'excitation d'un nerf sensoriel peut avoir lieu de deux manières : ou les nerfs transmettent directement des qualités diverses au sensorium , ou des vibrations semblables dans les nerfs font
(1) Dict. de médecine et de chirury. pratiques, art. Magnétisme , par J. Bouillaud, t. XI, p. 33y. — Bulletin de l'Acad. royale de médecine, t. II, p. 540, 560; t. III, p. 1123.
percevoir des qualités diverses au sensorium , suivant les qualités propres des portions de l'organe de ce dernierl avec lesquelles les difTérens nerfs sensoriels sont en connexion. Le problème nous paraît insoluble pour le moment : il se lie à la question de savoir s'il y a une différence de qualité entre les fibres nerveuses sensorielles , motrices et organiques , si elles ne diffèrent les unes des autres que par la manière dont le courant elles oscillations du principe nerveux s'opèrent dans leur intérieur, ou si la diversité de leur>action tient uniquement aux parties vers lesquelles elles se rendent. On a vu précédemment tout ce qu'il est permis aujourd'hui de dire à cet égard.
Ce qu'il y a de certain , c'est que certaines parties centrales du cerveau participent aux énergies spéciales des sens ; car une compression exercée sur l'encéphale donne lieu à la sensation de la lumière. La paralysie complète de la rétine ne détruit pas la possibilité d'images lumineuses déterminées par des causes internes. Un homme dont l'œil avait été vidé , et que Humboidt galvanisait, n'en apercevait pas moins de ce côté des phénomènes de lumière. Liocke rapporte qu'un ma-^ lade auquel il avait fallu extirper un œil devenu cancéreux , vit le lendemain toutes sortes de phénomènes lumineux subjectifs , qui le tourmentèrent au point de faire naître en lui l'idée qu'il les apercevait réellement avec ses yeux ; en fermant l'oeil sain , il voyait flotter devant son orbite vide des images diverses, des lumières, des cercles de feu, des personnages dansans ;ce symptôme persista pendant quelques jours.
De même , certaines personnes qui ont perdu toute aptitude à percevoir les impressions extérieures sur les membres, y éprouvent parfois des sensations, même de vives douleurs. Il est probable qu'ici également les organes centraux sont la cause d^ ces sensations , et comme les énergies sensorielles spéciales appartiennent à certaines parties du sensorium , la question se réduit à savoir si les conducteurs des impressions extérieures , c'est-à-dire les nerfs , participent ou non à ce^
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propriétés. Il ne nous est pas possible d'y répondre aujourd'hui , car les faits s'expliquent tout aussi bien dans Tune que dans l'autre hypothèse. On ne peut pas considérer comme une preuve de la participation des nerfs eux-mêmes et des énergies sensorielles déterminées, que des causes internes donnent souvent lieu à des sensations qui se propagent vers la périphérie , puisqu'il arrive fréquemment aussi aux affections des parties centrales du système nerveux de se trahir par des symptômes dont le siège est rapporté à l'extérieur.
VIII. Les nerfs sensoriels ne sentent immédiatement que leurs propres états ^ ou le sensorium sent les états des nerfs sensoriels; mais comme ces derniers^ en leur qualité de corps ^ participent aux propriétés d^ autres corps , comme ils occupent de V étendue dans V espace , quun ébranlement peut leur être communiqué y et qu'ils sont susceptibles d''éproin^er des changemens chimiques de la part de la chaleur et de l* électricité, il suit de là que , quand ils tiiennent à être modifiés par des causes extérieures, ils indiquent au sensorium^ non seulement leur état propre^ mais encore les qualités et les changemens du monde extérieur y et cela d'une manière propre à chaque sens , en raison de ses qualités ou de ses énergies sensorielles.
Les qualités qui naissent , comme sensations, du conflit entre les nerfs sensoriels et les organes des sens , sont la sensation de la lumière , de la couleur, du son , de l'amer, du doux , du fétide , du fragrant , de la douleur, du plaisir, du froid, du chaud. Celles qui peuveni être déterminées entièrement par des causes du dehors , sont l'étendue , le mouvement progressif, le mouvement vibratoire, le changement chimique.
Tous les sens ne conviennent pas également pour communiquer au sensorium l'impression de l'étendue dans l'espace. Le nerf optique et le nerf tactile indiquent cette étendue , parce qu'ils sont susceptibles de sentir exactement la leur propre. C'est dans le sens du goût que cette sensation existe
au degré le plus vague , et néanmoins elle s'y trouve, car on lui doit de pouvoir déterminer retendue d'une saveur douce , amère , nauséeuse , sur la langue , au palais et dans la gorge. Le sens du toucher et celui de la vue sont ceux qui distinguent Tespace avec le plus de netteté. La membrane nerveuse du nerf optique a une texture qui la rend parfaitement appropriée à ce genre de perception; car, d'après la découverte de Treviranus , les extrémités des fibres nerveuses sont disposées de telle sorte , dans la rétine , qu'elles finissent par en traverser perpendiculairement toute l'épaisseur, et que leurs extrémités papilliformes serrées les unes contre les autres représentent une membrane constituée en manière de pavé ou de mosaïque. Du nombre de ces extrémités dépend la netteté avec laquelle l'espace est distingué par le sens de la vue ; car chaque fibre représente un champ plus ou moins visible dans une impression commune simple que ces fibres communiquent au sensorium. La distinction de l'espace par le sens du toucher est bien plus étendue , à la vérité , que celle par le sens de la vue ; mais elle a beaucoup moins de précision , et des portions considérables de la surface du corps ou de la peau sont souvent représentées dans le sensorium par un petit nombre seulement de fibres nerveuses; d'où il arrive, ainsi que l'a fait voir E.-H. Weber, qu'il y a certaines parties de notre corps où deux points de la peau assez distans l'un de l'autre ne sont sentis que comme un seul point. Quoique les sens de la vue , du toucher et goût soient tous trois aptes à sentir l'espace , la qualité de ce qu'ils sentent comme tel varie dans chacun d'eux suivant les qualités des nerfs ; dans le premier cas , c'est une image , dont la qualité est la lumière ; dans le second, une sensation de l'espace, dont la qualité peut être Tune des innombrables modifications du toucher comprises entre la douleur, le froid , le plaisir , la chaleur ; dans le troisième, une sensation de l'espace, avec appréciation d'une saveur. , La cause extérieure qui existe dans le sens , la sensation
ifi54 ^*S SENS.
