‹ Physiologie élémentaire de l'hommeChapitre 9 sur 41 · I. Absorption cutanée · texte numérisé non relu

I. Absorption cutanée

Vainement quelques auteurs ont voulu regarder l'épiderme comme un corps inorganique placé à la surface de la peau pour l'isoler, et s'opposer à la fois à toute déperdition de l'intérieur à l'extérieur, et à toute introduction de l'extérieur à l'intérieur. Pouteau , Séguin , Rousseau , Dongerfield , Chapmann , Currie , Gordon étaient dans l'erreur , lorsqu'ils ont nié le pouvoir absorbant de la peau. Cependant il faut convenir que cette membrane est un obstacle à quelques absorptions. Ainsi des poisons sont appliqués sur l'épiderme sans occasionner d'accidents, tels sont la strychnine, la morphine, l'upastieuté, le curare, etc., tandis que, placés sur le derme dépouillé de l'épiderme, ou sur une plaie, les accidents se manifestent, et quelquefois avec une rapidité effrayante. Nous n'avons pas besoin, pour donner plus de poids à ces faits, de nous appuyer sur les calculs exagérés de Leuwenoeck et de quelques autres micrographes, qui ont trouvé 250,000, 9,000,000 et même 409,600,000,000 de pores ou ouvertures absorbantes, dans un pouce carré de téguments. Oui, sans doute, la peau absorbe, et si les preuves des anciens ne suffisaient pas pour nous en convaincre, les expériences de Collard de Martigny, de Bonfils , de MM. Astier , Durand Fardel et Homolle nous en fourniraient des preuves irrécusables. Comment se fait-il donc que, à la fin de 1853, un physiologiste se pose encore cette question : « La peau absorbe-t-elle ? »

La surface cutanée a fourni les preuves les plus nombreuses de son action absorbante. Ainsi que l'ont expérimenté Sanctorius , de Gorter, Keil , Symson, Collard, etc., le corps de l'homme, placé dans un bain ou dans un air humide, absorbe une quantité considérable de liquide et avec lui une partie des substances qui y sont tenues en dissolution. La diminution du liquide, l'augmentation de volume du corps et les qualités spéciales que prennent quelques-uns de nos tissus ou de nos humeurs, ne laissent point de doute à cet égard. Les fomentations, les cataplasmes sont des espèces de bains locaux et partiels, à l'aide desquels les substances aqueuses et médicamenteuses sont introduites dans l'économie. Les frictions onguentacées et spiritueuses produisent les mêmes effets, avec d'autant plus d'efficacité que l'action mécanique de la friction semble exciter l'action absorbante. Les vapeurs et les gaz appliqués à la surface du corps forment aujourd'hui une puissante médication dont personne n'ignore les résultats. Pourrait-on révoquer en doute l'absorption cutanée en voyant la térébenthine administrée en bain , frictions ou vapeurs, donner aux urines l'odeur de la violette, comme Schuger l'a démontré en faisant prendre des bains de pieds dans l'essence de térébenthine, et en en faisant frotter les orteils et les mains? en faisant prendre des bains entiers dans du lait dont il retrouvait les principes dans les vaisseaux lymphatiques, et qui servent à la nutrition ? en voyant le mercure, employé

sous toutes les formes, produire la salivation ? en purgeant avec la coloquinte, le jalap, ou l'ellébore appliqués sur la peau, presque aussi sûrement que lorsqu'ils sont administrés intérieurement? en calmant des douleurs internes et profondes par l'application extérieure des opiacés ? en arrêtant une fièvre intermittente par des applications de quinine sur différentes parties du corps ? en étanchant la soif par l'immersion du corps dans l'eau froide ?

Il n'est pas nécessaire de rappeler l'expérience de Bichat, dans laquelle le corps placé entre deux cadavres en putréfaction et respirant à l'aide d'un tube Tair pur de l'extérieur de la salle, il n'en vit pas moins l'absorption des miasmes putrides s'opérer et donner aux liquides de l'économie leur qualité particulière. Cette expérience a été répétée par Chaussier sur des animaux, qu'il empoisonnait en les plongeant dans des gaz délétères, avec la précaution de leur laisser la tête en dehors, et par Westrumb, qui se tint plongé dans une atmosphère musquée pendant qu'il respirait l'air extérieur à l'aide d'un long tube ; son haleine eut bientôt l'odeur du musc.

La médecine a su tirer parti de cette action absorbante de la peau, en lui présentant les médicaments sous toutes les formes imaginables, et cela avec un succès qui n'est plus contesté aujourd'hui. De nombreux essais avaient ouvert la voie, et ils ont été transformés en méthodes spéciales. Suivant le mode d'application en frictions, vapeurs, cataplasmes, et même après l'ablation de l'épidémie, on a eu les méthodes iatraleptique , endermique , eïspnotique , atmidiatrique, etc., auxquelles Cyrillo, Clarke , Chrétien de Montpellier, Chiarenti, Brera, Alibert , Duménil , etc., ont attaché leurs noms par les bons effets qu'ils en ont obtenus et qu'ils nous ont appris à en obtenir. Mieux que personne, Paracelse avait su utiliser cette absorption en nourrissant des malades avec des bains analeptiques de lait ou de bouillon. Cependant il ne faut pas porter trop loin la confiance dans ce mode d'absorption , car, d'après les expériences de Seguin, elle est souvent bien faible et bien infidèle, surtout chez les vieillards et sur certaines peaux coriaces. En général, elle est beaucoup moins rapide que l'absorption qui se fait à l'intérieur.

§. 2. Absorption à la surface muqueuse pulmonaire.

Cette surface ne se trouvant en contact qu'avec l'air atmosphérique , ne peut exercer son action absorbante que sur les principes constituants de ce fluide, et sur les corps vaporeux ou gazeux auxquels il sert de véhicule. Cependant, il paraît que les mucosités qui y sont déposées sont en partie absorbées, puisque les personnes qui ont l'habitude d'expectorer abondamment pendant le jour, expectorent à peine pendant la nuit. La sécrétion n'a pas été suspendue , puisque l'expectoration se fait plus abondante au réveil ; mais sa quantité n'équivaut pas à celle qui aurait eu lieu pendant le même espace de temps durant la veille , car les mucosités qui sont alors rent. I. (î

dues sont plus épaisses et plus consistantes ; ce qui ne peut être attribué qu'à l'absorption de la partie la plus liquide du mucus. On voit même s'absorber une certaine quantité de liquide injecté dans les poumons. Quelques faits pathologiques et différentes expériences faites parGoodwin, Mayer, Lebkuchner, Seiler, Ficinus , et à l'École vétérinaire de Lyon, ne peuvent laisser de doute à cet égard. L'absorption de l'un des principes de l'air pendant la respiration ne peut pas être révoquée en doute. Lorsque nous étudierons cette fonction, nous verrons qu'à chaque inspiration l'air laisse dans les bronches une partie de son oxygène. L'absorption des fluides gazeux ou vaporeux n'est pas plus douteuse. En respirant pendant quelques instants l'odeur de la térébenthine, du camphre, de l'encens , les urines prennent l'odeur de la violette. En respirant les vapeurs opiacées, on produit le calme de douleurs éloignées et souvent le narcotisme. C'est par l'absorption de l'éther et du chloroforme qu'on suspend la sensibilité. L'alcool, ou toute autre vapeur spiritueuse longtemps respirée , cause l'ivresse. Le poids du corps augmente après la respiration prolongée d'une liqueur aqueuse. Panizza a même démontré que des substances solides pulvérulentes et transportées par l'air étaient aussi résorbées, telles que l'iode , le plomb, etc. 5 mais alors il y a , sinon dissolution , au moins suspension et intégration dans les mucosités bronchiques. C'est par la respiration et l'absorption des miasmes des amphithéâtres ou des hôpitaux, des effluves des marais ou des lieux infectés d'une épidémie, que se communiquent les maladies graves qui en sont la conséquence. La médecine n'a guère encore tiré parti de cette voie d'absorption que lorsqu'elle a voulu agir directement sur le poumon. Cependant elle pourrait en obtenir de très-bons effets , et la preuve de cela, c'est la rapidité de la convalescence, lorsqu'on peut aller respirer l'air pur de la campagne ; c'est l'embonpoint des bouchers et des bouchères , qui respirent un air abondamment chargé de particules nutritives.

