‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 90 sur 136 · V. Phénomènes subjectifs de vision · texte numérisé non relu

V. Phénomènes subjectifs de vision

Si nous laissons de côté les phénomènes de l'action de la rétine dans lesquels la lumière extérieure joue un rôle , tels que ceux des images consécutives, de l'irradiation , et de la vue double , il en reste encore beaucoup d'autres , purement subjectifs , qui nous fournissent des exemples d'action de la rétine provoquée par des causes totalement différentes de la lumière extérieure. C'est à Purkiiije (1) surtout qu'on doit la connaissance de ces phénomènes , dont je vais indiquer les plus remarquables.

A. Figures produites par la pression,

Purkinje a donné ce nom aux phénomènes de lumière qui ont lieu lorsque l'on comprime l'œil avec le doigt. Ces figures sont tantôt annulaires, tantôt rayonnées, et quelquefois divisées régulièrement en carrés , de sorte que Purkinje les compare à

(1) Beobachtungen und Fersuche sur Physiologie der Sinne. Prague , 1823, 1825.

celles que les vibrations des corps sonores font naître. Lorsqu'on frotte avec un archet de violon un plateau couvert d'eau, le disque ne se divise pas seulement en points vibrans et points immobiles , mais encore l'eau se partage , sur les parties mues du verre, en figures rhomboidales ou en ondes stalionnaires. La figure qui se produit dans l'œil rappelle le croisement des ondes.

B. La figure arborisêe dont il a été parlé plus haut parait quelquefois lumineuse.

• Purkinje l'a observée quelquefois à la suite de la compression , surtout le malin. Il m'est arrivé souvent aussi de la voir lumineuse sur le champ visuel noir , lorsqu'après avoir gravi un escalier, je me trouvais tout à coup dans un espace obscur, ou quand je plongeais subitement la tête dans l'eau. Le phénomène de lumière est évidemment produit par la pression que les vaisseaux remplis de sang exercent sur la rétine.

C A pparition lumineuse du pouls.

Lorsque le sang se porte à la tête , on aperçoit souvent un changement isochrone au pouls dans la clarté du champ visuel, un sautillement pulsatif dans ce champ. Ce phénomène est très-facile à observer. J'ai vu parfois quelque chose d'analogue, mais c'était un changement du champ visuel isochrone à la respiration et à ce qu'on appelle le mouvement du cerveau , ou l'apparition rhylhmique d'une petite tache brillante au milieu du champ visuel, dans l'obscurité ; il n'y a pas possibilité de produire ce dernier phénomène à volonté , et il ne s'est otfert que rarement à moi.

D. Mouvement du sang visible.

On voit aussi , dans beaucoup d'occasions , une expression générale du mouvement du sang. C'est ce qui arrive particulièrement lorsque Ton contemple des surfaces bien éclai-

rées , sans l'être toutefois assez pour éblouir , par exemple , quand on regarde le ciel , ou qu'on a tenu pendant long-temps ses regards attachés sur du papier blanc ou sur de la neige , sans les en détourner. Le phénomène consiste en une scène de confusion , un entrecroisement, un sautillement de points, ou un mouvement irrégulier, comme celui d'une vapeur. Il est tellement vague, qu'on ne peut indiquer la direction du mouvement. Mais il provient manifestement du mouvement du sang. 11 faut également rapporter ici le phénomène bien plus prononcé qu'on aperçoit quelquefois , dans le cas de congestion du sang vers la tête , ou de pléthore , loriqu'après s'être baissé on se redresse brusquement : on voit une foule de petits corps noirs et pourvus de queues, qui sautent et courent en toutes sortes de directions. Le fourmillement est un phénomène analogue dans les nerfs du sentiment.

E. Apparition de cercles lumineuiV dans le champ visuel obcur quand on tourne brusquement les yeux de coté.

Ce phénomène a lieu toutes les fois qu'on tourne brusquement les yeux de côté , dans l'obscurité. L'affection doit avoir son siège dans des points non identiques des deux rétines ( à rentrée des nerfs optiques ? ) ; car le phénomène n'apparaît pas au même endroit , et on le voit double.

F. Figures électriques dans Vœil.

Ces figures ont été étudiées par Ritter , Purkinje et Hjort. Lorsque l'œil se trouve compris dans un courant galvanique , que, par exemple , les deux pôles sont appliqués aux deux conjonctives, on aperçoit une sorte d'éclair toutes les fois qu'on ferme ou qu'on ouvre la chaîne. Le phénomène a lieu aussi quand l'œil n'est pas placé directement dans le courant, entre les deux pôles , par exemple , lorsque les pôles louchent la paupière inférieure et la membrane muqueuse buccale. Une simple paire de plaques en cuivre et en zinc suffit déjà

pour le provoquer , dans uo endroit obscur. Il a plus de vivacité quand on emploie une petite pile. Alors , d'après les expériences de Purkinje , on aperçoit au pôle zinc une sorte de vapeur jaunâtre , et au pôle cuivre une teinte de violet clair. En réunissant les conditions que Purkinje assigne, il se produit encore dans le champ visuel des phénomènes locaux particuliers correspondant à Tentrée du nerf optique et au point central de la rétine.

G. Apparition spontanée de lumière dans le champ visuel

obscur.

Si Ton observe le champ visuel des yeux en tenant ceux-ci fermés , il arrive quelquefois , non seulement qu'on y aperçoit un certain degré d'éclairage , mais encore qu'on y découvre une lueur plus prononcée , affectant même, dans certains cas, la forme d'ondes circulaires , qui se développent du centre vers la périphérie , où elles disparaissent. Parfois la lueur ressemble à une nébulosité , à des taches , et il est rare qu'elle se reproduise chez moi avec un certain rhylhme. A cette apparition spontanée de lumière dans l'œil , qui est toujours très-vague, se rattachent les formes mieux dessinées qui se montrent au moment où l'on va céder au sommeil , et qui dépendent de ce qu'avec le concours de l'imagination les lueurs nébuleuses s'isolent les unes des autres , en revêtant des formes plus déterminées.

Un phénomène opposé à celui-là s'observe quelquefois chez les personnes nerveuses , quand il leur passe devant les yeux une espèce de nuage ou de fumée colorée , qui tient à la lassitude passagère de la rétine. Un individu bien portant peut le provoquer aussi en fixant pendant très-long-temps un champ blanc ou coloré.

H. Flamboiement au dei^ant des yeux après V usage des narco-»

tiques.

C'est principalement la digitale qui détermine la manifestation de ce phénomène. Purkinje en a fait le sujet d'observations sur sa propre personne. Lorsque Taction est intense , il se produit aussi des formes déterminées.

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