COURS DE LA LYMPHE
Iwnphe et sur le chyle ; elles en commencent la sanguin* cation, elles sont les premiers organes de l'hématose, de façon que la lymphe qui est versée dan^ les veines par le canal thoracique est déjà presque du sang, et quelle ne requiert plus, pour le devenir , que le travail de la respiration. On aurait tort d'attrihucr la librine qu'on trouve dans le canal thoracique aux substances alimentaires dont se nourrissent les carnivores, car la lymphe des herbivores en a tout autant présenté. Ces changements progressifs du chyle sont une nouvelle preuve qu'il est absorbé exclusivement par les vaisseaux lactés , car s'il était absorbé par les veines , il ne passerait plus à travers les ganglions mésentériques, son hématose ne commencerait plus , la sanguification serait incomplète et l'économie en souffrirait. C'est ce que nous voyons tous les jours dans le carreau , lorsque les glandes mésentériques , engorgées , ne laissent plus passer le chyle. Alors, quoique ce liquide soit absorbé et transporté par les veines, la nutrition languit et l'épuisement aurait bientôt lieu, si le retour des glandes à leur état naturel ne lui permettait pas de les traverser bientôt. Cependant, Duverney, Astley-Cowper, M. Flandrin et quelques autres, ayant vu des animaux survivre quinze jours et même un mois après la ligature du canal thoracique , ont dû en déduire une conclusion contraire à notre opinion. Malgré cette contradiction apparente, nous persistons et nous trouvons même que leur expérience est favorable à notre opinion. Elle prouve , il est vrai, que le chyle est transporté par les veines; mais elle prouve aussi qu'en ne passant plus à travers les glandes mésentériques, il n'y reçoit plus le commencement d'animalisation qui est indispensable à l'entretien de la vie, puisque la mort est survenue au bout de deux, trois ou quatre semaines , excepté dans le cas où le canal thoracique est double, comme l'ont constaté plusieurs ibis MM. Dupuytren et Rullier. Le chyle pourrait encore se rendre dans les veines après avoir déjà traversé plusieurs glandes mésentériques , ainsi que nous avons pu le vérifier deux fois, et que peuvent le faire penser les travaux de M. Lippi. Ces faits nous fournissent ainsi l'explication naturelle des cas dans lesquels Cheston, Meckel et M. Flandrin ont vu le canal thoracique complètement obstrué. Avec eux aussi on se rend compte de la présence du chyle dans les veines mésaraïques, car si les veines l'absorbaient elles-mêmes dans l'intestin , elles n'y puiseraient que les matériaux du chyle et non le chyle lui-même. Ce fait, qu'on a cru favorable à l'absorption veineuse du chyle, est peut-être celui qui prouve le plus contre elle.
La lymphe et le chyle éprouvent des modifications en passant par les glandes lymphatiques ; le fait n'est pas douteux , mais comment s'opère-t-il ? voilà ce qu'il est impossible de déterminer : c'est un mystère comme nous en rencontrons si souvent dans l'étude des lois physiologiques. En effet , cette fibrine qu'on trouve dans la lymphe à sa sortie des glandes, y a-t-elle été versée par le sang artériel, ou bien est-elle le résultat de la conversion du caillot caséeux en caillot fibrineux? S'il fallait nous décider pour une de ces deux opinions, nous adopterions la dernière, parce que la première ne ferait qu'éloigner la difficulté: car eu sortant aux glandes conglobées l'élaboration de
î 08 FONCTIONS GANGLIONNAIRES.
ia fibrine, il faut en confier la fonction à quelque autre organe, et nous ne voyons pas quel est celui qu'on en chargerait. D'ailleurs, dans le moment de la digestion, une grande quantité de chyle traversant les glandes nécessiterait l'abord d'une plus grande quantité de sang artériel et dépouillerait le sang veineux d'une partie de sa fibrine , ce que l'expérience n'a jamais démontré. Nous pensons donc qu'il y a, comme dans les organes sécréteurs, un travail de transubstantiation.
La structure des ganglions lymphatiques ne peut pas servir à rien expliquer. Depuis Mascagni jusqu'à Cruveilhier et Breschet , cette structure est encore enveloppée d'épaisses ténèbres. Il y a modification des vaisseaux, modification de structure. Cette modification doit être la cause de l'action de l'organe sur le liquide, sans être obligée d'invoquer les communications des veines, exagérées par Lippi. Une cause des erreurs de cet anatomiste vient de ce que sur le cadavre les injections passent assez facilement dans les veines, parce que la vie n'est plus là pour faire refuser les liquides et leurs molécules. Si les veines succédaient ainsi aux vaisseaux efférents, ceux-ci deviendraient inutiles, et cependant ils forment une masse aussi considérable que celle des afférents, parce qu'ils doivent emporter des glandes tout le liquide qui leur est apporté.
Ainsi la circulation lymphatique a pour hut : 1° de transporter dans le torrent de la circulation veineuse, et sous le nom de lymphe , les matériaux nutritifs que l'absorption a puisés aux diflérentes surfaces et surtout à la surface du canal digestif; 2° de transformer ces matériaux ou éléments primitifs en matériaux de plus en plus rapprochés de la composition du sang , par un travail connu sous le nom de lymphose , et qui s'opère successivement dans les ganglions lymphatiques à travers lesquels ils passent. De cette manière les matériaux destinés à devenir le sang y subissent des transformations successives et non subites. La différence qui sépare du sang le chyme et le chyle est immense, et celle qui en sépare la lymphe du canal thoracique esta peine sensible ; l'hématose n'a plus qu'un pas à faire pour être complète. La petitesse de ce canal ne permet jamais à la lymphe d'arriver brusquement et en grande quantité dans la veine cave ; ce qui pourrait en rendre le mélange plus difficile et plus tard l'hématose moins facile et peut-être plus incomplète. Elle se mêle vite au sang , et elle va bien vite achever sa métamorphose dans les poumons. Une circonstance semble donner plus de poids à cette opinion sur cette action préparatoire des glandes, c'est leur atrophie et leur presque disparition chez le vieillard. Chez lui les tissus ne se réparent plus ou presque plus -7 en conséquence les organes doivent peu à peu s'atrophier et cesser d'aeir.
Dans les deux préeédents chapitres, nous avons vu des matériaux de toute espèce venir dans les veines se mêler au sang , soit immédiatement après leur absorption, soit après un trajet plus ou moins long. Nous avons vu que ces matériaux provenaient, les uns du détritus des organes, et avaient déjà servi à l'économie, les autres de principes étrangers et nouveaux qui venaient remplacer ceux qui ne pouvaient plus être utiles. Nous allons voir maintenant comment ces matériaux, réunis au sang, seront transportés dans toutes les parties de l'économie pour concourir à de nouvelles fonctions.
Ce mouvement du sang forme un cercle qui ne peut jamais être interrompu : quelque part que l'on commence, on est toujours sûr, en en suivant le cours, de revenir au même point. C'est à cause de ce cercle complet qu'on lui a donné le nom de circulation. Dès lors il paraît indifférent d'établir le point de départ dans un endroit ou dans un autre, parce que l'appareil entier de la circulation est à la fois rempli de sang -, parce qu'une ondée pousse toujours une autre ondée sans interruption, sans aucun vide. Cependant, pour suivre l'enchaînement méthodique des fonctions, nous placerons le nôtre dans les radicules veineuses , parce que c'est là que nous avons vu arriver une partie des matériaux de l'absorption \ c'est là aussi que nous devons les prendre pour les suivre dans leur trajet. D'ailleurs, c'est aussi dans les veines que viennent se rendre tous les autres matériaux de l'absorption. De cette manière , nous ne les perdrons jamais de vue ni dans leur cours ni dans leurs métamorphoses.
La circulation est une des fonctions les plus importantes et les plus curieuses à étudier. L'appareil qui l'exécute paraît le plus simple des appareils ; il semble n'être qu'une machine hydraulique, cependant il a fallu des siècles pour en découvrir le mécanisme. Les anciens n'avaient aucune connaissance de cette importante fonction. Néanmoins Hippocrate connaissait les veines; Aristote croyait que le sang se transmettait du cœur dans les veines sans revenir à cet organe -, Protagoras et Erasistrate avaient étudié les artères, et ils les croyaient remplies d'air ; Galieny reconnut la présence du sang, et il pensa que les veines prenaient naissance dans le foie et que le sang passait dans le ventricule droit pour aller nourrir les poumons, d'où il n'en revenait que fort peu au ventricule gauche ; Vésale fit la découvertes des valvules veineuses ; Servet aperçut le cours du sang du cœur aux poumons et des poumons au cœur ; Colombo parla dans le même sens et avec assurance , mais sans fournir aucune preuve. S'il est vrai que Césalpin ait connu la circulation complète, sa découverte resta perdue pour la science, puisque cette fonction ne fut connue qu'après 4 002, lorsque Harvey, en 1628, eut publié ses recherches sur le trajet du sang. Rien ne prouve mieux combien cette décou-
verte lui appartient que l'opposition qu'il éprouva de la part de ses conteur porains. Presque tous les anatomistcs et surtout Riolan se liguèrent contre lui, et ils firent de sa découverte les critiques les plus amères et les plus indécentes. Lorsqu'enfin on fut obligé de se rendre à l'évidence, on voulut diminuer la gloire du médecin anglais en cherchant cette découverte chez les anciens. Cette lutte de l'amour-propre et de la jalousie contemporaine est finie depuis longtemps, et personne ne dispute plus à Harvey la gloire de son importante découverte. On a peu ajouté à ses travaux, parce que la circulation se fait toujours de la même manière. Cependant, Sabatier a, depuis lui, mieux étudié la circulation du fœtus; l'action des capillaires et l'influence nerveuse sur les mouvements du cœur sont aussi mieux comprises. Aujourd'hui c'est la fonction la mieux connue ; elle ne laisse plus rien à désirer ni sous le rapport de l'action de ses agents , ni sous le rapport du liquide qu'ils poussent partout et sans cesse.
Voici l'ordre que nous suivrons dans l'exposition de tous les phénomènes relatifs à la circulation. Nous étudierons d'abord la circulation proprement dite, ou le trajet du sang. Nous examinerons ensuite en particulier le mode d'action de chaque organe et de chaque partie dans cette grande fonction. Nous passerons ensuite à l'objet, peut-être le plus essentiel de la circulation, aux changements qu'éprouve le sang dans son cours , afin d'arriver, s'il est possible, à dévoiler quel est le but de cette fonction, et à quoi sert le sang.
lre SECTION. CIRCULATION PROPREMENT DITE.
