COURS DE LA LYMPHE
mandé si elle serait due au fer fourni par les aliments, si ee seraient les globules qui prendraient cette couleur sans addition aucune d'autre substance, si elle viendrait du sang lui-même. Ces questions ont été longuement discutées, et elles n'ont amené aucun résultat satisfaisant. On croit que cette couleur rosat de la lymphe contenue dans la partie supérieure du canal thoracique vient du sang veineux, et qu'elle n'appartient point à la lymphe. La couleur remonter ainsi contre le cours de la lymphe ! La physique ne permet pas de l'admettre.
La lymphe a une marche continuelle : les valvules nombreuses dont sont pourvus les vaisseaux ne lui permettent pas de rétrograder. Leurs anastomoses multipliées rendent même la stagnation du liquide impossible, à moins que la totalité des vaisseaux ne soit comprimée : car s'ils ne le sont pas tous , la lymphe passe par les anastomoses dans les vaisseaux qui sont libres.
La marche de la circonférence au centre est établie sur des preuves convaincantes. La ligature du canal thoracique en fait gonfler la partie inférieure jusqu'à la faire rompre par l'accumulation de la lymphe ; et, si on l'ouvre, le liquide coule de la partie inférieure. La compression des lymphatiques retient la lymphe dans les parties inférieures et les fait engorger et œdématicr. La disposition des valvules indique aussi cette direction du liquide vers le centre. Cette circulation n'est donc jamais que centripète. Elle n'est pas , comme la circulation du sang , à la fois centripète et centrifuge. Elle est continue. Cependant M. Poiseuil lui a vue une marche saccadée qui paraissait correspondre à chaque valvule. La rapidité de l'absorption et du cours, soit du sang, soit de la lymphe , explique pourquoi certaines substances passent si vite dans les urines. Elle ne peut point être le résultat de la communication des lymphatiques avec les veines , car le sang ne rétrograde pas dans ces vaisseaux.
D'après Mascagni , il n'est peut-être pas un vaisseau lymphatique qui se rende à son dernier vaisseau sans avoir passé à travers un plus ou moins grand nombre de glandes ou ganglions lymphatiques, dans l'intérieur desquels ils se subdivisent à l'infini. La lymphe traverse ces glandes avec eux et s'avance par de nouveaux conduits vers d'autres glandes qu'elle traverse encore pour se jeter , soit dans le renflement qui commence le canal thoracique sous le nom de réservoir de Pecquet, soit dans le grand vaisseau lymphatique droit, qui la conduisent dans les veines sous-clavières. Elle se mêle au sang veineux, et il n'est plus question de la lymphe. Une valvule s'oppose à son refoulement ou à l'introduction du sang dans le canal. La lymphe des membres inférieurs traverse quelques-unes de ces glandes vers les malléoles et vers les genoux, mais surtout aux plis de l'aine , sur les bords du bassin et sur le devant de la colonne vertébrale. Aux membres supérieurs , la lymphe traverse une ou deux glandes vers le coude et un bien plus grand nombre dans le creux de l'aisselle et vers le sommet de la poitrine , pour aller
avec celle de la tête ou du col se jeter dans le canal thoracique , ou dans l'une des sous-clavières, ou dans la veine cave supérieure. A la tête, la lymphe passe par les régions temporales , auriculaires , parotidiennés et cervicales , à travers une foule de ganglions cervicaux , pour se jeter, comme nous venons de le dire. Dans la poitrine , après avoir traversé les glandes qui sontà la racine des poumons autour des bronches et devant la colonne vertébrale , la lymphe va en remontant se réunir à celle des parties supérieures. Dans le bas-ventre, la lymphe de chaque viscère se rend au canal thoracique et n'y arrive qu'après avoir traversé un plus ou moins grand nombre de glandes. La lymphe du foie est versée vers sa partie supérieure , et celle des reins et des intestins vers sa partie inférieure. Le chyle parcourt le trajet des vaisseaux lactés, qui , d'abord en très-grand nombre, se réunissent et viennent traverser les innombrables glandes mésentériques pour gagner le réservoir de Pecquet.
