‹ Physiologie Du Theatre, Par Hippolyte AugerChapitre 5 sur 29 · UBS CIRQUES ET LES THÉÂTRES ANTIQUES · texte numérisé non relu

UBS CIRQUES ET LES THÉÂTRES ANTIQUES

Les cirques étaient destinés aux courses et aux luttes des gladiateurs, soit qu'ils se combattissent entre eux, soit qu'ils eussent à se défendre contre des animaux féroces. On peut juger, par ce qui reste de l'amphithéâtre Flavien, à Rome, de l'aniphithéâlre de Vérone et des arènes de Nîmes, de l'importance de ces jeux qui réunissaient des populations entières dans une même enceinte. Les cirques étaient de forme ovale et d'une dimension relative à la population des villes pour lesquelles on les construisait. On voit à Pompéia un amphi-

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théâtre et deux théâtres, dans un tel état de conservation, qu'il ne reste plus de lacune sur l'art (le l'architecte relativement à de tels édifices. Le plus fJetit des théâtres de Pompéia était couvert , chose rare dans l'antiquité.

Nous laisserons les jeux du cirque pour ne nous occuper que des jeux de la scène ou du théâtre proprement dit: c'est là notre but.

Les Romains empruntèrent des Grecs la forme de leurs théâtres^ comme ils imitèrent celle de. leurs drames. Chez les deux nations, l'espace destiné au jeu des acteurs formait lui carré long, dont le grand côté était le diamètre d'un demi-cercle, qui traçait le plan de l'amphithéâtre : celui-ci contenait un grand nombre de spectateurs , assis sur (les gradins et distribués par étages. La forme de cet amphithéâtre offrait plus que la moitié d'un cône tronqué verticalement, dont la section serait renversée. L'orchestre occupait l'espace que nous appelons aujourd'hui le parterre; l'espace le plus rapproché de la scène s' àppeWil podium chez les Romains, hjposkénion chez les Grecs. Il était destiné aux musiciens; cepenclarît, selon Vitruve, les chevaliers ont occupé le podidm orné de colonnes élégantes. Derrière la scène il y avait par-

fois un promenoir environné de portiques. Ce promenoir était orné par des quinconces.

Les Grecs avaient une espèce de petit théâtre , plus bas que le grand, immédiatement adossé à celui-ci^ et qui se prolongeait au milieu de l'A/poskénion. Ce théâtre j dans lequel on descendait du plus grand par plusieurs marches , s'appelait th/mèle. Les mimes et les danseurs jouaient sur le thymèle, dont l'usage est parfois adopté par les danseurs de corde modernes, lorsqu'ils jouent dans l'intérieur de nos salles.

La scène proprement dite, chez les deux nations, remplaçait le rideau du fond àe^ modernes. Elle était presque toujours construite en relief. Parfois on l'ornait de statues d'or et d'ivoire.

La scène représentait assez ordinairement un palais avec trois portes praticables. On appelait la porte du milieu la porte royale; celle qui était à la droite des acteurs, la porte des étrangers; celle qui était à la gauche, la porte des prisonniers, La hauteur de la scène était égale à celle des' portiques environnants. LtQ postscenium se composait d'un espace ménagé derrière la scène pour placer les décorations, heproscenium était destiné, comme chez les modernes, au jeu des acteurs. Entre le proscenium et la scène on plaçait, verticalement

et sur les côtés, deux prismes triangulaires qui tournaient sur des pivots. Sur les faces de ces prismes on adaptait les décorations que l'on appelait mobiles. Elles figuraient le site qui convenait h la fable.

Selon Yalère Maxime , le premier édile qui orna la scène fut Claudius Pulcher, dans l'an 654 ^^ Rome. Ce n'était auparavant qu'une enceinte construite avec des planches informes.

lia portion du théâtre qu'occupaient les spectateurs, et que nous appelons lasalle^ était nommée cai^ea : elle comprenait l'amphithéâtre et le parterre. Ce dernier portait le nom d^orchestre chez les Latins, et, pendant quelque temps , celui de œnis" ira , chez les Grecs.

IjCS petits théâtres n'avaient qu'une rangée de gradins. Chaque rangée en contenait neuf. Les grands théâtres avaient trois rangées de gradins. Chaque gradin avait quinze ou dix-huit pouces d'élévation et le double eu largeur. Ils étaient interrompus par des escaliers alternés à chaque rangée. Les portes par lesquelles le peuple entrait ou sortait en foule, soit dans lorchestre, soit sûr les gradins , étaient appelées vomitoria.

Au milieu de chaque étage, on suspendait une série de vases ou cloches de cuivre, pour ré-

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fléchir le» sons qui partaient de la scène. Ces cloches étaient accordées à la quarte et à la quinte, dans leur corrélation mutuelle, et placées flans des cavités pratiquées au-dessous des gradins.

Les villes les plus pauvres, ne pouvant pas avoir des cloches en cuivre, en faisaient exécuter en terre cuite, qui, selon Yitruve, produisaient à peu près le même effet.

