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ART. III. — COURS DE LA LYMPHE

Nous avons vu que les substances absorbées étaient confiées à deux ordres de vaisseaux , les lymphatiques et les veines. Nous ne devons pas nous occuper encore de la circulation veineuse ; elle fait partie de la grande circulation sanguine. Le cours des liquides dans les vaisseaux lymphatiques va seul nous occuper.

Longtemps ignoré des anciens , quoique partiellement entrevu par plusieurs , le cours de la lymphe doit sa connaissance entière aux travaux successifs des modernes. Aselli , Weslingius , Bartholin , Rcdbcck , JolyfF, Pecquet , Hunter, Cruikshank et Mascagni surtout ont laissé peu de chose à désirer ; on ne peut que leur reprocher d'avoir trop exclusivement rapporté aux lymphatiques toutes les absorptions. Le professeur Lippi a dernièrement fait connaître des anastomoses inconnues avant lui, vaguement soupçonnées, mais jamais démontrées : car Meckel en avait à peine mentionné quelquesunes en 1772. Bresehet, quelques années après, publia son Système lymphatique , où l'étendue des connaissances s'allie à la précision et à la profondeur des vues. Lauth , Fohmann , Rossi et Panizza , Arnold , Muller , ont aussi ajouté quelques découvertes de détails aux connaissances anatomiques des lymphatiques, surtout chez les animaux. Les deux Meckel , Coiter, Abernethy et Vrolik avaient aussi parlé des anastomoses dans les glandes lymphatiques. Mais Haller, Hewson, Portai, Mascagni et surtout Sœmmering s'étaient fortement déclarés contre l'existence de ces communications , que Fohmann regarde comme démontrées par lui , tout en niant les anastomoses des vaisseaux lymphatiques avec les veines , comme Lippi avait cru les reconnaître. Ce qui a pu nuire beaucoup à l'étude précise de ces vaisseaux, c'est qu'ils sont, dans la peau surtout, transparents et accolés aux vaisseaux exhalants. Nés , comme nous l'avons dit , de la surface ou de l'intérieur des tissus , que les vaisseaux lymphatiques aient reçu leur liquide par absorption directe, par imbibition ou par endosmose, cette question ne nous importe plus; nous ne prenons le cours de la lymphe qu'au moment où ayant été absorbée , elle est arrivée dans ses conduits.

Les vaisseaux lymphatiques sont disséminés dans toutes les parties du corps. Superficiels ou profonds, ils occupent en général le même point. Ainsi on les trouve à la partie interne des membres , dans les régions profondes des cavités splanchniques et vers la face concave des viscères. Partout ils forment le réseau anastomotique dont nous avons parlé et d'où naissent les rameaux déliés qui , en se réunissant , vont former les troncs plus considérables qui constituent les véritables lymphatiques. Quelquefois ils paraissent naître de petites cellules ou d'ampoules , ce qui avait porté Fohmann à regarder faussement le tissu cellulaire comme uniquement composé de lymphatiques. Ceux des parties inférieures et du tronc ramènent, en conver-

géant vers le canal Lhoracique , les liquides qui leur sont confiés. Ceux des parties supérieures , après s'être réunis en un ou plusieurs troncs qui se rendent , soit dans les veines sous-clavières et surtout dans la gauche , soif dans la veine cave supérieure, soit dans la veine jugulaire droite , y versent leur fluide par quatre troncs principaux , le canal thoracique , le tronc sousclavier droit, le jugulaire droit et l'axillaire gauche.

Très-déliés et très-nombreux à leur origine , ces vaisseaux le deviennent de moins en moins, parce qu'en avançant, les uns se jettent, après un trajet plus ou moins long , dans les veines voisines ; les autres se réunissent pour n'en former qu'un nombre moins considérable et contenir ainsi des colonnes de liquide plus volumineuses. Ils sont partagés en deux colonnes : les uns superficiels, plus minces et plus nombreux, accompagnent les veines ; les autres profonds, plus gros et moins nombreux, accompagent les artères. Ils marchent parallèlement presque sans se réunir et par conséquent sans augmenter de volume, car leurs anastomoses ne sont pas des réunions.

La lymphe est le liquide qui circule dans ces vaisseaux. Nous ne comprenons donc point sous cette dénomination les fluides variés que les anciens appelaient ainsi avant la découverte des vaisseaux lymphatiques. Nous n'appelons ainsi que la liqueur qui coule dans ces vaisseaux, soit comme lymphe, soit comme chyle. MM. Gruby et Delafond ont reconnu dans la lymphe des chylifères abdominaux, soit avant, soit après leur passage à travers les glandes, des globules ou granules analogues aux molécules de la lymphe des lymphatiques non chilifères. Le nombre en varie , mais ils sont identiques. Ils n'ont jamais rencontré les globules signalés par les physiologistes , entre autres par Leuvenhoek, Gruthuisen, Lenhossec, Cruikshank, Berger, Aselli, Haller, Muller ; ils les croyaient analogues à ceux du sang, mais quatre fois plus petits. Quelques physiologistes , Proust, Blondel , MM. Leuret et Lassaigne avaient même pensé que ces globules se formaient dans le tube digestif. M. Bouisson s'exprime de manière à laisser présumer que telle est aussi son opinion. Comme on ne les trouve que dans les vaisseaux lactés , ainsi que l'ont démontré Tiedemann et Gmelin , et ensuite Muller , il esta présumer qu'ils ne se forment que dans le passage de l'absorption. Ils ont tous regardé comme chyle le fluide renfermé dans les vaisseaux lactés, même pendant l'abstinence. M. Collard de Martigny prétend que ce dernier provient de la digestion des liquides versés ou sécrétés dans l'intestin , tandis que d'autres physiologistes pensent qu'il n'est alors que de la lymphe. Il ressemble à de la lymphe émulsionnée par les matières grasses puisées dans l'intestin; il peut même conserver une partie de sa limpidité et ne pas cesser d'être chyle. Par le repos le chyle se coagule surtout à l'air: il se forme un caillot , du sérum, et une couche crémeuse qui surnage. Il a donc quelque analogie avec le lait ; mais le caillot n'est pas du caséum , c'est de la fibrine mêlée le plus souvent à une portion plus ou moins grande d'albumine. On l'a trouvé en général alcalin, mais moins que le sang, et quelquefois neutre. On a cherché à savoir d'où pouvait venir la coloration rougeâtre que prenait le chyle : on s'est de-

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