avec étendue dans l'espace , peut être difféiente. Pour l'opgane de !a vue, c'est ordinairement ia lumière ; mais ce peut être aussi un choc qui détermine une sensation lumineuse dans cet organe. En effet , lorsqu'une partie seulement de la rétine est comprimée , il ne se produit non plus qu'un champ lumineux correspondant à cette partie , et qui occupe un emplacement déterminé dans le champ visuel. L'électricité elle-même peut occasioner dans l'œil des images de forme déterminée, comme des hgnes de feu , dont la situation varie suivant celle des pôles , sujet sur lequel je reviendrai plus tard. Dans l'organe du toucher, la lumière produit bien aussi la sensation de rétendue des parties échauffées par le soleil qui projette sur elles ses rayons ; mais , en général , les impressions qui nous informent des corps situés hors de nous par l'intermédiaire de ce sens , sont le contact , le frottement, le choc, la pression ou la communication de vibrations qui alors se font sentir à nous comme tremblement. C'est par l'organe du toucher qu'à la suite des impressions mécaniques nous acquérons les premières et les plus importantes notions sur la forme et la pesanteur des corps , dont le jugement ne tarde pas à faire usage pour expliquer les intuitions des autres sens. Des membres entiers , la plupart même des parties de notre corps étant pénétrés de nerfs sensiiifs , il résulte de là que le sens du toucher a la possibilité de distinguer l'étendue de notre propre corps dans toutes les dimensions ; car chaque point où aboutit une fibre nerveuse est représenté dans le sensorium comme partie intégrante de l'espace. Il peut arriver aussi , dans le conflit de notre corps avec d'autres, quand le choc est assez fort , que la sensation soit excitée jusqu'à une certaine profondeur de notre corps , ce qui donne lieu à la sensation d'une contusion dans toutes les dimensions du cube. Mais ordinairement les trois sens qui indiquent l'étendue des objets dans l'espace ne nous font percevoir que des surfaces, parce que ce sont les surfaces des parties riches en nerfs que
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le conflit affecte. Cependant ici le sens du toucher a cet avantage sur celui de la vue , que les parties palpantes peuvent s'appliquer en plusieurs directions autour d'un corps , et quoique raéme alors la sensation , considérée en elle-même , soit toujours celle d'une étendue en surface, c'est-à-dire celle des surfaces de notre corps qui correspondent aux surfaces de l'objet extérieur , néanmoins l'imaginalion , d'après les roouvemens nécessaires pour embrasser ce dernier, complète ce qui manque à la sensation des surfaces pour devenir Tiatuition d'un solide.
Le sens de la vue est moins différent du sens du toucher, sous ce rapport, qu'on ne l'admet communément. La seule chose qui lui manque pour l'égaler en tous points, c'est que l'œil puisse changer de place afin d'apercevoir d'autres surfaces de l'objet ; mais les déplacemens de notre corps suppléent à ce défaut.
La sensation de l'étendue dans l'espace manque presque entièrement au sens de l'ouïe , parce qu'il ne sent pas non plus la sienne propre. Les causes de cette différence nous sont inconnues. La rétine sent sa propre étendue et son emplacement, sans même avoir besoin d'être le moins du monde affectée du dehors; elle les sent comme obscurité devant les yeux. L'organe de l'odorat sent distinctement au moins quelle est la partie du corps qui perçoit les odeurs , et quand cellesci sont pénétrantes , il sent que le nez entier est envahi par elles, que nous n'en pouvons pas prendre moins qu'à plein nez. Dans l'ouïe, il n'y a nulle perception du heu où le son se fait entendre.
La sensation du mouvement est double , comme le mouvement lui-même, c'est-à-dire progressive et vibratoire.
La sensation du mouvement progressif a lieu de différentes manières dans trois sens , ceux de la vue , du toucher et du goût , c'est-à-dire dans ceux précisément qui ont la faculté de distinguer l'espace en général. De ces deux facultés, la pre-
mière dépend de la seconde , et n'en est qu'une simple con séquence. Une affection marche d'une partie de la rétine à une autre , et nous nous figurons le mouvement de l'image comme mouvement du corps. Il en arrive autant pour le sens du loucher. Celui du goût distingue également le mouvement de la saveur sur l'organe gustatif.
Le perception du mouvement tremblotant ou vibratoire est possible dans plusieurs sens. C'est dans les sens de l'ouïe et du loucher que cet effet a lieu de la manière la plus prononcée. Mais la rétine et le nerf optique paraissent ne point y être étrangers non plus.
Quant à ce qui concerne le sens de l'ouïe , les ébranlemens communiqués au nerf acoustique par l'appareil conducteur du son de l'organe auditif , et en dernier lieu par l'eau du labyrinthe , ne sont entendus , lorsqu'ils se succèdent avec assez de rapidité , que comme un son dont l'élévation croît avec la vitesse des vibrations : quand ils sont très-lents, le nerf acoustique, non seulement distingue leur expression commune comme son déterminé , mais encore aperçoit assez facilement quelque chose de leurs vibrations isolées, comme bruit.
