ACOUSTIQUE
Si les théâtres modernes ont l'inconvénient de ne pas fournir assez d'espace pour que Ja vue soit pleinement satisfaite de la mise en scène, des effets de la peinture et du nombre des comparses qui figurent dans le drame, la dimension des salles permet au moins de satisfaire l'ouïe, et c'est, selon nous, le point important. Pour ne pas dérober au spectateur les moindres accents, il faut que la salle soit construite de manière à pouvoir faire entendre des sons échappés sans efforts d'une poitrine ordinaire; c'est ce précepte
unique qui doit guiderle constructeur. Examinons ce qui concerne l'acoustique du théâtre. Il est nécessaire que les moindres inflexions de la déclamation frappent toutes les parties de la salle; et si les acteurs récitants y sont entendus dans le dialogue ordinaire, il n'est pas douteux que les acteurs chantants n'y produisent beaucoup d'effet sans qu'ils soient obligés de crier. L'architecte ne saurait donc trop étudier la science qui explique le passage et la réflexion des sons.
L'air est le véhicule du son. Si l'on frappe une cloche sous un récipient vide d'air, on n'entend aucun son. L'air est lui-même un corps sonore lorsqu'il est comprimé rapidement; le bruit du tonnerre fournit la preuve de cette vérité. Toutes les parties de l'air étant douées d'une grande élasticité, elles se transmettent le moindre mouvement à une grande distance, avec une vitesse extrême, qu'on est parvenu pourtant à évaluer. Les moindres particules d'air frappées heurtent le tympan. Le tympan presse l'air contenu dans la cavité qu'il couvre; cet air comprime à son tour celui qui est renfermé dans le labyrinthe et dans le limaçon, et par suite, les houppes des nerfs auditifs, dans lesquels réside l'organe de l'ouïe.
L'intensité du son diminue en raison inverse
du carré des distances. Que l'on place uu corps sonore au sommet d'un cône vide, et que Toreille soit appliquée à sa base, il est évident que celle-ci contiendra autant de cercles différents , qu'il y a dans le cône de couches d'air différentes. Mais les deux aires des cercles étant entre elles les carrés de leurs diamètres, il s'ensuit que les rayons sonores seront quatre fois moins serrés à un mètre qu'à deux mètres de distance du sommet du cône; le son aura donc quatre fois moins d'intensité ou de force à deux pieds, qu'il n'en avait à un pied du sommet du cône sonore.
Voilà la règle \1a plus importante que la théorie ait aperçue dans la transmission du son direct. Le son réfléchirai pas moins occupé ses recherches. Il n'est pas d'individu qui n'ait observé que la même quantité de son frappe plus ou moins vivement son oreille selon l'étendue ou la qualité du site où il se trouve. Dans une salle tapissée, et remplie de monde ^ le son est diminué sensiblement. Que cette même salle soit vide, que les parois n'offrent au son que des surfaces bien unies, alors l'intensité de celui-ci est sensiblement augmentée. La voix s'étend à une grande distance dans les déserts sablonneux, ou dans une plaine couverte de neige. Si les surfaces qui rea-
voient le son, ne sont pas très-éloignées du point dont il émane , alors le son réfléchi se confond avec le son direct; ces deux sons n'en font qu'un dont l'intensité redouble. C'est là le résultat qu'on doit se proposer par la construction du théâtre, par des combinaisons provenant du sol ^ des parois latérales, et du plafond; car plus le point duquel le son émane est éloigné du sol, des parois et du plafond , plus le son directe d'étendue; plus ce même point est rapproché des surfaces, si elles sont élastiques et sonores , plus le son réfléchi a de force.
Il s^ensuit donc que dans une vaste enceinte le son direct a réellement plus d'étendue, lorsque l'intensité de ce son est proportionnée à la distance qu'il doit franchir, pour parvenir à l'oreille. Il s'ensuit en6n que si les parois de cette salle sont couvertes de monde, interrompues par des cavités , ou encombrées d'obstacles, la réflexion du son est nulle sur ces mêmes parois; elle est nulle sur le sol qui est occupé, elle est nulle dans les cavités supérieures de la scène, remplies de toiles, de machines et d'agrès. Il ne reste donc que le plafond pour transmettre au spectateur les sons affaiblis par la distance qui est entre la scène et lui.
Les amphithéâtres anciens n'avaient pas de plafond disposé pour réfléchir les sons , et Vitruve explique à cet égard la nécessité des vases de théâtre en cuivre dont nous avons déjà parlé. Les théâtres modernes ont un avantage éminent sur les théâtres de Fantiquité , puisque le plafond (les salies peut réfléchir les sons. Mais les constructeurs ont-ils mis à profit cet avantage ? Si on les juge d'après l'aspect de certains plafonds, surchargés de sculptures, on peut croire qu'ils ne l'ont pas soupçonné. Effectivement, la première condition d'un miroir acoustique est celle d'être composé de surfaces lisses, et très-sensible^ à la vibration. Et, pour la construction d'un théâtre, oh devrait s'occuper d'acquérir, par tous les moyens possibles, la faculté de faire parvenir aux spectateurs les sons partis delà scène, et qui frappent d'abord la partie élevée de l'édifice par l'effet naturel de leur volatilité.
