‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 86 sur 136 · Couleurs physiologiques par contraste · texte numérisé non relu

Couleurs physiologiques par contraste

Si l'on considère un très-petit morceau de papier gris sur un grand champ éclairé ,il paraît, non plus entièrement gris, mais offrant une légère teinte colorée , qui est le contraste de la couleur objective du champ. Ainsi par exemple, on le voit rougeâtre sur un fond vert , verdâtre sur un fond rouge , orangé sur un fond bleu clair , bleuâtre sur un fond orangé , jaunâtre sur un fond violet clair , et violet sur un fond jaune clair. Pour apercevoir ce phénomène, il est nécessaire que le fond coloré ait une couleur claire très-pure , qui renferme en

(1) Consultez , pour beaucoup d'autres phénomènes du même genre , l'ouvrage de Tortual, die Erscheinung des Schattens ^ Berlin, 4836.

même temps beaucoup de lumière blanche. Tous les papiers colorés ne conviennent point. Le phénomène n'est jamais plus sensible que quand on tient devant la lumière d'une lampe un verre couvert de papier mince, sur un point duquel se trouve fixé le petit morceau de papier gris. Celui-ci apparaît alors très -facilement avec la couleur qui fait contraste. Les contrastes physiologiques sont précisément ce que nous avons appris plus haut à connaître sous le nom de couleurs complémentaires. La couleur contrastante qui se manifeste donne toujours , avec la primitive, la somme des trois couleurs principales, bleu , rouge , jaune. Ainsi , par exemple , la couleur contrastante du jaune est le violet , qui contient du bleu et du rouge ; ainsi le jaune et son contraste , pris ensemble , sont autant que du jaune , du bleu et du rouge , ou que toutes les couleurs réunies.

Les couleurs constrastantes étant purement subjectives , il suit de ces phénomènes que la couleur qui contraste est provoquée , comme état opposé de la rétine , par la couleur objective , et que les oppositions qui naissent dans cette membrane se font équilibre par conflit , ou réaction mutuelle. Ces phénomènes prouvent aussi que , sous le point de vue physiologique , les couleurs ne sont que des états déterminés de la rétine , qui peuvent s'appeler réciproquement dans les différentes parties de cette membrane. Une condition nécessaire pour la manifestation du contraste physiologique est un repos relatif à l'endroit où il doit éclater ; or le repos relatif est le gris ; aussi n'y a-t-il que le gris qui fasse apercevoir coloré le contraste d'une couleur objective. Une seconde condition lient à ce que la couleur objective soit très-claire.

Il paraît qu'on doit ranger également ici quelques phénomènes qui ont été observés par Smith , Brewster et moi. Lorsqu'on tient la flamme d'une bougie assez près de l'œil droit pour qu'elle ne puisse pas être aperçue de l'œil gauche, €t qu'on dirige les deux yeux sur une bande de papier blanc,

DANS tA. VISION. 4^7

eiî les plaçant de manière qu'ils la voient double , le papier paraît vert à l'œil droit , et rougeâtre à l'œil gauche. Celte remarque , que Smith a faite le premier , a été reprise par Brewster. Smith en concluait que la lumière agissant sur Tœii droit exerce réellement , en vertu du concours du cerveau , de l'influence sur la vue de l'œil gauche , que le vert et le rouge sont complémentaires l'un de l'autre , que la couleur verte dépend d'une diminution de la sensibilité de l'œil droit pour la couleur rouge , et la couleur rouge d'une exaltation correspondante de la sensibilité de l'œil gauche pour la lumière rouge. Brewster prétend, au contraire , que les couleurs tiennent à la nature de la lumière qui tombe sur la bande de papier , qu'elles ne sont point complémentaires, et que , quand on emploie de la lumière blanche pure, l'œil non excité voit le papier incolore. Il a tenté beaucoup d'expériences qui ne paraissent pas tirer la question à clair. On peut faire l'expérience avec un seul œil , en fermant l'autre. Si l'on contemple d'un seul œil la bande mince de papier posée sur un fond noir 5 pendant qu'une bougie l'éclairé de côté, elle paraît d'un blanc pâle. Si on la considère du même œil , tandis qu'elle se trouve dans l'ombre , on la voit d'un blanc jaunâtre. Qu'on la regarde alors de manière à ne l'apercevoir qu'indistinctement, c'est-à'dire en opérant dans l'œil les changemens nécessaires pour une autre distance , l'œil , s'il est en même temps éclairé , la voit verte, et s'il est dans l'ombre, l'aperçoit rougeàtre. Cette expérience démontre que la lumière rougeâtre de la bougie ne laisse paraître la bande de papier avec une teinte jaunâtre que quand le reste de l'œil n'est point atfecté en même temps par la même lumière rougeàtre, c'est-à-dire quand il est dans l'ombre , qu'au contraire lorsque les autres parties de la rétine sont éclairées par de la lumière d'un jaune rougeàtre, un contraste physiologique se dessine entre le reste de cette membrane et sa partie qui voit la bande de papier , d'où il suit que celle-ci doit paraître plus pâle que n. 27

4l8 DES EFFETS DE LA RÉTINE

dans le premier cas, et offrir une teinte de verdâtre pâle, à cause du contraste avec les autres parties de la rétine qui reçoivent une lumière rouge jaunâtre. J'ai de la peine à concevoir pourquoi c'est précisément lorsque la vue est indistincte , que cette couleur verdâtre apparaît.

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