Les vibrations du corps qui produisent le son dans l'organe auditif sont senties par les nerfs tactiles de la peau comme tremblement , et souvent elles causent une impression totale de chatouillement lorsque le corps vibrant, par exemple un diapason , se rapproche de parties riches en faculté sensitive. Ces phénomènes sont parfaitement parallèles à ceux de l'organe auditif. De même que les chocs d'un corps font naître , dans l'ouïe , la sensation du bruit quand elles sont isolées , et celle du son lorsqu'elles se succèdent avec vitesse , de même aussi le nerf sensilif sent des tremblemens successifs , et en même temps , si les vibrations ont assez de rapidité , il éprouve la sensation particulière à l'organe du toucher, celle du chatouillement.
Au reste, les expériences avec lu roue de Savart et la sirène
de Cagniard-Latour prouvent que le mouveinent ondulatoire n'est point nécessaire pour donner lieu à l'affection de l'organe auditif, et qu'une succession rapide d'impulsions mécaniques produit un effet identique avec celui des vibrations. Dans la sirène, un courant d'air ou de liquide qui s'échappe par une ouverture est momentanément interrompu par chaque dent d'une roue qui tourne avec rapidité sur elle-même : les secousses qui résultent de là , et qui sont transmises à l'organe deTouïe , sont la cause des sons, dont l'élévation croît avec le nombre des interruptions dans un temps donné. Sous ce point de vue aussi , les effets des chocs d'un corps sur l'organe du toucher font parallèle aux phénomènes que présente l'organe auditif; car, lorsqu'il vient à être touché par un diapason vibrant , le nerf sensitif reçoit aussi une succession rapide de chocs , dont chacun , pris à part, n'aurait été point en état de produire la sensation du chatouillement.
La faculté de distinguer le lemp», dans la succession des impressions , appartient à tous les sens ; seulement elle est trèsprononcée dans le nerf acoustique , où elle a acquis un développement extraordinaire. L'instrument de Savart , dans lequel les sons résultent du frottement d'une roue tournante contre un corps , a fourni le moyen de déterminer avec plus de précision qu'on n'avait pu le faire jusqu'alors , quels sont, parmi les sons , les plus aigus et les plus graves que l'oreille humaine ait l'aptitude de distinguer. Savart a montré que , quand la force est suffisante , on perçoit encore des sons qui correspondent à vingt-quatre mille chocs ou quarante-huit mille vibrations simples par seconde. Deux chocs successifs ou quatre vibrations à la suite l'une de l'autre suffisent déjà pour former un son appréciable , c'est-à-dire qu'un son qui , pour durer une seconde , exige mille chocs pendant ce laps de temps, devient perceptible alors même seulement qu'on n'entend que deux chocs , et peut être distingué d'un autre son qui aurait deux mille chocs et plus par seconde. D'où il suit que l'ouïe II, » j^
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peut distinguer jusqu'à un douze millièmes de seconde, puisque le son le plus aigu qu'il soit possible d'obtenir avec l instrument de Savart comporte vingt-quatre mille chocs par seconde.
L'œil peut bien communiquer l'image d'un corps vibrant au sensorium , et il distingue les vibrations lorsqu'elles sont irès-lentes; mais, dans ce cas, les vibrations ne sont point communiquées au nerf optique , de sorte que celui-ci les répète de la même manière que peut le faire le nerf acoustique par son expansion sur les parties qui contiennent l'eau du labyrinthe. Le nerf optique ne se trouve pas dans des conditions telles qu'il puisse propager ou recevoir des vibrations de l'espèce de celles d'un corps sonore ; il faudrait pour cela que , à l'instar du nerf acoustique , il s'étalât sur des sacs membraneux pleins d'eau , entourés aussi de liquide à l'extérieur, et communiquant avec un appareil conducteur des vibrations. Si le nerf optique était apte à percevoir les vibrations comme le nerf acoustique et le nerf tactile , une vibration d'un corps, transmise par l'air à la rétine de l'œil , devrait y faire naître une sensation générale de lumière , comme elle en détermine une de son dans Torgane auditif. J'ai déjà eu l'occasion de dire que les secousses d'un diapason , quand l'instrument touche le bulbe de l'œil , ne sont pas suffisantes pour exciter la sensation spéciale du nerf optique dans l'obscurité. La cause peut tenir à la faiblesse des secousses , ou à leur lenteur. Peut-être la faiblesse des secousses , qui n'agissent pas immédiatement sur la rétine, est-elle le point capital ; car un choc violent imprimé à la partie de l'œil où se trouve la rétine , donne lieu à la sensation de la lumière. Peutêtre aussi des chocs , même très-faibles, excitent-ils cette sensation , lorsque , se répétant avec une bien plus grande rapidité, ils portent sur la rétine elle-même. C'est sous ce point de vue que se placent les effets sur l'œil de la lumière extérieure , dont Taclion mécanique par des oscillations est celle
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qui réunit le plus de probabilités en sa faveur dans l'état présent de la physique. Newton s'était déjà servi de la théorie des ondulations de la lumière pour expliquer la vision. Dans cette théorie , les couleurs sont attribuées à la vitesse des vibration et des ondes lumineuses. Les ondes lumineuses qui produisent la sensation du bleu sont les plus courtes. Suivant Herschel , leur longueur est de 16,7 millionièmes de pouce anglais , et leur nombre de sept cent vingt-sept billions par seconde. Les ondes lumineuses du rouge sont les plus longues ; leur longueur est de 26,7 millionièmes de pouce , et leur nombre de quatre cent cinquante-huit billions par seconde. Les vibrations des corps qui produisent des sons sont beaucoup plus lentes. La colonne d'air du tuyau d'orgue de trente-deux pieds fait trente-deux vibrations par seconde. Selon Savart , on peut déjà apprécier des sons qui résultent de sept à huit coups par seconde , et quand chaque vibration fait une impression d'un seizième de seconde.