Nous avons dit que nous ferions partir le sang des radicules veineuses. Nous savons qu'une partie du liquide provient des matériaux qui lui arrivent par absorption. Mais ces matériaux ne constituent pas le sang; ce liquide provient d'autre part. Il est envoyé aux veines par les vaisseaux capillaires. Ainsi, dans le point où nous le prenons, le sang résulte d'une part, de celui qui, ayant fourni aux fonctions organiques, est transmis par les capillaires ; d'autre part, des fluides absorbés.
Le sang coule dans les veines en s'approchant de plus en plus du cœur. Cette progression, se faisant de la circonférence au centre, est donc concentrique ou centripète ; de tous les points de l'économie le liquide s'avance vers son principal agent; par conséquent, sa direction varie presque autant qu'il y a de points différents. Il descend des parties supérieures et surtout de la tête, car, dans les bras, suivant leur position, il monte, descend ou marche horizontalement. Au tronc, son cours est horizontal dans quelques vaisseaux, incliné dans le plus grand nombre , descendant dans quelques-uns et ascendant dans d'autres. Aux membres inférieurs , il remonte contre son propre poids. Cette différence de direction n'en apporte presque pas dans le cours du liquide qui est à peu près le même partout. Que l'on saigne à la saphène ou à
la basilique, le sang part avec la même vitesse. Cette remarque prouve que la pesanteur n'est pour rien ou que pour bien peu de chose dans le cours du sang. Cependant elle n'est pas entièrement étrangère au ralentissement qu'il éprouve quelquefois dans les membres inférieurs et qui est la cause des varices qu'on y observe si souvent. Rien ne prouve mieux cette influence que les précautions que la nature a prises pour en prévenir les fâcheux effets, en garnissant les veines des membres inférieurs d'un grand nombre de valvules qui n'ont pas seulement pour but d'empêcher le refoulement du sang , mais surtout de rompre d'espace en espace la colonne sanguine , de façon qu'elle ne pèse pas de tout son poids sur les parties inférieures.
Dans son trajet , le sang forme une colonne d'abord filiforme et presque imperceptible dans chaque capillaire. Cette colonne va en augmentant toujours de volume et le nombre en diminue, parce que les veines, en se réunissant successivement, acquièrent une capacité d'autant plus grande que leur nombre diminue aussi. Par cette réunion successive , elles finissent par ne former plus que deux troncs principaux , l'un auquel aboutissent toutes les veines sous -diaphragmatiques , c'est la veine cave inférieure ; l'autre auquel viennent se rendre toutes les veines sus-diaphragmatiques , c'est la veine cave supérieure, car nous ne comptons pas les modestes veines pulmonaires. Ainsi le sang arrive à la fois des parties supérieures et des parties inférieures dans l'oreillette droite ou chambre auriculaire du cœur, et il la remplit . Aussitôt que cette première cavité est assez distendue , elle se contracte sur le liquide et le presse dans tous les sens pour le chasser dans le ventricule droit ou chambre pulmonaire, à travers l'orifice auriculo-ventriculaire. Le sang pourrait en même temps refluer dans les deux veines caves , mais ces deux vaisseaux ne restent pas vides ; une colonne de sang en pousse une autre , de façon que la colonne qui, des veines, passe dans le cœur, est de suite remplacée par une autre colonne. Cependant, à chaque contraction, il y a réellement un petit reflux, ou tout au moins une suspension momentanée d'introduction du sang, d'où résulte une espèce d'ondulation dans les grosses veines les plus voisines. Cette ondulation , sorte de pouls veineux , n'est sensible dans l'état naturel qu'à la veine jugulaire, qui se présente quelquefois chez les personnes qui, avec peu d'embonpoint, ont le système veineux bien développé. Cette ondulation pulsatile est plus sensible sur la veine cave inférieure , ce dont on peut s'assurer en la mettant à découvert sur les grands animaux, tels que le cheval, l'âne, le chien, etc. La valvule d'Eustache, qui devrait y mettre obstacle , ne ferme pas assez exactement son orifice pour cela, non plus que les anneaux ou anses musculaires et sphincters autour des orifices veineux auriculaires.
Lorsque le ventricule droit a reçu l'ondée de sang que l'oreillette lui a poussée, et que sa cavité en est remplie et distendue, il se contracte , presse le sang de tous les côtés et le force de s'échapper dans l'artère pulmonaire, en écartant les trois valvules sigmoïdes qui en garnissent l'entrée, tandis qu'à l'orifice auriculo-ventriculaire, la valvule tricuspide, qui avait été soulevée par
le sang à son entrée dans le ventricule, s'applique sur cet orifice et le ferme à peu près complètement en rapprochant sa triple découpure au moyen des cordes tendineuses qui sont tiraillées dans ce moment par la contraction des faisceaux musculaires auxquels elles s'implantent. De cette manière, n'y a de refoulé vers l'oreillette que la portion de sang qui se trouve dans le canal auriculo-ventriculaire, en rapport avec la face auriculaire des valvules. Arrivé dans l'artère pulmonaire , le sang s'y partage bientôt en deux colonnes qui s'avancent l'une à droite , et l'autre à gauche, chacune vers le poumon auquel va se distribuer chacune des deux branches artérielles qui résultent de la bifurcation du tronc pulmonaire. Le sang est successivement poussé par l'ondée que lance le ventricule à chaque contraction, et il s'avance ainsi de proche en proche. Lors même qu'une nouvelle ondée ne viendrait pas , en le poussant , s'opposer à son retour dans le ventricule , il en serait empêché par les valvules sigmoïdes, qui, refoulées par le. liquide , s'abaisseraient sur l'orifice et l'oblitéreraient d'autant plus exactement , que le tubercule d'Arantius vient se placer juste au centre de l'orifice et compléter l'occlusion. Le sang ainsi poussé s'avance vers les deux poumons; il s'y divise et s'y subdivise en autant de colonnes décroissantes que les artères qui le portent présentent de divisions et subdivisions. Il arrive aux ramifications capillaires les plus ténues dans l'épaisseur même du parenchyme pulmonaire. Après y avoir subi les changements dont nous parlerons plus tard, il s'engage clans les ramuscules veineuses qui partent de ce système capillaire. Dispersé d'abord en colonnes nombreuses et ténues , il se dirige vers la racine des poumons, en formant des colonnes plus volumineuses à mesure que les veines se réunissent pour former des troncs plus volumineux. Par cette, réduction successive, les veines ne forment bientôt plus dans chaque poumon que deux veines , qui vont en convergeant verser quatre colonnes de san g dans l'oreillette ou chambre auriculaire gauche.
Aussitôt que cette cavité en contient une quantité suffisante, ses parois se contractent et poussent le liquide dans tous les sens. Il ne peut guère refluer dans les veines pulmonaires, parce que ces vaisseaux n'étant jamais vides, la colonne qui a poussé le sang dans l'oreillette, s'oppose à ce reflux. Il est donc obligé de s'échapper par la large ouverture qui fait communiquer l'oreillette avec le ventricule gauche, ou chambre aortique. En pénétrant dans cette dernière cavité, le sang soulève et repousse la vulve mitrale, qui lui laisse ainsi un libre passage.
Le ventricule rempli par cette ondée se contracte à son tour et presse le sang avec force. Ce liquide tend à fuir par les deux ouvertures de cette cavité. La valvule mitrale, refoulée sur l'orifice auriculo-ventriculaire et tendue par ses cordes fibreuses, intercepte la communication avec l'oreillette et s'oppose au retour du sang. Ce liquide s'échappe donc par l'orifice aortique. dont il redresse les valvules sigmoïdes pour s'engager dans l'aorte.
Dans ce vaisseau, le sang est successivement poussé par fondée qui suc-
cède. Il avance ainsi de proche en proche, sans pouvoir rétrograder à cause de cette ondée et de l'obstacle qu'il trouverait de la part des valvules , qui s'affaissent en croisant légèrement leur bord libre, et non par la contraction du double muscle que M. Monneret a cru y découvrir. Bientôt le sang se partage en autant de colonnes que l'artère fournit de divisions. Il parcourt toutes les branches et les ramifications qui en résultent, et pénètre ainsi dans tous les organes et dans toutes les parties. Il est présenté à tous les tissus qu'il imprègne en quelque sorte au moyen du système capillaire dans lequel il se divise à l'infini. C'est dans ces capillaires, et avec leur aide, que le sang éprouve ces changements importants qui dépendent de sa destination et que nous signalerons autre part. C'est ensuite de ces capillaires que naissent les veines dans lesquelles nous avons pris notre point de départ.
Tel est le trajet que parcourt le sang et qu'il recommence sans interruption pendant toute la durée de la vie. Nous l'avons vu revenir d'où il était parti, après avoir parcouru un grand cercle. Nous l'avons vu arriver deux fois au cœur et en repartir deux fois, une fois pour aller aux poumons seulement, et l'autre fois pour être porté à toutes les parties du corps. Ce double passage du sang par le cœur se fait sans confusion, parce que chaque partie est bien distincte. Ainsi les cavités droites reçoivent le sang de toutes les parties du corps et le poussent aux poumons ; les cavités gauches reçoivent le sang qui vient des poumons et l'envoient à toutes les parties du corps. L'action de ces cavités est tout à fait isolée et indépendante, tellement qu'on pourrait les supposer séparées et éloignées l'une de l'autre, de manière à constituer deux cœurs de deux cavités chacun, sans que la circulation en souffrit. Dans ce grand cercle que parcourt le sang, on pourrait voir deux cercles complets, puisqu'il revient deux fois au cœur et qu'il s'en éloigne deux fois. Quelques auteurs, en effet, ont admis deux circulations, l'une grande et l'autre petite. Ils ont appelé petite circulation la circulation pulmonaire, et grande circulation l'envoi du sang à tous les organes et son retour. Cette distinction n'est pas exacte, car le cercle n'est complet ni pour l'une ni pour l'autre de ces circulations, puisque dans la petite le sang part des cavités droites pour revenir aux gauches, et que dans la grande il part des cavités gauches pour retourner aux droites. D'ailleurs, dans la circulation pulmonaire, il y a entre les artères bronchiques et les artères pulmonaires des anastomoses qui mettent en rapport une partie de la grande circulation avec la petite. Il n'y a de cercle complet que lorsque le sang arrive au point d'où il était parti. Bien que remplissant toujours l'arbre circulatoire, le sang semble cependant partagé en plusieurs portions par des intersections apparentes. Ainsi il forme une colonne continue et non interrompue dans les artères, depuis le cœur jusques aux capillaires. Là il change et il recommence une colonne qui devient continue depuis les capillaires jusques au cœur, et qui lui rapporte autant de sang qu'il en avait envoyé. Dans cet organe, il est brisé dans sa continuité pour recommencer une colonne artérielle qui va aux capillaires des poumons. Ceux-ci le renvoient en une colonne veineuse, qui t. i. 8
revient au cœur lui rapporter rouge le sang qu'il a envoyé noir, mais (ou jours en aussi grande quantité.