§ 3. Absorption à la surface muqueuse gastro-intestinale.

Nulle part l'absorption n'est aussi évidente et aussi considérable que dans les voies digestives. C'est elle qui est la source presque exclusive de l'alimentation du corps, elle s'exerce sur les liquides et sur les fluides gazeux. L'absorption des liquides est démontrée par tant de faits , qu'il est peut-être superflu de les rappeler. Les boissons ingérées dans l'estomac disparaissent bientôt pour être rendues par les urines ou par la sueur. Les lavements ne tardent pas non plus à être absorbés. Le chyle, cette substance nutritive extraite de l'aliment, est puisé à la surface du bol alimentaire dans toute la longueur de l'intestin pour aller réparer les pertes que le mouvement perpétuel de décomposition nécessite. Les mucosités déposées à la surface de la membrane muqueuse sont elles-mêmes bien souvent résorbées ; des gaz nombreux ou des fluides vaporeux distendent quelquefois énormément le tube

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digestif et causent la tympanite , pour disparaître plus ou moins rapidement sans qu'aucun vent se soit échappé. On a, bien des fois, pour l'isoler , placé une ligature aux deux extrémités d'une anse d'intestins dans laquelle on avait introduit une substance active : toujours on a vu le médicament produire ses effets , comme s'il avait circulé librement dans toute l'étendue du canal alimentaire. Aussi, est-ce par cette surface, la plus absorbante de toutes , que l'absorption répare les pertes de l'économie , et que l'art introduit presque tous les médicaments qui doivent aller au loin porter le calme qt la résolution. Ainsi toute substance présentée aux pores absorbants est absorbée ou susceptible de l'être, qu'elle soit utile ou nuisible, hygiénique ou thérapeutique, salubre ou tonique, liquide ou gazeuse, n'importe. Les différences qui ont lieu ne changent pas le fait.

§ 4. Absorption à la surface muqueuse (jènito-urinaire.

Quoique peu active dans les cavités génito-urinaires, l'absorption n'y est pas moins démontrée. Dans une rétention d'urine, ce liquide résorbé imprime des qualités particulières à tous les autres liquides, et la sueur ellemême prend une odeur urineuse. Des substances injectées dans la vessie ont également transmis leurs qualités aux parties éloignées du corps 5 n'y eût-il sur les organes génitaux que l'absorption d'un virus trop connu , qu'elle suffirait pour établir son existence. Mais la médecine a trouvé le moyen de faire pénétrer dans l'économie des substances médicamenteuses , en les y employant en frictions ou en injections 5 bien des fois on a vu les frictions mercurielles pratiquées sur ces organes occasionner la salivation.

Nous assimilerons à cette absorption celle qui s'opère dans les réservoirs des glandes et dans les conduits excréteurs. Dans ces derniers , elle est plus difficile à démontrer que dans les réservoirs. La bile, le sperme, l'urine se concentrent par la résorption dans leurs parties les plus ténues. La bile est résorbée avec rapidité, lorqu'un obstacle vient s'opposer à son cours, et alors elle va causer la couleur ictérique des urines et de la peau. Longtemps retenue, l'urine devient plus haute en couleur et plus odorante. Souvent alors elle donne à tout le corps et à tous les liquides cette odeur urineuse qui témoigne de son absorption. Cruikshanka même vu sur lui l'urine s'absorber en entier. La résorption du sperme ne laisse pas plus de doute; on connaît ses effets sur l'économie dans les cas de continence trop grande, surtout chez les jeunes gens. N'a-t-on pas vu aussi se faire dans l'utérus l'absorption de certains épanchements, et même de certains corps solides: placenta ou môle? N'a-t-on pas vu l'action stupéfiante des narcotiques s'opérer par le vagin? L'absorption a lieu encore sur les surfaces des kystes. Des substances toxiques, injectées dans leur intérieur, ont bien des fois causé les accidents de l'empoisonnement. Plus souvent encore, on obtient la diminution et même la disparition de la matière qui y est renfermée ; ce

qui ne peut avoir lieu que par son absorption. Disons toutefois que cette action s'exerce avec beaucoup plus de lenteur à ces surfaces que sur les surfaces naturelles.

§ 5. Absorption aux surfaces séreuses et synoviales.

Sans parler de l'absorption qui se fait à chaque instant du fluide qui est continuellement versé, elle est démontrée par tant d'autres faits qu'elle ne saurait être douteuse. Une sérosité abondante est épanchée dans la cavité péritonéale ou dans les plèvres : elle diminue à mesure que la quantité plus, grande des urines ou de la sueur en annonce l'absorption. Dans l'hydrocéphalite, la sérosité épanchée est quelquefois résorbée peu à peu pour laisser le cerveau reprendre ses fonctions ; tous les jours on voit disparaître un épanchement sanguin ou purulent dans les plèvres et dans l'abdomen. Un fluide doux et onctueux, injecté en petite quantité et à plusieurs reprises dans ces cavités, et surtout dans la tunique vaginale, y est résorbé. Portai a bien des fois répété cette expérience en poussant de l'eau dans la plèvre et dans le péritoine de plusieurs chiens : ce liquide a disparu au bout de quelques jours. M. Lauth a vu l'encre injectée dans les plèvres d'un chien être absorbée, et marquer le trajet des vaisseaux lymphatiques par la couleur noire que leur donnait le fluide absorbé. La bile déposée en petite quantité dans le péritoine y est assez rapidement absorbée. Les poisons, injectés à ces surfaces, sont bien vite saisis et vont causer tous les signes de l'empoisonnement. Lorsqu'une hydropisie disparaît, il y a absorption -, tous les auteurs en conviennent. Cette absorption n'est pas toujours uniforme : tantôt elle est ralentie, tantôt elle est activée , selon la modification vitale imprimée à cette fonction. Et après ces faits on vient encore déclarer qu'il n'y a pas de sensibilité aux bouches ou pores des absorbants !

Les tympanites péritonéales ne peuvent disparaître que par l'absorption du gaz développé dans la cavité. On a vu, enfin, les accumulations synoviales des articulations et des gaines des tendons diminuer progressivement par l'accumulation du liquide. On a vu la même absorption dans les cavités de l'œil, où le cristallin même est quelquefois plus absorbé, et dans celle du labyrinthe. La même chose se remarque-t-elle dans l'amnios? Hunter , Cruicshank, Mascagni et autres n'ayant pas pu y découvrir des vaisseaux lymphatiques, firent rejeter cette absorption, qu'on avait adoptée jusqu'alors. Fohmann a, depuis lors, démontré la présence des lymphatiques et de leurs renflements dans l'amnios, le placenta et le cordon ombilical. II ne peut donc plus rester de doute sur cette absorption.

