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pend sur-le-champ, sans le faire sortir de la scène : après Texéculion, tous les membres du pendu tombent pièce à pièce dans un puits qui est au-dessous de la potence. Ulysse entre sur le théâtre, s'en plaint à drcéy qui, touchée du chagrin qu'il en a, fait sortir du puits le pendu tout vivant et entier comme il était auparavant. Ils sont surprenants pour les machines et pour les vols ; lorsqu'un homme doit voler, il descend une corde avec un étrier au bout, l'acteur met un pied dedans, prend la corde avec une main , et le vol part de la hauteur du théâtre.
«f Présentement, le théâtre devient de jour en jour plus exact ; on en a banni toutes ces anciennes pièces, . à l'exception de quelques-unes , qui sont comme consacrées par un long usage : par exemple, le Siège de Leyde se représente tous les ans le 5 octobre, et Gyshrecht van Amstel^ la veille de Noël ; et chacune de ces pièces se joue tous les ans cinq ou six fois de suite pour satisfaire à l'avide curiosité des paysans, du petit bourgeois, des vieilles gens, des domestiques et des enfants.
«c Depuis 1561, qui est l'époque de la plus ancienne comédie que l'on trouve, jusqu'à 1658, la nation compte quarante poètes. Celui qui a le premier écrit avec quelque régularité pour le théâtre, est Pier Corneille Hoofty fils d'un bourgmestre d'Amsterdam, savant distingué, à qui on a donné le . surnom de Tacite hoUandaiSy auteur d'une histoire
de la république, et de Thistoire de Henri IV, qui fut si goûtée alors, que Louis XIII Tanoblit, et lui donna Tordre de Saint-Michel. Fier Corneille Hooft avait des talents pour la poésie, il était membre de la chambre des rhéteurs d'Amsterdam : son historien Brandi remarque qu'il améliora beaucoup cette chambre, et que s'étant livré à la poésie avant d'écrire l'histoire, il composa plusieurs pièces assez régulières pour ce temps-là. On a de lui quatre tragédies et trois comédies. La première, qui est Jchille et Polxxèney est de 1620; ainsi il a précédé de plus de quinze années le fameux Fondely dont nous allons parler.
<( Fondely surnommé le Virgile et le Senèque hoilandaisy a commencé à travailler pour le théâtre en 1656, qu'il donna la tragi-comédie intitulée Pascha, On a imprimé son théâtre en deux volumes in-4<>, qui contient trente tragédies : le premier en contient seize sacrées, et le second, quatorze profanes, dont cinq ont été corrigées depuis 1700 dans le goût du théâtre d'aujourd'hui. Le Palamède de Fondel passe pour un chef-d'œuvre; c'est une pièce allégorique qui renferme une satire du stathoudérat du prince Maurice, et un éloge de BameveU que ce prince a conduit sur l'échafaud, quoiqu'il lui fût redevable de toutes ses dignités.
« Avant le règne de Louis XIV, on trouve dans le théâtre hollandais peu de pièces imitées des étrangers, si l'on n'en excepte cpielques-unes tirées de 2. 17
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Tespagnol : encore leur sont-elles venues du Brabant; mais depuis ils ont goûté Corneille, Racine, et les autres tragiques qui se sont signalés : ils ont traduit leurs bonnes pièces avec toute l'énergie dont la langue hollandaise est susceptible; en sorte que Ton dit constamment dans le pays, qu'ils ont plusieurs pièces de ces auteurs qui valent les originaux ; quelques-unes même qui l'emportent, car leur langue, à ce qu'ils prétendent, est infiniment plus expressive dans le sérieux et le tragique que la langue française ; on prétend qu'un mot hollandais a, en ce genre, plus de force qu'une période française ; c'est de quoi je ne puis pas juger, ignorant entièrement cette langue.
4( Leurs pièces de théâtre sont toujours en vers, et ils y suivent les mêmes règles qu'en France ; rarement on écrit en vers libres. Les tragédies sont toujours en cinq actes, et quelquefois en trois. A l'égard de la rime, c'est, je pense, la disposition de leur langue qui les porte à aimer si fort la versification; car les rimes y sont parfaites. Leurs vers riment comme les italiens, toujours par les deux dernières syllabes : cela rend une harmonie si juste et si sonore, comme tous ceux qui sont à la portée de sentir la poésie italienne en peuvent faire foi , que, par la même raison, on ne peut s'empêcher d'être affecté pour les rimes hollandaises.