Cet aperçu suffit pour indiquer que la courbe affectée au plafond d'une salle ne doit pas être tracée arbitrairement; malheureusement l'imprévoyance des constructeurs est telle à cet égard, que, dans la salle Ventadour, on s'était vu contraint de faire avancer la scène presque au milieu de la partie occupée d'ordinaire par les musicien».
Mais le plafond n'est pas la seule surface disposée à réfléchir les rayons sonores qui la frappent ; il y a d'autres points qui peuvent aider^ par une quantité quelconque, à la propagation dti son. Ces surfaces sont les devantures ou appuis des loges. Si les constructeurs n'oublient pas que c'était entre les gradins que les anciens plaçaient les cloches destinées à renvoyer les sons^ ils comprendront l'importance de construire ces devantures en voliges très-minces , très-élastiques et très-polies, et surtout de ne pas les couvrir de couleurs crayeuses , et moins encore de toile ou de papier de tenture, qui absorbent le son, arrêtent sa circulation , et empêchent ces surfaces de vibrer. Peut-être serait-il bon qu'elles fussent en fer.
La construction d'une salle est donc une des choses les plus importantes, puisqu'elle doit seconder les combinaisons de l'esthétique. Si l'on exige que la scène puisse créer des illusions réelles en représentant les objets sous leurs dimensions naturelles, il est surtout indispensable, et c'est une considération dominante pour la jouissance des spectateurs, qu'on entende bien, soit lé chant, soit le dialogue parlé. Quand un acteur ne peut faire parvenir dans tous les points de la
PHYiSIOLOGlË DU THEATRE. u5
salle 9 non-seulement des sons directs très-distinctSy mais aussi des articulations nettes et entières, le discours échappe à Toreille du spectateur I et l'intérêt dramatique est anéanti. Ignore-t-on que la faculté de bien prononcer diminue dès que l'acteur donne trop d'étendue à la voix ? Cet effort produira peu de dissonance dans la musique , parce qu'elle est autorisée à élever la voix au-dessus du médium ordinaire ; mais la déclamation ne doit faire parvenir ses phrases que par deé sons directs ; si la salle a une grande étendue , et si elle est privée de tout moyen de réflexion, il est possible qu'une poitrine vigoureuse parvienne peut-être à faire comprendre la totalité du discours dans un diapason forcé , mais les accents de l'acteur ne toucheront plus, et l'imitation du ton naturel , qui fait le principal objet de l'art , sera. détruite. Aussi, construire une salle dans laquelle la voix puisse être augmentée par la réflexion , sans que celle-ci nuise à la pureté des sons directs , est-il le grand problème que l'architecte doit résoudre. Pour être difficile, il n'est pas impossible : la salle de l'Opéra de Paris est sonore , et l'on y entend mieux de tous les points qu'on n'y peut voir. Mais pour le drame lyrique, c'est la principale des conditions, m. lo
DISPOSITION DBS PLAGES.
Ko» salles modernes, qaelfe que soit leur forme , sont séparées horizontalement et verticalement en galeries y en rangs de loges, et en loges, à peu près comme les cellules superposées d'une ruche: toutes ces cavités, on le comprend, interceptent le son. Mais cette distribution intérieure desplacesesten quelque sorte une conséquence de fiRégalité dei^ conditions. Dans la société antique, noaisTayonsYn, la hiérarchie était observée dans Fampbithéâtre ; chez nous, la richesse marque au moins sa place dans une salle de spectacle^ si elle ne M»(Bt pas toujours pour donner la dtstiiK;lionque
le mérite procure, et riuflueiice que la capacité exerce. lien est de la place, dans l'enceuite d'un théâtre, vi&-à-vis de la foule, corame du signe des honneurs : il note ou il décore; et avant le spec«* tacle ou durant les entr'actes , un esprit de contrôle se manifeste réciproquement de tous les points et sur tous les points, dans celte distribu** tion de nos salles, et forme une sorte de plébiscite (le censure par lequel les petits se vengent, en traits de satire, des vexations qu'ils éprouvent de la part de riches , seuls grands de notre époque. Les salles de Paris sont divisées en trois, quatre, et quelquefois en cinq rangs de loges , avec deux galeries, les loges du rez-de-chaussée, le parterre, Forchestre, parfois un pourtour, et toujours l'amphithéâtre ou paradis, qui s'élève au delà du plafond. Ces dernières places, qui sont les moins bonnes, et celles du parterre, qui, sans contredit, sont les meilleures, ont des prix modiques; les places d'avant-scène, de balcon et d'orchestre, sont les plus chères; et c'est là que comparaissent aux regards du public les élégants, les petitesmaitresses qu'on aperçoit partout, les lions et les lionnes qu'on a vus le matin à la promenade, qu'on reverra le lendemain dans de nouveaux atours, aux mêmes lieux, aux mêmes places, ton-
ÏO.