§ 6. Absorption dans le tissu cellulaire. Toutes les sortes d'absorptions s'exécutent avec beaucoup d'activité dans cel

immense réseau. Un œdème partiel ou général disparait par l'absorption du liquide infiltré. Du sang épanché dans ses mailles est résorbé. Le pus luimême est repris, et un dépôt se dissipe sans ouverture. De l'eau ou tout autre liquide injecté en petite quantité y est absorbé. Un emphysème pathologique ou artificiel se guérit sans évacuation apparente, et avec assez de rapidité. Nysten, Chaussier et plusieurs autres physiologistes ont employé cette voie pour introduire dans l'économie différentes substances médicamenteuses ou vénéneuses, dont les effets n'ont pas tardé à en prouver l'absorption. Cette fonction s'opère aussi dans les cellules adipeuses , puisque l'embonpoint qui résulte de leur plénitude ne peut diminuer que par l'absorption de la graisse qui y est renfermée. Les effets de l'abstinence sont assez connus. ■

Nous assimilerons à cette absorption celle qui s'opère dans les aréoles ou les mailles de quelques tissus ; telles sont l'absorption de l'humeur vitrée et de l'humeur aqueuse dans le globe de l'œil ; celle du fluide propre de la thyroïde, qui n'a point d'autre issue, etc.

§ 7. Absorption interstitielle.

L'absorption n'est pas moins réelle dans la substance même ou le parenchyme des organes : c'est l'absorption interstitielle ou de décomposition de Hunter. Elle est dans un exercice perpétuel, parce qu'elle opère la décomposition des tissus, en absorbant les molécules qui ont servi à leur composition pendant un certain temps, afin que de nouvelles molécules viennent les remplacer. Ce fait devient très-évident sur le tissu osseux lui-même, le plus dur des tissus. Lorsque, à l'exemple de Duhamel et de Hunter, on fait manger de la garance à de jeunes poulets, leurs os se teignent en rouge. Au bout d'un certain temps cette rougeur disparaît, parce que les molécules de phosphate calcaire qui en avaient été imprégnées sont absorbées. Lorsque l'embonpoint diminue, ce n'est pas au détriment du tissu cellulaire seul : tous les organes et les tissus y participent. On peut comparer les rubans minces et étroits que forment les muscles chez un individu arrivé au dernier degré de marasme, aux masses musculaires et consistantes de l'homme athlétique qui a conservé son embonpoint. Une augmentation de volume a lieu par hypertrophie, le goitre, par exemple ; l'absorption ramène la glande thyroïde à son volume ordinaire. C'est aussi par l'absorption de leurs molécules organiques que le thymus et les capsules surrénales disparaissent. C'est en vertu de la même action que nous avons vu un testicule disparaître en vingtquatre heures, chez un individu qui avait reçu un coup de poing sur cet organe.

Lorsque les tissus sont déchirés par une plaie, une eschare, un ulcère, etc., l'absorption s') fait comme dans leur intérieur intact, et quelquefois

avec une rapidité surprenante. Les poisons y sont résorbés instantanément, comme M. Bernard vient de le prouver encore pour le curare, comme Fonlana l'avait démontré pour le venin de vipère. Ce célèbre expérimentateur avait pensé que le défaut d'empoisonnement par l'estomac venait de ce que le poison était digéré dans cet organe et perdait ainsi sa vertu toxique ; mais M. Bernard a démontré qu'il n'en était pas ainsi, puisque le curare, retiré de l'estomac après l'avoir franchi, conservait toute sa férocité, et que cela ne venait que du défaut d'absorption.

§ 8. Mécanisme de l 'absorption.

Cette fonction n'est pas douteuse \ mais ses moyens d'exécution ont été pendant longtemps inconnus , et aujourd'hui même ils sont encore le sujet de controverses qui ne paraissent pas près de se terminer. De sorte que cette fonction est aussi bien étudiée que son organe est peu connu. Comme dans l'antiquité on ne connaissait que les vaisseaux sanguins, ils furent généralement regardés comme les moyens de l'absorption, entre autres par Hippocrate. Cependant quelques auteurs , entr'autres Erasistrate et Hérophyle, observèrent déjà les vaisseaux lactés, et les virent se rendre aux glandes mésentériques. Ils les regardèrent comme la veine à l'aide de laquelle l'absorption s'opérait dans les intestins. Plus tard les découvertes d'Eusèbe, d'Eustachi, d'Aselli, de Veslingius, fixèrent de nouveau l'attention sur cet objet, en découvrant le canal thoracique et les vaisseaux lactés. La découverte de la circulation sembla ralentir un moment celle des absorbants , et Harvey alla jusqu'à en nier l'existence, parce qu'ils étaient inutiles et que les veines suffisaient à l'absorption. Sans oser les nier, Ruisch, Leuwenoeck, Holler, n'ayant pas pu parvenir à les découvrir, désespérèrent de jamais réussir. Cependant les travaux de Bartholin, de Pecquet, de Rudbeck, de Jolyf et de Guillaume Hunter, ne tardèrent pas de la régulariser et de faire de l'absorption un corps de doctrine qu'ils étendirent à toute l'économie. Les vaisseaux lymphatiques à la description desquels concoururent beaucoup, dans la suite Hewson, Jean Hunter, Cruikshank, Mascagni, Ruisch, et, dans ces derniers temps, le professeur Lippi, Breschet , furent seuls chargés de la faculté d'absorber. Cette opinion cessa bientôt d'être exclusive. Swammerdam, Kaw-Boerhaave, Meckel, Monro , et même Haller firent des expériences pour démontrer l'absorption veineuse. MM. Magendie et Delile, Ségalas , Mayer, Emmert, Lawrence, Coates, Tiedmann, Gmélin, Brodie, Panizza en confirmèrent l'exactitude par de nouveaux développements. Dans le même temps, un physiologiste italien, le docteur Fodera, luttait en faveur d'une sorte d'imbibition qu'il chercha à établir. Il en fut de même du docteur Franchini de Sarzana , de Bologne. Cette manière de voir, reproduite par Dutrochet sous le nom d'endosmose et d'exosmose, est appuyée sur des faits si curieux qu'elle serait devenue aisément l'opinion générale, si elle

avait pu s'appliquer à tous les cas. La difficulté de fixer l'incertitude qui résulte de cette divergence nécessite l'examen particulier de chacune de ces opinions.

