COURS DE LA LYMPHE. I0Î
veines qui sortaient des ganglions. D'ailleurs, elle ne prouve rien, elle n'est qu'une voie supplémentaire de plus pour remplacer le cours de la lymphe lorsqu'il vient à être gène ; car si la nature, qui cherche toujours les moyens les plus simples, avait voulu des anastomoses, elle n'aurait pas eu besoin de cet appareil inutile : il lui eût été bien plus simple d'établir ces communica tions directement des vaisseaux lymphatiques avec les veines, comme elle l'a fait presque partout, ainsi que l'ont reconnu Vieussens , Rosen , Meckel, Monro, Alard, Lauth, Béclard, Ticdemann, Gmelin, Breschet, etc. Pour savoir les modifications que les ganglions lymphatiques impriment au fluide qui les traverse, il fallait étudier le liquide dans les conduits afférents d'abord avant son entrée dans les ganglions, et ensuite dans les conduits efférents après sa sortie du ganglion. On en a recueilli dans les lymphatiques du col (Leuret etLassaigne), quelquefois dans ceux du bassin (ïiedemann et Gmelin), sur le coude-pied (Sœmmering et Wutzer). Elle forme un liquide plus ou moins rosé ou jaunâtre, d'une odeur spermatique ou sanguine, selon M. Bouisson, d'une saveur salée et coagulable par son exposition à l'air, propriété qu'elle doit à la fibrine qu'elle tient en dissolution.
La quantité de la lymphe contenue dans l'appareil lymphatique est peu considérable : 40 à GO grammes au plus semblent en représenter le chiffre. Mais cette quantité varie beaucoup , d'après les observations curieuses de M. Cpllard de Martigny. Elle augmenterait à mesure que l'on fait jeûner l'animal, parce qu'alors il y aurait plus rapide absorption interstitielle pour réparer les pertes du sang et fournir à la nutrition. Puis, lorsque les organes sont épuisés, la lymphe diminue et la mort arrive. Elle varie en outre beaucoup selon les régions où on l'examine, et d'un moment à l'autre dans la même partie. Il arrive souvent de trouver des vaisseaux vides pendant que d'autres sont pleins : ainsi le chyle, qui distend les vaisseaux lactés pendant la digestion, ne s'y trouve plus après, et il est remplacé par une petite quantité de lymphe.
Les analyses chimiques de la lymphe qui ont été faites jusqu'à ce jour ne peuvent être d'aucune utilité, tant elles sont différentes, puisque les uns n'y trouvent que de l'albumine et quelques sels; et les autres, avec MM. Leuret, Lassaigne et Collard de Martigny y trouvent en outre de la fibrine en plus ou moins grande quantité ; ce qui prouverait tout au plus que le liquide sur lequel on a opéré avait été recueilli dans des vaisseaux différents et à des époques différentes. Aussi , nous n'avons que les expériences de MM. Tiedemann et Gmelin sur le chyle qui puissent jeter quelque jour sur cette question. Ce fluide recueilli sur plusieurs animaux et principalement sur des chiens, des chèvres, des brebis , dans les vaisseaux lactés , avant leur arrivée aux ganglions mésentériques , était blanc , ne rougissait point à Vair , et donnait un caillot blanc ; celui des lymphatiques du mésentère qui avaient traversé les glandes et celui du canal thoracique , étaient d'un rouge clair et donnaient un caillot d'un rouge ècarlate pâle. Ces ph) siologistes concluent de ces faits que le cruor n'est communiqué au chyle qu'au moment où il traverse les glandes conglobées,
puisque ce n'est qu'après les avoir traversées qu'il se montre rouge. Quelques autres expériences leur ayant démontré que le caillot du chyle n'était point fibrineux avant son passage à travers les glandes du mésentère,* et qu'il le devenait après, ils sont portés à conclure, comme tout concourt à le démontrer , que la fibrine n'est pas immédiatement formée par l'acte digestif et qu'elle ne s'ajoute au chyle qu'à son passage au travers des glandes du mésentère. Les proportions de ces différentes parties constituantes du chyle ont infiniment varié suivant l'espèce d'animal , le genre d'alimentation, et suivant qu'il y avait plus ou moins longtemps qu'il avait mangé.
Mais cette influence n'est pas aussi grande que l'ont prétendu dans ces derniers temps quelques physiologistes chimistes. La matière de l'aliment ne passe point en nature dans le chyle. Tiedemann et Gmelin ont démontré que ce liquide contenait une quantité à peu près égale de fibrine , soit qu'il provînt d'une nourriture fortement azotée, comme la chair, les œufs, le lait, soit qu'il provînt d'un aliment non azoté, comme le sucre, la gomme , etc. Ils ont fait la même remarque pour l'albumine. De plus , la matière grasse qu'il contient d'abord , disparaît plus loin : que devient-elle ? Tout prouve donc de plus en plus que les matériaux du chyle se forment de toute pièce , et que dans son trajet il subit une élaboration continuelle. Les globules s'y développent, la fibre s'y forme, la matière colorante y arrive , et chacun de ces trois éléments organiques se rapproche de plus en plus des éléments analogues du reste du sang, à mesure qu'ils avancent, soit par l'action des glandes lymphatiques surtout, soit par l'action des parois des vaisseaux, soit par une sorte de travail vital intestin qui s'opère dans le liquide lui-même par ses éléments immédiats, et qui fait que chacun d'eux arrive, pour ainsi dire, à sa maturité, comme un fruit détaché de l'arbre, successivement et jamais d'emblée. Les théories ingénieuses d'Hewson , de Muller , de Home et Bauer , de Simon, d'Ascheron, de Donné, etc. , sur la formation des globules, simples ou composés, puis s'enveloppant d'une capsule colorée , ou débutant comme la cellule primitive , ne sont pas assez démontrées pour mériter de nous occuper plus longuement. On a voulu évaluer la quantité qui se formait. Les résultats sont très-incertains. Vierordt prétend qu'il y a quatre pour cent de la matière azotée prise en aliment qui se convertissait au chyle, et qu'il s'en formait en tout cinq livres en vingt-quatre heures. Cette évaluation doit être souvent en défaut.
Une analyse comparative de la lymphe avec le chyle a été publiée dans le London med. Gaz. 1841. Il en résulte la plus grande analogie entre les deux liquides; mais la lymphe contient plus d'eau, moins d'albumine, moins de fibrine , pas de sels et pas de matières grasses. Cette différence de composition en amène-t-elle une dans les fonctions ultérieures ? Comme ils vont se mélanger dans le réservoir de Pecquet, ces deux liquides n'en forment plus qu'un : ils vont ensemble concourir aux mêmes combinaisons; ils éprouvent tous les deux des métamorphoses semblables.
Ainsi, plus de doute , les glandes conglobées exercent une action sur la