Chez les Grecs, ainsi que chez les Romains, les femmes occupaient dans les théâtres l'étage le plus élevé. Les n>agistrats siégeaient près de la scène, immédiatement après l'hiposkénion ; mais les vestales étaient placées avant les magistrats; les prêtres, et ceux qui avaient été reconnus, par un décret, pour avoir bien mérité de la patrie, siégeaient après les dignitaires publics. Ils avaient le droit de faire lever celui qui y aurait occupé une place, alors même qu'il était endormi. Ce droit était celui de préséance. Les sénateurs siégeaient après les magistrats, et les chevaliers occupaient le premier rang des gradins. Mais, selon Tite-Live , ce droit ne fut accordé aux chevaliers, par la loi Hoscia, que vers l'an 685 de Rome, et ce ne fut que du temps d'Auguste que l'on sépara les femmes des hommes»

Suétone pffirme que Jutes César avait fait élever daus l'orchestre une espèce de chaire pour lui, et, d'après cet historien, Néron assistait an spectacle, dans un cabinet qu'on avait construit par ses ordres. Séjan et Tibère avaient des sièges entièrement couverts d'or. Un décret spécial accordait* à la femme d'Auguste une place d'honneur parmi les vestales.

Des personnes, commises à cet effet, indiquaient les places de l'orchestre : on les appelait désignatores. D'autres étaient chargées de maintenir Tordre, et de modérer la turbulence des spectateurs : on les nommait rmistigophores ou rhabdouques , attendu qu'elles portaient des verges. Les licteurs ont exercé quelquefois cet emploi.

I^s portiques par lesquels entraient les spectateurs, et l'espace connu chez nous sous le nom de la scène , étaient les seuls endroits qui fussent à couvert dans les théâtres des aiiciens. L'aspect du soleil et la chaleur incommodaient à l'excès. Pour parer à cet inconvénient, on tendait parfois des bannes soutenues par des mâts. Une précaution meilleure est celle dont Cneius Pompeius s'avisa le premier. Il fit monter dans un réservoir, plus haut que les statues qui couronnaient les portiques, des eaux imprégnées d'odeurs. Ces

statues contenaient un grand nombre de tuyaux j terminés par des orifices très*petits. L'eau s'échappait en forme de rosée et rafraîchissait l'enceinte. Cette précaution semblerait motiver le nombre prodigieux de statues qui environnaient les théâtres. Pline affirme que le gendre de Sylla fit placer trois mille statues sur un seul théâtre.

La magnificence, ou, plus exactement, la profusion des Romains pour les édifices de ce genre, a été si loin, que Calliste, affranchi de Claude César, avait fait placer dans la décoration du fond , nommée la scène ^ plus de trente colonnes d'onyx; et l'édile Alarcus Scaurus avait fait construire une scène, dont la partie inférieure était en marbre, la moyenne en cristal, et la supérieure en colonnes de bois de cèdre, plaquées en or.

Les anciens n'admettaient que trois genres de décorations analogues aux trois genres de poëhies que Ton jouait sur leurs théâtres. Un palais, des colonnes et des statues étaient consacrés à la tragédie. La décoration de la comédie formait une place à laquelle aboutissaient plusieurs rues. Des bois et des rochers étaient destinés à la comédie satirique. Ces désignations ont du souffrir pourtant des exceptions nombreuses ,

car on ne pouvait guère se dispenser de joueir le Philoctète, l'Ajax deSophocle, et d'autres tragédies , dans un bois. Le Rudens de Plante et d'autres comédies supposent tantôt l'aspect de la campagne , tantôt la vue de l'intérieur d'une maison. 11 paraît que la scène construite en relief , et par conséquent immobile, était couverte, dans toute autre pièce que des tragédies, par des tableaux qu'on appelait ductiles, et que l'on retirait sur les côtés latéraux. La décoration versatile était celle que l'on appliquait à ceux des faces des periactoi ou prismes tournants doqt nous avons parlé.

Les anciens avaient inventé quelques-unes de& macbines que l'on emploie dans les théâtres modernes. Les Grecs les désignaient sous le nom générique cPanapeismata. Le théologéon était l'équivalent de notre gloire ; il faisait descendre les dieux de l'Olympe. Le céraunoscopéon était l'instrument avec lequel Jupiter lançait la foudre. Claudius Pulcher, dont nous avons fait mention, perfectionna le premier moyen d'imiter le tonnerre, avec des vaisseaux de cuivre. Festus distingue pour ce motif le tonitru Claudianum du broptéoriy ancienne machine destinée à cet usage, et composée d'un ysise d'airain dans Ict'^

quel on faisait rouler des cailloux. Pierre Menin et d'autres auteurs croient que l'on imitait le tonnerre à la fin de chaq^ue pièce , afin d'augmenter par ce bruit celui des applaudissements. C'est peut-être de cette coutume que vient la locution usitée : tonnerre et applaudissements.

Scaliger remarque , avec raison , que l'usage trop fréquent des machines, et leur multiplicité, s'introduisit chez les Romains dans le temps de la décadence du goût , et pour suppléer à la faiblesse des poèmes nouveaux. Il en a été de même de nos jours.