§ 1. Durée de la circulation.
Nous ne chercherons pas la durée précise de la circulation, c'est-à-dire, le temps que met chaque molécule à parcourir tout l'arbre circulatoire pour revenir au point de départ, parce que cette recherche ne peut donner aucun résultat satisfaisant, attendu que les molécules, ne parcourant pas les mêmes distances, ne peuvent pas mettre le même temps dans leur trajet. Cependant il doit être rapide si l'on en juge par la promptitude avec laquelle une substance, introduite dans une veine, est transportée dans les autres veines ou dans les urines. D'ailleurs, chaque organe modifie sa circulation, de sorte que le sang y séjourne plus ou moins longtemps. La grande circulation doit mettre plus de temps à s'exécuter que la circulation pulmonaire, à cause du plus long parcours qu'elle a à faire, et le sang qui se rend aux organes les moins éloignés doit revenir plus vite au cœur. On peut juger de la difficulté de cette évaluation, lorsqu'on voit Berger et Keil en fixer la durée à deux minutes, tandis que Floyer la porte à vingt heures , et chacun d'eux appuyer son opinion sur des calculs en apparence convaincants , sans parler des évaluations intermédiaires d'une heure par Harvey et Thabor, de trois heures par Plemplius, de dix par Rolfinck, etc. Muller la supposait de trois minutes. De nouvelles expériences faites par Hering et par J. Blake prouvent que la circulation est beaucoup plus rapide qu'on ne le croyait. Le premier a retrouvé dans les veines les plus éloignées les poisons les plus actifs quinze ou trente secondes après leur injection ; le second a obtenu plus de célérité encore, puisqu'il les a retrouvés dans les parties les plus éloignées du corps de six à douze secondes après leur injection. Volkemann vient d'imaginer un tube rempli de liquides, et il l'applique à une artère pour préciser mathématiquement la vitesse et la durée de la circulation. Enfin, Hiffelsheim a cru pouvoir fixer la durée de la circulation complète à deux minutes quarante secondes, et Giinther à une minute et vingt-deux secondes.
§ 2. Système de la veine porte.
En disant que les veines qui ramènent le sang de tous les organes, se réunissent en deux troncs, nous avons exprimé un fait général qui souffre cependant une exception. Nous disons une exception, car nous ne comptons pas comme telle l'aboutissement de la veine coronaire directement dans l'oreillette droite. Le sang qu'elle y verse se réunit au sang qui y est apporté par les deux veines caves ; et si elle se fût ouverte dans l'une de ces deux veines, le résultat physiologique n'eût pas été différent. Ainsi nous n'ad-
CIRCULATION. llïïj
mettons qu'une exception en faveur de la veine porte ou système veineux abdominal.
Cette veine qui est l'aboutissant des veines mésentériques, stomachique, et splénique , contient le sang qui provient : 1° de la décomposition de ces organes -, 2° du sang artériel après qu'il a fourni les matériaux de la nutrition et des sécrétions ; 3° enfin , de l'absorption aqueuse qui se fait dans les intestins. Elle ne va point , comme les autres veines , verser dans la veine cave ou dans le cœur le sang qu'elle transporte. Elle s'engage dans le foie et s'y ramifie dans tous les sens à la manière des artères, de façon que la colonne unique de sang qu'elle fournit, se divise en une foule de colonnes de plus en plus petites qui se distribuent à tout l'organe, et là, au moyen du système capillaire, son sang, uni au sang artériel, se rend dans les veines hépatiques qui, en se réunissant successivement, n'en forment bientôt plus qu'une qui le transporte et le verse dans la veine cave. Quoique indépendante , cette circulation partielle n'est pas complètement isolée de la circulation générale. Retzius , Breschet et Schlemm ont fait connaître de nombreuses anastomoses de ces veines d'origine avec la veine cave inférieure : de plus elle s'y jette tout entière. M. Bernard vient d'indiquer de nouvelles anastomoses avec la veine cave, mais ce sont des anastomoses de terminaison, de façon que le sang de la veine porte passe en partie dans la veine cave sans traverser le tissu capillaire du foie. La marche du sang s'opère là comme dans toutes les autres veines, par l'action des capillaires qui poussent successivement les molécules sanguines qui se poussent ensuite elles-mêmes par un visa tergo bien manifeste. On n'a pas pu trouver les fibres musculaires que plusieurs anatomistes avaient supposées dans ces veines pour leur donner une force contractile d'impulsion analogue à celle du cœur. On ne peut plus admettre l'opinion d'un physiologiste moderne, qui veut que, pendant les mouvements de la respiration, il s'opère dans la poitrine un vide qui aspire le sang d'abord dans les veines hépatiques et de proche en proche dans les veines portes. Mais pour cela il faudrait que la circulation s'arrêtât lorsque la respiration s'arrête, comme dans la syncope.
Ce mode de distribution du sang abdiominal dans le foie, a donné lieu à une foule de conjectures et d'hypothèses sur lesquelles nous aurons occasion de revenir. Je ne présenterai ici qu'une réflexion qui est relative à la rate. On a fait revivre dans ces derniers temps une ancienne opinion qui regarde ce viscère comme un organe d'hématose. Une simple réflexion suffit pour renverser cette hypothèse. Pour que la rate fût organe d'hématose, le sang qu'elle reçoit devrait être moins parfait, moins pur, et celui qui en sort devrait être plus parfait et plus pur. Elle devrait recevoir, par exemple, le sang de la veine porte. Mais, au lieu de cela, elle reçoit du sang artériel, le même qui va porter à tous les organes le principe d'excitation et les matériaux de leurs fonctions, et le sang qui en sort est du sang veineux, qui, avant même de retourner au cœur, va passer par le foie et retourne aux poumons
pour y subir un nouveau degré d'hématose. De toutes les fonctions attribuées à la rate, celle-ci est la moins soutenable. Ce viscère ne peut donc pas être regardé comme un ganglion hématosique.
§ 3. Circulation du fœtus.
La circulation telle que nous venons de la décrire est celle de l'homme après sa naissance; mais, dans le fœtus, les choses ne se passent pas ainsi. Chez lui les pertes de sang n'étant pas réparées par le produit de la digestion, ses qualités vivifiantes n'étant pas restituées dans les poumons par la respiration, il lui fallait une source différente et d'autres organes d'hématose. En effet, les matériaux de la nutrition sont fournis au fœtus par la mère, et il possède un organe supplémentaire des poumons. Quoique cette modification delà circulation appartienne plutôt à l'histoire du fœtus, nous la plaçons ici comme un complément de l'étude générale de la circulation en rappelant que c'est au savant professeur Sabatier que nous sommes redevables de la meilleure description qui en ait été donnée. Pour bien la comprendre, il faut ne pas oublier : 4° que le fœtus communique avec la mère au moyen de son cordon ombilical et du placenta ; 2° que la cloison qui sépare inférieurement les deux oreillettes n'existe pas, et qu'elle est remplacée par une ouverture connue sous le nom de trou de Botal ; 3° qu'il existe un canal de communication, le canal artériel, entre l'artère pulmonaire et l'aorte, après qu'elle a fourni les artères des membres supérieurs. Voici maintenant comment les choses se passent :
De même que dans l'adulte , le sang est rapporté de toutes les parties du corps à l'oreillette droite , par les deux veines caves. De plus , la veine ombilicale , née dans le tissu du placenta par des radicules qui puisent médiatement ou immédiatement les matériaux que les artères utérines de la mère versent à sa surface, rapporte ces matériaux mêlés au sang des capillaires du placenta. Ce liquide parcourt sa veine dans toute la longueur du cordon ombilical, pénètre avec elle dans l'abdomen, et se rend vers la grande scissure du foie, où il se partage en trois colonnes. Deux de ces colonnes se distribuent au foie en suivant les divisions de la veine porte, et elles reviennent à la veine cave par les veines hépatiques. La troisième colonne va directement dans la veine cave s'unir au sang qui revient de l'abdomen et des membres inférieurs. En arrivant dans l'oreillette gauche, le sang de cette veine ne se mêle pas avec le sang de la veine cave supérieure. La valvule d'Eustache , très-développée alors , isole les deux courants qui en résultent -, de telle façon que le sang de la veine cave supérieure est seul introduit dans le ventricule droit, et que le sang de la veine cave inférieure est dirigé, à travers le trou de Botal , dans l'oreillette gauche, où il se combine avec la très-petite quantité de sang qui revient des poumons ; avec elle il pénètre dans le ventricule gauche, qui le pousse dans l'aorte, et par cette artère il va à toutes les parties
du corps. Le sang de la veine cave supérieure, que nous avons laissé dans le ventricule droit, est poussé dans l'artère pulmonaire. Les deux branches de cette artère , peu développées alors , n'admettent qu'une petite quantité de ce sang -, le reste s'engage dans le volumineux canal artériel , et va , à la lin de la crosse de l'aorte , s'unir au sang qui est envoyé aux parties inférieures. Une grande partie de ce sang retourne au placenta par les deux artères ombilicales , afin de s'y régénérer en se combinant avec de nouveaux matériaux.
De cette manière, le sang qui vient des parties inférieures et du placenta , est plus spécialement dirigé vers les parties supérieures , et celui de la veine cave supérieure va presque tout entier aux parties inférieures. Il résulte de cette disposition une sorte d'entre-croisement du sang au point d'union du canal artériel avec l'aorte , et la circulation fœtale représente une espèce de 8 de chiffre , ainsi que l'a fait remarquer Sabatier. Cependant , il ne faut pas prendre à la lettre cette comparaison , puisque le sang des parties supérieures ne descend pas seul aux membres inférieurs et au placenta -, il s'unit à une assez grande quantité de celui qui était venu de ces parties.
Cette différence dans le cours du sang chez le fœtus n'est pas fortuite et insignifiante : elle a un but d'utilité dont nous ne pouvons nous occuper ici, parce que l'étude en appartient à l'histoire du fœtus.
C'est beaucoup, sans doute, de connaître le trajet du sang dans son entier; mais cela ne suffit pas , il nous faut étudier aussi la part que chaque organe et chaque partie prennent à cette grande fonction. Cette recherche est du plus haut intérêt.
