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II. EFFETS PHYSIOLOGIQUES

L'effet physiologique caractéristique de la thalassine est de déterminer (en injection intraveineuse) du prurit, et des phénomènes de congestion naso-conjonctivale. Pour en bien observer les effets, il faut détacher le chien après l'injection, et le laisser en liberté dans le laboratoire.

Voici alors ce qu'on observe. Tout d'abord il y a une vive agitation, et l'animal court, très joyeux, très vif, très agité. Cet état d'excitation ne dure pas plus d'une ou deux minutes. Alors il se met à renifler, et à éternuer plusieurs fois de suite; puis, deux ou trois minutes après, il secoue les oreilles, agite la tête, s'ébroue, et cherche avec ses pattes à enlever quelque chose qui le gêne dans le museau et les oreilles. Alors il se frotte le nez contre le sol, en même temps qu'il se gratte le nez avec les pattes, et cela toujours avec grande vivacité.

Cinq ou six minutes après l'injection, les phénomènes augmentent encore d'intensité; les démangeaisons du museau et de la tête deviennent plus intenses, et elles gagnent le reste du corps ; alors l'animal se gratte avec les pattes de derrière au cou, au flanc, et frénétiquement, en poussant de petits cris de douleur, tellement la démangeaison est intense. Dans certains cas le grattement est si fort qu'il s'arrache des touffes de poils. Souvent aussi, ne réussissant pas à calmer ce prurit par les grattements avec la patte, il se roule sur le sol , en éternuantet en reniflant; et cette agitation dure parfois cinq à dix minutes; rarement davantage.

THALASSINE.

Alors enfin le calme revient; et tous les phénomènes disparaissent peu à peu. L'animal semble seulement un peu fatigué; il a une soif assez vive. Parfois quelques grattements, de plus en plus rares. En général au bout d'une heure tout est fini, et il est impossible de le distinguer des animaux normaux.

Je vais donner quelques exemples de ces effets obtenus avec le produit le plus pur que j'aie pu préparer. Ce produit se présentait, à la suite de plusieurs précipitations par l'alcool absolu à froid, sous forme de cristaux très analogues à la leucine, et absolument incolores. La solution aqueuse fut faite au millième, c'est-à-dire à raison de 1 gramme par litre.

A) La Bruyère, chien à poil ras, de chasse, pesant 8k»r,500, reçoit 1 ce. de la solution, soit 0,00012 par kilogrammes. Au bout de vingt minutes les phénomènes de prurit sont des plus nets. Il se gratte, s'ébroue, éternue frénétiquement.

B) Bourdaloue , chien terrier, gris-fer, de 15 kilogrammes, reçoit 2 ce. de cette même solution, soit 0,00013 par kilogrammes, au bout de 15 minutes, effets pruritiques absolument nets. L'animal se roule par terre, se gratte le dos avec la patte.

C) Marivaux, chien mâtin, à poil ras, de 12 kilogrammes, reçoit 2 ce, soit, 0,00015 par kilogramme. Eternûments, grattements énergiques, se roule par terre.

Ces trois expériences prouvent donc que la thalassine est active au moins à la dose d'un dixième de milligramme par kilogramme. Si la substance que j'ai injectée est pure, c'est là sa réelle activité; mais si, comme j'ai quelque lieu de le croire, c'est une substance encore impure, et que le produit injecté soit mélangé à des cristaux de leucine, il s'ensuit que son activité est bien plus grande encore.

Il s'agit maintenant de savoir, en supposant, bien entendu, que l'action pruritogène de la thalassine s'exerce à

CHARLES RICHET

0,0001 par kilogramme, combien peut se trouver de thalassine dans les tentacules des actinies.

Or ]es tentacules des actinies (tels qu'ils sont recueillis, <ï'est-à-dire avec une quantité d'eau de mer notable, adhérente à eux) contiennent, p. 100, 4?r,9 de matières organiques, et 3°r,3 de matières minérales. La macération aqueuse des actinies, dans laquelle se sont dissoutes toutes les parties solubles, est active, pour déterminer les démangeaisons, à la dose 0»',05 d'actinies par kilogramme de chien, ce qui représente en matières organiques 0^,0025. Nous en conclurons que 0.025 de la matière organique des actinies contiennent environ 0.0001 de thalassine ; autrement dit que la proportion de thalassine dans les tentacules d'actinies, est de 4 pour 100 grammes de matières solides, et par conséquent de 0.196, pour 100 grammes d'actinies, soit en chiffres ronds de 0.2 p. 100. Mais c'est là évidemment un chiffre très hypothétique.

Quoique la thalassine soit pruritante à très faible dose, on peut en injecter des doses plus considérables sans déterminer la mort, ainsi que le démontre l'observation suivante .

