Thèse de Lyon
SAINT-HILAIRE
Expérience 1. — 31 mai. — Urine neutralisée avec de la potasse et filtrée.
Il est ajouté du sublimé de façon que l'urine contienne :
grammes.
0,05 > par litre.
4 flacons sont remplis avec chaque variété d'urine. La moitié est placée à 46°, l'autre moitié reste à la température du laboratoire 20*^ environ.
Le 2 juin.
grammes. degrés. grammes.
. 0,03 ' I A 46°. . . 0,03 troubles:
. 0,04 J tous troubles, y — ... 0,04 troubles.
. 0,05 I sauf un 0,04 \ ~ ... 0,05 1 limpide.
. 0,06 i et un 0,06. J — ... 0,06 1 limpide.
. 0,07 ] f — . . . 0,07 2 limpides.
Les flacons restés limpides sont ensemencés avec une urine putréfiée. Le 3 juin, à 20°, tous sont troubles.
A 46°, les flacons 0,05 et 0,06 sont légèrement troubles, 0,07 reste limpide.
Expérience IL — 2 juin. — Urine fraîche neutralisée avec potasse, puis filtrée.
Il est ajouté du sublimé, de façon que l'urine contienne :
grammes.
' ) de sublimé par litre.
Ces divers liquides sont portés à 60° et filtrés de nouveau. Ensuite je remplis 4 flacons Pasteur de chaque variété, et les ensemence avec de l'urine putréfiée.
2 flacons de chaque espèce sont placés à l'étuve à 46°, et les autres restent à la température du laboratoire, 20° environ.
Le 5 juin, les flacons placés à 20° sont complètement troubles, ceux placés à 46° sont restés limpides.
Le 9 juin, ils sont encore limpides. Cependant on constate un léger dépôt opaque sur la paroi du verre, mais le liquide est tout à fait limpide.
Expérience III. — 7 juin. — Même expérience avec urine neutralisée par AzH^, et contenant :
grammes.
Q de sublime pour 1000.
Au bout de 48 heures, tous les flacons sont troubles, ceux restés à 20° semblent l'être un peu plus que les autres.
Expérience IV. — 9 juin. — Urine neutralisée avec AzH^, puis fdtrée. J'ajoute Os^,0o de bichlorure de mercure à toute l'urine, je la porte à 60° et la filtre. Puis j'ajoute de nouveau du sublimé de façon à obtenir de l'urine contenant :
grammes.
de bichlorure de mercure par litre.
Quatre flacons sont remplis avec chaque variété et ensemencés avec de l'urine putréfiée. Puis, deux de chaque espèce sont placés à l'étuve à 46°, les autres sont laissés à la température du laboratoire, 20° environ. Le 11 juin, j'obtiens les résultats suivants :
degrés.
grammes.
limpides.
1 trouble, les 2 troubles les 2 troubles.
limpides.
degrés.
les 2 troubles.
1 seul trouble, les 2 troubles.
limpides.
J'ensemence de nouveau tous les flacons limpides, et le lendemain, 12 juin, je vois :
degrés.
grammes.
■ -troubles.
. 0,12 ! limpides.
degrés A 20°
grammes.
0,09 J> limpides.
limpides.
SAINT-HILAIRE
Des expériences comparatives faites avec de l'urine seule sans adjonction de sublimé montrent que les fermentations sont beaucoup plus actives à 46'' qu'à 20°.
Expérience V. — 11 juin. — Urine neutralisée avec de la potasse, puis filtrée. J'ajoute 5 centigrammes de sublimé par litre à l'urine etla porte dans l'étuve à la température de 120°. Il se forme un précipité. Je filtre de nouveau et ajoute du sublimé de façon à avoir de l'urine contenant :
grammes.
o,os
0,09 ) de HgCP par litre.
Je remplis 4 flacons Pasteur de chaque variété d'urine, et les porte à l'étuve à la température de 120°.
Ces flacons ainsi stérilisés restent complètement limpides pendant plusieurs jours.
Le 14 juin, je les ensemence avec de l'urine putréfiée de la série du 9 juin. 2 flacons de chaque espèce sont placés à l'étuve et les autres restent à la température du laboratoire, 20° environ.
Le 18 juin :
A 46°.. . . Tous limpides.
A 20°.. . . Tous troubles.
Le 20 juin rien n'est changé.
On constate seulement que le verre des flacons est couvert d'un léger dépôt, mais le liquide est tout à fait limpide.