Nous sommes informés de certains effets chimiques par plusieurs sens, principalement par l'odorat, le goût, le toucher, dont chacun nous les exprime au moyen de son énergie spéciale. A la vérité , c'est sur l'odorat qu'agissent avec le plus de force les corps volatils qui exercent une influence chimique sur les nerfs , et ce sens éprouve l'action de plus d*une substance qui ne fait aucune impression sur ceux du goût et du toucher, comme sont beaucoup de matières odorantes, en particulier les émanations des métaux , du plomb , de beaucoup de minéraux , etc. Mais , en général , on ne peut pas dire qu'il n'y ait que l'organe olfactif qui perçoive les substances volatiles ; car celles-ci peuvent également agir sur les organes du toucher et du goût quand elles sont de nature à exercer une action chimique sur eux , et qu'elles se dissolvent dans les liquides qui les couvrent. Certaines substances volatiles agissent avec beaucoup de violence sur les nerfs sensitifs de quelques membranes muqueuses , par exeaiple de la con-
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jonciive , de la muqueuse pulmonaire , et n'y font naître que de simples impressions tactiles ; telles sont les émanations du raifort et de la moutarde ; tels sont encore les gaz acres et suffocans. Il y en a beaucoup aussi qui excitent vivement l'organe tactile de la peau dénudée de son épiderme , et qui y provoquent la manifestation des qualités propres aux nerfs du toucher, comme de Tardeur, des douleurs, etc.
On ignore si les liquides peuvent agir sur Torgane olfactif de manière à y provoquer la sensation des odeurs. La situation cachée de cet organe rend assez rares les occasions de faire des expériences à ce sujet. Quoique jusqu'à présent on n'ait encore jamais rien observé de semblable chez l'homme , nous ne sommes cependant point en droit de nier à priori que la chose puisse avoir lieu , puisque les émanations volatiles sont obligées de se dissoudre dans l'humidité des surfaces muqueuses , avant d'agir sur les nerfs olfactifs. D'ailleurs les Poissons nous offrent l'exemple d'animaux qui flairent des substances dissoutes , et je ne vois aucune difiSculté à admettre qu'un animal puisse sentir les liquides dans les qualités des nerfs olfactifs tout aussi bien que dans celles des nerfs gustatifs. Entre flairer dans l'air et flairer dans l'eau , il y a le même rapport qu'entre respirer' dans l'air et respirer dans l'eau.
Les liquides déterminent dans les nerfs , tant de Torgane du toucher que de l'organe du goût , des modifications chimiques que chacun de ces nerfs sent d'une manière différente. La moutarde agit tout autrement sur la peau que sur la langue : il en est de même des acides , des alcalis , des sels. A la vérité, l'action chimique de ces substances doit être la même partout 5 mais la réaction varie suivant les forces qui animent les nerfs. A la langue, les deux genres d'effets ont lieu trèsprobablement dans des nerfs différens , et peuvent être excités par une même substance. De tous les nerfs, celui du goût est le plus exposé aux actions chimiques , et le plus susr
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ceptible de ressentir les moindres modifications de la constitution chimique des corps. Les états dans lesquels les nerfs du toucher sont mis par les actions chimiques , présentent infiniment moins de variétés quant au mode de sensibilité tactile ; à Ja peau du moins, ces nerfs sont garantis par l'épiderme de l'impression des agens chimiques.
Par leur conflit avec les agens chimiques du dehors , les trois sens inférieurs , l'odorat , le goût et le toucher, jouent un rôle important lorsqu'il s'agit de distinguer et de reconnaître les substances , quoiqu' aucun d'eux ne nous fournisse la moindre donnée relativement aux propriétés intimes des corps. Les impressions ne sont même ni constamment identiques quand elles proviennent de corps ayant la même constitution chimique , ni constamment différentes lorsqu'elles] sont dues à des corps dont la composition chimique diffère.
Les sens supérieurs ne sont point exposés à l'action des modificateurs chimiques du dehors , d'où il faut bien se garder néanmoins de conclure que les sens inférieurs sont seuls susceptibles de la ressentir.
Une différence fort importante entre les sens est celle qui naît de la manière dont ils nous informent de la distance des corps. A proprement parler tous n'indiquent que ce qui a lieu immédiatement et présentement en eux. L'œil ne sent rien des corps éclairés; il est rencontré par les extrémités des rayons lumineux qui parviennent jusqu'à lui , et il sent les points de la rétine que ces rayons affectent. L'organe auditif ne sent rien des corps vibrans , et il ne sent que les chocs qui lui sont communiqués à l'occasion de leurs vibrations. Mais l'imagination ne tarde pas à acquérir un empire tel , dans les actes du sens de la vue , que ce sens nous semble agir en dehors, que les objets eux-mêmes prennent la place de leurs images superficielles , et que l'image d'une région qui a pour espace l'encadrement d'une croisée , devient pour nous Tintuilion des objets voisins et éloignés eux-mêmes. Dans les
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sens inférieurs, rimagination n'a pas le pouvoir de clianger à ce point la sensation : nous en transportons bien aussi le contenu aux objets; mais comme les objets excitent les sensations du toucher et du goût par leur contact immédiat , la réflexion nous procure sur-le-champ la conscience du plus ou moins de certitude avec laquelle l'affection de nos organes permet que nous admettions telle ou telle propriété dans les corps mis en contact avec eux.
