‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 70 sur 136 · COMME APPAREIL D OPTIQUE · texte numérisé non relu

COMME APPAREIL D OPTIQUE

centre de la rétine, les rayons centraux de l'objet éloigné qui traversent la pupille forment un cercle de diffusion autour du centre de la rétine , c'est-à-dire qu'ils n'ont pas leur foyer à la distance où est cette membrane , mais au devant (1).

On peut varier l'expérience en visant une égingle à travers une petite ouverture pratiquée dans une carte. Il dépend de la volonté de voir nettement le bord de l'ouverture ou l'épingle , mais alors aussi nous n'apercevons pas distinctement l'un ou l'autre.

Treviranus n'a pas accordé à ces phénomènes l'attention dont ils étaient dignes , et l'explication qu'il donne en disant que l'action nerveuse se dérive vers d'autres points, n'est nullement propre à satisfaire. Lfs deux images tombent sur le même point de la rétine ; une épingle couvre l'autre, et cependant on voit la première à travers le cercle de diffusion de la seconde , ou celle-ci à travers le cercle de diffusion de la première. Il ne saurait donc êîre question ici du report de l'attention sur d'autres points de la rétine. Je vois indistinctement une feuille chargée de lettres, dès que j'opère dans mon œil le changement approprié à une autre distance : ici il n'y a point d'objet de la vision distincte , c'est-à-dire que le changement a lieu pour une distance, ou plus petite ou plus grande, à laquelle ne se trouve aucun objet qui puisse être vu.

3» L'expérience de Scheiner. Si l'on fait , dans une carte ,

(1) Jahrlfuecher fuer wissenschafiliche Kritik, 1829, octobre, p. 623.

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deux trous d'épingle plus rapprochés Tun de l'autre que le diamètre de la pupille n'est grand, et qu'à traversées ouvertures on regarde un petit objet a placé au devant d'un œil, cet objet ne paraît simple qu'à une distance déterminée ; à toute autre, on le voit double. Ainsi fig. 27, A et B étant les ouvertures de la carte , on le voit simple en o quand la rétine se trouve en E ; si la distance de a est plus considérable, et la rétine placée en D , de manière que l'image ne tombe plus sur la membrane , mais au devant d'elle , en o , les rayons se croisent derrière (? , et la double image a' a" tombe sur la rétine D ; de ces deux images , l'inférieure a" disparaît quand on bouche le trou opposé ou supérieur A de la carte , et vice versa. La même chose arrive si la distance de a est trop petite ; car alors l'image tombe derrière la rétine F, en o , et la rétine F reçoit deux images a' a\ dont l'inférieure a" disparaît dès qu'on bouche le trou correspondant B de la carte.

Les conséquences de cette expérience ont été poursuivies par Porterfield, Young, Purkinje , Plateau et Volkmann , et ce dernier l'a variée de plusieurs manières. Elle prouve évidemment la nécessité de changemens intérieurs pour la vision distincte et l'inexactitude de l'hypothèse de Treviranus , en faisant voir qu'il a des circonstances dans lesquelles l'image tombe ou devant ou derrière la rétine.

Ici se range encore une expérience de Beudant et de Crahay. Si l'on regarde une épingle à une distance de cinq ou six centimètres de l'œil , au travers d'un petit trou percé dans une carte , et qu'on fasse mouvoir celle-ci de droite et de gauche , l'épingle semble être aussi animée d'un mouvement en sens inverse. Le phénomène s'explique par le défaut de netteté delà vision quand l'image tombe en avant et en arrière de la rétine. Dans le premier cas , par exemple , les rayons s'écartent de nouveau après s'être réunis , et un cercle de diffusion se projette suria rétine. La carte, pendant ses mouvemens , interceptant une partie des rayons , il n'arrive à la

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rétine que les rayons croisés provenant d'un côté. De là le déplacement apparent de l'image. Au reste , la diffraction qui a lieu au bord de Touverture de la carte joue aussi un rôle dans ces phénomènes.

Les causes qui permettent à l'œil de s'accommoder aux distances peuvent être cherchées dans des parties très-différentes. On peut les attribuer aux mouvemens de l'iris, au déplacement du cristallin , à l'allongement de l'axe de l'œil , au changement de la convexité du cristallin et de la cornée. On trouve dans la grande Physiologie de Haller (1) , dans l'ouvrage d'Albers et dans la Biologie de Tréviranus (2), l'exposé de toutes les hypothèses qui ont été imaginées à ce sujet,

1** Mile etPouillet ont admis pour cause les mouvemens de l'iris. Le premier comptait sur l'inflexion ou la diffraction de la lumière au bord de cette membrane , ce qui , selon lui , devait faire naître des distances focales très-différentes pour les rayons respectifs : le second sur la vision au moyen des rayons marginaux ou centraux suivant le degré d'ouverture de la pupille.

2° Young a cherché cette faculté dans l'allongement et le raccourcissement de Taxe du cristaUin. Hunter et Young attribuent à la lentille une contractilité qui lui appartient en propre.

3° Home croyait, avec Englefield etRamsden , à un changement de la convexité de la cornée , provenant , suivant lui, de l'action des muscles oculaires , et déterminé , chez les Oiseaux , par le muscle particulier que Crampton a découvert dans le cercle ciliaire.

4° Le déplacement du cristallin par le cercle ouïes procès ciliaires a été invoqué par Kepler , Scheiner , Porterfield , Camper et beaucoup d'autres.

•(1) Elem. physiol.,[X. V, L. XYI^^ect. 4, § 20. (2) Tona. VI, p. 512.

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5° Enfin divers physiciens , comme Rohault , Bayle , Olbers, Home , Schroeder van der Kolk , ont fait valoir l'influence des muscles oculaires sur la forme de l'œil entier, les uns attribuant le changement de cette forme aux muscles droits , et les autres aux muscles obliques.

