LA FÉERIE
M. Charles Nodier, avant sa réception à FAcadémie française, s*est montré le champion da genre fantastique, mot employé comme synonyme de celui de féerie par les antenrs dramatiques. Venant au secours de quelques jeunes gens impatients de briser le lien des formes yieillies , il s'exprime gravement à ce sujet : « Si Ton cherche, dit-il, comment dut procéder l'imagination de l'homme dans le choix de ses premières jouissances, on arrivera naturellement à croire que la première littérature, esthétique par nécessité plutôt que par choix, se renferma longtemps dans l'expression naïve de la sensation. Elle compara un peu plus tard les sensations entre elles ; elle se plut à développer les descriptions, à saisir les côtés caractéristiques des choses, à suppléer aux mots par les figures. Tel est l'objet de la
poésie primitive. Quand ce genre d'impression fut modifié et presque usé par une longue habitude, la .pensée s'éleva du connu à l'inconnu . Elle approfondit les lois occultes de la société ; elle étudia les ressorts secrets de l'organisation universelle; elle écouta, dans le silence des nuits, l'harmonie merveilleuse des sphères, elle inventa les sciences contemplatives et les religions. Ce ministère imposant fut l'initiation du poëte au grand ouvrage de la législation. Il se trouva, par le fait de cette puissance qui s'était révélée en lui, magistrat et pontife, et s'institua, au-dessus de toutes les sociétés humaines, un sanctuaire sacré duquel il ne communiqua plus avec la terre que par des instructions solennelles, du fond du buisson ardent, du sommet du Sinaï, des hauteurs de l'Olympe et du Parnasse, des profondeurs de l'antre de* la Sibylle, à travers les ombrages, des chênes prophétiques de Dodone ou des bosquets d'Égérie. La littérature purement humaine de trouva réduite aux choses ordinaires de la vie positive, mais elle n'avait pas perdu l'élément inspirateur qui la divinisa dans le premier âge. Seulement, comme ses créations essentielles étaient faites, et que le genre humain les avait reçues au nom de la vérité, elle s'égara à dessein dans une région idéale moins imposante, mais non moins riche en séductions; et, pour tout dire, elle inventa le mensonge. Ce fut une brillante et incommensurable carrière où, abandonnée à toutes les illusions d'une
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crédulité docile, parce qu'elle était volontaire, aux prestiges ardents de l'enthousiasme, si naturel aux peuples jeunes, aux hallucinations passionnées des sentiments que l'expérience n'a pas encore désabusés, aux vagues perceptions des terreurs nocturnes, de la fièvre et des songes, aux rêveries mystiques d'un spiritualisme tendre jusqu'à l'abnégation ou emporté jusqu'au fanatisme, elle augmenta rapidement son domaine de découvertes immenses et merveilleuses, bien plus frappantes et bien plus multipliées que celles que lui avait fournies le monde plastique. Bientôt toutes ces fantaisies prirent un corps, tous ces corps factices une individualité tranchante et spéciale, toutes ces individualités une harmonie, et le monde intermédiaire fut trouvé. — Le fantastique demande à la vérité une virginité d'imagination et de croyances qui manque aux littératures secondaires, et qui ne se reproduit chez elle, qu'à la suite de ces révolutions dont le passage renouvelle tout ; mais alors, et quand les religions elles-mêmes ébranlées jusque dans leurs fondements ne parlent plus à l'imagination, ou ne lui portent que des notions confuses, de jour en jour obscurcies par un scepticisme inquiet, il faut bien que cette faculté de produire le merveilleux dont la nature l'a douée s'exerce sur un genre de création plus vulgaire, et mieux approprié aux besoins d'une intelligence matérialisée. L'apparition des fables recommence au moment où finit l'empire de ces vérités réelles ou
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convenues, qui prêtent un reste d*ânie au méca- Aisme usé de la civilisation. Voilà ce qui a rendu le fantastique si populaire en Europe depuis quelques années, et ce qui en fait la seule littérature essentielle de Fâge de décadence ou de transition où nous sommes parvenus. Nous devons même reconnaître en cela un bienfait spontané de notre organisation, car si Fesprit humain ne se complaisait encore dans de vives et brillantes chimères, quand il a touché à nu toutes les repoussantes réalités du monde vrai, cette époque de désabusement serait en proie au plus violent désespoir, et la société offrirait la révélation effrayante d'un besoin unanime de dissolution et de suicide. Il ne faut donc pas tant crier contre le romantique et contre le fantastique. Ces innovations prétendues sont l'expression inévitable des périodes ' extrêmes de la ^ vie politique des nations, et sans elles, je sais à peine ce qui nous resterait aujourd'hui de rinstinct moral et intellectuel de l'humanité. »