IX. Il n'est pcLS dans la nature même des nerfs de placer nctuellemenl hors d" euw le contenu de leurs sensations ;l'imag%^ nation instruite par l'expérience , qui accompagne nos sensa^ tions , est la cause de ce déplacement.
Pour connaître l'action première et spontanée des sens, indépendante de toute éducation , il faudrait que nous pussions avoir un souvenir parfait de nos premières impressions sensorielles , indépendamment de toute idée acquise par elles : or cela est impossible , car, même chez Tenfant , les premières impressions que ses sens reçoivent, sont déjà accompagnées d'idées. Le seul moyen qui nous reste est d'examiner les actes de la sensation et de la représentation , eu égard à leur contenu. En analysant l'opération de l'esprit qui a lieu pendant l'exercice d'un sens, nous trouvons deux oppositions; le sujet poissédaiit la faculté de sentir et la conscience de soimême , pour lequel les états de son corps , dus à des causes internes ou externes, deviennent des objets immédiats , et ie monde extérieur avcclequelle corps de ce sujet entre en conflit. Pour là conscience, pour le moi , toute sensation , toute modification déterminée par une cause du dehors, toute passion , est déjà une chose extérieure. Le moi s'oppose comme sujet libre aux sensations les plus violentes, aux douleurs les plus aiguës. Le membre qui nous cause de la douleur peut être enlevé sans que le moi en ressente aucune atteinte, et celui-ci peut perdre la plupart des membres de l'organisme , sans pour cela cesser d'être ce qu'il était aupâ-
ravant.Mais, en se plaçant sous ce point de vue de l'idéalisme, il n'y a point encore de distinction faite entre cet extérieur que nos membres vivans représentent, par rapport au moi, à la conscience , à l'âme , et cet autre extérieur constitué par les corps qui entourent le nôtre. C'est dans le sens du toucher qu'on parvient le plus facilement à reconnaître comment celte distinction s'établit , et il est aussi le premier de tous qui entre en conflit actif avec le monde extérieur. Si nous supposons un être humain qui , sans jamais avoir éprouvé une seule sensation visuelle, comme l'enfant dans la matrice, n'ait eu que de simples sensations tactiles dues à des impressions faites du dehors sur son corps , la première idée vague et confuse ne pourra être que celle du moi modifiable, par opposition avec quelque chose qui le modifie. La matrice , qui oblige l'enfant à garder une situation déterminée , et qui provoque en lui des sensations , est à cette époque la cause immédiate de la conscience qu'il acquiert de cette opposition. Mais comment se produit celle de deux extérieurs, celui que les membres du propre corps de l'enfant constituent , eu égard à son moi , et celui du véritable monde extérieur ? Ce phénomène a lieu de deux manières. D'abord, l'enfant est maître des mouvemsns de ses membres , et les membres qu'il meut de sa propre volonté , il les sent comme des instrumens soumis à son moi : au contraire , il n'est pas maître de la résistance que lui oppose son entourage, et cette résistance lui procure l'idée d'un extérieur absolu. En second lieu , les sensations diffèrent suivant que deux parties de son corps se touchent l'une l'autre , produisant ainsi une double sensation dans les parties mises en contact, ou suivant qu'une partie de son corps perçoit seulement la résistance du dehors. Dans le premier cas, celui, par exemple , où un bras touche l'autre , la résistance est le propre corps de l'enfant lui-même, et le membre qui l'oppose n'éprouve pas moins de sensation que l'autre membre qui touche : les membres , tout à la fois , sentent et sont ob-
jets extérieurs de sensation. Dans le second cas , ce qui porte obstacle procure à la conscience la notion d'un objet extérieur qui n'appartient pas au corps vivant, le membre qui touche n'éveille pas l'idée d'une partie soumise au moi et appartenant au tout vivant. Il naîtra donc dans l'enfant la notioa d'une résistance que son propre corps peut opposer à d'autres parties de son corps, et en même temps celle d'une résistance qu'un extérieur absolu peut 'offrir aux parties de son propre corps. Dès-lors la notion d'un monde extérieur, comme cause de sensations, existe. Quoique l'être animal ne sente jamais immédiatement que sa propre personne , ses nerfs affectés , sa peau affectée, la sensation des causes extérieures devient dès-lors inséparable de celle du toucher. La sensation de tout homme adulte en est à ce point. Quand nous posons la main sur une table, nous avons bien sur-le-champ la conscience, en y réfléchissant , de sentir seulement la partie de notre main qui touche la table , et non celle-ci elle-même ; mais , si nous n'y réfléchissons pas , nous confondons de suite la sensation de la surface touchée de notre peau avec l'idée de la résistance , et nous prétendons hardiment que nous sentons la^table elle-même , ce qui n'est pas vrai. Si nous promenons la main sur cette table , il naît en nous l'idée d'un corps plus grand que celui qui pourrait être couvert par elle. S'il faut, pour embraser la résistance , que la main se meuve en diverses directions , nous acquiérons l'idée de surfaces qui sont placées en différens sens , et par conséquent d'un corps extérieur remplissant une certaine étendue de l'espace. La sensation que nous avons des mouvemens de muscles nécessaires pour cela , est la cause prochaine de cette notion du corps extérieur, car la première idée d'un corps étendu ou remplissant l'espace naît de la sensation de notre propre corporaliié. Notre propre corporalité est la mesure d'après laquelle nous jugeons, dans ce qui a rapport au toucher, de l'étendue de tous les corps qui nous opposent de la résistance.
