‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 85 sur 136 · III. Conflit entre les différentes parties de la rétine · texte numérisé non relu

III. Conflit entre les différentes parties de la rétine

Quoique les particules de la rétine représentent invariablement chacune la place qu^elle occupe dans le champ visuel , cependant il y a entre elles un certain conflit en vertu duquel l'état de Tune influe sur celui de l'autre, et l'image qui se dessine sur l'une peut être modifiée par celle qui se peint sur l'autre. Un grand nombre de phénomènes qu'on a jusqu'ici considérés comme difl"érens les uns des autres, peuvent être rangés sous cette rubrique commune , tels que la disparition des images , l'échange de leurs couleurs contre celle du fond, la manifestation de couleurs opposées en diverses circonstances , les ombres colorées , l'effet du clair sur la sensation de l'obscur , et vice versa.

On peut rapporter ces phénomènes à deux classes. Dans l'une , l eiat de la partie la plus grande de la rétine se communique à la plus petite. Dans l'autre , l'état de la partie la plus grande de cette membrane en détermine un opposé dans la plus petite.

A. Communication des états entre les dicter ses parties de la rétine. Irradiation.

Lorsque deux impressions opposées ont lieu à la fois dans une image , l'une influe sur l'autre en certaines circonstances. Si l'image représente à moitié l'un de ses états et à moitié aussi l'autre , l'action n'a point lieu ; car les deux moitiés se font pour ainsi dire équilibre l'une à l'autre. Mais si l'une des impressions n'occupe qu'une petite partie de la rétine, et q e l'autre occupe la plus grande partie de cette membrane,

il peut arriver , quand on contemple très-loni^-temps la première , qu'elle se répande sur la membrane entière , et fasse disparaître la petite image opposée , à la place de laquelle apparaît alors Tillumination du fond. Les parties latérales de la rétine, placées hors de l'axe, sont plus appropriées que son milieu à ces phénomènes ; mais aucune n'en est exempte. C'est surtout à l'entrée du nerf optique qu'on les observe.

4. Disparition des objets visuels en dehors de rentrée du nerf optique.

Que l'on fixe , jusqu'à ce que Tœil éprouve de la fatigue , un morceau de papier placé sur un fond blanc ; tout à coup rimpression colorée disparaît entièrement pour un court espace de temps , et le fond blanc prend sa place , de manière que l'image colorée semble avoir été comme effacée de ce fond. C'est sur les parties latérales delà rétine que le phénomène réussit le plus facilement ; cependant la partie moyenne de la membrane est susceptible aussi de l'offrir, comme on ne tarde pas à s'en convaincre par l'expérience.

Purkinje a décrit ces phénomènes. Ils prouvent que, quand l'impression dure long-temps , les particules de la rétine se communiquent réciproquement leurs états , et que leur activité est susceptible d'un certain degré, assez borné d'ailleurs, d'irradiation dans le sens de la largeur. Les images colorées sur un fond blanc sont celles qu'il faut choisir de préférence : une petite figure noire disparaît très-difficilement et fort tard sur un fond blanc , parce que la sensation d'une impression est plus vive , quand celle du contraire a lieu en même temps. Au reste , la disparition ne dure que quelques secondes , après quoi l'image objective redevient visible.

2. Disparition des objets visuels à Ventrée même du nerf optique.

La disparition des objets visuels à l'entrée du nerf optique, est connue depuis long- temps, et elle a été découverte par Mariolte. Mais c'est une prérogative qui n'appartient pas à ce

4l4 I>ES EFFETS DE LA RÉTINE

point seul du nerf ; il le possède seulement à un plus haut degré que les autres. Si, d'un œil, on considère un point de manière qu'un objet placé de côié doive projetter son image sur rentrée du aerf optique , l'image disparaît subitement, ou du moins très vile. Si, par exemple , on ferme l'œil gâu- ^ . che, et que de Tœil droit on fixe le point ci-contre

^ à une distance de cinq pouces, la croix s'efface, et à sa place paraît la couleur du fond. La distance de l'objet à l'œil doit être environ cinq fois plus grande que celle de la croix au point. Ce qui prouve que le phénomène dépend de l'entrée du nerf optique, c'est que, quand on procède en sens inverse , c'est-à-dire qu'on fixe la croix , le point ne disparaît pas , ou du moins ne le fait pas plus vite que sur toute autre partie de la rétine.

On a conclu à tort de cette expérience que l'entrée du nerf optique est tout-à-fait insensible; le nerf y sent réellement, mais il y sent la couleur du fond , ou l'impression qui prédomine soit dans le reste de la rétine , soit dans les portions les plus rapprochées de l'étendue celte membrane.

Il suit de ces phénomènes que les particules delà rétine sont susceptibles d'un certain degré de réaction les unes sur les autres. Mais cette réaction peut aussi s'exercer d'une tout autre manière , comme le prouveront les phénomènes décrits dans l'article suivant.

B. Eœcitation d'états opposés dans des parties contiguës de

la rétine.

Dans les phénomènes qui viennent d'être décrits , l'impression dominante se propage en largeur, sans subir aucun changement , et fait taire l'impression moins étendue qui diffère d'elle. Dans ceux dont il nous reste à parler, l'une des impressions change l'autre de telle sorte que la seconde persiste, mais montre en même temps le contraire de la première. Les phénomènes mentionnés précédemment n'ont lieu que

peu à peu , et à la suite d'une contemplation prolongée des images ; ceux dont il va être question arrivent instantanément et durent.

1. Images claires et obscures qui deviennent plus prononcées par contraste.

Un champ gris sur un fond blanc paraît plus obscur sur ce fond que quand on contemple une teinte de gris répandue uniformément sur le champ visuel entier. Une ombre tranche d'autant mieux , par coniraste , que la lumière qui Toccasione est plus vive. Je citerai l'exemple suivant , pris parmi beaucoup d'autres. Qu'on éclaire un papier blanc avec une bougie, il produit l'impression du blanc ; mais qu'on place une seconde bougie à quelque distance de la première , et qu'à l'aide d'un corps on fasse naître une ombre, celle-ci est grise , quoique le lieu qu'elle occupe soit tout aussi éclairé par la première bougie qu'il l'était auparavant. Oti voit paraître grise la place qui, avant l'approche de la seconde bougie, paraivssait blanche. C'est la même raison qui rend une ombre bien plus foncée sur un champ blanc que quand on la contemple seule à travers un tube (1).

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