Soutenu par l'opinion d'un écrivain brillant qu'on trouve toujours à la tête des innovations, expliquonsnous sur le vieux genre de la féerie dramatique. M. Victor Hugo a voulu de l'espace pour se manifester; le champ libre, qu'a-t-il fait? quelle moralité a-t-il introduite au théâtre en appelant la liberté à son aide? Si le fantastique ou la féerie ne suffisent pas à la bonne intention humaine dans le but de bien faire, il faut désespérer, ou ce qui est plus
logique, il faut revenir à la raison et au bon sens. L'utile seul peut faire absoudre remploi du baroque: 11 est donc une sorte de composition dramatique qui tient de la comédie, car on y parle; de Topera, parce que les yeux y sont occupés du luxe des décorations; des danses, des pantomimes de l'ancien théâtre de la foire, par les transformations bizarres; du vaudeville, par la malice des traits et par les refrains : mélange informe, mais amusant, qui platt aux enfants de tous les âges, et qui du moins a le mérite moral de ne rien laisser dans l'esprit : c'est la féerie. Ce genre, comme les rêves et les poèmes épiques, suit l'imagination du poète et du peintre ; le caprice y remplace la logique et le sens commun, et plus il cause de surprise, plus il est loin des réalités de la vie, meilleur il semble, mieux il remplit ses conditions de succès. Ce serait peu connaître la nature de l'esprit humain que de le repousser sans pitié; rien n'est plus favorable à la raison que le spectacle de la fantaisie ; rien ne fait mieux comprendre la nécessité de l'ordre que le dévergondage de la liberté. L'imagination, cette foUe de la tnaison, veut être occupée ; dans l'enfance elle se berce de vagues images et d'espérances salutaires; c'est le temps où la fée récompense les bons mouvements du cœur, où le mensonge protège 1^ vérité : la morale y est ainsi mise à la portée d'une jeune âme qui s'ouvre à la vie. Plus tard les passions des hommes se livrent bataille dans ce champ sans bornes. Le
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Dante, le Tasse, FArioste, répondent aux besoins de l'intelligence agrandie. Les MiUe et une Nuits nous i'ont connaître les mœurs arabes, nous font comprendre cette morale universelle de Thomme social, indépendamment des climats, avec les ingénieuses fictions et les inépuisables ressources de l'imagination. Tous les peuples, en quelques lieux qu'ils vivent sur la terre, d'un pôle à l'autre, ont eu leur mythologie et les croyances populaires du bon et du mauvais génie, des fées, des enchanteurs et des devins. La magie, l'alchimie, ont été l'origine des sciences, et la littérature commence partout par le chant des rapsodes. Tout se perfectionne ; l'imagination suit le cours des progrès, et plus le monde se fait vieux, moins l'enfance a de durée. Cependant, quel homme à la fin de sa vie ne regrette pas les joies naïves de son cœur, les heureuses illusions de son esprit, et les jours où les contes de Perrault l'endormaient dans le palais des fées avec Pea/u d'AnCy CendriUon et le Petit Poucet ? Une ballade allemande de Goethe , le Roi des Aunes, peint à merveille la terrible impression que les croyances l)opulaires exercent sur l'enfance; et les contes de Voltaire : Ce qui plaît aux dames, la Bégueule, donnent une idée de ce qui convient à ces grands enfants qui ne veulent plus croire à rien que de positif.
L'on pense à tort qu'au théâtre, avec l'aide des machines et des décorations, la féerie soit dans son
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centre ; mais cette erreur cesse à chaque nouvelle pièce de ce genre, car nous devenons exigeants de tout ce que le temps nous donne. Le désir va toujours plus loin que la possession ; on ne devrait pas l'ignorer. De même qu'on n'a jamais fait une pièce satisfaisante, pour tout le monde, avec un bon roman, jamais une pièce féerie ne pourra pleinement satisfaire l'imagination : l'art a des bornes, la vue a son horizon. L'imagination possède des'mines inépuisables d'or et de pierreries , élève des palais gigantesques. C'est que la baguette magique est l'inexplicable secret que le sceptique cherche, que l'athée se refuse à connaître, que le sentiment révèle aux masses sans qu'elles s'en doutent : les mystères de tout ce qui est, rendent tout possible, du moment qu'on rêve.
Nous ne connaissons guère de pièces à machines avant YJndromède de Corneille et la tentative du marquis de Sourdac ; mais plus loin dans le passé, la féerie était réelle à l'époque où, pour la représentation des mystères, les confrères de la passion écrivaient sur un poteau le nom de Jérusalem. Si la foi est la seule barrière qui arrête l'imagination, elle lui donne une force nouvelle, pour transformer tout ce qu'on offire à la croyance divine. Aussi, de nos jours, y a-t-il encore, dans la représentation où la foi religieuse est exercée, un prestige plus grand en faveur du spectacle, que lorsqu'il s'agit d'un si^et fantastique qui ne se repose sur aucune pieuse superstition.