2e SECTION. ACTION DES DIFFÉRENTES PARTIES OUI SERVENT A LA CIRCULATION.
Ces parties sont : le cœur , les artères, les veines et les capillaires. Nous allons les étudier séparément.
§ 1er. Action du cœur.
C'est par un double mouvement de dilatation et de contraction , que le cœur exécute ses fonctions. On leur a encore donné les noms de diastole et de systole. Il exécute donc une action toute mécanique. On voit dès lors combien il est important de bien connaître la structure de cet organe et la disposition de ses fibres. Sans cette connaissance, il est impossible de bien apprécier leur utilité , de bien comprendre leur action physiologique.
Pour étudier les mouvements du cœur , tantôt on a mis cet organe à découvert chez les animaux vivants , tantôt on a ouvert le corps immédiatement après la mort de l'animal , et on a ranimé les contractions du cœur par divers excitants. MM. Cruveilhier et Follin ont été favorisés par le hasard. Ils
ont pu étudier ces mouvements sur des cœurs mis à nu par une ectopie : le premier en 1841, le second en 1850. Comme les autres muscles , le cœur se contracte sous l'influence d'excitants mécaniques, chimiques ou galvaniques. Le sang est son excitant naturel. Sœmmering, Behrens et Bichat n'ont pu obtenir de contractions par l'action du galvanisme ; mais les expériences de Humboldt, de Fowler, de Muller et les nôtres ne laissent pas de doute sur son aptitude à répondre à ce mode d'excitation.
Diastole.
Le mouvement en vertu duquel les cavités du cœur s'ouvrent à l'abord du sang , est connu sous le nom de diastole. Longtemps il a été regardé comme un acte passif et comme le résultat de l'effort que fait le fluide pour s'introduire. Harvey, Boerhaave, et beaucoup d'autres n'ont admis que cette dilatation mécanique. M. Fourcault a voulu la réhabiliter pour la mettre en harmonie avec sa doctrine électro-chimique. Muller aussi n'a vu dans la diastole qu'un effet passif du relâchement de la fibre musculaire. Il s'appuie sur une expérience bien futile d'OEsterreicher. Cependant il reconnaît que le tissu du cœur n'est point alors dans un état de relâchement et de mollesse ; mais il attribue cette fermeté des parois à l'abord d'une plus grande quantité de sang dans les capillaires sanguins. Cette raison est insoutenable. Enfin, M. Parchappe vient de reproduire cette opinion , avec tous les raisonnements les plus propres à la faire triompher. Il la regarde comme uu phénomène passif et complexe , dû uniquement au relâchement de la fibre musculaire et à l'introduction brusque du sang. Descartes, Borelli, Chirac, Lancisi, etc. , ont supposé dans le sang un ferment qui le fait dilater avec une sorte d'explosion au moment où il pénètre dans les cavités , soit que ce ferment ait été apporté avec lui , ou qu'il ait été envoyé par les poumons ou le cerveau, soit enfin qu'il fût resté dans la cavité avec un peu de sang que n'aurait pas chassé la précédente contraction. Il en est qui admettent dans les parois mêmes du cœur, les uns , avec les anciens , un feu inné \ les autres , avec Lower et Sénac , un envoi d'esprits animaux ; avec Vieussens , une force élastique dans la fibre musculaire du cœur 5 avec Boerhaave , une paralysie momentanée qui succède à la contraction , et permet la dilatation passive.
En réfléchissant à l'expérience de Galien, qui a vu le cœur arraché de la poitrine , continuer ses mouvements , et en songeant que cette expérience a mille fois été répétée par Vésale, Pechlin, Wepfer, Chirac, Sénac, et presque tous les physiologistes |modernes , tels que Vaust , OEsterreicher , etc. ; en considérant surtout que ces mouvements , qu'on avait toujours crus irréguliers , ont paru à Muller s'exécuter d'une manière rhythmique, il ne peut pas rester de doute : la dilatation du cœur est active. S'il était vrai que l'abord du sang dans le cœur ne fût que le résultat de son cours dans les vaisseaux et de la contraction systolique des oreillettes, comment expliquerait-on le retour à la vie dans la syncope? Le cœur est vide , les vaisseaux sont in
capables de lui pousser un sang nouveau. Cependant il s'agite le premier. 1rs contractions systoliques ne peuvent pas lui faire affluer le sang , elles ne peu\ eut que l'en chasser. La seule diastole peut l'y appeler en opérant un vide d'aspiration ; car autrement le sang n'y entrerait pas. Ce fait de physiologie pathologique est péremptoire. A quoi encore serviraient les valvules similitudes dont l'utilité est jugée si grande par M. Parchappe lui-même? Elles n'auraient pas besoin de s'opposer au retour du sang de l'artère dans le ventricule, puisque celui-ci ne se dilaterait que pour recevoir le liquide que l'oreillette pousserait dans son intérieur , puisqu'il ne s'y opérerait point de vide actif qui pût rappeler le sang artériel , s'il ne trouvait pas un obstacle dans l'abaissement des valvules. Le cœur ne serait plus qu'un canal destiné à entretenir la continuité entre les veines et les artères. Les valvules y seraient tout aussi inutiles qu'elles le sont dans le trajet de l'aorte. Le sang, n'y étant que poussé a ter go , ne pourrait jamais être exposé à rétrograder. D'ailleurs , à la page 123, M. Parchappe admet que , dans son passage de l'oreillette dans le ventricule , le mouvement du saïuj est en effet composé , dû au concours de la systole auriculaire et de la diastole ventriculaire. Nous n'avons pas été peu étonné de voir M. Parchappe s'écarter de la succession admise dans le passage du sang des veines dans les oreillettes et des oreillettes dans les ventricules , afin d'établir , d'après M. Beau , qu'il n'y a plus de succession , que le sang passe dans les ventricules en même temps que dans les oreillettes , et que celles-ci poussent le sang dans les artères en même temps que les ventricules. Structure anatomique, étude physiologique des phénomènes , effets morbides de la pathologie de l'organe , raisonnement logique, tout repousse une semblable opinion. Il ne s'agit plus que de déterminer comment elle s'opère. Faut-il admettre un tissu érectile , une simple élasticité, ou enfin une contraction spéciale ou la simple irritabilité hallérienne.
La dilatation par un tissu érectile ne peut pas être supposée, 1° parce que ce mode de dilatation gonflerait les parois du cœur , et diminuerait d'autant la capacité de ses cavités ; ce qui serait juste le contraire de ce qui a lieu , et de ce qui est nécessaire pour admettre le sang ; 2° parce que les recherches anatomiques les plus minutieuses n'ont pu découvrir ce tissu érectile. La dilatation par élasticité ou par expansibilité est encore moins possible. Cependant elle fut admise par Dupuytren, Thomasini, Martini, Il faudrait, pour qu'elle eût lieu , que pendant sa contraction , le tissu du cœur eût été allongé, ce qui est le contraire de ce qui a lieu , puisque ses parois se rapprochent dans tous les sens. Il ne nous reste donc d'explication probable que celle d'une contraction spéciale de ses parois -, car nous ne pensons pas qu'on veuille revenir aux ferments ni aux explosions des esprits animaux . Nous avons bien des fois constaté que les parois du cœur s'amincissaient pendant la diastole , en introduisant un ou deux doigts dans le cœur , pour en serrer les parois avec les autres doigts. Cette contraction doit avoir un organe. e( ce! organe ne peut être que la fibre musculaire. Véritable muscle
creux, le cœur n'agit qu'au moyen des fibres qui le composent. Indépendamment des fibres obliquement circulaires qui le ceignent de la base au sommet, et qui toutes sont concentriques , il y en a de convergentes ou rayonnantes qui, ainsi que nous l'avons démontré ailleurs , s'étendent de la surface extérieure à la surface intérieure , en passant d'une fibre concentrique à l'autre, comme il est facile de s'en assurer en faisant à une portion du cœur une incision parallèle à la direction de ces deux surfaces, et en tirant les deux lambeaux en sens contraire. Alors on voit une foule de fibres très-courtes passer d'un côté à l'autre , et établir entre les fibres concentriques une communica tion ou un lien que l'on rompt à mesure. M. Parchappe nie l'existence de ces fibres. Cependant, à la page 40 de son livre , nous lisons la phrase suivante : « Dans chaque faisceau , dans chaque lame , dans chaque couche , la direction des fibres n'est pas une ; plus le faisceau , la lame et la couche , qu'on examine, ont d'épaisseur, plus le changement qui s'opère graduellement dans les fibres est sensible d'une surface à l'autre. Enfin , des fibres passent incessamment d'un faisceau à un faisceau , d'une lame à une lame , d'une couche à une couche , de manière à ce qu'aucune séparation un peu étendue ne puisse être réalisée entre les faisceaux , les lames et les couches , sans rupture de fibres. » A la page 70 , il dit encore : « Enfin leur association en faisceaux laminés , placés de champ dans les parois , et emboîtés à la manière des cornets de papier, est aussi beaucoup plus prononcée. »
Comme toutes les autres fibres musculaires , ces fibres s'implantent à un tissu fibreux, intérieurement à la couche fibreuse de la membrane interne du cœur, extérieurement à une membrane fibreuse sous-jacente à la membrane séreuse , et dont nous avons démontré l'existence en 1818. Lorsque ces fibres convergentes se contractent, comme les autres fibres musculaires, elles augmentent d'épaisseur, en se raccourcissant, elles rapprochent les deux surfaces du cœur, de manière à en amincir les parois. Or, cet amincissement ne peut avoir lieu sans que l'étendue en surface n'augmente, parce qu'en physique ce que la capacité d'un corps perd dans un sens , elle le gagne dans l'autre. Cet accroissement des parois en étendue ne peut avoir lieu non plus sans que la capacité des cavités ne soit augmentée. Cette explication s'accorde avec l'observation de Haller , qui a vu les parois des ventricules s'épaissir pendant la systole, et s'amincir pendant la diastole, ce qu'il attribue à l'irritabilité; et, comme elle ne peut s'effectuer qu'à l'aide de fibres musculaires, son opinion se rattache à la nôtre. Cependant, cela ne l'empêche pas de combattre l'existence des fibres rayonnantes que Hamberger et quelques autres auteurs avaient déjà admises. Barthez aussi refuse de les reconnaître. Dutrochet ayant trouvé au milieu des fibres musculaires du cœur quelques utricules incurvables, leur attribua la propriété de rapprocher les surfaces interne et externe du cœur et de produire ainsi la diastole. Il admit donc deux tissus moteurs antagonistes : le tissu musculaire pour opérer la systole, et le tissu utriculaire incurvable pour obtenir la diastole. Cette opinion est la même que la nôtre ; car, de suite après, il fait ses efforts pour assimiler la
fibre musculaire au tissu utriculaire des végétaux. M. Pravaz reconnaît aussi la dilatation active du cœur, et il en place l'agent dans les fibres longitudinales, réservant la systole à l'action des fibres transversales. Ainsi , le vide est opéré dans le cœur pour recevoir le sang , de sorte que ce liquide est aspiré par cet organe , autant que poussé par les vaisseaux qui l'apportent dans les oreillettes , et parles oreillettes qui le chassent dans les ventricules. Aussi nous admettons ces deux causes, impulsion et aspiration. Wedemeyer et Guenther ouvrirent la veine jugulaire d'un cheval au-dessous d'une ligature qu'ils y avaient pratiquée. Ils introduisirent dans le vaisseau un cathéter luté avec un tube de verre recourbé. La longue branche pendante de ce tube fut plongée dans un vase plein d'eau. A chaque pulsation , le liquide montait de plusieurs pouces dans la branche, au moment correspondant à la diastole, ensuite il retombait. Une expérience de Reichel vient encore à l'appui de cette manière de voir. Il a constaté que , sur des grenouilles , quand les battements du cœur s'étaient arrêtés et qu'on les ranimait par quelque excitant, les globules du sang marchaient dans les vaisseaux capillaires par suite de l'impulsion que les artères leur communiquaient , mais que dans les veines le mouvement recommençait par les troncs , qu'il était en conséquence déterminé par la force aspirante du cœur et qu'il ne se manifestait que plus tard dans les branches. « L'impulsion a tergo et la force aspirante du cœur, a dit Burdach, se prêtent un mutuel appui et donnent pour résultat la circulation. »
Dans le cas d'ectopie observé par 31. Cruveilhier , la diastole ventriculaire s'effectuait brusquement avec une énergie dont on ne se ferait pas une idée : la main serrée sur le cœur était , pendant ce moment, ouverte avec violence. L'impulsion communiquée au sang par la seule contraction auriculaire n'aurait pas agi avec cette force. Dans l'observation de M. Follin , les ventricules se remplissaient sans mouvements brusques et avant la contraction des oreillettes. Comment la dilatation serait-elle passive , si le sang arrivait avant la contraction des oreillettes, c'est-à-dire avant sa cause?