La question de savoir si Tidée de l'espace existe primordialement dans le sensorium , et influe sur toutes les sensations , ou si elle se produit d'une manière successive par le fait de l'expérience , peut être passée ici sous silence. Noms y reviendrons lorsque nous traiterons des fonctions de Târae. Ce qu'il y a de certain , c'est que si l'idée de l'espace n'existe pas primitivement dans le sensorium, de manière à n'être qu'éveillée et appliquée quand nous sentons , elle doit naître expérimentalement dès les premiers momens que le sens du toucher entre en exercice.
L'idée vague d'un corps sentant , opposé au monde extérieur et remplissant lui-même l'espace , et celle de l'étendue des choses extérieures dans ce même espace , existent déjà , ont même acquis un certain degré de lucidité , avant que le sens de la vue entre en action , au moment de la naissance. Elles rendent promptement intelligibles les sensations du sens de la vue, auxquelles l'individu ne tarde pas à faire l'application des notions qu'il a déjà acquises.
Il est extrêmement difficile , sinon même totalement impossible, de se figurer avec quelque vraisemblance comment l'enfant juge les premières impressions qu'il reçoit sur sa rétine , et de décider s'il considère l'image formée dans l'œil comme une partie de son corps ou comme une chose hors de lui. Dans tous les cas, il ne peut y avoir croyance à l'identité de l'image avec le moi : car, de même que la douleur et tout ce qui est senti , elle constitue un objet opposé à ce moi , au sujet. Mais c'est une autre question que celle de savoir si elle est réputée partie intégrante du corps vivant , ou chose située hors du corps , à distance de lui. On a souvent prétendu qu'il est dans la nature du sens de la vue que le sujet ne se représente pas la sensation dans l'endroit où elle a lieu , comme il le fait par le sens de la vue , que la réiioe ne se perçoit pas elle-même à léiat de sensation , et que celle-ci est rapportée non pas au lieu même de la rétine , mais loin de là , à l'en-
droit où se trouve un objet. Cependant on ne saurait donner la preuve de ces assertions ; car Tobscurité devant les yeux fermés ,• qui est la sensation du repos et de l'état non excité de la rétine , n'est sentie non plus qu'au devant des yeux , par conséquent au lieu où se trouve l'organe sensible , et elle ne Test jamais ni derrière nous, ni sur les côtés, ni à distance. Mais ce champ visuel obscur des yeux fermés est précisément la table rase sur laquelle tous les contours des formes visibles se dessinent ensuite comme affection de parties déterminées de la rétine.
Si les idées des objets extérieurs, comme causes de la sensation au moyen du sens de la vue , n'étaient pas déjà nées, le premier exercice de la vue devrait être suivi du même acte que nous avons vu succéder au premier exercice du loucher. Les affections de la rétine apparaîtraient au moi comme objet opposé à lui , mais d'une manière vague , et sans qu'on sût si elles ont lieu hors du corps vivant ou en lui. Mais l'enfant vient au monde avec une idée confuse et de son propre corps et des choses extérieures , avec l'idée de la réalité de ces dernières comme causes de sensations* Il confond déjà la sensation et ridée de l'objet de la sensation. Voici ce qui doit se passer ensuite , autant du moins qu'il est permis de le conjecturer.
Les images des objets sont réalisées en surface dans la rétine , qui n'a elle-même d'étendue qu'en surface. Elles ne procureront donc que l'idée d'une surface, sans en faire naître aucune de proximité, d'éloignement, ni de corporalité. Quelque promptement que l'enfant les établisse hors de lui, ce sont pour lui des surfaces placées à une certaine distance , et il cherche à saisir les plus éloignées comme les plus rapprochées : il veut prendre la lune. L'aveugle-né à qui Cheselden rendit la vue par l'opération , voyait toutes les images comme si elles eussent été étendues sur une surface, quoique le sens du toucher eût développé en lui des idées très-nettes
du monde corporel : il lui semblait que les objets pénétrassent en lui.
La distinction entre les images du monde extérieur et celle du propre corps, qui se représente avec le monde extérieur dans le cadre du champ visuel , aura lieu de la manière suivante. Une partie de notre corps projette une image dans notre œil , comme le ferait un objet du dehors. Cette partie de notre corps visible à nous-mêmes avec les objets extérieurs , est plus ou moins grande selon sa situation : elle peut être une portion considérable ou faible du tronc ou des membres; quanta notre tête, Timage projetée sur notre rétine n'en contient qu'une très-petite partie , savoir les surfaces et Je bout du nez , les sourcils abaissés et les lèvres. Cette image de notre corps occupe régulièrement , dans presque toutes les impressions visuelles , une place déterminée à la partie supérieure, moyenne, inférieure,. du champ visuel: elle demeure constante, tandis que les autres images varient continuellement.
Ainsi, l'enfant distingue bientôt l'image de son propre corps , qui est constante , de celles qui se déplacent suivant les mouvemens du corps et des yeux. Les mouvemens de cette image de son corps ne tardent pas à lui procurer plus sûre-^ment encore l'idée de son propre corps , par opposition aux corps absolument extérieurs. Car, à ces mouvemens qu'il voit dans l'image de la rétine correspondent des mouvemens réels et intentionnels du corps lui-même. Les sensations tactiles qu'il a de son corps se combinent avec les sensations visuelles qu'il en acquiert. Lorsqu'il ^touche une partie de son corps avec sa main, il voit , dans l'image de la rétine , cet acte ac- 4îompli aus«i par le corps, puisque l'image de la main y iouche l'image du corps. De celte manière les idées devienfient tellement arrêtées, pour les sensations visuelles, que BOUS ne nous contentons pas de placer hors de nous l'image, qui ne consiste essentiellement qu'en un assemblage d'âffec-
lions de'parties aliquotes de notre rétine, et que nous confondons complètement ce que nous sentons avec les objets , malgré les différences de grandeur.