« Cependant , malgré ces avantages dev la rime dans la langue hollandaise, je m'imagine qu'il s'y
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trouve un inconvénient : avant que d'expliquer ma pensée, je veux me rappeler la critique qu'un auteur français fit à propos de la langue italienne, parce qu'elle me parait de la même nature de la remarque que j'ai faite sur la langue hollandaise. Le critique français avança que le plus grajid nombre des mots italiens finissent en a, ou en o, et il dit que cette monotonie perpétuelle rendait cette langue très-défectueuse ; les Italiens qui l'ont réfuté, lui ont fait sentir que pour peu qu'il eût parlé la langue italienne, il n'aurait pas avancé une pareille observation, mais que n'en ayant jugé [que par. les yeux, il est aisément tombé dans l'erreur. Il pourrait fort bien m'en arriver autant, malgré toutes les précautions que j'ai prises.
i( Les poètes hollandais ont imité le ¥ers alexandrin en toutes ses parties, et je crois que leur langue ne devait pas suivre la qualité des rimes masculines et féminines de la poésie française; il me semble que la rime féminine hollandaise pèche sur l'article de la monotonie : elle termine toujours dans la syllabe en y et ce son perpétuel de deux vers en deux vers me parait très-incommode. Je sais bien que la prononciation peut diversifier en quelque façon le son de cette syllabe en, suivant qu'elle sera précédée d'une longue, ou d'une brève, ou d'une double voyelle , etc. ; mais cela ne me persuade pas que l'inconvénient de la monotonie ne s'y rencontre toujours. Je n'entends pas la langue hollandaise; mais
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après en avoir jagé par les yeux et par réflexion , j*ai yonlu en juger aussi par mes oreilles : je me suis fait prononcer par an Hollandais des mots choisis de rimes féminines , et j'ai senti que la syllabe en sonne toujours à Toreille malgré le son différent que porte chaque mot ; qu'elle ne change jamais de son , et qu'elle se prononce toujours : on m'assure que dans le discours familier elle est quelquefois muette , ou du moins adoucie, mais que sur le théâtre, et dans la chaire, on la prononce toujours avec force.
« Je fais une autre réflexion : les Français ont été forcés à établir les deux rimes qu'on a nommées masculines et féminines , par la disposition de leur langue , dont la moitié des mots termine en un e muet ; et je conçois que la langue hollandaise s'est trouvée peut-être dans la même nécessité, ayant aussi la moitié de leurs mots qui ont leur terminaison en en. Mais je remarque l'avantage que la langue française a sur la langue hollandaise : dans Tune , on ne s'aperçoit que très-rarement que leurs rimes féminines terminent toutes en e, et dans l'autre, on entend clairement qu'elles terminent toutes en en. En effet , image, jalousie^ chifuèrcy sacrifice^ perfide, adore, colère, etc., et un nombre infini de tant de mots de rimes féminines françaises, on ne s'aperçoit point qu'elles terminent en e, et ont un son différent. Mais , dans la langue hollandaise , les mots leden , eoren, tirannen, loonden, gebroken, %oonen, barbaren, et tous les autres de leurs rimes féminines ,
la syllabe in sonne toujours , et par conséquent la monotonie y est inévitable. J'ai eu la curiosité d'examiner sur cet article la tragédie hollandaise de la Mort du prince d'Orange, qui est une des meilleures de leur théâtre : le premier acte est de huit cents vers, desquels il y en a quatre cents de rimes féminines : de celles-ci , il y en a trois cent quatre-vingts qui terminent dans la syllabe en, et vingt qui ont une terminaison différente , et cela me confirme que la disposition de leur langue n'est pas heureuse sur l'article des rimes féminines qu'ils ont adoptées, dont peut^tre ils ne pouvaient pas faire autrement, mais qui ne laisse pas d'être un inconvénient remarquable.
n Présentement le théâtre devient de jour en jour plus exact : on en a banni toutes ces anciennes pièces, on n'y donne guère que du nouveau , qui met le théâtre dans un goût tout français. Ordinairement on joue une tragédie ou une comédie en cinq actes , suivie d'une petite pièce qu'ils appellent Klugapellen;\\& en ont plusieurs traduites de Dancourt, de le Grand et des autres auteurs français ; mais celles qui sont dans le goût naturel du pays l'emportent infiniment sur ces pièces étrangères : outre que les acteurs ignorent le jeu des pièces françaises, ce qui rend ces traductions très-froides. Mais ils font des merveilles dans le tragique , qu'ils récitent noblement et naturellement , les Hollandais étant généralement contraires à la déclamation tragique du théâtre français,
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qu'ils regardent comme un chant éloigné de la nature.