L'examen microscopique fait par M. Héricourt a montré qu'il existait des microbes dans tous les flacons, aussi bien ceux placés à 46° que ceux placés à 20°; mais à 20° ils étaient beaucoup plus nombreux; les liquides à 46° n'étaient pas de véritables cultures.
Le 23 juin, les flacons limpides à 46° sont ensemencés avec de l'urine putréfiée et sont placés à 20°.
Le 25 juin, la moitié environ de ces flacons sont troubles.
Expérience VI. — 20 juiji. — Urine neutralisée avec potasse et filtrée. J'ajoute 10 centigrammes de sublimé par litre et porte cette urine à l'étuve à 120°.
Il se forme un précipité. Je filtre de nouveau. Je prépare la série :
grammes.
0,12 ! de sublimé par litre.
Quatre flacons sont remplis de chaque variété et stérilisés à l'étuve
Le 21 juin ces flacons sont ensemencés avec un flacon trouble de ma série du il juin.
Le 24 juin :
I Le 25 juin j'ensemence les flacons limpides chauds avec un tlacon I trouble de la série du 11 juin, et je les laisse à la température du laboratoire.
Le 26 juin ils sont troubles.
Ces expériences montrent d'une façon évidente Finfliience ide la chaleur sur l'action antifermentescible du sublimé. Si H'urine ne contient aucune substance toxique, la température de 46°, loin de l'empêcher, favorise la putréfaction, qui à 20° est beaucoup moins rapide; ce fait nous a été démontré par plusieurs expériences comparatives.
Quand on ajoute 7, 8, 9 centigrammes de sublimé par 1 000 grammes d'urine, la putréfaction ne se produit pas à 46°, tandis que à 20° l'urine se trouble toujours au bout d'un temps plus ou moins long.
Si les chiffres obtenus par M. Ch. Richet, et ceux que nous iavons obtenus nous-même, diffèrent entre eux, c'est qu'il est jimpossible de se placer toujours dans les mêmes conditions. L'urine n'est pas un liquide toujours identique. Déplus, lorsque l'on met du sublimé dans l'urine, il se forme un précipité plus ou moins abondant suivant la composition de l'urine. Ce précipité, que l'on filtre, contient, suivant les cas, une quantité variable de substance toxique. Il ne faut pas, comme nous l'avons fait au début, alcaliniser les urines avec de ^AzH^ car I l'ammoniaque dissout les sels de mercure qui se précipitent lorsqu'elle se volatilise.
Quoi qu'il en soit, le fait principal est le même, et nos expériences peuvent se résumer ainsi. L'action toxique du
Tous limpides.
Tous troubles.
SAINT-HILAIRE
bichlorure de mercure sur les microbes de la putréfaction de l'urine est beaucoup plus considérable à 40" qu'à 20°, et d'après nos expériences nous pourrions dire que le sublimé est environ deux fois plus toxique à 46 ' qu'à 20°. En effet, dans l'expérience lY, on peut voir que 0,11 de sublimé à 20° n'ont pas empêché la putréfaction, tandis qu'elle a été arrêtée par 7 centigrammes.
Celte action toxique ne dépend que de la température ; car, si l'on ensemence, avec de l'urine putréfiée, les flacons restés limpides à 46°, et si on les place à 20°, le lendemain la putréfaction est des plus manifestes.
Ces résultats, ceux qu'ont obtenus MM. Arloing et Chauveau surdes microbes pathogènes avec le sublimé, l'acide phénique et l'acide borique, nous amènent à commenter certains faits d'observation clinique. M. Constantin Paul préconisait \ il y a quelques années, dans le traitement de la blennorrhagie, les injections de sublimé au vingt millième. Il a observé, en outre, que les injections chaudes donnaient de meilleurs résultats que les froides. Il a expliqué ce fait en disant que le froid amène des contractions de la muqueuse, et empêche ainsi le liquide de pénétrer dans toutes les anfractuosités. Ne pouvons-nous remplacer cette explication par celle-ci : l'élévation de la température augmente l'action antiseptique du sublimé.
L'emploi des solutions antiseptiques chaudes ne présente aucun inconvénient; on les a même employées pour éviter l'action du froid et pour rendre les plaies insensibles, car l'eau chaude anesthésie les tissus. Nous pensons que cet avantage de pouvoir abaisser le titre des solutions et diminuer les dangers d'intoxication, joint aux précédents, mérite de faire entrer dans la pratique chirurgicale l'usage des solutions antiseptiques chaudes.
De nouvelles recherches cependant sont nécessaires et valent la peine qu'on les fasse, pour déterminer exactement