Les vaisseaux lymphatiques viennent s'ouvrir tous aux surfaces libres des différentes membranes, dans les aréoles du tissu cellulaire et dans les espaces interstitiels des organes. Cette ouverture fut niée par des anatomistes distingués, tels que Fohmann, Panizza, Lauth, Rudolphi, Dœllinger, Breschet, A. Mekel, Dutrochet, Muller, Leber, Robin, Sappey, etc. Tous ont vu les lymphatiques se terminer par un cul-de-sae ou par une ampoule, soit dans un tissu cellulaire commun ou particulier, soit en s'anastomosant à l'infini par un réseau immense. M. Sappey surtout est parvenu à injecter ce réseau d'une manière admirable. Quelquefois même il l'a trouvé double. Il l'a vu naître des cavités mêmes des lobules ou grains glanduleux et des radicules excrétoires. Cependant il n'a pu le trouver ni dans la plèvre, ni dans les muqueuses pulmonaires et intestinales, ni dans quelques autres tissus. C'est aux intestins surtout qu'on a pu étudier les villosités et qu'on a reconnu qu'elles étaient des prolongements, tantôt pyramidaux, tantôt lamelliformes, tantôt cylindriques, formés par un réseau de vaisseaux tout à la fois capillaires, veineux et artériels. Mais elles ne sont point percées comme on Fa cru : un tissu mince les ferme partout, et forme le cul-de-sac qui commence le lymphatique. Cependant ces villosités semblent perforées à leur base ; mais ce sont les ouvertures des glandes microscopiques de Liéberkuhn, et elles sont le plus souvent imperceptibles au microscope. Lacauchie fait observer avec juste raison que les différences des observateurs viennent, le plus souvent, de ce qu'ils ont observé à des époques différentes et plus ou moins éloignées de la mort. Aussi Muller avoue qu'il plane la plus grande incertitude sur les conclusions quon en a tirées, et que les raci?ies des lymphatiques sont inconnues encore, et il va jusqu'à admettre une absorption commune entre les lymphatiques et les vaisseaux sanguins. Selon lui, la matière absorbée passerait dans ces derniers, et, par une sorte de tamisation, laisserait filtrer les parties les plus ténues dans les lymphatiques. Cette ouverture a été admise par un grand nombre d'auteurs , tels que Aselli, Liéberkuhn, Hewson, Cruikshank, Hunter, Hamberger, Monro, Mascagni , Scheldon, J.-F. Meckcl , Blondlot, Bichat, Meckel et Bleuland, et, dans ces derniers temps, par Hedwig, Tréviranus, MM. Gruby et Delafond, Lauth, Haase, Sappey. Ce dernier surtout a fait connaître leur mode d'origine à la surface interne des cavités sécrétoires et excrétoires. Elle se fait par des pores imperceptibles, démontrés surtout par des injections qui de ces vaisseaux viennent pleuvoir sur différentes surfaces, principalement à la surface de la membrane muqueuse intestinale, sur laquelle MM. Leuret et Lassaigne ont vu refluer le chyle en injectant du haut en bas de l'eau tiède dans le canal thoracique, et à la surface du foie où 31. Flandrin a vu suinter la matière de l'injection. Beaucoup d'auteurs ont cru les apercevoir au microscope, et quelques-uns leur ont trouvé dans les intestins une texture spongieuse et érectite qui les faisnii allonger pour aller

en quelque sorte puiser le liquide qu'ils absorbaient, ce qui n'est pas encore assez démontré. M. H. Boehm et Goodsin ont vu sous l'épithelium une vésicule ou cellule qui exécutait le premier acte de l'absorption.

Dans les végétaux, des pores allongés président à cette fonction, selon de Humboldt, Sprengel, Schrank, Tréviranus, etc.

Les liquides absorbés marchent en s'éloignant du point d'origine des vaisseaux, et on a pu en recueillir d'assez grandes quantités, surtout du chyle. L'absorption s'exerce donc par les extrémités des vaisseaux lymphatiques ? soit médiatement, soit immédiatement, car il serait absurde d'admettre que les vaisseaux lactés, toujours trouvés pleins de chyle, le fussent ainsi sans communication aucune. Nécessairement le chyle a dû y pénétrer, et il ne l'a pas pu si le sac est fermé dans son entier. Aidons-nous du microscope, oui, sans doute, mais ne nous exposons pas au ridicule de mettre notre raison entièrement au bout d'une lunette. Ce qu'elle ne démontre pas, le fait, la vie et la raison le démontrent. Mais leur nombre ayant paru insuffisant pour transporter toute la quantité du liquide absorbé, on a dû chercher d'autres voies.

Les expériences de plusieurs physiologistes ont démontré que les veines, ainsi que l'avaient pensé Hippocrate et Galien,et, dans ces derniers temps, le célèbre Darwin, servaient de véhicule à la plus grande partie du liquide absorbé. Une anse d'intestins isolée de manière à ne conserver avec le reste du corps d'autre communication vasculaire possible que celle des veines, étant remplie de liquide, on le voit bientôt diminuer; et si ce liquide est médicamenteux ou vénéneux, il ne tarde pas à produire ses effets. La ligature ou la compression des principaux troncs veineux des membres en détermine bientôt l'infiltration. Le canal thoracique étant lié, les poisons injectés dans les plèvres, le péritoine, le tissu cellulaire sont absorbés avec la même facilité et ils causent l'empoisonnement. La rapidité avec laquelle certains poisons appliqués sur les conjonctives causent la mort, ne permet pas d'admettre qu'ils ont été absorbés par les lymphatiques seuls : la longueur du trajet se lût opposée à une aussi prompte intoxication. Ils ne peuvent avoir passé que par les veines. Certains poisons, portés dans les voies respiratoires, se retrouvent bientôt dans le sang des cavités gauches du cœur et jamais dans le sang des cavités droites ni dans la lymphe du canal thoracique , pourvu qu'on examine sur-le-champ. L'upas-tieuté, le woora, etc., ont été introduits dans des membres qui ne communiquaient plus avec le reste du corps, que par une veine dont la continuité était entretenue par un tuyau de plume , ils ont causé l'empoisonnement avec la même rapidité que si le membre eût été sain et toujours uni au reste du corps. Ces expériences, répétées avec succès par Mayer, Schadel, Westrumb, sont donc en contradiction formelle avec celles de Monro. Le passage du sang de la mère à l'enfant et celui du sang de l'enfant à la mère, ne peuvent pas avoir lieu si les veines du placenta, d'une part, celles de l'utérus , d'autre part, n'absorbent pas le sang versé aux surfaces utéro-placentaireSi Ces phénomènes ne pourraient pas avoir lieu si les veines

n'absorbaient pas les liquides des parties où elles prennent naissance. Mais faut-il conclure pour cela que les veines seules absorbent, et regarder comme le travail d'un halluciné les savantes recherches de Mascagni sur les lymphatiques, dans sa Grande Anatomia? Evitons ces écarts, voyons la vérité tout entière, voyons-la partout où elle est, gardons-nous surtout de la proscrire parce qu'elle contrarie nos idées systématiques et préconçues. D'ailleurs Westrumb, Mayer, Lebkuchner, Lawrence, Coates, Seiler, Ficinus, ont vu quelquefois aussi la substance passer par les lymphatiques.

Combien sont erronées les idées des physiologistes physiciens lorsqu'ils rejettent l'absorption des molécules de l'albumine, du sang, du pus, parce qu'elles sont plus volumineuses que les pores, soit lymphatiques, soit veineux, par où elles devraient s'introduire ! Ils oublient que ces pores sont doués de la vie et qu'ils peuvent se prêter à une dilatation assez grande pour admettre des molécules que leur calibre apparent semble devoir repousser. Ils oublient que la vie leur impose ses lois et les soustrait en partie aux lois physiques des calibres inertes. Nous chercherons plus loin comment cette opération se fait.

La capillarité a été admise la première pour expliquer l'absorption ; mais elle ne rend raison que de la réplétion des tubes quand ils sont vides, ou alternativement vides ou pleins. Elle n'explique ni l'ascension des liquides, ni leur choix, ni leur métamorphose.