Jf48 PHYSIOLOGIE m; THÉÂTRE.
jourssereins et gais, quels que soient, du reste, le temps, la saison et la pièce qu'on représente. Les loges cravant-scène , qui offrent des avantages et lies inconvénients, ne sauraient convenir au grand nombre clés spectateurs, à ceux qui viennent au théâtre pour le spectacle. On y voit peu ce qui se pa^se sur la scène, encore le plâtrage des décorations ef les apprêts des machines, qui disparaissent dans l'illusion de l'optique, nuisent-ils au peu qu'on voit. Mais on y entend mieux les finesses du langage , et Fon y jouit de ces niouvements de physionomie qui donnent du charme au jeu du comédien, qui font comprendre ses intentions, qui ajoutent àcdies du poète. En général^ il faut entendre la comédie de près. Mais pour le chant, pour la danse, pour les effets de mise en scène, on gagne à être placé à cette distance raisonnable qui atténue en quelque sorte les efforts des chanteurs et des danseurs, et qui place tes décorations à leur véritable point de vue.
Dans la naissance de l'art , les spectateurs choisirent pour ta meilJenre place celle où ils jouissaient le mieux du spectacle, celle que les anciens appelaient l'orchestre et dont nous avons fait le parterre. En effet, dans une salle bien construite, le parterre, avec une inclinaison suffisante, est
l'endroit' le plus propre à bien appréeier tous les effets de la scène. Les changements bizarres ?ax%r. quels 1^ constructions théâtrales durent s'assujet«c tir chez les modernes, put interverti cet ordre; la cupidité des entrepreneurs de spectacle préféra d'abord de resserrer dans un parterre tumultueux des ^ectateurs placés debout , plutôt que de ren* chérir le prix de ce parterre et de le disposer pour être occ^ipé par des riches. Après avoir souffert longtemps la gène et les inconvénients attachés à la iqéthode de placer les spectateurs debout , les constructeurs madernes se sont enfin ravisés. Dans cette circonstance^ ce n'est pas les réclama^ tioRs des écrivains qui ont prévalu : une longue suite d'événements funestes avait fixé l'attention du pouvoir, et<:'est lui qui contraignit l'avarice des en* trepreneurs, qui les força de se rendre à la raison.. Maison n'a fait qu'un seul pas vers le bien en offrant aux spectateurs la faculté de s'asseoir au parterre; on y a trop multiplié les rangées de banquettes, afin de maintenir le bas prix du billet; et la tlifficulté d'y pénétrer et d'en sortir éloigne ainsi les gens graves de cette place, qui pourrait être la plus commode, comme elle est la mieui^ disposée pour bien juger des effets.
Qu on ne croie pas que nous fassions un reprq-?
che aux entrepreneurs de maintenir ce qu'on appelle \t% pentes places y nous pensons au contraire qu'il faut les mukiplier, mais on peut leur assigner un autre point dans l'enceinte que celui du par* terre. Sa position et la facilité de l'occuper à bas prix servent les intrigues et les tumultes qui entra vent les progrès de l'art dramatique. Elles fournissent |(^ moyen d'encourager les talents médiocres, de créer au public des idoles en accréditant quelques acteurs astucieux, en éloignant ceux qui pourraient les rivaliser, en formant dans chaque théâtre im empire exclusif pour un certain nombre d'auteurs et de comédiens, qui n'obtiendraient pas ces avantages honteux si le parterre était composé de personnes qui dussent. respecter le public par la bienséance qu'inspire le poste re^ marquable que l'on occupe. Enfin , puisqti^il faut réserver aux riches les meilleures places, et il est moral de spéculer sur la vanité, si, par la cherté du prix, par la richesse, l'élégance et la commodité des sièges, les gens aisés des deux sexes étaient placés au parquet, nous n'aurions pas à subir cette cabale mercenaire et bruyante, qui, par la force brutale des applaudissements, décide du succès des pièces et les impose au public. Qu'on observe, un jour de tumulte, un soif de
première représentation , Tattitude des spectateurs placés à l'orchestre 9 séparés par une planche du lieu où se livra la"" lutte, quelquefois san«>/ glante, des champions de Fauteur ou de l'acteur contre des jeunes gens indignés de voir applaudir «es sottises, et l'on comprendra quel avantage il peut résulter d'un tel changement. Quant aux entrepreneurs , pour la question pécuniaire de la rer cette, il est facile de leur démontrer qu'ils ne peuvent y perdre. En diminuait le nombre des places d*un tiers, ils peuvent doubler le prix du billet, et plus encore par des locations à favance,^
ainsi qu'on le pratique journellement ppur les «stalles. A Saint-Pétersbourg, une grande partiç du parquet est occupée par des' fauteuils numér rotés, qu'on loue à Tannée ou k la représentation. Ces places sont celles des hommes de distinction et des femmes qui ne sont pas assez richea pour avoir une loge. A Çaris, avec l'amour des classes mitoyennes pour le spectacle, une telle combinaison aifrirait de grands avantages; car la première galerie qui leur est destipçe ne suffît pas. Il faut alors monter aut secondes loges; mais ces places sont incommodes et mal disposées pour jouir des illusions théâtrales , eu égard à la, cherté du prix.