Si nous n'avions pas craint d'être trop long , nous aurions pu faire remarquer l'analogie que la langue, les lèvres, la trompe de l'éléphant , les sangsues, les animaux à suçoirs, etc., présentent avec le cœur. Différents plans de fibres les composent. De leur contraction isolée ou combinée diversement, il résulte une foule de mouvements très- variés, des succions , etc., comme il est facile de s'en rendre raison.
Systole.
Après que le cœur s'est dilaté pour recevoir le sang , il réagit en se contractant et en pressant ce liquide pour le pousser au loin. C'est à cette contraction qu'on a donné le nom de systole. Le fait est trop bien établi, pour qu'il ait besoin de raisonnement et de preuves. Dans un organe presque tout charnu , dans un véritable muscle, la contraction ne peut être que le résultat
de la fibre musculaire mise en action. Nous avons vu que le cœur était composé de deux ordres de fibres : les unes rayonnantes , dont nous avons indiqué les usages ; les autres concentriques , disposées par couches circulaires obliques , partant d'un point de la base pour revenir dans un point opposé , après avoir formé une espèce d'anse en forme de 8. Cette disposition, déjà démontrée dans le grand ouvrage de Sénac , a été constatée de nouveau par M. le professeur Gerdy et par M. Parchappe", malgré la répugnance de quelques anatomistes qui n'ont voulu y voir qu'un tissu inextricable. C'est à la contraction de ce plan circulaire que le mouvement de systole est dû. C'est un phénomène actif et simple. Les parois du cœur sont rapprochées : ce dont on peut se convaincre en mettant le cœur à nu sur un animal vivant , et surtout en le prenant dans la main on voit et l'on sent le mouvement alternatif de dilatation et de resserrement. Dans cette contraction, les dimensions du cœur diminuent dans tous les sens. Ce fait a été longtemps contesté. Ainsi Galien, Schellingius , Borelli , Winslow , Vésale , ont prétendu que le cœur s'allongeait pendant la contraction , parce qu'ils ne pouvaient pas expliquer comment cet organe pouvait en même temps se raccourcir et venir frapper la paroi antérieure de la poitrine ; tandis que Harvey , Vieussens, Lower ont soutenu qu'il se raccourcissait. Il s'éleva même à ce sujet un différend entre deux prétendants à une chaire de professeur à Montpellier. Hunaud se prononça en faveur du raccourcissement , parce qu'il reconnut , d'après les observations de Bassuel , que le jeu des valvules serait interverti si le cœur s'allongeait. Aujourd'hui , la question est jugée : pendant la systole, le cœur se raccourcit dans tous les sens, quoique MM. Pennock et Moore aient voulu renouveler l'allongement du cœur, pendant la systole ventriculaire , en lui faisant exécuter un prétendu mouvement spiroïde dû à la disposition de ses fibres. Muller et Parchappe admettent ce mouvement de spiroïde , et ils lui attribuent le redressement de la pointe contre les parois thoraciques ; mais ils reconnaissent en même temps le raccourcissement. Le mouvement qu'il opère pour venir frapper avec la pointe contre les parois delà poitrine, est le résultat, d'une part , du redressement de la crosse de l'aorte à chaque ondée brusque de sang qu'elle reçoit au moment de la contraction du ventricule gauche \ d'autre part , de la plénitude prompte de ce vaisseau et de l'artère pulmonaire , qui , placées toutes deux derrière le cœur, le repoussent vivement; d'autre part enfin, comme le disent MM. Guérin, Hope, Parchappe, etc. , de la contraction des fibres antérieures spiroïdes des ventricules. C'est à cette secousse qu'on a donné le nom de battement du cœur, parce qu'en effet cet organe vient battre contre la paroi antérieure de la poitrine.
Bruits du cœur et rhijthme des bruits.
Les mouvements que le cœur exécute sont accompagnés de bruits dont l'auscultation a bien calculé toutes les nuances. Tout semble avoir été fait à
ce sujet. Et cependant il n'en est peut-être pas en physiologie sur lequel on soit moins d'accord. Vingt-trois opinions se disputent le droit exclusif d'expliquer la cause de ces bruits. Comment se fait-il qu'un phénomène purement physique ait pu susciter tant de contradictions ? Que penser des prétentions de la mécanique , quand on la voit échouer ainsi dans l'interprétation du seul grand acte vraiment mécanique de l'économie ?
Harvey et Haller ont les premiers cherché la cause de ce bruit , et ils l'ont placé dans le choc du cœur contre les parois de la poitrine. Et comme il y a deux bruits, l'un fort et l'autre sourd, on a attribué le premier au choc de la pointe du cœur pendant la systole , et le second au choc de la face antérieure pendant la diastole. Pour preuve on a produit et fait cesser à volonté ce bruit en enlevant , chez les oiseaux surtout , le sternum et en le réappliquant.
Cependant ces expériences, répétées par M. Bouillaud, n'ont pas été favorables à cette opinion. Il a enlevé le sternum sur plusieurs animaux, et il n'a pas laissé que d'entendre le bruit du cœur. Ce dernier pense, au contraire, que le double bruit du cœur est dû uniquement au jeu des valvules , ce qu'il est plus difficile de démontrer. C'est à peu de chose près l'opinion de M. Rouannet, qui veut, en effet, que les bruits soient le résultat du jeu des valvules, soit du choc entre elles, soit des efforts du sang pour les ouvrir.
Le choc des parois contre les parois est bien moins admissible , parce que d'abord il est douteux que les cavités se vident complètement, et qu'en supposant que ce fait eût lieu, la résistance qu'apporte le sang y serait un obstacle à un choc suffisant, parce qu'enfin le bruit se fait toujours entendre, quoique dans bien des maladies du cœur, les cavités ne se vidant pas, elles ne peuvent pas permettre aux parois de venir ainsi claquer les unes contre les autres. M. Pigeau a avancé que les bruits du cœur dépendaient du choc du sang contre les parois de cet organe et des gros vaisseaux. M. Beau n'a fait qu'amplifier cette théorie. M. Monneret veut aussi que ces bruits soient toujours hydrauliques. «C'est dans la tension des valvules sigmoïdes et tricuspides, dit M. Parchappe, et dans le choc du sang contre les parois solides du cœur, que peuvent être raisonnablement cherchées les conditions génératrices des bruits normaux de cet organe. » Pour s'en convaincre , il a produit sur le cadavre des bruits analogues aux bruits normaux , en poussant brusquement dans le cœur un liquide au moyen d'une seringue. Cette expérience ne nous a pas donné des résultats aussi satisfaisants. MM. Hope et Piorry avaient déjà pensé de même. M. Carlisle a cherché la cause de ce bruit dans l'irruption du sang dans les artères ; ce qui ne saurait être admis , non plus que le choc du sang contre le sang , d'abord admis par Hope pour le premier bruit, soit en masse de colonne contre colonne par des courants contraires, soit de molécules àmolécules. Il ne peut en résulter ni choc ni bruit fort. Turner, Despincs, Williams, le Comité de Dublin , etc., ont placé la cause du bruit dansla contraction même de la fibre musculaire, soit brusque , soit rotatoire. On trouve déjà des traces de cette opinion dansGalien, Harvey, Sénac, Haller,
Bichat, et surtout dans Corvisart et Laennec , qui se laissa entraîner par les expériences de Wolaston et d'Ermann sur le bruit que font les fibres musculaires en se contractant. Dans sa huitième expérience, le Comité de Dublin plaça un cœur sur une table. L'oreille entendait au stétoscope un bruit semblable au premier bruit. Il n'y avait pas de second bruit. Il peut donc y avoir un bruit produit par la seule contraction , sans le secours du sang, sans le jeu des valvules, sans le choc du cœur, ce que Parchappen'a jamais obtenu. Mais cette opinion est dépourvue de bases solides, l'expérience la désavoue. Le docteur Wanner (Acad. des sciences, févr. 1849) prétend que les bruits sont le résultat de vibrations produites dans un appareil contenu dans le cœur. Cet appareil , dont le centre correspond à la partie inférieure de la cloison inter-auriculaire , est composé de parties cartilagineuses très-élastiques , qui sont : la partie inférieure des deux artères pulmonaire et aorte, deux fibro-cartilages qui donnent insertion aux fibres musculaires du cœur , les membranes qui composent la cloison inter-auriculaire et les valvules mitrales et tricuspides, enfin les cordes tendineuses des valvules. Il fait intervenir les contractions des différentes fibres musculaires qui mettent tout cet appareil en mouvement avec le cœur. Alors est produit le premier bruit , le second étant le résultat du relâchement des fibres et du retour du cœur à sa place. M. Wanner s'est donné beaucoup de peine pour former ce grand attirail scientifique, mais les faits de section des tendons valvulaires sur lesquels il se fonde sont moins que démonstratifs. Nous ne pousserons pas plus loin cette longue énumération , et nous nous demandons ce qu'il faut penser au milieu de ce conflit d'opinions contradictoires. Ici, comme il n'arrive que trop souvent en médecine , on a voulu généraliser ce qui ne le pouvait pas être. Chacune des causes invoquées est réelle et produit du bruit, mais aucune ne suffit pour produire seule et exclusivement aux autres ce bruit de tic tac si régulier que fait entendre le cœur. Elles y contribuent toutes et chacune fournit son contingent. Le premier bruit, le bruit sourd, celui qui correspond à la contraction des oreillettes et à l'introduction du sang dans les ventricules au moment de leur diastole, n'est pas et ne peut pas être le résultat du choc du cœur contre les parois de la poitrine. Il persiste presque toujours le même tant que l'organe peut exécuter ses mouvements. Et tout nous paraît y concourir, contraction de l'oreillette, jeu des valvules, choc du sang. Dans le second bruit , bruit éclatant qui correspond à la contraction des ventricules, au refoulement des valvules tricuspides et mitrales et à la projection du sang dans les artères, il y a de plus un choc réel du cœur contre les parois de la poitrine. Ce n'est pas seulement à l'oreille, c'est encore au touchei que cela est appréciable. C'est donc à lui que doit être rapporté cet éclat brusque et violent qui couvre tous les autres bruits. Aussi vous le voyez diminuer à mesure que la percussion du cœur est moins forte ou empêchée. Dans l'hydropéricarde , le bruit du choc a cessé : celui qu'on entend encore est ce bruit sourd et profond du premier bruit. Dans les anévrismes volumineux, le cœur ne peut plus heurter contre les parois thoraciques. Le bruit du
choc disparaît à mesure \ niais un bruit sourd, bien que superficiel , continue à se faire entendre assez ordinairement. De là est venue cette dispute interminable et qu'il eût été bien facile d'éviter ou d'aplanir en admettant, ce qui est, le concours de toutes ces causes, et en faisant à chacune la part qui lui revient au lieu de vouloir l'établir comme cause unique et absolue. Si les deux bruits provenaient de la même cause, ils seraient les mêmes, on ne les distinguerait pas.