Le docteur Fodera a prétendu que l'absorption se faisait par une sorte d'imbibition de l'extérieur à l'intérieur, et que les liquides pénétraient dans nos tissus comme l'eau pénètre dans une éponge. Il s'est fondé sur plusieurs expériences d'imbibition de matières colorantes et de matières toxiques, auxquelles Lebkuchner a beaucoup ajouté. Cette opinion qui était celle de l'enfance de l'art, et que plusieurs physiologistes avaient restreinte au passage des boissons dans les voies urinaires à travers le tissu cellulaire de l'abdomen, a été admise par de Blainville comme une capillarité, et présentée par Dutrochet sous les formes les plus propres à lui mériter un assentiment général. Cet habile physiologiste a démontré dans une suite d'expériences extrêmement nombreuses et variées, qu'un liquide placé à l'extérieur d'un réservoir qui renfermait un autre liquide, s'y introduisait à travers le tissu mince d'un corps organisé quelconque, ou même de lames d'ardoise ou d'argile cuites très-minces, et le traversait sans se mêler à lui, lorsque surtout il y avait différence de densité entre les deux liquides. C'est Y endosmose. Par une autre loi, le liquide intérieur se porte au dehors, d'autant plus facilement que les liquides animaux produisent l'endosmose avec l'eau avec beaucoup d'énergie, et il a appelé ce phénomène, exosmose. Ayant démontré cette double circulation dans les végétaux, il en a fait l'application à tous les corps organisés vivants. M. Buquerel ayant soupçonné l'électricité d'avoir part à cette opération, MM. Porrelt, Vollaston, Hollard, Tognot ont fait des recherches qui leur auraient fait établir que l'on peut, à l'aide d'un courant galvanique', produire le mouvement ascensionnel ou endosmose, malgré l'hétéro-

généité des liquides mis en rapport. M. Dutrochet a démontré, depuis, la futilité des applications de l'électricité à ce phénomène qu'il rapporte entièrement à la capillarité.

Magnus, Matteucci, Liébig ont ajouté de nouvelles expériences à celles de Dutrochet, et ils ont fait tous leurs efforts pour donner à sa découverte toute la précision dont elle manquait encore, en variant la nature des tissus, la densité et la composition organique et chimique des liquides. De nombreuses exceptions, des variations sans fin ont toujours mis obstacle à des conclusions positives. De sorte que ces expériences curieuses et intéressantes sont encore perdues pour le physiologiste. Car vouloir ne faire de l'absorption qu'une endosmose et dire : « L'eau pure est plus facilement absorbée que l'eau sucrée ou l'eau salée, parce que l'état du sérum du sang favorise mieux l'endosmose de l'eau pure à cause de sa moins grande densité relative, » ou bien « les deux liquides ont de l'affinité pour la membrane interposée, et ensuite l'un pour l'autre \ » c'est ne pas connaître les phénomènes de la vie ni l'influence qu'elle exerce sur les actes des tissus, selon l'impression qu'ils reçoivent. Pourquoi, en effet, le même liquide, par exemple l'eau de Sedlitz, porté sur le même estomac à deux époques différentes, sera-t-il absorbé un jour et purgera-t-il un autre jour ? 11 serait trop long de réfuter une à une toutes les raisons qui ont été apportées en faveur de l'endosmose comme cause unique de l'absorption. Le bon sens physiologique suffit pour cela. Il ne nous égarera point. Il nous empêchera, au contraire, d'obscurcir la vérité par ces incertitudes et cette perplexité qui deviennent le caractère de ceux qui dévient de la route du vitalisme. Que penser en effet de cette étude, lorsque Matteucci, son plus ardent et plus habile preneur, dit avec franchise : Il faut l'avouer, nous n'avons aucune théorie satisfaisante de l'endosmose. Elle ne présente pas cette constance, cette exactitude que l'on remarque dans les phénomènes physiques. En voulant se soustraire à l'influence de la vie, cette théorie de l'imbibition et de l'endosmose ne nous explique pas pourquoi, sur le vivant, les liquides renfermés dans l'estomac, dans la vessie, dans la vésicule du foie, dans le péritoine, dans les vaisseaux, dans les synoviales, ne transudent pas. Elle nous explique bien moins encore pourquoi le même liquide restera des années renfermé dans une poche naturelle ou accidentelle, et en sera tout à coup absorbé pour être éliminé ; pourquoi l'ecchymose passe par des nuances différentes de coloration, par l'absorption successive des différents globules sanguins qui la constituent. D'ailleurs, la force d'absorption n'est pas toujours en harmonie avec le degré de perméabilité des tissus. Le système fibreux, tendons, ligaments, aponévrose est très-perméable, et l'absorption y est très-lente. La peau, au contraire, est presque imperméable, et l'absorption y est très-active. Pourquoi ? Parce que l'imbibition n'est pas l'absorption. Par quel changement de liquide l'endosmose aurait-elle lieu, lorsqu'une cavité séreuse se vide brusquement? lorsqu'un abcès disparaît? lorsqu'une tumeur volumineuse se résout? Dans tous ces cas, il n'y a point d'échange, point d'exosmose : il

ABSORPTION. ÎM

n'y a qu'absorption. Quel est encore le liquide qui s'échange avec les gaz absorbés?

MM. Liébig et Bernard semblent, en adoptant la théorie de l'endosmose, vouloir faire intervenir les affinités chimiques entre les molécules des deux liquides qui sont en rapport pour en faire dépendre l'absorption. Trop de faits, trop de raisons s'élèvent contre cette prétention, pour nous permettre de la réfuter longuement. Nous acceptons l'épithète de physiologiste immobile, lorsque nous tenons la vérité : mais nous ne sommes pas tenté de mériter celle de physiologiste rétrograde, en lui substituant l'erreur, pour le plaisir de ne pas dire comme les autres et d'avoir l'air de dire du nouveau. Nous reconnaissons le mélange des liquides, c'est un fait; mais nous voyons dans ce mélange autre chose que les simples attractions chimiques, parce que nous y trouvons des produits , et par conséquent des actes qui n'en dépendent pas, et qui sont aussi des faits. Nous ne concevons pas qu'on puisse identifier l'absorption avec la force en vertu de laquelle une membrane poreuse et sèche attire les liquides dans son intérieur, et en conséquence avec la capillarité. La nouvelle théorie de M. Béclard sur la cause de l'endosmose qu'il fait dépendre du calorique spécifique ou constitutionnel, n'explique pas mieux l'absorption. Que le calorique soit la cause de la force ou du mouvement endosmotique entre deux liquides, il n'en reste pas moins impuissant lorsqu'il s'agit de l'absorption, lorsqu'on veut le faire agir sans la vie.

En 182G, M. Barry lut à l'Institut un Mémoire dans lequel il s'efforça de prouver que l'absorption était placée exclusivement sous l'influence de la pression atmosphérique. De nombreuses expériences, faites avec la ventouse, ont toujours démontré que l'absorption des poisons , acide hydrocyaniquc, upas-tieuté, strychnine et venin de la vipère, était arrêtée et empêchée par le vide. Oui, sans doute, le vide arrête l'absorption \ mais conclure de là que c'est la pression atmosphérique qui l'occasionne, c'est bien mal interpréter les lois de la physique, c'est ressembler à ceux qui prétendent que l'homme le plus faible, plongé dans l'atmosphère , supporte un fardeau énorme, ou qu'il faut une force bien puissante pour dilater le thorax dans l'inspiration. Nous nous dispensons d'examiner l'application physiologique de ces expériences, tellement elle nous paraît vicieuse. Ce qu'il y a de vraiment utile dans son Mémoire, c'est l'utilité thérapeutique dont peut être la ventouse dans les cas de plaies empoisonnées.

Il nous répugne de rappeler que plusieurs physiologistes , entre autres Fodera, ont accordé aux artères une partie de l'absorption.