Après le parterre et l'orchestre, le balcon ^ la première galerie et les premières loges sont les places les plus avantageuses, surtout si elles ne sont pas trop élevées. Ijeltain avait observé que Ip voix de Tacteur est mieux propagée Iqrsque 1^ devanture des premières loges se trouve à la hauteur de sa tête. Au-dessus des premières loges, \\ ne devrait plus exister qu'un vaste atnphithéâtre, dont les séparations , par trois ou quatre gradins, forn^eraient une différence dians le prix du billet, Cet amphithéâtre, qui n'égalerait pas la hauteur de l'ouverture de la scène, laisserait encore assez de profondeur pour pkcer un pars^dis.
Ce système d'amphithéâtre que nous proposons, est sans contredit celui qui semble le plus favorar ble à la recette, d'abord; car les grs^dins, méu^^ avec un doçisier, tiennent peu de place e^contienr nent beaucoup de monde ; ensuite comme les speotatéurç^se trouveraient plus en contact e^ dans une situation à se^contrôler réciproquement, il en résulterait pour l'artun effet salutaire. Avec le système des loges ou cellules , oq rit d'un côté quand on pleure de l'autre, et le drame n's^ plus rien dç général ni de social. On pourrait donc réunir trois amphithéâtres dans les salles : le premier s'élèverait, au rez-de-chaussée, du niveau du parterre,
PHYSIOLOGIE DU THÉÂTRE. tô3
jusqu'à la hauteur de la galerie; le second commençant au-dessus d'un seul rang de loges, parviendrait jusqu'à la hauteur de l^attique; et le troisième resterait ce qu'il se trouve aujourd'hui, sous le nom de paradis. On trouverait dans cette disposition l'avantage d'avoir des salles moins élevées et plus sonores, tout en contenant le même nombre de spectateurs. Dans la disposition actuelle des salles , il est évident qu'on a songé plus à la recette qu'à la commodité des spectateurs et à l'influence que cette disposition peut avoir sur les progrès de l'art,
Une réforme qu'il serait temps enfin d'entreprendre, c'est la suppression du lustre qui éclaire la salle aux dépens delà scène. Tout le monde , nous le savons, objecte à cette suppression utile, que les femmes veulent être vues et que le public veut les voir. Nous igporon^ jusqu'à quel point cette objection est admissible; nous ignorons si toutes les femmes viennept au spectacle pour être vues ou pour jouir d^ émotions que le drame proi> cure. Nous ne savons pas même si cette volonté n'est pas plutôt l'effet de l'habitude; si l'architecte ne la substitue pas au désir qu'il a de faire admirer IWdonnance et les ornements de sa construction, l^ous nous bornerons seulement à exprimer. le
vœu de satisfaire tout le monde à cet égard sans nuire à l'effet de la scène, et surtout sans empêcher les spectateurs de voir^ ainsi qu'il en est aujourd'hui dalis tous nos théâtres. Les artistes, qui ont phis d'intérêt que personne à conserver à l'art dramatique tousses avantages y devraient combattre un défaut aussi choquant, ou chercher la solution d'un problème qui concilie les besoins de la scène avec les préjugés que l'on entretient dans une portion du public.
La plupart des salles d'Italie sont peu éclairées dans les représentations ordinaires. Dans les représentations solennelles, les jours de gala, elles le sont magnifiquement, avec des bougies; c'est surtout dans la belle salle de San-Carlo de Napies que cette illumination produit un effet admirable. Alors le lustre y devient pour ainsi dire inutile. Le lustre doit éclairer suffisamment la salle sanssurpasser jamais la clarté du théâtre. Quand on construisait le théâtre de Turin, quelques courti-^ sans réclamèrent avec ardeur le lustre qu'onavait supprimé.Il fallut l'accorder; mais l'ingénieur l'état blit de manière à pouvoir le remonter lorsque la toile se lève,et le descendre quand elle se baisse j car ce n'est raisonnablement que dans les enlr'actes que les femmes veulent être vues. Il est du moins à
présumer que, durant la représentation, Fattention des spectateurs est donnée tout entière à la scène; et s'il existait quelque individu assez peu raisonnable pour prétendre l'usurper aux dépens (le l'intérêt du drame, il est utile que ce moyen lui soit enlevé^ car le vœu du plus grand nombre est la loi suprême des spectacles.
Mais la inéthode d'abaisser et de remonter plusieurs fois dans la soirée un grand lustre a des inconvénients ; aussi, pour satisfaire à l'effet scénique des décorations, quand cet effet exige l'obscurité, at-on imaginé un moyen pour voiler le côté du lustre qui est en face du théâtre. Mais alors l'autre côté projette une clarté si vive, que les spectateurs qui »e trouvent placés au-dessus et en face de cette masse de lumière, non-seulement en sont incommodés, mais encore ne peuvent plus rien apercevoir (le ce qui se passe sur la scène. Quand le lustre est éclairé par le gaz, on baisse la lumière au degré convenable. Par ce moyen bien simple on devrait toujours diminuer le foyer de lumière de la salle^ durant la représentation, pour lui rendre tout son éclat dès que le rideau serait baissé.
