HISTOIRE DU THÉATBE DU VAUDEVILLE
Le roi ne meurt pas en France, On peut en dire autant du Vaudeville; pour lui il n'y a pas d'interrègne : Tincendie dévore la salle de la rue de Chartres, aussitôt le Crifé- Spectacle du boulevard Bonne-Nouvelle se transforn^e en théâtre pour retentir, non plus comme sur les tréteaux des foires Saint-Germain et Saint-Laurent , des Jlon Jlon larira dondaine, — nous avons fait des progrès immenses, — mais des couplets plus ou moins spirituels , chantés sur les airs plus ou moins gais, que composent les fournisseurs de la nouvelle Clef du caveau. Par ces mots : Théâtre du
yaude^fille^ il faut enten<lre le privilège et non la localité où il s'exploite momentanément. Jusqu'au mois d'avril i84o, le Vaudeville campe sous la tente de l'hospitalité.
Le Vaudeville, regardé comme une des spécialités de l'art dramatique , est frère jumeau de l'Opéra-Coraique. Envisagé comme théâtre particulier, il en est le fils.
Le Vaudeville, comme chanson , fut successivement mêlé et subordonné aux pièces italiennes/ aux pièces à ariettes, et aux comédies ou drames qui bientôt se moquèrent de lui. Comme théâtre, voici les causes de sa fondation : Deux auteurs, Piis et Barré, en 1780, après la réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie-Italienne, obtinrent de grands succès avec de petits tableaux villageois, les amours d été, les Vendangeurs^ les Veillées villageoises. Mais Sedaine n'aimait pas le vaudeville, et, dans les opéras comiques qu'il composait pour le même théâtre, il lançait contre ce genre des épigrammes, bien inoffensives, comme le bon Sedaine pouvait les faire. Si les chansons plaisaient aux Parisiens, la musique de Grétry et les drames de Sedaine lui étaient non moins chers. Piis, après avoir vainement demandé à la Comédie-Italienne une modique pension qu'il croyait avoir méritée ,^
eut ridée de porter son répertoire ailleurs; la loi qui proclamait la liberté des théâtres lui fournit plus tard l'occasion d'élever liii-méme autel contre autel: il s'associa à Barré, Rosières, Mon nier et Cambon , et la salle de bal qui existait rue de Chartres, s'ouvrit, comme théâtre, le la janvier 179a.
De tous les théâtres existants, le Faudeifille est le seul qui n'ait pas précisément pour source le bon vouloir de l'autorité ; c'est, de tous ceux que la liberté fit éclore , le seul qui ait vieilli dans son berceau ; peut-être à ce titre mérite*t-il le surnom de National dont il se pare. Frondeur, caustique, fidèle à son origine, plus française qu'italienne, le Vaudeville a chanté sur tous les tous , sous tpus les règnes. A Barré, qui fut directeur jusqu'en. i8.i6,Désaugiers succéda. C'est sous la protection d.e ce gai chansonnier que la génération des vaudevillistes actuels fit ses premières armes; puis vinrent successivement M. Bérard, puis MM. de Guerchy et Bernard-Léon, puis enfin M. Etienne Arago, entre les mains duquel la salle s'est con-r sumée.
I^ salle de la place de la Bourse , construite pour, l'exploitation du privilège Axx théâtre (les Noui^eau- ^/j, accordée à M. Bérard, après qu'il eut quitté
la direction de la rue de Chartres, doit être la résidence définitive du Vaudeville.
Dans cette biographie , on le voit , les faits sont rares, en dehors des ouvrages et des acteurs. On a vu sur la scène du Vaudeville tous les grands hommes, toutes les femmes célèbres : Ninon, Ma^ rion, Fanchon, Jeanne d*Arc, Marie Mignot, la Camargo, et une galerie de rois de toutes les couleurs. Ces différents personnages , sous la plume d'auteurs différents , ont vécu leurs trente représentations, plus ou moins. Le public a dévoré tant de pièces, au Vaudeville comme ailleurs^ qu'on serait consciencieusement embarrassé de fournir maintenant à son insatiable appétit, si la conscience entrait pour quelque chose dans la fabrication d'une pièce : mais les auteurs dramatiques le savent, le public oublie vite les ombres qui passent et repassent sans cesse sous ses regards , et tout est nouveau , tout est bien pour lui dès qu'on l'amuse.