Tel est l'état de la science sur les différents modes de l'absorption. Aucun n'est exclusif, et l'expérience en avoue trois. Ainsi les vaisseaux lymphatiques , les veines et le tissu perméable des organes concourent à cette fonction, sans qu'il soit possible de donner le dernier mot sur le mode d'action de chacun d'eux : c'est un mystère parce qu^il est sous l'empire des lois delà vie. Nous serions tout aussi coupables de refuser aux vaisseaux

lymphatiques leur participation à l'absorption parce qu'ils manquent chez les invertébrés, que de la refuser aux veines parce qu'elles manquent chez un non moins grand nombre d'êtres organisés. Cherchons à déterminer le mode d'action de chacun d'eux.

La ténuité des vaisseaux lymphatiques est déjà si grande, que leurs subdivisions sont bientôt tout à fait imperceptibles. Cependant on les a suivies jusque dans l'épaisseur des membranes séreuses et sous l'épithelium des membranes muqueuses : et l'œil , armé du microscope, y a découvert leur orifice quoique avec beaucoup de difficulté. De plus, ils ne se continuent ni avec les artères , ni avec les veines. Les villosités intestinales , trouvées pleines de chyle en même temps que les vaisseaux lymphatiques, ont pu facilement donner lieu aux opinions, 1° d'Aselli, qui comparait ces suçoirs à des têtes de sangsues ; 2° de Bichat, qui les regarde comme des suçoirs érectiles analogues aux points lacrymaux ; 3° de Lieberkuhn , qui en fait de petites ampoules spongieuses. Ainsi , on peut regarder comme certain que ces vaisseaux naissent des surfaces muqueuses ou séreuses , par des points imperceptibles , dont nous ne chercherons point à déterminer la forme,, et qui conduisent nécessairement aux vaisseaux lymphatiques , ou par endosmose, ou par un tissu intermédiaire dans lequel les liquides pénètrent par imbibition pour se rendre dans les vaisseaux lymphatiques qui y naissent par un rameau, en apparence fermé. C'est ainsi que Breschet, etc., pense qu'à la peau l'épiderme s'imprègne, se sature par imbibition du liquide dans lequel il est plongé, et que ce liquide porté jusqu'au derme y passe dans les radicules inhalants qui s'y ramifient.

On ne peut pas en dire autant des veines : car au microscope on les voit se continuer avec les artères, et aucun rameau ne paraît naître ou se perdre dans l'épaisseur des tissus , comme l'ont pensé Caldani , Walther , Lupi , Brolie, etc. De telle façon que l'absorption veineuse ne peut pas être directe ; elle ne peut se faire qu'au moyen d'un tissu intermédiaire à travers lequel passe d'abord le liquide absorbé. Il y aurait donc imbibition ou endosmose. Or, voici ce que l'observation microscopique nous a démontré. Dans l'épaisseur d'une membrane mince et transparente, telle que l'épiploon d'une grenouille, les nageoires d'un petit poisson, etc., on ne voit pas les capillaires se diviser de manière à occuper tout le tissu. On ne les voit jamais finir ou commencer; toujours ils se continuent les uns avec les autres en laissant entre eux des espaces dépourvus de vaisseaux rouges apparents. Dans ces vaisseaux la marche du sang est bien évidente. Dans les espaces qui les séparent, on ne voit pas de sang, mais une foule de molécules plus ou moins régulièrement rapprochées , qui , un moment en repos , se mettent tout à coup à courir dans un sens , et vont plus ou moins loin disparaître auprès d'un capillaire sanguin. Ces molécules sont remplacées par d'autres qui semblent venir d'un autre point vaseulaire. Leur mouvement paraît spontané 5 il est impossible de voir quel en est l'agent. Cependant, la perméabilité et l'endosmose ne suffisent pas pour l'expliquer : rar il cesse dès 1<

moment que la vie a complètement abandonné l'animal sur lequel on expérimente. Ainsi les veines n'ont point de radicules absorbantes à la surface des membranes ni dans l'intérieur des tissus ; mais par des pores ou ouvertures latérales , elles reçoivent ou attirent les molécules qui ont été amenées dans leur voisinage. Il s'opère donc dans ce tissu extra-vasculaire une sorte d'imbibition ou d'endosmose. Mais, avant d'être présentées aux orifices veineux, il faut que les molécules aient d'abord été puisées au dehors par absorption. On peut dire que cette opération se fait par imbibition ou par endosmose ; autant vaut cette explication qu'une autre, d'autant mieux que rien ne la repousse. Pour qu'elle ait lieu, il faut toujours que le tissu soit perméable , c'est-à-dire , percé d'une foule d'ouvertures qui puissent livrer passage au liquide. Mais, puisque ce phénomène cesse avec la vie, l'absorption n'est pas une imbibition passive , mais un acte réel de l'organisation : c'est une aspiration opérée par le tissu et ses pores. Il faut , dit Muller, qu'une attraction quelconque entre en jeu. Et il admet des spongioles placées à l'extrémité des lymphatiques pour opérer cet acte, en agissant en général sur des liquides d'une nature particulière , pour lesquels ils ont vraisemblablement de V affinité; Lacauchie et MM. Gruby et Dclaibnd ont vu les villosités intestinales exécuter des mouvements d'allongement, de raccourcissement et de latéralité , qu'ils ne peuvent attribuer qu'à la contraction des lymphatiques en fonction. Les expériences de Dutrochet sur les végétaux lui ont .prouvé que ce sont les extrémités des racines qui absorbent, et non l'extrémité des parties supérieures. La polarité établie par Agardh entre les racines et les feuilles pour expliquer l'absorption, est un jeu d'esprit que l'expérience réprouve. L'électricité qu'on a voulu faire intervenir est impuissante, puisqu'après la mort on accumulerait en vain et dans tous les sens l'électricité positive et l'électricité négative , le phénomène n'aurait plus lieu. C'est un acte vital. S'il n'en était pas ainsi, verrait-on l'absorption devenir plus active ou plus lente suivant une foule de circonstances? Verraiton, par exemple , la sève des plantes augmenter au printemps pour cesser en automne ? Verrait-on le froid et la chaleur exercer sur elle une influence qu'ils n'exercent ni sur les capillaires ni sur l'endosmose ? Dans la capillarité, une fois que le tube est rempli à la hauteur voulue, il n'y a plus de nouvelle introduction de liquide \ tandis que l'absorption est continue, le vaisseau se remplit par un bout et se vide par l'autre.

Bien plus, cet acte ne s'opère pas sans discernement. Tous les liquides ne sont pas indistinctement absorbés. Un verre d'eau pure ingéré dans l'estomac y sera résorbé , tandis qu'un verre d'eau émétisée ou purgative sera rejeté par le haut où par le bas , sans que les absorbants lui aient rien pris. Ainsi les vaisseaux chylifères ne puisent que les matériaux du chyle. Ce choix, cette détermination en faveur d'une substance plutôt que d'une autre , ne peut être le résultat que d'un mode spécial de sensation , en vertu duquel l'orifice absorbant reçoit, de la part du liquide qui lui est présenté , une impression qui l'avertit de ses qualités et qui en détermine l'admission ou le