Le lustre serait facilement remplacé, soit par une concentration de becs disposée au centre du plafond, soit par des becs placés au couronnement
Uft PHYSIOLOGIE DU THÉÂTRE.
de la salle, dont les jets seraient renvoyés par des réflecteurs. N'a-t-on pas proposé d'éclairer Paris avec un seul foyer de lumière? Mais le lustre nuit aux spectateurs et à l'effet de la scène, et nous appelons sur ce point l'attention des ingénieurs.
Il est encore un autrepoint sur lequel nous vou* drîons qu'on s'ingéniât à perfectionner nos salles de spectacle, c'est pour tout ce qui regarde leur assainissement y pour la manière de les chauffer en hiver et de les rafraîchir en été. Le «ystèrae qui a été employé à cet égard dans quelques théâtres nous semble insuffisant : les ventilateurs n'y exer^ cent aucune influence sensible, et les calorifères n'y distribuent pas également la chaleur dans tous les endroits.
TBÉATES8 DTTAUC.
Le théâtre, en France , se formait encore (Te quelques tréteaux, que déjà l'Italie possédait le théâtre de "Vicence et le théâtre de Parme. Ces deux salles, et celle de l'Ermitage , dans te palais impérial de Saint-Pétersbourg, sont les seules qui aient quelque rapport avec les théâtres de l'antiquité. Palladio acheva le théâtre de Vicence en 1 582, pour qu'on pût y représenter dés pièces grecques, et pi us tard, la Sop/tonisbedeTrissino, la première pièce régulière où les trois unités furent obser^ vées. I^ salle de Parme fut construite quinze atw
après; celle de TErmUage date du règne de Catherine IL
A Vicence, le proscenium ou l'avant-scène a soixante-huit pieds de largeur. Son plan est un carré long, pareil à celui des théâtres grecs et romains; sa profondeur est de vingt-deux pieds. Il représente l'entrée d'une ville. On y voit un arc de triomphe en l'honneur d'Hercule. Sept rues partent du fond pour aboutir à l'avant-scène. On aperçoit dans ces différentes avenues des maisons, des temples, des bois en relief ou en perspective. La salle a la forme d'un demi-ovale, très-aplati au petit diamètre; le grand diamètre sépare la scène de la salle, et donne à celle-ci cent deux pieds de largeur et quarante-deux de profondeur. Depuis l'orchestre jusqu'au sommet, règne un amphithéâtre, entièrement construit en gradins, qui ne sont pas interrompus par des loges. Une colonnade corinthienne, entremêlée de niches, avec un grand nombre de statues, couronne cet amphithéâtre. Toute la construction est en pierre de taille, à l'exception des gradins et du plafond, qui sont en bois. Malgré les vices qui résultent de l'immobilité dt^ la scène, avec la disposition de ses rues, cette salle est majestueuse et très-sonore.
Le théâtre Farnèse, de Parme, fat commencé sur les plans d'Âléotti, pendant le régne du duc Ranuccio I", afin de recevoir dignement le grandduc Cosme II de Médicis, qui devait accomplir son vœu de visiter le tombeau de saint Charles Bor* romée; il fut achevé par les soins du chevalier Berrûn. Son proscenium a trente*neuf pieds d'ouverture; les dispositions de la scène sont semblables à celles des théâtres modernes. La longueur de la salle est de cent vingt-^neuf pieds, depuis Tavant'scène jusqu'à la ligne du plan tiré d aplomb (lu gradin le plus élevé de l'amphithéâtre, dont le plan est un rectangle terminé par un demi-cercle. Des gradins régnent dans toute son étendue , ainsi que dans la salle de Yicence. Ils sont surmontés d'une galerie déôorée de colonnes ioniques et corinthiennes. On prétend que l'on a voulu disposer l'arène de l'amphithéâtre, ou le parterre, pour une naumachie. Cette salle est, à quelque» égards, plus imposante que celle de Vicence, mais non pas aussi commode pour les spectateurs, vu le rétrécissement del'avant-scène, etle grand nombre despectateurs qui doivent être placés surles rangées latérales et tangentielles à la partie demi-circulaire. Le plafond, élevé de soixante pieds, est une surface plane construite en menuiserie. Les sons les
plus faibles produits sur la scène, à trente pieds de distance de rorchestre, parviennent très-nettement jusqu'au gradin le plus bas et le plus élevé. On lisait au-dessus de l'entrée de ce théâtre, cette inscription pompeuse : Theatrum orbis miraculunf. On Fa effacée avec raison dans un siècle où les inscriptions ne prouvent que la vanité de ceux qui les commandent.
Puisque nous avons cité le théâtre de l'Ermitage , à Saint-Pétersbourg , disons en passant que cette petite salle , destinée aux seuls spectacles de la cour, est formée de gradins qui commencent presque à l'orchestre, près duquel on a laissé un espace pour y placer les fauteuils des membres de la famille impériale. La galerie qui couronne les gradins est destinée aux femmes. L'ouverture de la scène est égale à la largeur de l'hémicycle. Rien ne produit plus d'effet que l'aspect de cette salle un jour de fête.