Les costumes dramatiques étaient désignés sous le nom générique de prosopea. Le masque ne fut introduit que fort tard chez les |lomains. Athénéç dit que Roscius, qui était borgne, s'en servit pour cacher ce défaut. Minutius et Prothonius furent les premiers acteurs qui jouèrent la tragédie avec un masque. Il existait une différence sensible entre les masques comiques et les masques tjragîques. Les uns et les autres étaient gs^rnis intérieurement d'un petit entonnoir de métal, pour aqgnienter le volume dç la voix.

Pour le costume, on employa.it les couleurs d'une manière uniforme : le vert pâle ayant une

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teinte jaune était une couleur usitée pour les personnages peu importans. Les reines prisonnières portaient un manteau de couleur foncée. Les dieux, selon Porphyre , étaient distingués par des couleurs différentes. Jupiter avait un manteau cramoisi doublé de blanc, Mars un manteau couleur de feu , le Soleil un manteau orange ;^ Junon portait un veteipent bleu j le blanc était consacré à Vénus,

On paut se former une idée assez exacte du.

costuine d'un acteur tragique , en lisant le passage suivant de Lucien : « Les ornements dont on fait usage dans la tragédie , offrent uii spectacle horrible. L'histrion est un homme d'une hauteur difforme et incommode , marchant sur dçs chaussures élevées, ayant la tête couverte d'un masque menaçant, dont la bouche est ourverje si grande qu'il semble vouloir avaler les spectateurs. J'omets les ventres et les poitrines pastiches, et la grosseur artificielle, afin que dans un corps mince la largeur s'accprde avec la longuetir. y^

Les frais des représentations dramatiques furent trè$-modiques daMS leur origine. Les Athéniens, représentaient quatre drames par an : le premier dgns les ièlG$ Dionysiennes y selon l'antique U3age;,

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le deuxième, dans les fêtes Lénéerutes ; le troisième, da'ns les fêtes Panathénéennes.; le quatrième, du genre satirique, dans les fêtes Chrjtriennes. Ces drames étaient choisis au concours, par des juges, et souvent le choraqucy ou administrateur des jeux publics, se plaignait de leurs jugements. Une couronne d'or était décernée ^ l'auteur du poëme adapté,

Le choraqu^e fournissait aux frais des spectacles, entretenus d ailleurs avec les fonds publics. Cet usage passa des Grecs chez les Romains.

Revenons aux formes du théâtre des anciens, à ses avantages et à ses défauts.

Les auteurs de l'antiquité parlent des théâtres avec enthousiasme; aucun ne signale leurs dimensions comme un vice de l'art dramatique. Les organes, frappés par l'étendue d'nn monument, éveillent l'admiration, et le sentiment de la puissance populaire naît à l'aspect d'un amphithéâtre où la foule se trouve pressée et turbulente. L'orgueil et l\imbitioji de quelques hommes enfantaient ces édifices gigantesques destinés au peuple, et souvent un édile, un tribun, enrichi par des rapines, avait intérêt à détourner l'attention sévère du public sur la légitimité de ses richesses. Plus souvent encore il désirait acquérir la popu-

larité pour parvenir à des emplois plus élevés, pour soutenir un parti. Aucun moyen n'était plus propre à capter la bienveillance du peuple que la construction d'un théâtre : plaisir unique de cette nation bouillante qui s'enivrait de l'idée de sa grandeur. Aussi y l'ordonnateur de ces édifices cherchait-il toujours à imposer par l'immensité et par le faste du monument, plus qu'il ne songeait à la commodité des spectateurs et surtout à Futilité de l'art. A cet égard, tout était fixé à l'avance, d'après les règles établies, les costumes, les traits du masque, les notes de la mélopée, même les gestes ; et c'est ainsi que l'art moral ne parvenait jamais à se perfectionner, car la mobilité de la figure y et les modulations de la voix, pour les nuances du langage, sont les avantages les plus précieux des acteurs modernes. Le spectateur le moips instruit en apprécie le mérite; le succès de nos chefs-d'œuvre eût été impossible , si le comédien avait porté un visage factice et immobile.

L'immensité des théâtres antiques, sans toi-r ture, nuisait à la clarté des sons et à la faculté de distinguer les objets. Si la totalité de l'enceinte pouvait contenir quatre-vingt mille personnes, il était naturellement difficile de voir et d'entendre

des gradins les plus élevés d'un cercle dont le diamètre avait une grande étendue. Le théâtre de Marcellus, un des plus petits de Rome, contenait cependant vingt-deux mille spectateurs. |^e diamètre du cercle intérieur était de cent quatrevingt-quatorze pieds antiques, et celui du cercle extérieur de quatre cent dix^sept. Mais, malgré les incommodités dont le public se trouvait accablé dans une enceinte non couverte, les spectacles étaient vivement désirés; c^est que ces spectacles , dus à la libéralité nationale , présentaient Vidée d'une grande nation. Si l'on eût pu ne perdre rien du drame, et surtout si le drame eût été moins révoltant, moins obscène, un tel mode d'amusement eût adouci les mœurs du peuple et contribué à l'instruire; maïs tel n'était pas le but des citoyens qui faisaient servir leurs richesses à la construction d'un théâtre.

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