Les bruits du cœur ne sont donc pas les mêmes. Il y en a de bien distincts et ils ne s'exécutent pas tous à la fois. Un intervalle les sépare 5 c'est ce qui produit ce tic tac si remarquable et qui n'a échappé à personne. Si ces deux bruits frappaient ensemble, ils seraient confondus , on ne les distinguerait pas, il n'y en aurait qu'un. Il y a donc deux bruits et deux intervalles. Aussi presque tous les auteurs ont admis quatre temps, deux temps pour les deux bruits et deux temps pour les deux silences. MM. Parchappe et Forget seuls n'admettent que trois temps pour chaque bruit et un pour le silence qui suit la diastole et la systole. L'autre silence leur paraît trop court pour être admis. Mais s'ils n'existaient pas, les bruits ne seraient point séparés. Nous l'admettons donc et nous reconnaissons les quatre temps des auteurs.
Premier temps : Systole des oreillettes, coïncidant avec la diastole des ventricules.
Deuxième temps : Repos très-court correspondant à la fin de la systole auriculaire et de la diastole ventriculaire, et précédant la systole des ventriculaires.
Troisième temps : Systole des ventricules, correspondant à la diastole des oreillettes.
Quatrième temps : Repos du cœur très-long, séparant la systole ventriculaire de la systole auriculaire.
La durée des trois premiers temps est très-courte et approximativement égale dans l'état normal , le quatrième temps ou le repos du cœur est le plus long. Mais il est impossible de la soumettre à la précision mécanique du calcul ; cette durée est très-variable selon mille circonstances. Cette succession rhythmique des mouvements du cœur a été constatée par l'observation directe de MM. Cruveilhier et Follin , dans les deux cas d'ectopie qu'ils ont recueillis. La différence qui s'est présentée dans la durée des temps de repos est insignifiante ; elle tenait à la lenteur des mouvements du cœur de l'enfant observé par M. Follin : il ne battait pas treize fois par minute.
Ces temps précisés dans les mouvements du cœur ont un rapport de coïncidence avec les bruits que fait le cœur en exécutant ses mouvements. Ainsi les deux temps de systole correspondent aux deux bruits du cœur , et les deux temps de repos correspondent aux deux silences. On trouve dans les auteurs une différence bien remarquable sur cette corrélation. Elle peut paraître insignifiante aux uns et grave aux autres 3 elle dépend seulement de celui des bruits qu'on devait appeler le premier et le second. C'est ce qui fait
que le premier bruit correspond pour les uns avec la contraction auriculaire, et pour les autres avec la contraction ventriculaire.
MM. Stockes , Rouannet, Parchappe, etc., font coïncider le premier bruit avec la contraction auriculaire. Le docteur Williams, Laennec ,1e Comité de la Société Britannique de Dublin, MM. Pennok et Moore de Philadelphie , M. Beau, etc., pensent, au contraire, que le premier bruit coïncide avec le choc ou la contraction ventriculaire. De part et d'autre on a fait des expériences sur le cœur, afin de voir quels étaient les bruits qui cessaient dans la lésion des différentes parties de cet organe. Ces expériences ne peuvent avoir aucune valeur. Nous ne les relatons point.
Comme pour les contractions , nous admettons quatre divisions dans les bruits du cœur.
4° Premier bruit: Sourd, profond, inférieur, correspondant à la systole auriculaire et à la diastole ventriculaire.
2° Premier silence : Très-court, séparant la diastole auriculaire de la systole ventriculaire.
3° Second bruit : Clair, superficiel, supérieur, correspondant à la diastole ventriculaire, au choc du ventricule contre les parois thoraciques.
4° Second silence : Long , séparant la systole ventriculaire de la systole auriculaire, correspondant à la diastole plus lente des oreillettes.
Les physiologistes ont, en outre, cherché la cause particulière de chacun des deux bruits du cœur. Ainsi, le premier bruit a été attribué : 1° A la contraction des fibres du ventricule, par Laennec, Turner, Despines, Hope, Williams et le Comité de Dublin ; 2° à la collision du sang et à son frottement contre les parois des ventricules, des orifices et des gros vaisseaux, par Hope, Piorry et le Comité de Dublin; 3° à l'irruption du sang dans les artères par Carlisle; 4° à la tension et à la vibration des valvules cuspides, par Rouannet, Bouillaud, Hope 5 5° au choc des valvules sygmoïdes contre les parois artérielles, par Bouillaud ; 6° au choc de la paroi antérieure du cœur contre la poitrine , par Magendie -, 7° au choc, contre les parois ventriculaires , du sang lancé par la systole des oreillettes, par Corrigan, Pigeau, Stockes, Burdach, Beau.
La cause du second bruit a été rapportée : 1° à la contraction des fibres musculaires des oreillettes, par Laennec ; 2° à la dilatation des ventricules, par Despines ; 3° au choc du cœur retombant sur le péricarde, par Turner; 4° à la collision du sang qui entre dans les ventricules, par Hope ; 5° à la tension et à la vibration des valvules sigmoïdes, sous l'influence du choc en retour des colonnes sanguines artérielles, par Rouannet, Bouillaud, Carlisle, Hope, Williams, le Comité de Dublin ; 6° au choix des valvules cuspides contre la paroi ventriculaire, par Bouillaud ; 7° au choix de la pointe du cœur, par Magendie -, 8° à la contraction ventriculaire, par Corrigan ; 9° au choc du sang contre les parois artérielles , par Pigeau, Stockes , Burdach -, 40° au choc du sang contre les parois auriculaires au moment où il afflue dans la cavité des oreillettes pour leur diastole, par M. Beau.
Ce ne sont pas seulement des différences , mais de nombreuses contradic-
lions qui se remarquent dans ce simple exposé de la cause des deux bruits du cœur. Il y a donc erreur de la part de quelques observations ; ou plutôt il y aurait eu des différences dans les faits observés. Nous sommes d'autant plus porté à le croire, que MM. Cruveilhier et Follin ont pu observer chacun un fait d'ectopie du cœur, et dans la relation qu'ils en ont faite , différer sur quelques points essentiels. Cependant ils ont dit ce qu'ils ont vu , ce qui se passait sous leurs yeux. Cette différence vient donc de la différence même des faits. M. Parehappe accuse l'isochronisme d'être la cause de ces contradictions et par conséquent de ces erreurs. Toutes les méthodes d'observation, dit-il, n'ont encore conduit qu'à des résultats contradictoires ; l'isochronisme paraît en être la cause.
Nous ne pouvons pas nous occuper d'examiner et de réfuter chacune de ces opinions. Nous ferons seulement observer que les contradictions qu'elles présentent ne sont pas aussi grandes qu'on pourrait le croire : elles ne sont le plus souvent qu'apparentes. En effet, elles reposent toutes sur des actes qui sont réels et concomitants. Et comme ils sont multiples , on attribue à un seul ce qui est le résultat de plusieurs. Là seulement est toute l'erreur. Ainsi chaque opinion a pu se combattre victorieusement , parce qu'elle a pu démontrer que le bruit persistait 5 quoique la cause invoquée par son antagoniste ne fût point en état de le produire. Ainsi Bouillaud, Hope, etc., ont entendu les bruits du cœur par l'auscultation immédiate, et ont conclu l'inutilité du choc contre les parois thoraciques, etc. Voici donc ce qui est. Le premier bruit, bruit auriculaire, est dû à la fois à la contraction de l'oreillette, à l'impulsion du sang contre les valvules et contre les parois des ventricules et au jeu des valvules. Voilà pourquoi il est sourd et profond , voilà pourquoi il survit encore, malgré la suspension de l'une de ces causes, voilà pourquoi il disparaît lorsque, dans l'hypertrophie, les oreillettes communiquent sans obstacle avec les ventricules. Elles ne sont plus alors qu'une continuation des veines, et le sang passe directement et sans action de leur part dans les cavités ventriculaires.