Si dans la construction des salles qui ont été construites, en Italie, depuis celles de Yicenceet de Parme , on n'a pas suivi l'imitation que Palladio et Aléotti avaient faite des théâtres antiques; si l'on se borna à former plusieurs rangs de loges placées les unes sur les autres et séparées entre elles par des cloisons légères, il faut en trouver
la cause dans la marche de fart dramatique en ce pays. A Tépoque où Ton jouait la Mérope de Mafféi , la Sophonisbe de Trissino, l'Âminte du Tasse, etc., les pièces étaient écoutées avec le religieux silence quMuspire et que fait naître une jouissance jusqu'alors inconnue. T^ut était intérêt pour l'assemblée; les défauts mêmes n'étaient pas sentis par des spectateurs enivrés d'un plaisir vif et nouveau. Mais lorsque la tragédie lyrique fiit substituée à la tragédie déclamée ; lorsque l'opéra bouffon remplaça les comédies pastorales; enfin lorsque l'art du chant, parvenu au plus haut degré, l'emporta sur l'intérêt dramatique, les acteurs s'adonnèrent exclusivement au genre qui donnait le plus de profit el^le plus de renommée. Le peuple suivit la même impulsion : et par le root peuple nous entendons ici tous les êtres passifs et insouciants de la conservation ou des progrès du goût. Dès lors tout l'intérêt de l'exécution du drame se porta sur la partie musicale , et pendant ce temps la France créait le nouvel art dramatique.
Les salles d'Italie sont toutes construites pour
l'opéra. Mais comme le mode d'exécution , la
paresse , parfois même quelques motifs de
finance ne permettaient pas d'avoir un spectacle
m. Il
loiite Tannée, et que Ton se bornait à représenter deux opéras par suison , les gens riches qui soutenaient la spéculation votrlurent posséder dans la salle un local comnDode, séparé du public, dans lequel ils prissent causer entre eux , se visiter et se souisrger de Tennui de Yoir et d'entendre si souvent les mêmes choses. On comprit la nécessité des loges grandes et commodes, et Tusage de les meubler, de les garnir de rideaux de soie, enfin, de lesfaire précéder d'un petit salon. C'est làqu'on joue aux cartes, qu'on prend des glaces , quelquefois même que l'on soupe :une serviette placée sur le bord de la loge indique, aux conviés qui sont dans la salle, que le repas est servi.
Le théâtre de la ScalOy à Milau, fut bâti ei» moins de deux ans, par utie société d'actionnaires qui se remboursèrent par la vente des kjges. Ces loges sont donc devenues en partie des propriétés patrimoniales; elles sont au nombre de deux cent quarante , qui forment cinq rangs ; chaque loge est précédée de son salon. Rien de plus magnifique, de plus commode que cette salle. La longueur du parterre est de soixante^ trois pieds, y comprisTorchestre^etsa largeur est de quarante-trois pieds. La figure du plan de ce parterre est presque rectangulaire ; elle est ter-
PHYSIOLOGIE DU THÉÂTRE. i6S
tniuëe du côté opposé à la scène par une courbe très - aplatie qui commence à la douzième loge» Le théâtre a trente-quatre pieds d'ouverture à U baie la plus étroite de Tavant^scène^qui se rétré-» cit en s^éloignaat de la rampe.
Le théâtre de lu, Fenice^ à Venise , est le pliiA grand des théâtres d'Italie : il contient trois mille personnes. Au moyen d'un pont-levis , jeté sur une cour voisine, la scène peut se prolonger con« sidérablement , et dans certaines circonstances un jet d'eau part et s'élève jusqu'au plafond.
A Naples, le théâtre AeSan^-Carlo est, à peu près« dans les mêmes dimensions que celui de laScala, C'est un des plus modernes de l'Italie ; il fut ouvert en 1819 : vaste, commode , brillant de dorures ^ mais d'un goûtasses mesquin d'architecture; on Ta comparé plaisamment à un grand colombier.
Cette salle oflre un aspect véritablement enchanté lorsqu'elle est illuminée un jour de gala , car elle fit six rangs de loges , et chaque loge est ornée de deux girandoles de bougies.
La salle du théâtre Jrgentina^ le plus considérable des théâtres de Rome, est d'une forme demi-circulaire dans la moitié de sa longueur; le reste représente en plan , jusqu'à la scène, la section d'une pyramide tronquée, dont les côtés
IM
rnclinés au grand axe du plan seraient tangentiels aux branche» extrêmes d*un demi-cercle. Sa plus grande longueur est de cinquante-deux pieds jusqu'à ravant-scènc , et sa plus grande largeur au renflement de la courbe est de quarante-neuf pieds. Le plafond , qui est une surface plane construite en bois, est élevé de quarante-quatre pieds au-dessus du parlerre. La disposition des loges est la mémeque dans toutes les autres villes d'Italie. Les autres théâtres les plus remarquables sont ceux de Reggio près Modène, de la Pergola à Florence, et de Bologne. Quant à celui de Turin, le plan de la salle est un ovale que l'on a évasé depuis le petit diamètre jusqu'à la scène* Sur le pôle opposé à celle-ci, la loge du r(M, dont la courbe est en saillie sur celle de l'ovale , dessine fort bien la devanture. La longueur de la scène, depuis la rampe jusqu'au mur de lointain , est de cent six pieds. La plus grande longueur de la salle est de neuf toises , et sa plus grande largeur est de huit toises r
«XAMElf DES DOTÉBENTI» SAUUB8 BE PABIt.