«( Les théâtres d'Amsterdam , de la Haye et de Leyde ont eu de bons acteurs; mais il y a peu d'excellentes actrices , telles que mesdemoiselles Benjamine, etc. On dit qu'ils auraient encore de meilleurs acteurs ou actrices s'ils étaient payés comme en France ; car il y a des particuliers en grand nombre qui ont le don du théâtre , mémoire , goût , prestance et belle déclamation : mais les meilleurs sujets n'ont pas au delà de six cents florins par an ; en sorte que , ne pouvant vivre du théâtre seul , ils ont tous des métiers. Punt est habile graveur , Duym est libraire , etc. Outre cela , leurs actrices doivent être sages, parce qu'étant presque tous bourgeois et bourgeoises , ils auraient honte de paraître sur la scène avec une actrice dont la vertu pourrait être soupçonnée. C'est ainsi que les directeurs de leurs théâtres , qui sont huit personnes de distinction , ont été obligés de renvoyer leur meilleure actrice , parce qu'un accident qui lui était arrivé empêchait ses camarades de jouer avec elle : cependant avec le temps elle est rentrée.
« Les salles sont un demi-ovale , dont le bord du théâtre fait le petit diamètre : près du théâtre est l'orchestre , consistant tout au plus en deux bancs de musiciens; ensuite un espace des deux tiers forme ce qu'on appelle bcu;, qui est un parterre avec des bancs garnis de coussins ou de tapis ; l'autre tiers , qui . est un peu plus élevé d'environ deux à
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trois pieds , est une place où Ton se tient debout : il règne tout autour de la salle un rang de loges , qui sont plus hautes que le rez du théâtre d'environ cinq à six pieds ; à Amsterdam il y a un second rang de loges en forme d'amphithéâtre.
<( On paye au parterre vingt sous ; aux loges trente sous; aux places debout six sous; à Tamphithéâtre , en haut , où l'on est assis , dix sous. Le revenu du théâtre , acteurs payés et dépenses faites , est consacré à l'entretien de deux hôpitaux, qui ont quelquefois vingt à vingt-cinq mille florins par an. Dans les autres villes le spectacle est assez tranquille. Comme entre les actes on baisse le rideau pour moucher les chandelles , le petit peuple profite de ce temps pour boire , ayant soin de porter des provisions ; mais à Amsterdam , où le peuple est plus libre et plus hardi, l'amphithéâtre au-dessus des premières loges est fort incommode; on y parle haut , on s'y appelle d'un bout à l'autre , on y casse des noisettes tant que le spectacle dure; on y entend jeter des bouteilles , qui de çà , qui de là; entre les actes, enfin, on y fait un charivari fort désagréable; si les acteurs déplaisent à l'amphithéâtre , il est leur fléau, il leur donne des sobriquets , et leur crie tout haut de se retirer ou de se taire, etc. Les salles sont bien illuminées : outre quatre ou cinq lustres qui pendent du cintre sur le bord du théâtre , il y a ordinairement, entre les loges , des chandeliers à bras avec des lumières.
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«( On vante extrêmement le théâtre d'Amsterdam, et il est constant dans le pays que c'est un des plus beaux de toute TEurope , ce que je n'ose assurer , ne l'ayant point vu; il est d'une grande étendue en long et en large. Les décorations en sont magnifia ques ; il y a une galerie du célèbre Lairesse , qui est un chef-d'œuvre , et un salon de Trost , qui est superbe.
u II faut remarquer que le goût de la poésie n'a point diminué, quoique les Redenrijkers-Kamers ne subsistent plus : on leur a substitué des sociétés poétiques, distinguées chacune par une devise. On en compte dans Amsterdam jusqu'à trente , dont les deux plus anciennes ont pour devise , l'une , In magnis voluisse soi est, et l'autre, LtOet quoque utiiitas; ces deux sociétés ont produit vingt-quatre pièces depuis 1680 jusqu'à 1698; une autre, qui a pour devise, Nil volentibus arduum, en a donné vingt-six depuis 1704 jusqu'à 1717 ; celle qui a pour devise, ^application fait fleurir les arts, en a produit vingt-cinq depuis 1700 jusqu'à 1718; en sorte que le recueil des pièces de théâtre de ces sociétés monte à près de deux cents.
u Le catalogue des pièces du théâtre hollandais , imprimé en 1727, contient deux cent soixante-huit auteurs et trente sociétés , quatre cent quatre-vingtdix-huit tragédies, trois cent soixante et onze comédies , soixante-seize tragi-comédies, vingt-trois pastorales , deux cent soixante et dix farces ou petites
pièces , et hait opéras ; ce qui fait , en tout , mille deux cent quarante-six pièces de théâtre. Quant aux habits , ils ont suivi le goût des temps ; à présent, c'est comme à Paris , sinon que les habits à la romaine sont avec des casques, ce qui est encore mieux que le chapeau; les pièces orientales sont en habit long à la turque, les autres en habit à la mode : le tout est magnifique , et les habits à la romaine sont brodés en or fin ; le magasin fournit tout.
i( Les principaux acteurs sont, à présent : M. Duxtn, qu'on appelle leur BaroUy et Punt^ leur Quinault : mesdemoiselles Mase et de Brujrm, et de la jeunesse qui se forme sur les leçons du vieux Bor, qui deviendront, à ce qu'on espère, d'excellents acteurs. >»