Ces vaisseaux forment une couche distincte qui marche de glande en glande . En passant à travers chacune , ils diminuent de nombre et augmentent de volume , et ils forment un réseau ou plexus fort remarquable. Ils sont réduits à cinq ou six quand ils arrivent au réservoir de Pecquet. Ces vaisseaux ne paraissent destinés qu'au chyle. Les efforts de Tiedemann , Gmelin et de Halle pour y faire passer des matières colorantes placées dans l'intestin, ont toujours échoué : est ainsi contredit le témoignage d'ailleurs fort équivoque de Viridet et de Mattéi. Pourtant ces vaisseaux absorbent d'autres substances que la lymphe et le chyle : tels sont la bile , l'urine , le pus, le sang et différents médicaments. Déjà nous avons repoussé la raison que Weber a donnée pour rejeter cette absorption; le volume des globules du sang ou du pus ne saurait y être un obstacle. On ne saurait donc être trop réservé pour admettre ou rejeter de semblables absorptions.
Ainsi , le cours de la lymphe est bien simple ; elle est transportée lentement des extrémités absorbantes des vaisseaux aux veines les plus voisines du cœur , en traversant les petites glandes lymphatiques qui en coupent le trajet.
Ce n'est pas sans raison que la nature a multiplié les points de contact , les moyens d'action entre les solides et les liquides. En allongeant ainsi les canaux dans lesquels circule la lymphe, elle a eu pour but de leur donner le temps d'agir successivement sur le liquide, et de lui imprimer par gradation des changements qui ne pouvaient pas se faire brusquement.
Le but de cette fonction est évident , c'est de rendre au sang les matériaux qu'il a perdus par la nutrition et par les sécrétions , c'est de le renouveler sans cesse pour qu'il ne fasse point languir les autres fonctions.
La cause première du cours de la lymphe se trouve dans l'absorption même. En effet, dans cet acte, une petite colonne de liquide est introduite dans le vaisseau, une seconde colonne est ajoutée à la première qu'elle pousse, une troisième vient et pousse les deux précédentes , et ainsi de suite : c'est
COUKS DE LA LYMPHE. lOo
le vis à tergo de Boerhaave. C'est ainsi que Cooper et Darwin l'ont expliqué. Us attribuent même à cette force la déchirure des membranes de ces vaisseaux, dans les cas où Cooper avait lié le canal thoracique. Mais cette cause ne suffit pas pour expliquer la progression consécutive du liquide. Il en faut une autre qu'ils n'ont pas connue et sur laquelle on n'a pas été bien d'accord. Quelques physiologistes n'y ont vu que l'effet de la capillarité ; mais lorsque , sur un animal vivant et dont l'absorption chyleuse est en pleine activité, on lie le canal thoracique, et qu'on pratique une ouverture au-dessous de la ligature , le chyle en jaillit par la contraction de ses parois, expérience sur laquelle a beaucoup insisté le professeur Truth , qui l'a répétée de plusieurs manières. Tandis que sur un animal mort, pendant l'absorption du chyle , nous avons trouvé bien des fois les vaisseaux lactés qui étaient remplis de ce liquide , quoique la capillarité n'eût pas dû cesser. Béclard avait déjà reconnu que le canal thoracique se vidait plus complètement sur un animal vivant que sur un mort. Il est venu dans l'idée de quelques physiologistes d'y reconnaître l'impulsion du cœur , comme Harvey la reconnaissait pour les veines. Cette opinion n'a pas besoin de réfutation. L'imbibition et l'endosmose ne sont pas plus satisfaisantes : l'une et l'autre cessent 'avec la vie générale. Enfin, quelques-uns ont vu dans le réservoir de Pecquet un petit cœur qu'ils ont comparé aux quatre petits cœurs lymphatiques découverts dernièrement dans quelques animaux à sang froid par Muller, Rusconi et Panizza: Malpighi, Cruikshank, Valentin, Mojon y ont admis des fibres musculaires , que M. Lauth n'a pu y reconnaître. Ainsi ce réservoir n'a rien qui puisse justifier cette comparaison. La vie étant indispensable au cours de la lymphe , il faut nécessairement admettre une action de la part des vaisseaux. Or, cette action ne peut consister que dans la contraction successive de leurs parois à mesure que le liquide y arrive , et pour que le vaisseau se contracte, il doit être averti de la présence du liquide. Il y a donc d'abord sensation et ensuite contraction. Cette action doit être assez puissante pour surmonter l'obstacle que le sang des veines apporterait à l'introduction de la lymphe dans leur intérieur. La valvule peut bien s'opposer à l'introduction du sang dans les vaisseaux lymphatiques ; mais il faut soulever cette valvule et c'est l'œuvre de la lymphe. Schreger et Sœmmering ont attribué cette contraction à une membrane musculaire interne. Majon la croyait composée de fibres circulaires qui formaient les étranglements des valvules, et de fibres longitudinales qui s'étendaient d'un sphincter à l'autre , pour raccourcir la longueur du canal et accélérer le cours de la lymphe. Tandis que Mascagni, Rudolphi, Cruveilhier, Breschet, et surtout Muller, leur refusent toute espèce de contraction et les regardent comme des tubes inertes. Ils n'ont rien obtenu par les stimulations chimiques et physiques -, et, lorsqu'on a cru avoir provoqué des contractions avec un acide ou un autre agent chimique , ils pensent qu'on a pris un racorn issementpour une action physiologique.