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Le décorateur ei le machiniste devraieot toujours compter sur les croyances populaires. Quant aux auteurs, pour mettre à la scène des pièces féeries, genre fort difficile et fort déprécié, ils ont raison aujourd'hui d'appeler à leur aide Fesprit, quand la chose leur est possible, la musqué, le grotesque et la satire ; mais l'effet qu'ils se proposent ne sera jamais certain que par le secours de l'imagination de la foule. C'est donc aux sympathies publiques quHis faut avant tout s'adresser ; c'est en réveillant les impressions du jeune âge qu'on obtiendra de la raison de l'homme fait l'indulgence nécessaire à ces sortes de représentations. Quand on ne connaît rien de mieux, elles sont peut-être excellentes; aujourd'hui elles n'ont qu'un mérite relatif. Cependant, disonsle, l'auteur dramatique qui voudra s'en servir dans une voie sociale, le pourra d'autant p^us facilement que tout lui est permis pour critiquer ou pour apologiser. 11 fait noouvoir à son gré tous les éléments ; il transforme les hommes et les choses; il rapproche moralement et physiquement toutes les distances ; il peut tout confondre pour réorganiser ; il est le créateur, le souverain maître, la providence de ses personnages. Libre à lui de consoler le prolétaire de toutes les vexations que lui font subir les riches ; de condamner le roi tyran à la peine du talion, et, comme la Fontaine, de placer la harangue du Paxsan du Dantibe au milieu de ses fables ; plus ses intentions seront pures et nobles, plus on lui pardonnera
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de folies pour les faire admettre. La féerie, c'est l'opéra du peuple; et si l'on réfléchit à quelle importante fonction Fauteur se trouve appelé, en s'adressant ainsi à l'imagination de la foule pour l'exciter en faveur d'une idée , au moyen des arts soumis à son programme, on est forcé de croire à son impuissance ou à son mauvais vouloir quand il ne l'exerce pas. Mais il en est de ce genre comme du mélodrame : il est dédaigné de tous les hommes de talent, parce que, destiné aux classes laborieuses, les droits d'auteur sont moins forts qu'aux théâtres royaux, parce qu'un vaudeville médiocre rapporte plus qu'une féerie, et surtout parce qu'il est moins difficile à faire.
La féerie sera employée comme critique avec bonheur, toutes les fois qu'un homme d'esprit comprendra que le surnaturel est un moyen de ramener à la nature ; c'est la manière d'Ésope, et notre la Fontaine avait bien senti que l'homme, de glace aux vérités, est de feu pour le mensonge. Certes il est douteux que Martainville ait voulu faire autre chose qu'une facétie avec le fameux Pied de Mouton ; je le demalderais plutàt à Laxarille; cependant il pouvait tout prouver par sa fable, s'il l'avait désiré. L'Ogresse, les Petites Danaules, étaient des bouffonneries fort amusantes, quoiqu'elles ne promissent rien; et le Sylphe d'or était une platitude, bien qu'elle fût appuyée sur une idée. La nullité du talent, l'absence d'imagination enfantent les mauvaises pièces. Et c'est ici l'occasion de le répéter : quoique tout soit
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permis dans le genre de la féerie, il faut cependant prendre les mots pour ce qu'ils valent, les employer dans leur acception reçue. Moins le peuple sait, plus il faut être circonspect envers lui ; si vous ne voulez rien faire pour son enseignement, ne lui donnez pas au mmns des notions fausses. Il importe peu qu'un sylphe soit un enfant de Tair ou un enfant de la terre; mais s'il a été convenu, avant nous, que cet être fantastique était un souffle, une bulle de savon, ne faites pas vos sylphes d'or, d'argent, de plomb, de fer, et surtout ne soyez pas d'un esprit aussi lourd que vos personnages. Eût-on fait un chefd'œuvre avec ces métaux-là, il n'en faudrait pas moins reprendre cette erreur impardonnable. Si vous tenez absolument à faire sortir du sein de la terre vos personnages cabalistiques, appelez-les gnomes, parce que c'est leur nom, mais laissez aux fils de Borée leurs palais aériens.
Les féeries ne sont aujourd'hui qu'une réminiscence des premiers ballets dansés à la cour avant la fondation de l'Opéra; on lit dans Beauchamp le récit d'un ballet dansé à Monceau, le â8 août, en présence de Louis XIII, de la reine et de toute la cour, par les domestiques du prince cardinal de Savoie, sous le titre de gli HabitatoH de'monti (les Montagnards). <c Ils démentirent le proverbe qui dit que deux montagnes ne se rencontrent jamais, car ils en firent trouver quatre, d'où une femme, qui représentoit la vaine renommée, fit sortir, quatre à quatre, divers
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habitants, bizarrenient mais superbement vêtus de la livrée du lieu de leur demeure; k savoir, ceux de la montagne résonnante, couverts de sonnettes, un tambour à la main et une cloche en tête ; ceux de la montagne ardente, une lanterne à chaque main, et affublés d'une autre ; ceux de la montagne venteuse, un soufflet à la main, et coiffés d'un moulin à vent ; et ceux de la montagne ombreuse, voilés d'un crépe^ coiffés de chats-huants, et parés de plumes de toutes sortes d'oiseaux de nuit. Puis descendit des Alpes une autre femme, représentant la vraie renommée, qui, au son des trompettes, fit paroitre la vanité de ces barons de fenêtre, et introduisit en leur place neuf cavaliers encore plus richement vêtus, auxquels elle laissa libre le champ de la gloire, où ils dansèrent le grand ballet, témoignant par leurs gestes (accompagnés d'une disposition et allégresse qui marquent la dextérité de cette nation), aussi bien que par leurs beaux vers italiens distribués à rassemblée, que c'étoit à l'heur et à la valeur de notre monarque que cette véritable gloire étoit due, comme ses ennemis n'en avoient que l'apparence. » Soit, voilà qui est féerique, allégorique et niais, mais c'est un ballet de cour; pour le peuple, l'allégorie doit protéger des vérités qui fassent naître et qui entretiennent des sentiments plus analogues avec sa situation, ses travaux et ses espérances.