Le second bruit, bruit ventriculaire, reconnaît pour cause, outre la contraction des ventricules, l'impulsion du sang contre les valvules sigmoïdes et le jeu des valvules , le choc de la pointe du cœur contre les parois thoraciques. Nous admettons ce choc de la pointe parce que nous l'avons vu. Nous repoussons en conséquence le choc du cœur entier contre le thorax pendant la diastole , bien qu'il soit admis par Schacbare, Stockes, Burdach, Beau. C'est à ce choc qu'est dû le son éclatant de ce second brui t. C'est à ce choc qu'est due l'impulsion qui se communique même à la main qui est imposée. Voilà pourquoi, les parois thoraciques étant enlevées , ce bruit est encore entendu; mais alors il n'est plus éclatant, il est sourd comme le premier bruit, parce qu'il n'a plus le choc du cœur pour cause ; il ne lui reste plus que les mêmes causes qu'au premier bruit. De là sont nées les discussions sans nombre qui agitent encore les physiologistes. Ces discussions tombent devant notre manière de voir ; elles ne sont plus possibles.
On a cherché à connaître les changements qui s'opéraient dans chaque cavité du cœur au moment où ses parois se contractaient, et on a pu constater les suivants.
Dans la diastole auriculaire, les parois s'amincissent en se dilatant, mais sans devenir flasques. Les saillies intérieures deviennent moins apparentes. L'auricule se dilate aussi, se redresse et se remplit. Dans la systole, la contraction se fait plus forte vers les appendices, elle les rapproche davantage des orifices auriculo-ventriculaires, les vide et les flétrit. Elle semble agir du sommet à la base. Les saillies deviennent plus apparentes, les parois sont fermes, et la cavité diminue considérablement ; mais elle ne s'efface jamais complètement. Jamais les cavités ne se contractent au point de se mettre dans un contact immédiat dans toute leur étendue.
Dans la diastole ventriculaire, les parois sont amincies, sans cesser d'être fermes, comme le prétend M. Parchappe, excepté peut-être au moment où la dilatation commence et au moment où elle finit. Les rides intérieures s'effacent un peu, les colonnes charnues se relâchent, et les parois écartées agrandissent la cavité des ventricules et entraînent avec elles les colonnes charnues et les tendons valvulaires, de manière à ouvrir les valvules ou tout au moins à leur permettre de s'ouvrir sous le flot de sang poussé par l'oreillette. L'orifice auriculo-ventriculaire s'élargit pour fournir au sang un passage plus facile. Les valvules sigmoïdes s'abaissent, se joignent par leurs bords et séparent les cavités artérielles des cavités ventriculaires.
Dans la systole, les parois ventriculaires se durcissent, augmentent d'épaisseur et diminuent la cavité des ventricules, sans pourtant la vider complètement, comme l'ont prétendu quelques auteurs. Les colonnes charnues se contractent pour compenser l'effet du raccourcissement du ventricule ; elles tirent leurs radiations tendineuses et avec elles les bords des valvules mitrales et tricuspides ; elles les empêchent ainsi d'être refoulées ou froissées et elles les tiennent tendues, pour que le sang ne puisse pas s'engager par l'orifice auriculaire sur lequel elles s'appliquent. Cet orifice se rétrécit par la contraction des faisceaux presque circulaires qui s'y insèrent en forme de sphincter, et qui favorisent ainsi l'occlusion plus complète de la communication auriculo-ventriculaire. Les valvules sigmoïdes sont repoussées avec force par le sang contre les parois artérielles, afin de s'y frayer un libre passage.
Force du cœur.
Un fait digne de remarque, c'est que le nombre des fibres concentriques du cœur est en rapport avec l'étendue du trajet qu'elles ont à faire parcourir au sang. Ainsi plus les fibres qui composent les parois d'une cavité sont nombreuses, plus est grande la distance à laquelle elles doivent envoyer le liquide. Les oreillettes qui n'ont qu'à faire passer le sang dans les ventricules, sont minces et contiennent une faible proportion de fibres musculaires.
CIRCULATION. 12i)
Tandis que les parois des ventricules, très-épaisses, en sont abondamment pourvues, et que le ventricule gauche, qui doit envoyer le sang bien plus loin que le droit, a des parois plus épaisses et fournies d'un plus grand nombre de fibres. Les individus présentent même des différences notables dans le volume du cœur et dans l'épaisseur de ses parois, par conséquent dans la force avec laquelle il lance le sang. On a remarqué, en général, que le développement de cet organe était proportionné à celui de la stature; et comme cette disposition présente de nombreuses exceptions, on a observé que le volume et par conséquent la force du cœur coïncidaient avec l'énergie et la force de l'individu. Cette remarque est très-ancienne, aussi regardet-on ce développement considérable du cœur comme une marque de force et de courage, et dit-on métaphoriquement un grand cœur pour un grand courage. Bien entendu qu'il n'est pas question ici de son développement pathologique, de son hypertrophie. On comprend, en effet, qu'un cœur plus volumineux, en envoyant une plus grande quantité de sang aux organes et en le poussant avec plus de force, leur porte une excitation plus vive et leur donne plus d'énergie en leur fournissant une somme plus grande de l'élément matériel de la vie. Si, dans l'état le plus ordinaire, chaque contraction du cœur envoie deux onces de sang, une dose plus grande sera à proportion plus efficace, sans même parler de la force plus grande avec laquelle elle sera lancée.
On a cherché à évaluer cette force du cœur et on a beaucoup écrit là-dessus . Nous ne suivrons pas les travaux des physiologistes qui se sont occupés de ce sujet. Ils présentent des différences infinies depuis les calculs de Borelli, qui portait la force du cœur à 180,000 livres, jusqu'à ceux de Keil, qui l'évalue à quelques onces seulement, sans parier de toutes les évaluations intermédiaires de Jurine, Morgan, Sauvages, Robinson, Morlandi, Boissier, Cheselden , Michelotti, Haies, Bernouilli, Tabor, Sénac, etc. Que penser de résultats auss différents ? Ou bien il faut supposer, avec Vicq-d'Azyr, qu'il s'est glissé quelques erreurs de calcul dans leurs appréciations, ou bien il faut avec Haller reconnaître l'impossibilité de faire une estimation rigoureusement mathématique et s'abstenir de prononcer. La différence entre ces évaluations vient de la manière différente dont chaque auteur a procédé; les uns avec Borelli se sont livrés à des calculs mathématiques trop exclusifs ; les autres avec Keil et Bernouilli se sont trop attachés à la simple force dynamique du cœur ; d'autres avec Haies se sont trop enfermés dans son effort statique. Cependant M. Poiseuille est parvenu, dans ces derniers temps, à l'aide d'un procédé ingénieux, à apprécier cette force dans les artères , et il l'a évaluée à trois ou quatre livres. Comment Borelli a-t-il pu être conduit à une évaluation aussi exagérée ? On ne le comprendrait pas si nous n'en disions pas un mot. Verdriès avait établi le nombre incalculable des petits vaisseaux qui terminent l'arbre artériel ; il avait en même temps signalé la lenteur plus grande de la circulation dans leur intérieur. Borelli accueillant ces données a supposé une résistance pour chaque petit vaisseau, et, multipliant cette résistance par t. 1. 9
leur nombre, il est arrivé au résultat effrayant que nous avons indiqué, sans prendre garde que la même force suffisait pour chaque vaisseau, sans tenir compte de l'action propre à chacun d'eux.
Malgré la subtilité plus grande encore de Yhémomètre décrit par le docteur Godtet, malgré la précision de son hémo -dynamomètre, nous ne pouvons pas admettre des conséquences aussi rigoureuses. Mille causes d'âge, de sexe, de tempérament, de passions, de mouvement, de maladie font varier à chaque instant la force du cœur. Il a ainsi imaginé de passer un artère carotide dans un tube rempli d'eau et armé d'un petit tube adapté au premier par une ouverture et un bouchon de liège. Chaque contraction ventriculaire fait élever le liquide dans ce petit tube. M. Poiseuille est aussi allé trop loin en admettant une force d'impulsion du sang égale dans toutes les artères, bien qu'il l'eût vue augmenter dans l'inspiration. Nous ne croyons pas devoir réfuter l'opinion de ceux qui refusent à l'oreillette toute espèce d'action impulsive. Trop de faits s'élèvent contre elle. Il en est de même de celle de Hope, qui pensait que la moitié seulement de l'oreillette prenait part à sa contraction, ce qui l'empêchait de se vider en entier.
Quantité de sang que le cœur envoie à chaque ondée.
Ce serait ici le lieu de parler de la quantité de sang assez variable qu'envoie le cœur à chaque contraction. La simple énumération des recherches faites à ce sujet serait insipide et sans intérêt. Avant d'indiquer cette quantité , il serait indispensable de déterminer la capacité des ventricules , et surtout de préciser la quantité de sang qui reste dans les ventricules après chaque contraction. Puisque Haller pensait que le cœur se vidait complètement , ce que M. Parchappe croit aussi, nous n'avons pas cru devoir rappeler l'expérience de Harvey et de Haller, qui ont pratiqué une plaie à la pointe du cœur, et qui en ont vu jaillir le sang à chaque systole. Cette expérience répétée de mille manières n'a pu fournir aucun résultat sur la force réelle du cœur, tandis que Sénac et Bartholin ont cru qu'il retenait la moitié ou les deux tiers du liquide qu'il contenait au moment de la contraction. Cette dernière opinion est la plus probable, sans qu'on puisse fixer la quantité de sang qui y est retenue, et qui ne peut pas être aussi considérable que l'ont prétendu ces deux anatomistes. Cela paraît se passer ainsi chez l'homme et chez les grands animaux; mais chez les animaux inférieurs, même chez le lapin, les ventricules paraissent se vider en entier à chaque contraction. De cette manière on ne peut pas connaître au juste la quantité qu'emporte chaque ondée ; cependant on l'évalue en général à deux onces. Les calculs de Haies semblent devoir faire élever des doutes sur la plupart de ces supputations. Il envisage la quantité totale du sang, la quantité que chaque contraction en envoie, d'une part aux poumons , d'autre part à tout le corps. Il établit la nécessité de quatre-vingt-douze systoles pour faire chc-
miner toute la masse du sang, c'est-à-dire deux minutes et demie, en se conformant à la loi de Castelli sur la vitesse du sang. Cette considération est précise et de la plus haute importance.
Ordre dans lequel les cavités du cœur se contractent.