Ces deux actes des vaisseaux lymphatiques sont indépendants du système nerveux cérébral, puisque, dans les végétaux qui en sont privés, cette fonction
s'exécute aussi bien que dans les animaux ; puisqu'elle u'est pas moins active dans les fœtus anencéphales ; puisqu'enfin elle continue encore quelques instants après la mort cérébrale , ainsi qu'il a été constaté par les faits précédemment rapportés et par une foule d'autres expériences que nous pourrions citer encore, et qui prouvent que les vaisseaux lactés continuent d'agir pendant quelques instants après la mort cérébrale , et qu'ils cessent complètement lorsque la mort, qui n'avait d'abord éteint que lés fonctions du système cérébral, s'étend à celles du système ganglionnaire. Ainsi le cours de la lymphe s'exécute sous l'influence de ce dernier système nervçux.
On a cherché quelle pouvait être la rapidité du cours de la lymphe , mais les travaux de Cruikshank et de quelques autres physiologistes n'ont conduit à rien de positif. Tout ce que l'on peut savoir , c'est qu'il est beaucoup plus lent que celui du sang, puisqu'à l'ouverture de ces vaisseaux ce liquide coule en bavant et ne jaillit jamais. D'ailleurs il doit varier dans les différentes parties du corps et d'un instant à l'autre , à cause de la quantité variable des matériaux qui lui sont fournis et des obstacles qui les gênent et font passer le liquide d'un vaisseau dans l'autre , établissant ainsi une espèce d'oscillation ou de courants un peu exagérés par Bordeu.
Nous ne croyons pas devoir parler de l'opinion de Muller, qui veut que la lymphe éprouve des changements pendant son trajet dans les vaisseaux, parce que les parois de ceux-ci sécrètent des matières qui vont se mêler avec elle. Elle n'a pas besoin de réfutation.
L'usage des vaisseaux lymphatiques n'est pas douteux. Mais on se demande à quoi servent les ganglions qui sont semés sur leur passage. Les physiologistes sont peu d'accord sur leurs fonctions ; les uns veulent , avec Malpighi et Nuck, qu'ils ne soient que des espèces de petits cœurs placés de distance en distance pour raviver le cours de la lymphe. D'autres pensent, contre l'opinion de Haller, Cruikshank, Hewson, Malpighi, Sœmmering, qu'ils ne sont que des moyens de communication entre les vaisseaux lymphatiques et les veines. D'autres enfin , Muller et Panizza , présument que la lymphe et le chyle, sortant des ganglions plus concrets qu'ils n'y sont entrés, y reçoivent des modifications qui les rapprochent de plus en plus des qualités qui leur sont nécessaires pour aller s'identifier avec le sang.
La première de ces opinions est inadmissible. En effet, il y a des vaisseaux lymphatiques qui arrivent des orteils au pli de faîne sans traverser aucune glande, tandis que les lymphatiques lactés en traversent plusieurs dans le mésentère pour faire un trajet bien moins long et sans avoir à lutter contre la pesanteur du liquide. La communication des vaisseaux lymphatiques avec les veines a été niée par plusieurs anatomistes et adoptée par un grand nombre. Dernièrement le professeur Lippi a mis cette communication hors de doute pour plusieurs ganglions de l'abdomen , dans lesquels il a démontré l'anastomose des uns avec les autres ; mais cette disposition n'est pas aussi générale qu'il l'a cru. 11 a souvent pris pour des vaisseaux lymphatiques dc^