‹ Physiologie du troupierChapitre 5 sur 17 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ï'ayiage vu d'un beau coté.

n quittant sa charrue , ses parents et ses bêtes, le coni scritcroil se trouver, en entrant dans unecaserne, nez a nez avec toutes les misères humaines.

— Va!... va! lui a-t-on répété plus de quatre-vingtdeux fois, quand tu va-t- - être milicien , tu mangeras de la vache enrageais.

Cette idée poursuit le futur Jean- Jean ; elle devient pour lui un cauchemar perpétuel. Mais, — de son aveu, — il est fiien attrapais de m

manger que de bon bœuf flanqué d'excellentes pommes de terre et de voir sa nourriture de chaque jour meilleure que celle qu'il trouvait chez son père ou chez les maîtres qu'il servait, même le dimanche. Son pain est plus blanc que celui qu'il a jamais mangé dans son village, il fait régulièrement deux repas copieux par jour; que peut-il désirer de plus, en fait de nourriture?

Un Troupier possède, — sans que cela paraisse, — ses 1200 francs de rentes bien claires et bien nettes, sans crainte de banqueroute, sans loyer , sans impositions à payer. Il est logé,

nourri , entretenu , chauffé , éclairé , blanchi et diverti sans bourse délier. La nation lui donne généreusement tout ce qu'il peut désirer , — le café après le dîner excepté, dans la seule crainte d'empêcher de dormir ceux qui pourraient n'avoir pas encore contracté cette habitude.

J'ai calculé minutieusement ce que valaient à un Troupier tous ces avantages réunis, son mobilier qu'il use toujours et qu'il ne renouvelle jamais, et jusqu'à ses plaisirs. De tous mes chiffres, j'ai déduit que beaucoup de rentiers ne vivaient pas aussi confortablement et surtout avec moins de soucis que le Troupier.

Est-il malade, son médecin et soir chirurgien ordinaires se font un plaisir de le soigner pour rien. Il y a plus, ils n'oseraient lui, faire leur visite autrement qu'en habit brodé. Le pharmacien, — quelquefois en pantalon crotté il est vrai , — lui fournit gratis tous les trésors de ses formules pharmaceutiques. Lés sangsues qu'on fait venir à si grands frais de Hongrie, lui prodiguent leurs piqûres bienfaisantes sous la surveillance d'un infirmier auquel il ne donne rien....: Quedis-je! au contraire : si le troupier est ftonenfant, vienne la convalescence, il obtiendra du vertueux infirmier le premier

bouillon, le cataplasme le plus chaud, l'œuf le

plus frais, le linge le plus fia , l'oreilhr le plus gros, le blanc de poulet et la portion de vin de choix; cttoutcela, en échange d'une poignée de main après guérisou complète et seulement en s'en allant , s'il est content et satisfait . comme cela se pratique en sortant d'une baraque de saltimbanques à la foire.

Tandis que nous autres, gens du monde , — on peu s'en faut , — nous prenons une gardemalade qui, sous le prétexte de nous veiller la nuit, dort tout le jour. — Puis, en sus de ses gages, qui équivalent quotidiennement a la journée de

paye d'un capitaine, — que de sucriers toujours pleins ne vide-l-elle pas exactement arec les bouteilles de toutes sortes, sans compter le café a la crème du matin, les rôties au sucre du soir et des bouillons perpétuels, qui n'ont aucune similitude avec ceux de la Compagnie hollandaise! Trop heureux encore si cette douce gardemalade ne nous fait pas prendre, sans que nous puissions le voir, quelque chose de par trop chaud et ne grogne pas vingt-quatre heures par jour a nos frais et dépens.

Enfin, le Troupier loge constamment dans les plus belles maisons de la ville. — A Saint- Denis , le plus bel hôtel c'est la caserne. — A Vincennes, a Saint -Germain, les Tourlourous couchent dans les appartements de nos rois. — Je ne parle pas de Paris, où les plus simples Jean-Jeans habitent des palais.

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