LA PARTOMIME.
Les baOets dansés à la cour, depuis l'arrivée en France de Catherine de Médicis, jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, sont les premiers essais des pantomimes qu'on vit dans tous les théâtres inférieurs, quand la Comédie-Française, l'Opéra et la Comédie-Italienne défendirent d'y parler et d'y chanter ; ils tenaient également de la féerie par les transformations. Les pantomknes*arlequinades sont les premières du genre : elles sont encore les seules qui se jouent en Angleterre. Mais chez nous, nous les avons reléguées aux Funambules, pour Debureau. Le talent des Noverre, des Dauberval, des Gardet, qui firent de la chorégraphie un véritable drame pour le théâtre de l'Opéra, stimula l'émulation des théâtres imitateurs ; et quelque temps avant la révolution et la liberté des spectacles, Nicolet, au boule-
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vard du Temple, sous le titre et privilège cfe« Grands danseurs du roi^ fit représenter des pantomimes avec un luxe et un soin qui rivalisaient avec l'Académie royale de musique. V Enlèvement d'Europe et le fameux Siège de la Pucelle d'Orléans attirèrent tout Paris. Madame Nicolet, qui était d'une beauté remarquable, représentait Jeanne d'Arc, et mademoiselle Miller, qui fut si longtemps célèbre à l'Opéra, sous le nom de madame Gardel, brillait dans le rôle de Junon, de l'Enlèvement d'Europe. Depuis, le théâtre de la Gaieté a joué avec succès des pantomimes. — La JérusalefH délivrée^ grande pantomime à spectacle, fut jouée en 1771, par les élèves de l'Opéra, petit théâtre du boulevard, qui fut plus tard le théâtre de Lasutri. -— Enfin, Cuvelier, ce pantomime fécond, devint la providence des théâtres muets; il entretint le Cirque-Olympique des frères Franconi , rue Mont-Thabor et au faubourg du Temple, il y fit jouer la Lanterne de Diogène, et cinquante autres pièces à grand spectacle, tandis que, sur la scène de la Port&-Saint-Martin, son concurrent, Hapdé, obtenait aussi des succès d'enthousiasme avec le Passage du mont Saint-Bemardy pantomime dans laquelle l'acteur Chevalier offrait chaque jour à l'admiration des Parisiens, l'image de Napoléon et la redingote grise.
Réduits à jouer des pantomimes, les théâtres du Cirque-Olympique et des Jeux Gymniques ( Porte- Saint-Martin ) développèrent ce genre au point de
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surpasser quelquefois le faste de l'Opéra. L'action de ces pièces était souvent fort intéressante : la Heine de Persépolis fut représentée par madame Dumouchel, dont le talent mimique impressionnait les spectateurs. C'était le mélodrame, et mieux que le mélodrame, car on n'y parlait pas. Sous la restauration, le pouvoir se relâchant de sa sévérité, on rendit la parole à tous les théâtres. La pantomime n'existe plus, et c'est tant pis. Il y avait, par les gestes, une sorte de convention de langage dramatique, parfois fort amusante. Cependant, il faut l'avouer, si l'on comparait la pantomime des étrangers, celle des Italiens surtout, à celle de nos acteurs de boulevard, on reconnaissait à ceux-ci ce tact qui sait tempérer et donner de la grâce à des mouvements que la brusquerie rend ridicules chez les autres, et auxquels il faut pourtant une certaine énergie d'expression. L'art de se costumer et de porter le costume ajoutait aussi beaucoup à la pompe de ces représentations. C'est pour elles que nous avons vu se renouveler les écriteaux. Qui ne se rappelle le frémissement des spectateurs, lorsque deux soldats venaient dérouler à leurs yeux une sorte de bannière sur laquelle le public lettré lisait, tout haut : la nom xsT coiiDAHiits A MOURIR DE faim; les exclamations prouvaient l'intérêt qu'on prenait au drame ; et quelle leçon pour le petit peuple ignorant ! — u Vous voyez bien, ma voisine, qu'il est bon desavoir lire; certainement, j'enverrai ma fille à l'école. »
LE MIIIODILAIIE.