Il y a plus encore: le champ visuel , qui n'est qu*une surface , ne tarde même pas à devenir , dans la représentation , un espace étendu en toutes directions. Car, à chaque mouvement de notre corps, à chaque pas fait en avant, les formes des images changent , ce qui était éloigné se rapproche de nous , et ce qui était proche nous présente d'autres côtés. Ce déplacement des images dans Torgane visuel , pendant la locomotion de notre corps, doit produire en nous le même effet que si nous marchions entre elles ; car l'image de notre propre corps se rencontre , pendant le mouvement , avec des images d'objets extérieurs qui changent à chaque instant, et la locomotion est la cause de ces déplacemens.
Concluons de tout ce qui précède que la faculté de rapporter au dehors ce dont nous avons la sensation , est un résultat du concours de l'imagination et des nerfs , et non l'effet du sens seul , qui , livré à lui-même , ne sentirait autre chose que ses affections.
X. Non seulement l'âme reçoit le contenu, des sensations acquises par les sens , et les interprète de manière à produire des représentations ou des idées , mais encore elle a de Vinfluence sur ce contenu , en donnant plus de précision et de netteté à la sensation. Cette intention peut s'' isoler , pour les sens qui distinguent V étendue:^ aux diverses parties de V organe sensible ^ et pour ceux qui distinguent le temps ^ aux divers actes de la sensation. Elle peut aussi faire acquérir à un sens la prépondérance sur les autres.
L'attentionné saurait se consacrer à un grand nombre d'impressions à la fois. Si plusieurs ont lieu en même temps , leur netteté diminue en raison de leur multipliciié, ou l'âme n'en perçoit qu'une bien diï>linctement , et n'a qu'une noiion confuse des autres, ou même n'en est point du tout informée. Si
NOTIONS PRÉLIMINAIRES, 2.6g
l'attention est détournée des nerfs sensoriels , et] que l'âme soit plongée dans la méditation ou absorbée par des passions profondes , les sensations des nerfs demeurent complètement indifférentes au moi , qui ne s'en aperçoit pas , c'est-à-dire qui n'en a pas la conscience, qui du moins en a une si faible , que l'âme ne peut point s'y arrêter, à cause de la prédominance d'une idée fixe , ou qu'elle ne s'en souvient qu'au bout d'un certain laps de temps , quand l'équilibre est rétabli , quand l'idée qui l'occupait a en quelque sorte abandonné lé plateau de la balance. On conçoit aisément, d'après cela , le degré de perfection que certains sens peuvent acquérir, lorsque d'autres demeurent dans une inaction absolue : l'attention , alors , ne se trouve plus partagée entre plusieurs sens , et elle se consacre tout entière à l'analyse des sensations de celui qui l'occupe. Le toucher est tellement perfectionné chez les aveugles , qu'ils distinguent sans peine de très-petites aspérités , par exemple les reliefs d'une pièce de monnaie , et qu'ils parviennent même quelquefois à distinguer le corps ou le grain d'une couleur de celui d'une autre.
Mais l'intention analyse aussi les détails d'une sensation. Comme l'âme n'est pas capable de consacrer la même attention à toutes les parties d'un point affecté de la peau, la sensation de ces parties ne devient nette que d'une manière successive, par le transport de l'attention d'une portion des fibres nerveuses à d'autres. L'intention peut faire qu'une faible sensation de prurit dans un point de la peau du visage acquière un degré extraordinaire d'intensité fatigante et de durée , taudis qu'elle se dissipe d'elle-même lorsqu'on parvient à l'oublier, La même chose a lieu pour l'organe de la vue. Si l'on voulait consacrer son attention à l'étendue entière du champ d'une sensation visuelle, on ne verrait rien d'une manière nette. L'intention se porte tantôt sur un point , tantôt sur un autre ; elle passe successivement en revue les détails de la sensation, et ce sur quoi elle s'appesantit est toujours mieux vu que le
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reste de la même sensation. 11 ne faut pas entendre seulement par-là que le milieu de la rétine , où la sensation a le plus de vivacité , se tourne successivement vers diverses parties de Tohjet, de manière que le reste soit vu d'une manière indistincte; car, sans que l'axe visuel change , l'intention peut aussi se consacrer à la partie de la sensation visuelle qui est située sur le côté. Lorsque nous considérons une figure mathématique complexe , nous pouvons , Taxe visuel restant le même , voir successivement mieux les divers élémens dont elle se compose, et ne pas faire attention au)^ restes de la figure. Un carré traversé par des lignes nous cause une tout autre impression , suivant que nous devenons attentifs à telle ou telU partie de Tensemble ; nous pouvons nous occuper exclusivement d'un triangle , puis , au bout de quelques instans , arrêter notre attention sur une autre figure qui le traverse, et dont, tant que nous étions livrés à la contempler, nous n'apercevions pas les linéamens, bien qu'ils existassent déjà. Les décorations de l'architecture , les rosaces , les arabesques , sont dans le même cas , et le charme de ces figures tient en grande partie à la puissance avec laquelle elles forcent notre attention à se promener , pour ainsi dire , sur les détails , ce qui semble leur donner pour nous une sorte d'animation. Il est vrai qu'en général , les deux yeux , quand ils jouissent de la même portée , voient simultanément ; mais l'intention peut rendre prédominante l'impression reçue par l'un d'eux, comme je le prouverai empiriquement par la suite ; on n'a pas de peine à démontrer, d'une manière péremptoire , que , quand nous regardons de nos deux yeux , une sorte de rivalité s'établit entre eux, à notre insu , même dans les conditions les plus ordinaires de la vue ;, et que l'impression est toute différente après la rupture de l'équilibre. Je citerai, par exemple, l'expérience dans laquelle on regarde une feuille de papier blanc avec les deux yeux armés de verres d'une couleur diverse; les impressions du bleuet du jaune se mêlent diflScile-
ment ensemble ; c'est tantôt le bleu et tantôt le jaune qui prédomine ; dans certains momens , on aperçoit des taches nuageuses bleues sur un fond jaune , ou des taches jaunes , de grandeur variable, sur un fond bleu: dans d'autres, l'une des couleurs règne seule et absorbe entièrement Tautre. L'apparition par taches d'une des couleurs sur l'autre prouve même que l'intention peut se partager entre une partie de la rétine d'un œil et certaines parties de la rétine de l'autre.