D) Châtelaine , petite chienne, à poil ras, de 5 kilogrammes reçoit 24 ce. de la solution de thalassine cristallisée à 2 p. 100, soit 0*r,01 par kilogramme. Au bout de dix minutes, les démangeaisons deviennent intenses. La peau de l'abdomen rougit. L'animal se roule par terre sans interruption, pendant dix minutes, en reniflant et en éternuant. Les conjonctives rougissent d'une manière intense. Une heure après, vomissements abondants, épuisement. L'animal est étendu sur le flanc, en apparence assez malade : toutefois il survit.

Ainsi une dose cent fois plus forte que la dose pruritante n'a pas été mortelle.

Toutefois dans certains cas bien déterminés la thalassine peut produire la mort par action directe sur le cœur. Mais

THALASSINE.

j'ai quelque scrupule à affirmer que c'est bien réellement la thalassine et non un autre poison qui s'y trouve joint; car il ne s'agit plus dans ce cas de thalassine cristallisée, mais de préparations plus imparfaites, en tout cas d'une substance soluble dans l'alcool à 95°, soluble dans l'eau, en toutes proportions, précipitant par l'alcool absolu, et n'étant pas détruite par l'ébullition.

Voici comment elle a été préparée. Le liquide hydroalcoolique (30 p. 100 d'alcool) où ont macéré les actinies est filtré; et l'alcool évaporé, ainsi que l'eau, il reste 300 grammes d'un produit solide qui est épuisé par de l'alcool à 95°. On fait alors une dissolution alcoolique telle que 1 ce. répond à 0er.33 de l'extrait solide primitif.

E) Batambois, chien épagneul de 14ksr,200. Injection de 40 ce. représentant 0.95 par kilogramme du prod. solide.

Une minute après l'injection, arrêt du cœur. Il n'y a pas de caillot dans le cœur. Le sang se coagule bien; les ventricules sont arrêtés; les oreillettes se contractent.

F) Éponine, chienne braque de 13 k§r,500. Injection de 25 ce. soit par kilogramme 0.61 du produit solide. Les démangeaisons sont survenues à la dose de 5 ce. (soit 0,12 par kilogramme). Après la dose de 0.61, rougeur intense des lèvres, de la gueule et des conjonctives. Le prurit est très intense. Puis brusquement l'animal meurt, deux minutes trente secondes après l'injection, par arrêt subit du cœur. A l'autopsie on voit les intestins très fortement déjà congestionnés. Il n'y a pas de caillot dans le cœur, mais des diffusions sous-endocardiques.

On a fait le dosage d'azote dans ce produit alcoolique, et il a été trouvé que la proportion d'azote était pour 100 de 0.128. En admettant, comme les analyses précédentes nous l'ont montré, que la thalassine contient exactement 10 p. 100 d'azote, cela fait une solution de thalassine à lsr,28 p. 100. Par conséquent Batambois a reçu pour 14ksr,200 : 0§r,512 de

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thalassine, soit 0.035 par kilogramme et Éponine 0.023 par kilogramme.

Il semble que ce soit là à peu près la dose toxique minimale; car Roxanio a reçu de la même solution 1 ce. par kilogramme. Il a eu des éternûments et du prurit, mais n'est pas mort : de même Pyrrhus a reçu cette même dose, et n'est pas mort. Cette dose répond à environ 0,013 de thalassine par kilogramme.

On peut prouver que cette substance n'est pas détruite par l'ébullition.

Phéôus, de 7 kilogrammes, reçoit lcc,18 par kilogramme de cette même solution chauffée pendant six minutes à 100. Après éternûments, rougeur intense de la conjonctive et de la muqueuse buccale, il meurt par arrêt du cœur soudain, comme Éponine et Batambois. (Soit 0,015 par kilogramme). Frollo reçoit 0,0256 de thalassine par kilogramme, chauffée six minutes à 100°, et il meurt par arrêt du cœur.

Dans une autre expérience, un chien, Saint- Vallier, a reçu une injection de 1 ce. seulement de cette même solution chauffée pendant 4 minutes à 120°. Dès le début il présente les phénomènes ordinaires (prurit et diarrhée); et il meurt dans la nuit, après avoir reçu 110 ce. (chien de 6ksr,50).

Voici quelques expériences pour établir que cette substance (qui produit le prurit et à dose forte l'arrêt du cœur) peut être précipitée par l'acide phosphotungstique, quoique, lorsqu'elle est parfaitement pure, elle ne précipite pas, ainsi que nous l'avons dit, par l'acide phosphotungstique.

Le liquide soluble dans l'alcool à 30° est évaporé ; et le résidu est repris par l'eau, après avoir été traité par l'alcool à 95°. La partie soluble dans l'eau est précipitée par l'acide phosphotungstique, qui donne un abondant précipité. Ce précipité, après avoir été lavé, est broyé au mortier avec de la baryte, et mis à filtrer. Le liquide qui filtre ne contient plus d'acide phosphotungstique, mais de la baryte, dont on

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