Le dernier théâtre auquel on permit de faire parler ses acteurs, d'abord un, puis deux, puis tous', fut le Cirque-Olympique, transporté du faubourg au bour levard du Temple. La troupe équestre des frères Franconi donnait aux pantomimes une sorte de vérité d'action qui s'alliait surtout aux sujets militaires. La permission de parler donna lieu à une littérature demi-^roUin, pour nous servir d'une expression du Journal des Débats, qui ne parut pas déplacée à c6té de celle de M. Guilbert de Pixérécourt et tuUi quaniiy et intronisa le mimodrame, nom nouveau, si le genre qu'il désignait ne l'était pas : beaucoup de mouvements et peu d'actions, beaucoup de bruit et peu d'effet, beaucoup de paroles et peu d'idées, des chevaux et des sauteurs, voilà ce que ce dernier venu offrit aux habitués du boulevard du Temple. Mais
l'amour du spectacle, le besoin de satisfaire les yeux, et le culte de la gloire militaire et des grandes actions, firent courir à la Mort de Klebery à la Prise de la Bastille^ à l'Empereur et les Cent Joursy aux PolonaiSy à l'Honime du siècle»
Cest au Cirque -Olympique que le peuple va faire son cours d'histoire, et, sous ce point de vue, il est peu de théâtres qui mériteraient mieux, d'abord une subvention, puis des auteurs, et enfin une censure intelligente. Avec sa cavalerie, son arsenal, ses éléphants, le cirque du boulevard rappelle l'amphithéâtre Tomain et les luttes des gladiateurs. Mais si cent mille citoyens n'y sont pas assis en même, temps pour applaudir aux sujets nationaux qu'on offre à leurs yeux, on les leur donne cent fois de suite, ce qui ne revient pas au même. Cependant, il faut en convenir, il y a dans le cirque actuel une supériorité incontestable, sur le cirque antique, pour les moyens mis en usage et pour le but social. Dans notre siècle il n'y a pas de tréteaux que l'esprit français ne puisse transformer en noble spectacle, si le public y souscrit. Grâce au ciel, dans l'intérêt du peuple, l'école de M. Scribe n'a pas encore touché au mimodrame. On peut toujours applaudir, an Cirque- Olympique, les grands dévouements, les actions généreuses ; et si un goût sévère trouve quelquefois à reprendre, le sentiment populaire y rencontre souvent de douces
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sympathies. Pourquoi le drame mimé, parlé et chanté tout à la fois, ne serait-il pas une prédication mieux accueillie , plus comprise , que la tragédie flasque de M. Delavigne et la comédie sans caractère de la Camaraderie? Un gouvernement qui comprendrait bien ses devoirs ferait des théâtres destinés aux classes inférieures, des écoles où tous les devoirs sociaux seraient enseignés par des exemples. Sans doute l"" Apothéose de Napoléon est un tableau qui agite noblement le cœur de Thomme du peuple : «xalter le courage du guerrier est une mission utile dans une nation toujours disposée à la guerre; mais il faudrait également lui montrer quels avantages elle recueille de la paix; exciter en elle tout ce qui peut prolonger Fidée et Texercice de la fraternité chrétienne, et détruire la sécheresse de c«ur, régoïsme désespérant que l'institution des caisses d'épargne tend à produire. Le pouvoir a caché sous des apparences hypocrites et par des raisonnements spécieux le .résultat d'une prétendue économie populaire : le but principal des caisses d'épargne n'est pas de moraliser le peuple, car on tolère troj» de choses immorales qui le pervertissent quand même, mais c'est un moyen de le contenir par l'idée de la possession, non dans ses relâchements, le diable n'y perd rien, mais dans les bons mouvements de son cœur. Les gens à gages n'en volent que phis leurs mattres;
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l'argent circule moins, voilà tout. Chaque caisse d'épargne est donc en quelque sorte un lieu de recélage et une garantie d'impunité. Nous appelons sur ce sujet l'attention des auteurs qui écrivent pour les théâtres du peuple.
NOMBBE DES THÉÂTRES DE PARIS ET LEUR SPÉCIALITi.
Paris est le chef, la tête, le cœar du grand corps social qu'on nomme la France; et grâce à cet heureux efifet de la centralisation , il y a unité de direction, indivisibilité ; en un mot, il y a nationalité et force. C'est l'héritage de Charlemagne : la royauté l'a conservé sous Louis XI , et avec Richelieu; la révolution en a renouvelé le principe avec Napoléon.
Ce n'est pas que, depuis 1850, les amourspropres de province, et la nullité des hommes qui perchent ou qui trônent au sommet des di-
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verses parties de la fonction métropolitaine, n'aient pas compromis notre puissance et Favenir de notre influence sur le monde ; mais l'habitude et la frivolité l'ont emporté sur les congrès provinciaux que, dans le but d'imiter l'Allemagne , scientifique patrie adoptive du fédéralisme et de l'anarchie, les vanités départementales tentèrent d'instituer pour faire schisme avec Paris. Tant que nous aurons des conciles de marchandes de modes, de tailleurs et de vaudevillistes, ne redoutons pas les synodes de petites villes. Il y a , en fait de plaisir et de désir de briller, une communauté de principes qui , par les préfets , les receveurs généraux, et par l'état-major de nos divisions militaires, se manifeste du nord au midi, et du couchant à l'aurore. L'unité de la France ne tiendraitelle que par le fil de soie des toilettes, ou par la glu littéraire, qu'elle existerait encore assez solidement pour résister à la manie du germanisme et du britannisme, et aux ciseaux de la censure parisienne. Il y a prédestinée.