Dans le sens de l'ouïe , qui ne distingue pas l'étendue comme ceux de la vue et du tact , mais qui a une sensibilité si délicate pour les divisions du temps , les effets de l'intention sonfdifférens. L'organe auditif distingue localement tout au plus que c'est l'une ou l'autre oreille qui entend , ou qui entend mieux , et alors il se peut très-bien sans doute que , quand les deux oreilles sont frappées de sons différens , Tattion se consacre davantage à l'une ou à l'autre impression. Mais ce qu'il y a d'admirable , c'est l'effet de l'intention relativement à la distinction des sons faibles : d'ordinaire , les faibles sons accessoires ou harmoniques des cordes et autres instrumens de musique passent inaperçus ; or l'intention peut en rendre la sensation assez prononcée pour qu'elle nous frappe , et elle jouit de la même puissance à l'égard des moindres bruits. Une aptitude plus surprenante encore est celle de pouvoir, parmi les nombreux sons simultanés que fait entendre un orchestre , suivre à volonté ceux de tel ou lel instrument , qui , bien que plus faibles que les autres , diminuent alors l'impression de ces derniers sur notre organe. ^■
Avant de terminer cette introduction , j'ai encore à examiner la question de savoir si le nombre des sens est limité , et *'il ne peut pas y en avoir, chez certains animaux , d'autres que ceux qui appartiennent à notre espèce. On connaît l'illusion dans laquelle Spallanzani est tombé en attribuant un sens ' particulier aux Chauve-souris, parce qu'il les voyait, après la perte de leurs yeux , voler encore avec assez d'adresse pour
éviter de se heurter contre les murailles. On sait aussi que certains auteurs ont accordé un sens spécial aux animaux pour expliquer l'espèce de pressentiment qu'ils ont des changemens de temps. Gomme l'état de la pression atmosphérique , la quantité de vapeur aqueuse dans l'air, la température , l'électricité , exercent une action considérable sur l'économie animale entière de notre corps , on conçoit très-bien la possibilité d'une telle influence de leur part , et même d'une plus prononcée encore , sur certains animaux : mais , dans quelque dépendance qu'un être vivant puisse être placé des variations du temps , il n'y a point pour cela , sous le rapport de la sensation , de nouveau sens chez lui. La constitution atmosphérique peut être sentie par les états du système nerveux entier, et surtout par les sensations des nerfs qui sont les plus nombreux , qui sont le plus exposés à son influence , les nerfs tactiles. Un sens spécial pour l'électricité n'est point admissible à priori; car l'électricité agit sur tous les sens, dont elle excite les énergies particulières. L'essentiel d'un nouveau sens ne lient pas à ce qu'il procure la perception d'objets extérieurs qui n'agissent point ordinairement sur les sens , mais à ce que les causes extérieures provoquent un mode spécial de sentir qui ne se trouvé pas encore contenu dans les sensations de nos cinq sens. Un mode particulier de sentir dépendrait des forces du système nerveux. Sans doute on ne saurait affirmer à priori qu'il n'existe rien de semblable chez aucun animal ; mais aucun fait connu ne nous autorise à penser le contraire , et d'ailleurs il est absolument impossible de rien apprendre touchant la nature d'une sensation sur d'autres que sur soi-même.
On a voulu considérer comme une sorte de sens à part les sensations internes au moyen desquelles nous sommes informés des états de notre corps , l'espèce de sensibilité générale ou collective qui a reçu le nom de cœnœsthesis. Cette distinction est vicieuse ; car les sensations que la sensibilité gêné-
CONDITIONS PHYSIQUES DES IMAGES. ^^f)
raie nous procure sont du même genre que celles de la peau, seulement plus vagues et plus confuses dans certains organes. Peu importe pour le sens qu'il soit exercé du dehors ou du dedans , et il n'y a pas de sens dans lequel nous distinguions les sensations objectives et les sensations subjectives comme deux choses essentiellement différentes l'une de l'autre. A la vérité , le mot de toucher n'exprime qu'un rapport particulier du sens tactile , son rapport avec le monde extérieur ; mais le toucher n'amène à la perception que les énergies de ce sens , auxquelles servent partout les mêmes nerfs à racines doubles, les nerfs cérébraux et spinaux mixtes. Lorsqu'on veut signaler la mise en action de ce sens par la volonté , on dit palper, au lieu de toucher, tout comme , [pour rendre la même idée à l'égard des autres sens , on remplace les mots de voir, entendre , goûter et odorer, par ceux de regarder, écouter, savourer et flairer.
Section première.
Du sens de la vue.