rejet. Seguin, ayant appliqué cinq substances différentes sur les téguments , les vit diminuer de volume dans des proportions différentes. L'une des cinq augmenta même de volume. Pourrait-on ne pas voir dans ce fait une action élective, une absorption différente suivant l'impression reçue? Telle était la théorie de Bichat, telle est encore la notre. Bien que nous n'ignorions pas que cette action élective ne s'oppose pas toujours à l'absorption des différentes substances inutiles et même nuisibles, nous n'en conclurons pas pour cela qu'elle ne s'exerce pas. Nous ne concevons pas l'inconséquence d'un physiologiste qui, après l'avoir niée avec aigreur, s'efforce de démontrer longuement que les chylifères et les veines n'absorbent pas indistinctement toutes les substances, que les unes absorbent de préférence les parties aqueuses et salines, et les autres les parties albumineuses et graisseuses, etc. L'absorption sera plus ou moins prompte selon que les suçoirs absorbants seront plus ou moins activés. Une hydropisie disparaît rapidement par l'absorption du liquide, sans que l'endosmose ni la capillarité puissent expliquer ce phénomène : il est tout entier du ressort de la vie. Si dans quelques expériences on a produit l'endosmose et l'exosmose en isolant des vaisseaux ou des portions de membranes et en les mettant en rapport avec différents liquides, ces faits ne prouvent rien, ils sont, pour ainsi dire, hors de la physiologie. Lorsque, par imbibition ou endosmose, le fluide se trouve ainsi placé dans un tissu cellulaire, spongieux, épidermique ou autre, il n'est encore ni dans les vaisseaux lymphatiques ni dans les veines. Pour y pénétrer, il faut une nouvelle absorption ; la difficulté n'est donc que reculée. Il faut que le vaisseau le puise là où il est pour le transporter. Là seulement sera la véritable absorption -, et nos yeux, armés du microscope, n'eussent-ils vu aucun orifice, qu'il en faudrait pour qu'elle s'opérât , car les vaisseaux lactés ne peuvent pas avoir été trouvés constamment pleins de chyle, sans que ce liquide y soit entré par quelque ouverture. Il est d'ailleurs naturel que des orifices qui absorbent ne restent pas ouverts après, parce que le liquide sortirait : ils se referment ; et voilà pourquoi on n'a pas pu trouver des pores qui n'étaient plus béants. Ainsi les observations de Lauth, de Panizza, de Breschet , qui ont vu commencer les lymphatiques dans le tissu des membranes et jamais à leur surface, et qui n'ont jamais pu voir d'orifices, de pores, ne prouvent rien contre l'absorption. Ces pores si ténus disparaissent après la mort par la contractilité du tissu de leur circonférence. M. Henle a fait graver l'origine des lymphatiques lactés gorgés de chyle , telle qu'il l'avait vue sur un cadavre. Elle forme un cul-de-sac sans ouverture. Mais encore une fois, comment le chyle y a-t-il pénétré?

Nous n'avons pas besoin de rappeler que les lymphatiques ne prennent point naissance des artères. Les injections ne passent point de celles-ci dans les premiers ; et lorsque cela est arrivé , ce n'était pas par continuité vasculaire, mais par quelque rupture dans des parties voisines et correspondantes. Ils paraissent communiquer plus directement avec les vaisseaux excréteurs

du foie, du rein, cte., puisque les injections poussées dans ces vaisseaux se rendent assez facilement dans les lymphatiques.

Il importe de déterminer sous l'influence de quel système nerveux s'exécute l'absorption. Elle ne peut pas dépendre du système nerveux cérébral, puisque , d'une part, l'organe de l'intelligence n'en a pas la moindre conscience, et qu'elle est indépendante de la volition, et que, d'autre part, on la voit se continuer pendant quelques heures après l'extinction de la vie cérébrale. Tous les jours, en effet, on voit au moment de la mort une accumulation de sérosité ou un dépôt purulent disparaître ou diminuer considérablement, ou une inflammation intense se dissiper. Mascagni, Valentin, Schreger, Sœmmering, Bresehet, Ontyde, Collard de Martigny et Desgenettes ont constaté cette absorption pendant 6, 24 et même 60 heures après la mort cérébrale. Si cette absorption était mécanique, elle ne s'arrêterait que lorsque le liquide d'une hydropisic aurait disparu complètement. Mais elle s'arrête aussitôt que le système nerveux ganglionnaire , qui a survécu un instant, cesse d'influencer encessant.de vivre. Cette conclusion , déjà rigoureuse, le devient davantage lorsqu'on considère que l'absorption appartient à tous les êtres organisés, et que, dans les végétaux, elle ne peut être influencée que par le système ganglionnaire, puisqu'ils n'ont pas d'autre système nerveux. Quelques auteurs ont nié toute influence nerveuse sur l'absorption, parce qu'ils l'ont vue s'exécuter dans l'estomac, après la section des pneumo-gastriques, et même après l'ablation des hémisphères cérébraux, et dans les membres, après la section des nerfs thoraciques ou cruraux. Le fait est vrai, mais la conséquence est fausse. Oui, sans doute, l'absorption est indépendante de l'action du système nerveux cérébral ; c'est la thèse que nous soutenons ; mais Nysten, Christison, Coindet, Longet, Muller, Brodie, Collard de Martigny, etc., en faisant la section des nerfs cérébraux, n'ont pas détruit les nerfs ganglionnaires qui marchent avec les artères ; ils n'ont pas détruit ces chaînes nerveuses, éternisées et renouvelées par les renflements ganglionnaires.

Mais il ne suffit pas d'avoir étudié l'absorption et d'en avoir indiqué le mécanisme, il faut en faire connaître le but et l'utilité. L'absorption introduit dans les corps animés les matériaux qui, transportés par la circulation, vont concourir à de nouvelles fonctions. Le sang est donc le réservoir où doit arriver la matière absorbée. Ainsi que nous l'avons vu, elle s'opère sur toutes les surfaces et dans tous les points de l'économie. Elle agit par conséquent sur des matériaux différents , parce que ce ne sont pas les mêmes qui se rencontrent partout. De ces matériaux, les uns sont nutritifs, les autres sont récrémento-excrémentitiels. Les premiers sont ceux qui, n'ayant pas encore servi à l'économie, y pénètrent pour la première fois. Ils ne peuvent y arriver que par la peau et par les membranes muqueuses, et surtout par la muqueuse gastro-pulmonaire. A la peau, il ne se fait ordinairement qu'une absorption aqueuse ou lymphatique. Dans les poumons il se fait une absorption de gaz qui se combine avec le sang. Dans le canal digestif il se fait,

d'une part, l'absorption du chyle -, de l'autre , celle des boissons. Les matériaux récrémento-excrémentitiels sont ceux qui déjà ont été employés dans l'économie, les uns à lubrifier ^es membranes et les tissus", les autres à nourrir les organes. Ces derniers sont le détritus de la nutrition , et ils cèdent leur place à de nouveaux matériaux.

L'absorption de matériaux d'une nature si différente est-elle confiée à un ordre de vaisseaux plutôt qu'à un autre ? Les uns sont-ils pris par les veines, et les autres par les lymphatiques ? Telle est la question qu'on est porté à se faire, et voici les conjectures qu'on peut inférer d'après l'observation des phénomènes les plus connus.