Après ce que nous venons de dire des théâtres dltâlie, qui y par une sorte de préjugé bizarre^ passent pour être les plus beaux du monde , si nous portons nos regards sur ceux de Paris , nous trouvons à louer et à blâmer; et c*est ici le sujet d'un examen consciencieux.
Dans l'origine , nous l'avons dit , des planches posées sur des tréteaux , des décorations en feuil-^ les de paravent, des galeries en échafaudages, formaient l'ensemble de ces salles de spectacle^ dont le décor était complété par quelques pièces de tapisserie, et deux ou trois lustres en boia
doré. C*est ainsi que partout, sous Louis 7UV, on donnait la comédie , même à la cour, où toute la différence consistait dans la richesse des ameublements, la multiplicité des bougies, et, peut-être, dans une plus grande perfection des décoration» et des machines. On fit quelque chose de plus vers le milieu du dix-huitième siècle : la ville de Lyon chargea Soufflot d'élever dans ses murs une salle de spectacle qui fut regardée comme un chef-d'œuvre; et c'est bien sûrement de cette époque qu'il faut dater les améliorations sensibles qu'ont éprouvées nos différents théâtres dans le système général de leur composition. On com-t mença par renoncer à -cette forme longue el étroite que les salles de spectacle avaient retenue des localités où elles furent primitivement éta-> blies : les deux galeries parallèles s'écartèrent un peu en forme d'ellipse, et devinrent plus favora-^ blés à l'acoustique, en même temps qu'elles facilitèrent l'aspect de la scène. Le théâtre fut débar"< rassé des gradins qui l'obstruaient , et pourvu de décorations mieux peintes , mises en mouvement par des machines plus savamment combinées. Chaque nouvelle entreprise théâtrale amena un perfec- • tionnement dans quelque partie importante , et l'on dit aujourd'hui qu'il reste peu de chos(î
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à désirer, pour tout ce qui tiefit au j«u des machines, à Texactitude des tableaux scéniquea, et à ragrément <lti local destiné aux specta^ teurs : c'est du moins l'opinion à peu près générale des gens de Tart. Cependant, si on examine ce que TarchitecUire moderne a produit dans presque tous les genres de monuments, on verra qu'aile est restée en arrière à l'égard des théâtres , et qu'elle ne leur a pas donné ce caractère majestueux , qui impose à l'imagination devant les ruines du théâtre d'Orange et des arènes de Nîmes*. Mais il semble qu'en France la valeur so* ciale du drame ait, entre autres fonctions, celle de tenir lieu de magnificence extérieure, comme si le génie du poète devait suffire à toutes nos exigences.
THÉATRE-FRANCAlS.
Le Théâtre-Français est, nous l'avons dit, une dépendance du Palais-Royal. Cette salle fut commencée en 1787, sur les dessins de l'architecte Louis, et elle fut ouverte au public le i5 mai 1790. Le spectacle qui s'y établit à cette époque, sous le nom de Variétésy s'y maintint jusqu'au moment où les comédiens français en prirent pos-
session. Le vestibule intérieur^ de forme elliptique, occupe le dessous de la salle. Le plafond de ce vestibule, beaucoup trop bas, est orné de sculptures et d'arabesques; il porte sur deux rangs de colonnes doriques, disposés concentriquement. On y voit une magnifique statue assise de Yol- |
taire^ par Hondon , et les statues fort médiocres de Lekain et de Taima. Quatre escaliers, placés dans , les parties angulaires, conduisent dans la salle et facilitent la sortie de la foule. Au premier étage, le foyer se compose d'une pièce carrée et mesquine, et d'une galerie étroite et longue; cepeU'* dant, malgré ce manque d'espace, de tous les foyers de Paris, c'est le seul qui dise quelque chose: les bustes de tous les hommes qui illustrèrent notre scène française s'y trouvent réunis, et la noble tête de Molière suffirait seule pour relever l'espèce humaine et la fonction de l'art, si les images de Corneille, de Racine et de tant d'autres ne nous rendaient pas fiers d'appartenir à cette grande famille par le lien de la nationalité. Ces images inspirent involontairement un tel respect, qu'on tremble de les heurter en passant, qu'on s'arrête devant elles pour leur sourire. Cette galerie a ses iconolàtres, et nous le concevons: dans la stérilité de notre époque, le culte des morts
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illustres est à la fois une évocation et une prière. I^ décoration primitive de la salle était de mauvais goût; l'architecte Moreau en combina une autre qui ne valait guère mieux , bien qu'elle affectât un style sévère et grandiose : des stylo* bâtes criblés d'ouvertures , deux rangs de colonnes en porte-à-faux s'accordaient mal avec l'idée d'une composition grave. Les changements qu'on a fait subir à cette enceinte , il y a quelques années, ont achevé de la rendre tout à fait ridicule. Aux colonnes qui gênaient les spectateurs, on a substitué de frêles supports en fer , comme SI un fil d'archal en guise de lance pouvait remplacer des colonnes massives. On est allé d'un extrême à l'autre. Au-dessus de ces lances qui séparent les loges , on a laissé l'ancienne rangée de colonnes. I^e goût et la raison excluent cette ridicule décoration. Il ne fallait pas de génie pour orner convenablement cette salle ; bien que la coupe en sôit plus élégante que commode, on pouvait en tirer un meilleur parti. Ajoutons aussi que la teinte du papier qui tapisse les loges la rend sombre et triste.