Les émotions et les distractions du théâtre sont devenues des besoins sentis dans toute la France. C'est pour les populations éloignées un point de contact avec Paris, par le moyen d'un répertoire composé de pièces qui ont obtenu l'approbation des esprits sérieux, des juges sévères, des hommes d'élite, des Athéniens de Paris, pour tout dire en un mot. Cette opinion, qui date du dernier siècle,
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et qui avait bien alors quelque fondement, prouve seulement qu'on ne se doute pas, à Quimper- Corentin et à Pézénas, de la manière dont se passent les choses aujourd'hui. Quand notre livre n'aurait d'autre but que de faire parvenir la vérité à cet égard aux hommes assez bienveillants pour 'regarder le répertoire moderne, avec sa pacotille annuelle, comme une expression du goût de la capitale, comme le miroir de ses mœurs, nous rendrions déjà quelque service; mais en montrant quelle influence exerce sur les provinces le théâtre actuel, nous prétendons à faire comprendre la nécessité de le ramener à sa véritable fonction. C'est surtout par l'art dramatique que l'esprit doit pousser catholiquement tous les Français dans une seule voie ; c'est ainsi qu'il doit également exercer sur l'étranger sa supériorité morale. Dans ce but, les nombreux théâtres de Paris ne sont dangereux qu'autant qu'ils agissent dans une direction diamétralement opposée.
Le théâtre de l'hôtel de Bourgogne a été le premier construit à Paris , rue Mauconseil , et c'est là et sur le théâtre élevé par le cardinal de Richelieu, au Palais-Royal, du côté de la cour des Fontaines, que les chefs-d'œuvre de Corneille ont été joués. Le théâtre du Palais-Royal fut donné par Louis XIY à Molière. A la mort de ce dernier, Lulli quitta le théâtre de la rue Guénégaud pour y transporter l'opéra naissant. Il y eut le théâtre du Petit-Bourbon. Le
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théâtre du Marais, vieille rue du Temple, était une eobreprise rivale de celle de Molière et de celle des comédiens de Thôtel de Bourgogne. Mais, en 1688, les débris de la troupe de Molière se réunirent à la troupe du Marais et aux comédiens de Thôtel de Bourgogne, et vinrent fonder, rue des Fossés-Saint-Germain des Prés, ce qu'on appela la Comédie-Française. L'hôtel de Bourgogne fut donné aux comédiens italiens, qui y fondèrent la comédie-italienne, c'està-dire, le vaudeville et l'opéra-comique. (Les confrères de la Passion avaient fait construire cette salle, sur l'emplacement de laquelle se trouve aujourd'hui la halle au cuirs; on y voyait au-dessus de la porte, à la façade de la rue Française, un écusson de pierre en relief,, soutenu par deux anges, sur lequel était sculptée une croix avec les instruments de la passion, ancienne devise de la confrérie. Ce témoignage de l'origine de la comédie en France subsista jusqu'à la démolition de ce théâtre. ) La salle des Tuileries fut aussi un théâtre public où l'opéra fut représenté ; la comédie-française y reçut un asile , en quittant la salle de la rue des Fossés-Saint-Germain, jusqu'au moment où celle de l'Odéon fut prête à la recevoir. Dans le dernier siècle , quatre théâtres suffisaient donc à Paris , et par ces quatre scènes l'esprit français se répandait dans le monde : la Comédie- FranrçaieCy V Académie roiyale de Musique, la Comédie- ItaUenne et le théâtre de la Foire, répondaient, par des genres bien tranchés, à tous les besoins de l'in-
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teiljgence et de ses distractions. Quelques années avant la révolution on ouvrit de nouvelles salles, sans qu*il en résultât rien de nouveau : le but était marqué, la route était tracée, on n'avait plus qu'à la suivre. Notre examen historique du théâtre atteste la vérité de notre dire à ce sujet.
Quand, en 1791 , la liberté complète du théâtre fut proclamée, il s*en établit un nombre prodigieux; et dans les années suivantes , au moment où la fièvre politique dévorait la nation, on en comptait près de cinquante, tant grands que petits. Sous l'empire, il en restait vingt-huit , et un décret impérial , en 1807, les réduisit à dix. Maintenant ils sont au nombre de vingl-six, que nous allons spécifier.
Le THtATRS-FRAifÇA;^, rue Richelieu. La salle dépend du Palais-Royal, et on y communique des appartements du palais par une eAtrée particulière. Les comédiens y sont constitués en société avec un directeur nommé par le gouvernement, sous la surveillance d'un commissaire du roi; il remplace le premier gentilhomme de la chambre qui y avait un droit de suprématie avant la révolution, de même que le surintendant des théâtres sous l'empire. Aujourd'hui, cette sinécure a pour titulaire M. Buloz, directeur de la Revue des Deux-Mondes et de la Revue de Paris : une telle récompense lui fut donnée par les soins du comte Mole, durant son ministère. Cest le cas de rappeler le mot de Beaumarchais : // /b/lait un mathénmticien pour cette place, ce fut un
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sauieur qui Vobtint, <( Il y a danseur dans la chansonnette, mais j'y ai substitué sauteur pour la faire cadrer à la circonstance. » Le directeur actuel est M. Vedel. Nous renvoyons le lecteur à la suite de cet ouvrage pour ce qui regarde l'organisation du Théâtre-Français, les attributions de ses fonctionnaires et les traditions scénîques depuis Molière.