Dans les vaisseaux lactés on n'a jamais trouvé que du chyle. Les boissons ne paraissent pas y avoir été introduites, ce dont on a pu s'assurer au moyen des liqueurs et du vin , qu'on n'a jamais pu y retrouver. Dans les vaisseaux lymphatiques originaires des tissus on ne trouvé que de la lymphe ; jamais on n'y rencontre ni phosphate, ni fibrine, etc. Il paraîtrait donc, ainsi que l'ont admis Tiedemann , Ségalas, Ribes , Breschet , Weber, etc., que la lymphe et le chyle ne sont absorbés que par les vaisseaux lymphatiques. Ce qui paraît favorable à cette manière de voir , c'est que , lorsque les glandes mésentériques sont malades, comme dans le carreau, le passage du chyle étant gêné , la nutrition languit , le corps s'épuise et finit par succomber si la guérison ne vient pas donner au chyle la liberté de les traverser. Cela étant ainsi , les veines recevraient d'une part le liquide des boissons , d'autre part le détritus des organes. Ainsi les liquides absorbés par les vaisseaux lymphatiques seraient ceux qui doivent rentrer dans l'économie pour y jouer un second rôle ; tandis que les matériaux confiés aux veines , désormais inutiles, seraient destinés à être rejetés par les sécrétions. Malgré la probabilité de ces conjectures, l'absorption du chyle ne cesse pas complètement après l'obstruction du conduit thoracique ou des glandes mésentériques : alors les veines deviennent donc le véhicule et du chyle et de la lymphe , et réciproquement, lorsque la compression des troncs veineux met obstacle à la circulation, les vaisseaux lymphatiques absorbent les boissons et les autres matériaux. Ce fait ne prouve cependant rien contre notre opinion. Il est seulement une nouvelle preuve des immenses ressources et de la prévoyance de la nature , puisque ces deux modes d'absorption peuvent se suppléer , lorsque l'un d'eux souffre et qu'il ne peut plus remplir ses fonctions. C'est encore à cette suppléance qu'il faut attribuer les expériences en apparence si contradictoires des physiologistes sur ce sujet. Cependant cet acte supplémentaire n'est jamais bien parfait , puisqu'il n'empêche pas l'économie de languir et de succomber , si l'obstacle ne cesse pas. Cette assistance réciproque, quoique temporaire , préserve bien souvent de la mort et favorise la guérison, en faisant prendre aux organes malades le repos dont ils ont besoin.

Ce n'est donc pas seulement en physiologie que l'absorption joue un grand rôle. Elle n'est pas moins importante à étudier en pathologie , puisqu'elle juge bien ries maladies. On voit tout le parti qu'on peut en tirer en théra-

peutique. C'est bien souvent à favoriser des absorptions soit interstitielles, soit humorales, que doit s'appliquer le médecin.

Ici se présente une question bien importante. Les matériaux qui sont absorbés éprouvent-ils un travail qui les modifie et qui en change la nature? ou bien , restent-ils ce qu'ils étaient auparavant , et l'absorption ne fait-elle que les choisir? La difficulté de recueillir la lymphe rend bien difficile la solution de cette question -, et bien des faits semblent contradictoires. Cependant , malgré l'inaltérabilité de quelques substances qui passent en nature dans le torrent de la circulation , il est impossible de ne pas admettre une élaboration propre à l'absorption , lorsqu'on la voit s'exercer sur des matériaux si nombreux et si disparates , et fournir partout un fluide presque homogène. M. le professeur Adclon croit à ce travail , puisque le chyle et la lymphe, toujours homogènes dans leurs vaisseaux respectifs , ont dû nécessiter de la part de l'organe absorbant un acte vital sur les matériaux disparates qu'il a puisés, soit dans le chyme, soit dans les tissus, pour les identifier. Cette élaboration serait au reste beaucoup plus marquée dans les vaisseaux lactés , puisque ce n'est qu'à leurs suçoirs qu'on a trouvé une structure particulière et plus complexe , et que, dans l'économie , le résultat est ordinairement en raison de l'organe.

Les globules du chyle ne se trouvent que dans les vaisseaux lactés. Par quelle action chimico-vitale se sont-ils formés ? Quelles sont les molécules qui se sont associées pour les constituer? Les explications de Muller et de Dœllinger ne sont pas plus satisfaisantes que les autres. M. Andral n'a jamais rencontré dans les lymphatiques qui partent d'un foyer humoral , le liquide qui y est renfermé. Béclard l'a vainement cherché. M. Bernard n'a pas été plus heureux. Cette manière d'envisager les absorbants peut nous les faire regarder comme une sorte d'organe sécréteur.

On a beaucoup parlé de l'absorption des poisons. Les expériences de Fontana, de Brodie , d'Emmert, de Wedemeyer, de Rostelli , de Ségalas, de Gambio, de Panizza, etc., ne peuvent pas laisser de doute à cet égard. Tous les jours aussi nous voyons le virus syphilitique être transporté aux glandes de l'aine et y causer des bubons, le virus cancéreux étendre la maladie aux glandes voisines , le venin des cadavres aller à l'aisselle enflammer les ganglions et causer des abcès de mauvaise nature. D'un autre côté , la rapidité avec laquelle une goutte d'acide prussique versée sur la conjonctive tue un chien, la spontanéité avec laquelle des animaux ont été tués avec un atome de curare déposé sur une légère écorchure pratiquée sur les parties les plus éloignées d'un membre, ne permettent pas de penser qu'alors il y eût besoin d'absorption : la lenteur de celle-ci n'explique pas la rapidité de l'empoisonnement. De plus, nous avons vu, et d'autres physiologistes l'on vu aussi, l'action vénéneuse devenir plus lente dans l'estomac , après la section de la huitième paire ; ce qui nous a conduit à admettre deux manières d'agir de la part des poisons, l'une par absorption, l'autre par action directe sur le T. i. 7

système nerveux cérébral. Pour expliquer la rapidité de la mort par l'application de l'acide prussique sur la conjonctive , le savant professeur de physiologie, M. Bérard, admet le reflux du sang veineux vers le cerveau. Combien est puissante une opinion préconçue ! à quelles absurdités ne peutelle pas conduire! Muller aussi nie l'intoxication nerveuse 5 il n'admet que l'intoxication par absorption. Lorsque l'absorption s'exerce sur des fluides gazeux , elle peut se faire directement par l'espèce de succion ou d'imprégnation vitale : elle peut aussi , et c'est le cas le plus ordinaire , se faire par l'intermédiaire d'un fluide muqueux ou séreux, comme dans les voies respiratoires et dans les intestins 5 le gaz se combine d'abord et se laisse absorber après.

L'âge, le sexe, le tempérament, la veille et le sommeil, la température, une foule d'états pathologiques, etc., font varier l'intensité et la rapidité de l'absorption.

La pléthore sanguine la ralentit , l'abstinence , au contraire , l'active.

Le vide produit par la ventouse ralentit et empêche même l'absorption . tandis qu'un air plus condensé l'accélère. La compression de certaines tumeurs, de certains engorgements , de certaines hydropisies , de certains abcès , de certains kystes , en favorise la guérison en déterminant une absorption plus active. L'électricité semble l'accélérer aussi : cependant, les faits ne sont pas assez bien démontrés.

Les maladies modifient à chaque instant cette fonction , à chaque instant aussi l'absorption de certains principes, tels que la bile, l'urine, le pus, etc.. deviennent la cause de maladies graves. Il nous suffit d'avoir indiqué ces faits de physiologie morbide pour montrer le rôle que l'absorption joue dans la pathologie ; mais il n'est pas de notre ressort d'aborder cette vaste question.

La densité plus grande des liquides , leurs qualités huileuses et albumineuses , leur mouvement la ralentissent.

L'absorption n'est pas également active dans toutes les parties du corps. Elle l'est beaucoup plus sur les membranes muqueuses et surtout à la conjonctive et dans les intestins , qu'aux téguments : à la paume de la main elle est plus active qu'à la région dorsale ; au creux de l'aisselle, à l'épigastre , à la face palmaire du poignet , au jarret elle est aussi plus active. Elle est trèsactive aussi dans les membranes séreuses et dans l'intérieur des tissus.

Elle n'est pas également active chez tous les sujets. On connaît l'immunité de quelques individus pour certaines maladies vénéneuses , épidémiques et contagieuses.

COURS DE LA LYMPHE. i)i>

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