Quant à ce qui concerne Tirïs et la pupille , lesmouvemens de l'iris ont une liaison incontestable avec la faculté qu'a l'œil de s'accommoder aux distances. Car l'iris est large quand on voit de loin, étroit lorsqu'on voit de près, et une forte impression de lumière , celle , par exemple , d'une lampe tenue devant l'œil , n'empêche pas qu'on puisse changer beaucoup la grandeur de la pupille , en dirigeant les axes des yeux de manière tantôt qu'ils convergent vers un objet proche , tantôt qu'ils se portent parallèlement vers un objet très-éloigné. Cependant ces changemens de l'iris ne dépendent que du mouvement imprimé à l'œil par les muscles oculaires , et de l'influence que le nerf oculo-musculaire commun exerce sur le ganglion ophlhalmique et les nerfs iriens. Ce sont des mouvemens associés ; car, pour déterminer la contraction de l'iris, il suffit , en fermant un œil , de tourner l'autre en dedans , ou en dedans et en haut , de manière que, à ce titre de mouvement associé, elle se trouve liée indissolublement au mouvement volontaire de plusieurs muscles oculaires dépendant du nerf oculo-musculaire commun. On ne saurait donc reconnaître dans ces phénomènes une connexion immédiate entre le mouvement de l'iris et la faculté qu'a l'œil de s'accommoder aux distances. Mais on se demande jusqu'à point la vision distincte à des distances diverses peut être expliquée par lesmouvemens de la pupille.

1" Voici comment Mile explique la vision distincte à des distances diverses par lesmouvemens de l'iris et par l'inflexion de la lumière au bord de celte membrane. Soit fig. 28 «un point d'un objet dont les rayons centr^iux se réuniraient non sur la rétine elle-même, mais en avant d'elle, et qu'en conséquence

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Fig. 28.

on ne pourrait pas voir netle- .^iment à Taide de ces rayons. Les rayons ak et oB, passant au bord de l'iris , se réuniraient , au contraire , sur la réiine. Car la lumière subit une inflexion au bord de Tiris et les rayons marginaux , au lieu de suivre la direction ko et Bo^ prendront celle de A;^ et de Bt* , et iront se réunir en /• sur la rétine. L'endroit où les rayons se réunissent en un point se trpuve donc prolongé , par le bord de l'iris, au-delà du foyer des rayons centraux , et comme l'inflexion augmente près de ce même bord, plus les rayons en passent près, et plus ils se réunissent loin derrière le cristallin. La distance focale des rayons centraux et des rayons marginaux n'est donc pas un point déterminé , mais une ligne d'une certaine étendue , en sorte que l'œil aperçoit encore distinctement, par le moyen des rayons infléchis au bord de l'iris un objet dont les autres rayons ne pourraient plus lui procurer la vision disiincte.

Le vice de cette théorie consiste, comme Vont montré Treviranus et Yolkmann , en ce qu'elle ne fait servir à la formation de l'image que le petit nombre de rayons qui passent au bord de l'iris, négligeant ainsi et la plus grande masse de la lumière , et les réunions de rayons qui ont lieu sur d'autres points , par exemple en ce et en z.

2° L'hypothèse de Pouillet ne repose par sur l'influence de la lumière au bord de l'iris , mais sur la différence du foyer des rayons centraux et des rayons marginaux , dont les premiers traversent le milieu du cristallin formé de couches plus denses, et les auires ne passent qu'à traders le bord de la lentille, qui est^composé de couches moins denses. Les rayons qui tombent sur la parlie centrale du cristallin doivent se réunir plutôt que ceux qui viennent frappei' le bord. Or, comme la pupille s'é!ai\îii pour voir au loin, et se rétrécit pour

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voir de près , les rayons marginaux se trouvent écartés dans le second cas , et les centraux seuls se réunissent, tandis que, dans le premier cas , Toeil admet les rayons marginaux, dont le foyer coïncide avec la distance de la rétine au cristallin , puisque le foyer est plus rapproché pour les objets lointains que pour les objets voisins. Mais quand la pupille est large et Tobjet éloigné , les rayons centraux, qui alors se réunissent au devant de la rétine, produisent des cercles de diffusion, que Pouillet croit avoir peu d'influence , à cause de l'intensité de l'image formée par les rayons marginaux convergens.

Les phénomènes précédemment cités , qui ont lieu quand on vise deux épingles parallèles placées à des distances différentes , contredisent absolument cette théorie. Nous avons vu qu'en visant d'un seul œil les extrémités alignées des épingles , on aperçoit distinctement la première quand la seconde est nébuleuse , et qu'on dislingue bien la seconde lorsque la première n'est vue qu'imparfaitement. Ainsi , dans le cas de pupille éhoile pour Fobjet proche, l'objet éloigné produit un cercle de diffusion par ses rayons centraux, qui se réunissent au devant de la rétine. Il suit de là , contre l'hypothèse de Pouillet , que quand on fixe l'objet éloigné et qu'on le regarde avec une pupille large , les rayons centraux ne peuvent point être perdus malgré la pureté de limage produite par les rayons marginaux , et que s'ils ne se perdent pas , la vision distincte à des distances diverses doit dépendre d'une autre cause que celle qui est assignée par ce physicien.

3» Les mêmes réflexions s'appliquent aussi à l'hypothèse de Treviranus , qui admet pour élémens , non seulement la différence de densité du cristallin , mais encore le changement de la pupille. D'après ses calculs , une lentille doit être capable de réunir en un point les rayons lumineux d'objets placés aux distances les plus diverses, quand la pupille modifie, en vertu d'une loi indiquée par lui , le rapport des rayons marginaux aux rayons centraux.

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