On joue au Théâtre-Français la tragédie, la comédie et le drame. L'ancien répertoire est son domaine exculsif. Le comité de lecture pour la réception des ouvrages, et le comité d'audilion pour l'admission des acteurs pensionnaires, se composent d'un certain nombre de sociétaires. Un autre comité d'administration décide des affaires contentieuses. Cette société possède, outre les richesses littéraires de deux siècles, cent mille francs de rente qui lui ont été légués par Napoléon. La subvention que l'JÉtat lui accorde chaque année s'élève à trois cent seize mille francs, à différents titres ; le théâtre fait d'abondantes recettes, et malgré tout*, un déficit annuel menace, de temps à autre , cette vieille institution républicaine , oligarchique et aristocratique , déjà compromise , par cette raison, dans ses transactions avec le ministère. Les vices et les avantages de la combinaison actuelle de celte société seront démontrés au paragraphe de l'administration des théâtres. Une des principales causes de la décadence du Théâtre-Français, après la vanité proverbiale des comédiens, c'est la partialité favorable à certains
auteurs privilégiés , et ks^ ouvrages imposés à l'admiratioD du public, comme, par exemple : la Papularitèy les Indépendants y et autres apologies de l'éclectisme gouvernemental.
L*AcADiHis ROTAU DE MUSIQUE, rue Pelletier, Cette salle provisoire a été bâtie en 18â0, après la mort du duc de Berry ; on y représente Fopéra français et des ballets. Les bals masqués durant le carnaval y continuent leur ancienne renommée d'intrigue. Le spectacle a lieu trois fois par semaine, les lundi, mercredi et vendredi; quelquefois, par exception, il y a représentation le dimanche.
L'administration de ce théâtre, dont le personnel est nombreux, est confiée au despotisme d'un directeur, nommé par le ministre de l'intérieur , sous le contrôle d'une commission de surveillance composée de députés et de pairs, et sous l'espèce d'inspection d'un commissaire royal, comme au Théâtre-Français. Le directeur régnant est, sous le nom de M. Duponchel, le banquier Aguado; le commissaire royal, maître des requêtes, est M. Léon Pillet.
Les compositeurs de musique dont les ouvrages sont exécutés à l'Opéra ont droit à une pension proportionnée au nombre d'actes qu'ils fournissent ; tous les artistes jouissent d'une pension de retraite, et l'État contribue annuellement aux dépenses pour une somme de huit cent mille francs. Aussi, en peu d'années, un homme habile, M. Yéron, trouva-t-il le moyen de faire une grande fortune en dirigeant
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rAcadémie royale de musique. M. Yéron n*était le prête-nom de personne.
Sous la restauration , cette administration dépendait du ministère de la maison du roi , auquel elle coûtait des sommes immenses ; les artistes étaient noblement payés, et Rossini s'y trouvait attaché. Jamais ces dépenses n'ont été citées dans les griefs du peuple contre le gouvernement de la branche alnêe ; c'est que l'argent prodigué pour les plaisirs d'une grande ville ne suscite pas de révolution. Maintenant la régularité financière , qui fixe le chiffre de la subvention des théâtres , est cependant une cause de mécontentement; c'est que la véritable cause en est ailleurs : l'esprit d'ordre fait augmenter le budget , et diminuer les récompenses dues aux artistes. Les gouvernements à bon marché sont toujours les plus coûteux , quand ils ne rendent pas au peuple ce que le peuple leur donne.
ThAatbe rot al italien. Sous la restauration , l'administration de ce théâtre dépendait aussi de la maison du roi. C'est au gouvernement de Louis XYIII que nous avons dû l'encouragement donné à la musique italienne , à la salle Louvois ; et le succès a décidé en quelque sorte de l'avenir musical en France. Maintenant le Théâtre-Italien est une entreprise particulière sous la protection du gouvernement, et avec une subvention contre laquelle personne ne réclame. Après l'incendie de la salle Favart, M. Robert , dont te privilège durait encore , l'a concédé à
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M. Viardot , qui Texerce en ce moment. Une prolongation de quelques années lui a été accordée , et en attendant qu'on lui assigne une salle spéciale , c'est au théâtre de TOdéon que nous allons entendre des œuvres musicales sur lesquelles nos compositeurs devraient se modeler, et les chanteurs par excellence qui sont toujours nos maîtres.
L'Opéra-ltalien a , comme TOpéra-Français , trois représentations par semaine , les mardi , jeudi et samedi, mais seulement pendant six mois de l'année, du 1" octobre au !«' avril.
L'Opérà-Gohiqije est un théâtre destiné au genre dont il porte le nom. La subvention annuelle de ce théâtre royal est de deux cent cin<}uante mille francs. MM. Crosnier et Cerfbeer en sont les directeurs, ainsi que nous le verrons à la section m de cette analyse.
