‹ Physiologie du troupierChapitre 4 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

innocent Jean- Jean que le sort a arraché au toit pa ternel, quitte ordinal re 1 1 1 e n t su s d i eu x Lares en fondant en larmes; mais une fuis à la caserne, il oublie tout, jusqu'à sa naïve et jolie ~* ■ — ' 3=- - cousine, sa pro-

mue. Les goguenarderies de quelques Tourlourous , satanés farceurs , très - aimahtes en société , ont bientôt séché ses larmes. L'instructeur arrive; — c'est toujours

un Troupier à moustaches, Gascon et beau parleur. Dans le» intervalle» de- repos qui séparent l'exercice, celui-ci ne manque jamais de raconter à ses aspirants au tour! minimal les faits d'armes qui ont illustré son nom. Le Jean-

Jean, l'œil lue et la bouche béante comme celle d'une carpe, écoute les blagues surnaturelles de ce sergent et ne comprend pas comment un guerrier pareil n'a point encore passé Riz-pain-sel en chef ( 1 ) , ou tout au moins pair de France à cause de son ancienneté.

Le Jean-Jean a quelque peine à se faire aux appellations militaires et à se façonner à la courtoisie de caserne. Il appelle son sergent bourgeois ou monsieur, à moins qu'il n'ait été déjà affilié à une société de communistes ou de mutuellistes, parce qu'alors il l'appellera citoyen, ce à quoi le sergent répondra par vingtquatre heures de salle de police, et deux jours de cachot avec approbation de ses chefs , s'il y a récidive.

Le Jean-Jean , qui ne s'est pas encore familiarisé avec les insignes qui dénotent la hiérarchie militaire, commet donc de grosses bévues : il appelle un tambour-major de la garde nationale tout chamarré de broderies d'argent» mon générai. Il prend un chef de bataillon pour le suisse de la paroisse voisine, et demande au cornet à piston solo de la musique une permission de dix heures.

Si le caprice du major a désigné notre conscrit pour figurer sur le contrôle de MM. les officiers de la peau, — les tambours, — c'est alors que son éducation et son existence deviennent déplorables.

Le tambour-maître ne bat la mesure des ra et des fia que sur ses épaules , avec sa longue

canne, afin de lui Taire entrer , dans la tête et dans les poignets, l'harmonie des coups doubles et des roulements irisés (1).

Et le soir, dans la chambre, si le Jean-Jean a l'imprudence de jouer à la drogue et qu'il perde , la drogue que lui enfourchent ses collègues , les lapins , lui pince le nez de façon a

lui en faire venir les larmes aux yeux. S'il préfère la main-chaude et que ce soit a son tour d'être le patient , au lieu de frapper avec la

(1) Ces éludes artistiques île la caisse sont pour les tambours ce que peuvent Cire , pour les planistes, les itudet curnaérinhfues d'Henri Bcrllni.

maid, —et l'on connaît ces mains de Tourlourous, larges comrtie des battoirs de blanchisseuses , — ceux-ci prennent des bretelles de fusil, sans même en ôter la boucle ; lçs autres se servent de leurs gros souliers à clous pour frapper le pauvre tapin, qui, se relevant furieux, s'en prend à toute son escouade, ne sachant à qui s'en prendre.

Puis, le lendemain, le malheureux retourne à ses exercices; et comme il a encore les doigts endoloris du jeu de la veille , ses ra et ses/fri ne sont pas parfaits, ses études sont flasques et ses roulements non perlés : la canne du tambour-maître vient immédiatement rétablir la vigueur et la mesure dans les poignets de l'écolier ; c'est à faire prendre en grippe, avec l'éducation et les récréations militaires, la gloire française et tous ses accessoires.

De même que le prêtre doit lire son bréviaire soir et matin , le Jean- Jean doit faire J'exercice matin et soir. Après la manœuvre du matin viennent l'appel , le contre-appel , les corvées, l'inspection, la parade , la promenade militaire ; un autre appel, un autre contre-appel et encore l'exercice du soir. Cette double leçon quotidienne se termine ordinairement ,

pour le Jean- Jean , par une répétition générale de la décomposition du pas oblique , au port d'arme, tout en maintenant la carrure des épaules : ce qui est la rhétorique de Vècotc du soldat.

J'assistais un soir a une semblable leçon dans la cour de la caserne du faubourg Poissonnière. On sait qu'en marchant un Troupier doit toujours partir du pied gauche. Le sergent-instructeur qui démontrait cette théorie commande :

— Marche!...

Un Jean-Jean part du pied droit, tandis que le Tourlourou, son voisin, lève le pied gauche. Ce défaut d'harmonie dans la ligne de toutes ces jambes étonne l'esprit exact du Grognard qui , tout en voyant l'effet , ne peut en déterminer la cause et, arrivant tout courroucé devant le front du peloton, s'écrie avec son accent méridional :

— Qui est le conscrit qui a l'incohérence de tenir ses deux jambes en l'air ?

-Ufa

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