Le grand défaut de toutes les salles dç Paris en général, c'est qu'elles sont construites dans le but de contenir beaucoup de spectateurs , sans être
pour cela de vastes salles^ et que pour y parvenir, ou les élève beaucoup trop. La salle du Théâtre* Français présente surtout cet inconvénient ; toutes les places qui dépassent la seconde galerie sont mauvaises ; on y entend mal , ou n'y voit que les perruques des acteurs. I^a tragédie et la comédie ne sont pas des genres de spectacles qui exigent les illusions produites par la distance; elles gagnent au contraire à être vues et entendues de près. C'est pour elles qu'il faudrait construire une salle sur le modèle d'es théâtres antiques, comme à Vicence et à Parme, en amphithéâtre, sans loges superposées et séparées comme dans les salles dltalie. Un y gagnerait sous le rapport de l'acoustique ; car le son a une propagation et une réflexion beaucoup plus sensible dans les salles dont les parois sont coU"' vertes de gradins sans être interrompues par les loges. Nous n'ignorons pas, il est vrai, que la présence des spectateurs est un obstacle au ren* voi des sons; mais dans les salles de cette espèce , il reste quelques vides qui servent aux réflexions horizontales. D'ailleurs, l'augmentation du son dépend autant de l'ordonnance de la salle que de l'avantage produit par la continuité des surfaces, lorsque les parois ne sont pas interrora*'
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pues par des cavités absorbantes. Observons ici que les architectes, en distribuant les salles eu rangs de loges étroites , adoptent un défaut , sans obtenir le résultat qu'on se propose au delà des monts, c'est-à-dire d'avoir en quelque sorte un salon dans la salle commune: en France, on ne jouit pas dans une loge de l'agrément d'être chez soi. Un inconnu a le droit de se placer à côté de vous , et d'écouter ou gêner vos entretiens; à moins que l'on n'achète la totalité de la loge I ce qui exige une dépense exorbitante pour les fortunes moyennes. Il y a plus : en Italie, grâce aux doubles loges, la circulation dans les corridors n'estpasaussi importune que chez nous ; d'ailleurs les séparations sont faites dans ce pays de manière qu'elles absorbent les sons du dehors. Mais en France, les spectateurs placés dans les loges fermées, sontplusincommodésquedans toute autre place , du bruit et du mouvement qui ont Heu dans les corridors, dont ils ne sont séparés que par des voliges d'une mince épaisseur.
Construite en amphithéâtre , la salle destinée à l'audition des œuvres les plus sérieuses de l'art dramatique, aurait, en outre, l'avantage de pré-* seuter aux acteurs le tableau d'uue assemblée attentive, car les distractions y seraient moins
fréquentes; et comprenant mieux l'importance de leur mission , les artistes verraient clans la foule un seul et même juge , tandis que maintenant les uns jouent pour le parterre , les autres pour les avant-scène, ceux-ci pour les loges, et la plupart enfin dans un intérêt de vanité plus que dans un but de gloire, et surtout pour de l'argent,
La salle du Théâtre-Français est une des plus tristes de Paris ; dans toutes les loges , les places du devant seules permettent de voir passable^ ment , si l'on eu excepte la partie qui se rapproche de l'avant^scène d'où l'on ne voit pas du tout. Les loges de l'avant -scène y sont ou trop au-dessus de la tête des acteurs, ou tout à fait engouffrées dans les obscurs panneaux des stylobates. La loge du roi , propriétaire de ce théâtre, est composée des trois loges degalerie qui forment le fond de la salle; les cloisons s'enlèvent les jours où la famille royale vient au spectacle, et ces trois loges se trouvent réunies en une seule. Mais il y a pour le monarque , pour sa famille et pour les spectateurs qui se trouvent à la galerie, au niveau de la loge royale, l'inconvénient réciproque, pour Leurs Majestés , d'être gênées par les regards curieux , pour les spectateurs de ne pour
voir se lever dans la crainte de gêner Leurs Ma* jestés. Ajoutons à ceia^ qu'on s*est vu dans la nécessité d'interrompre la libre circulation du corridor pour faire le salon indispensable à la commodité d'une loge royale , et qu'on est forcé de traverser le foyer pour aller d'un côté de la salle à l'autre. Il n'y a qu'une chose qu'on ne saurait trop louer dans ce théâtre, c'est la facilité d'en sortir au moyen des quatre escaliers qui descendent au vestibule du rez-de-chausée , lequel, à son tour , est ouvert par trois larges issues sur les galeries extérieures.