Après avoir été chanté ou joué à la Comédie-Italienne, à la salle Favart, au théâtre Feydeau, à la salle Ventadour, et en dernier lieu à la salle de la Bourse, l'Opéra-Comique doit revenir à la salle Favart , reconstruite une seconde fois spécialement pour lui.
Le théâtre royal de l'Odéon est la seule grande salle des quartiers de Paris situés sur la rive gauche de la Seine. L'Opéra-Italien l'occupe provisoirement. Située au centre des écoles, elle pourrait être, entre les mains du gouvernement, une sorte de chaire où la morale serait enseignée sous l'attrait du plaisir.
Le théâtbe de la Renaissance , à la salle Ventadour , est une entreprise qui doit se soutenir sans aucune subvention de la part du gouvernement/Le drame , la comédie , le vaudeville avec des airs nouveaux, les traductions des opéras étrangers, peuvent former un spectacle assez varié pour y attirer la foule.
Le thAatee national du Vaudeville doit exploiter le genre qui lui donne son nom, à la salle de la place de la Bourse.
Théatee des Yaeiétés, boulevard Montmartre. Cette jolie salle vient d'être restaurée par les soins des directeurs actuels, MM. Jouslin delà Salle, Leroy et Opigès. On y représente des vaudevilles, des parodies, et quelquefois de petites comédies. Le genre populaire , surtout , s'y trouve joué avec une grande vérité.
Le Gymnase deamatique, boulevard Bonne-Nouvelle. Le directeur de ce théâtre , M. Delestre-Poirson , est le plus ancien collaborateur de M. Scribe. Le privilège de cette exploitation portait qu'on jouerait la comédie et l'opéra , afin que les comédiens français et l'administration de l'Opéra-Comique s'y recrutassent de sujets. Mais en France les bonnes intentions sont les germes des abus, ainsi que nous le ferons remarquer dans l'histoire individuelle de ce théâtre.
Théatee de la Porte-Saint-Martin. Cette vaste salle est destinée au drame. M. Harel en conserve la 2 11
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direction avec un admirable acharnement, maigre tous les embarras qu'on lui suscite. Le public regarde ce théâtre comme une transition entre la scène des Français et celle des théâtres consacrés au mélodrame. On y joue aussi des féeries et des vaudevilles. C'est sur cette scène qu'apparaissent ordinairement les produits exotiques de la nature ou de Fart, les Bédouins, les animaux, pour lesquels des littérateurs d'une espèce particulière arrangent et combinent une œuvre qui faiLvaloir et met en relief les phénomènes.
Théatke se l' Ambigu-Comique, boulevard Saint- Martin. Ou y représente des mélodrames, des féeries et des vaudevilles.
Théâtre de la Gaieté , boulevard du Temple. Mélodrames , féeries et vaudevilles.
Théâtre du Cirque-Oltmpique, boulevard du Temple. Mélodrames, mimodrames, féeries, vaudevilles, pantomimes, exercices d'équitation, jongleries, etc.
Théâtre des Folies dramatiques, boulevard du Temple. Mélodrames et vaudevilles.
Théâtre de la Porte-Saiw t-Antoire , boulevard Beaumarchais. Mélodrames et vaudevilles.
Théâtre SAinr-MARCEL , rue Pascal, au faubourg Saint-Marcel. Mélodrames et vaudevilles.
Théâtre du Panthéon , rue Saint-Jacques. Mélodrames et vaudevilles.
Théâtre du Luxembourg, rue de Fleurus. Mélodrames et vaudevilles.
Théâtre de M. Comte. Expériences de physique , petits drames et vaudevilles joués par des enfants , au passage Cho^seul.
Théâtre bu Gymnase enfantin, au passage de rOpéra. Vaudeville et féeries.
Théâtre des Funambules, boulevard du Temple. Pantomimes-arlequinades.et vaudevilles .
Théâtre de madame Saqui , boulevard du Temple. Mélodrames et vaudevilles.
Théâtre Saint-Honoré a la cité Berryer , place de la Madeleine. Pantomimes-arlequinades et vaudevilles.
Théâtre du Petit-Lazary , boulevard du Temple. Mélodrames et vaudevilles.
Ombres chinoises , au Palais-Royal.
Théâtre du Palais-Royal , ancienne salle Montansier , au Palais-Royal. Vaudevilles.
Ajoutons à cette nomenclature les théâtres extramuros du Mont-Parnasse , de Belleville , de Montmartre , du Ranelagh , du Beau-Grenelle , du Gros- Caillou et du Belvéder , barrière de Fontainebleau , qui sont les échos des théâtres de l'intérieur de Paris, et nous aurons l'idée du bien ou du mal que peut produire l'art dramatique, enveloppant ainsi d'un vaste filet tous les citoyens , d'un bout de la France à l'autre, allant porter au fond des provinces, par l'habitude et par la nécessité, tout ce que l'esprit de nos auteurs vivants enfante de niais , d'immoral ou de sublime.
PREmÈRE nVTERSECTIOl».