Dans l'étude que nous avons faite de la circulation, nous avons vu l'oreillette droite, le ventricule droit, l'oreillette gauche et enfin le ventricule gauche se contracter successivement sur l'ondée de sang que nous avons suivie d'une cavité à l'autre. Cette succession est réelle pour la même ondée ; mais comme la masse du sang comprend une bien plus grande quantité de liquide, les ondées se succèdent : l'une est introduite dans une cavité aussitôt que la précédente en est chassée, sans attendre le retour éloigné de chacune. Il résulte de là que chaque cavité se contracte beaucoup plus souvent qu'elle ne le ferait si elle devait n'agir que sur la même ondée. La succession étant intervertie, voici dans quel ordre ces quatre cavités se contractent.
Les deux oreillettes se dilatent à la fois pour recevoir le sang que leur apportent leurs veines respectives. Elles se contractent également à la fois. Dans le moment de leur contraction, les deux ventricules se dilatent pour recevoir le sang qu'elles leur envoient. Ils se contractent ensuite, et le mo ment de leur contraction correspond au moment de dilatation des oreillettes. Ce mouvement alternatif de contraction et de dilatation des ventricules et des oreillettes forme une espèce de bascule, sur laquelle Harvcy , Lancisi , Haller, Morgagni ont émis des opinions différentes, et sur laquelle les expériences stéthoscopiques de Laennec et de M. Despine ont jeté le plus grand jour. On a partagé ce double mouvement en quatre temps, un de contraction et un de repos pour chaque double cavité, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Ces temps ne sont donc point égaux et semblables aux oscillations d'un pendule, comme l'a prétendu OEsterrei cher.
Cette simultanéité de systole et de diastole dans les oreillettes et dans les ventricules n'est pas seulement admirable par le phénomène en luimême, mais encore par ses conséquences. Si chaque ventricule se fût contracté dans un moment différent, il n'y aurait plus eu d'harmonie ni de précision, parce que la contraction de l'un aurait gêné la dilatation de l'autre. De plus, la contraction d'un ventricule pendant que l'autre se dilatait, aurait poussé la cloison qui les sépare vers la cavité de celui-ci et en la diminuant, aurait rendu moins considérable la quantité de sang qu'il recevait et qu'il aurait envoyée. Sans cette contraction simultanée des deux ventricules, leur cloison eût pu se rompre bien facilement; ou bien, pour prévenir cet inconvénient, il aurait fallu une cloison beaucoup plus épaisse qui, en rendant l'organe plus volumineux, l'aurait embarrassé dans son action. Au lieu que dans la simultanéité de contraction, le sang pressant à la fois les deux côtés de la cloison, en rend la rupture impossible
Intervalle de chaque contraction.
L'intervalle qu'il y a d'une contraction à l'autre est facile à calculer, soit en mettant le cœur à nu, soit en l'auscultant à travers les parois de la poitrine, ou seulement en tâtant le pouls, dont chaque pulsation correspond à une contraction du cœur. Dans l'état normal , il n'y a pas une seconde d'un battement à l'autre , puisque l'homme adulte présente soixante-quinze pulsations par minute. Le nombre en varie d'un instant à l'autre selon l'état moral et physique de la personne, selon le sexe et principalement selon l'âge. On en compte de cent trente à cent soixante dans l'embryon, et le nombre des battements du cœur de la mère n'exerce aucune influence sur eux. Dans l'enfant qui vient de naître, le pouls donne cent dix à cent vingt pulsations. Chaque année il diminue de vélocité, et, à quinze ans, il ne bat déjà plus que quatre-vingts à quatre-vingt-cinq fois. Enfin, chez le vieillard octogénaire, le nombre en diminue jusqu'à soixante-cinq et au-dessous , puisqu'on en a vu ne présenter que trente pulsations par minute. Il est plus fréquent dans le tempérament sanguin que dans le lymphatique 5 il est plus fréquent aussi chez la femme que chez l'homme. On peut consulter à ce sujet la table comparative qu'en a dressée le docteur Gay, de Londres. Il en résulte toujours que la différence est très-grande d'individu à individu. On a encore observé que le pouls était plus fréquent après le repas et plus encore après des efforts. Il est plus rare pendant le sommeil et plus fréquent chez l'homme debout que chez l'homme assis, et plus rare encore chez l'homme couché. Il est aussi plus fréquent le matin que le soir, plus fréquent sur les hautes montagnes que dans les pays bas. Nous ne parlons pas des variations du pouls pathologique. La contraction des oreillettes n'est pas sensible au toucher; mais l'oreille, appliquée immédiatement sur la poitrine ou médiatement à l'aide du stéthoscope, l'entend fort bien, et elle permet de calculer l'alternative des contractions des ventricules et des oreillettes.
Les choses se passent ainsi dans l'état normal, mais il n'en est plus de même dans l'état pathologique. Il n'est pas d'organe qui reçoive autant d'influence de la part des autres organes , et qui les manifeste avec autant de promptitude et de variation , en modifiant ses contractions à l'infini sous le rapport de la force, de la fréquence, de la rapidité et de la régularité. Nous ne pouvons , dans cet ouvrage élémentaire , que signaler ce fait sans nous y arrêter.
§ 2. Action du péricarde.
Le cœur doit au péricarde une partie de la régularité de ses fonctions. Libre dans cette poche séreuse, il n'est gêné par aucune adhérence , tandis que, s'il eût été plongé au milieu d'un tissu auquel il aurait tenu par des
adhérences qui auraient gêné sa mobilité, il n'aurait plus pu se raccourcir ni s'allonger convenablement, à cause de l'obstacle qu'il aurait trouvé dans les parties ambiantes. Dès lors la circulation aurait langui, elle n'aurait plus pu s'exécuter avec régularité. Malgré cette liberté dont jouit le cœur dans le péricarde, cette membrane fibro-séreuse, fortement fixée au lieu qu'elle occupe, tout en lui permettant les variations de volume que nécessitent ses mouvements de systole et de diastole , le maintient dans ce lieu et l'empêche de changer de place et de s'agiter tumultueusement, comme cela arriverait infailliblement , ainsi qu'on peut s'en assurer en mettant le cœur à découvert. Dès que cet organe n'est plus contenu dans le péricarde , il s'agite irrégulièrement et se porte vaguement dans tous les sens , et la circulation est troublée.
§ 3. Influence nerveuse sur le cœur.
Nous savons comment le cœur agit. Il nous importe maintenant de chercher s'il possède en lui son incitabilité, ou s'il la reçoit d'autre part. Nous ne parlons pas de l'électricité , que Stœhelin faisait intervenir pour expliquer ce phénomène, et à laquelle MM. Fourcault et Durand de Lunel ont substitué un principe électro-moteur ou magnétique.
Comme les deux systèmes nerveux sont les organes de la vie, nous pourrions déjà conclure que c'est à eux que le cœur doit le principe incitateur de ses contractions , et nous n'aurions à rechercher que celui dont elles dépendent plus directement ; mais l'expérience de Galien et de Wepffer, si souvent répétée, ayant induit en erreur le plus célèbre des physiologistes et avec lui toute son école, il est indispensable de rappeler l'opinion de Haller. Ce physiologiste, trompé par les contractions qu'exécute le cœur arraché de la poitrine et par quelques autres expériences illusoires, et par l'observation de Bacon et de Sénac, qui virent le cœur d'un criminel bondir pendant sept à huit minutes au-dessus du feu sur lequel le bourreau l'avait jeté, et entraîné par ses vues théoriques sur l'irritabilité, et par ses expériences confirmées par Caldani sur la contractilité de la fibre motrice du cœur sous l'influence des différents incitateurs, regarde cette propriété générale comme inhérente aux fibres du cœur; il en fit la source de ses contractions, et il refusa toute influence à l'action nerveuse, de quelque part qu'elle vînt. Il semble cependant se contredire dans le passage suivant : Hœc omnia ostendunt evidenter prœcipuos cordis nervos ab ea sede medullœ nasci ; nam cœterum vitia hujus partis corporis irrita nocetis officia non turbant (tom. iv, p. 347), et dans le suivant, qui se rapporte aux fœtus privés de cerveau et de moelle épinière : Plerisque medullœ spinalis etiam fuit tantum , quantum suffîcere poterat ut cordis motus superesset (tome îv, p. 356). D'après cela Fontana prétendit que les nerfs du cœur ne servaient à rien. Behrens et Sœmmering allèrent plus loin : car, ne voulant pas admettre quelque chose d'inutile dans l'économie
et ne pouvant pas douter de l'infaillible irritabilité , ils nièrent tout simplement que le cœur reçût des nerfs , du moins ils supposèrent que les plexus considérables et les filets nombreux qui s'y rendent, ne se distribuaient point à ses fibres, et leur opinion fut presque généralement adoptée, tant est puissante l'influence des grands noms. De nos jours encore , sir Robinson a trouvé dans le cœur une vie indépendante de tout système nerveux. Mais Scarpa ne s'en laissa pas imposer. Il reprit avec ardeur ce travail anatomique, et, depuis ses belles recherches, et celles de Munniusks et de Zerranner, personne n'ose douter que le cœur reçoive des nerfs. Cet organe en effet en reçoit un très-grand nombre. Les pneumo-gastriques et les ganglions cervicaux du grand sympathique fournissent les filets qui , en se réunissant, vont former le grand plexus cardiaque , et de là se rendre à tous les points du cœur en se subdivisant d'abord en plusieurs plexus secondaires. Ce qui a pu induire en erreur Berhens et Sœmmering, c'est le mode de distribution des nerfs. En effet, ils ne pénètrent point dans le cœur par filets qui vont se distribuer à ses fibres ; ils se portent autour des artères et leur forment un lassis plexiforme qui s'unit à leurs membranes et se distribue avec elles. De façon que les fibres charnues ne paraissent recevoir de nerfs que ceux que leur apportent les artères. Ce fait anatomique a été constaté surtout par Swan et par Cruveilhier. Il en devait être ainsi : car le cœur , centre de la vie organique, ne devait pas recevoir ses nerfs comme les muscles de la vie cérébrale. Ses nerfs conservent pour lui leur mode de distribution comme les nerfs cérébraux conservent le leur pour les muscles locomoteurs. Les nerfs qui sont fournis par la huitième paire sont bien moins nombreux que ceux qui viennent des ganglions. Comme la nature n'a rien fait en vain , de quelque part qu'ils tirent leur origine, ces nerfs doivent avoir et ont en effet une influence. Dès lors il ne s'agit plus que de déterminer à quel système nerveux elle appartient. Cette recherche a été la source d'expériences innombrables, qui ont été dirigées tantôt sur le cerveau, tantôt sur la moelle épinière, tantôt sur les nerfs pneumo-gastriques, tantôt enfin sur les nerfs ganglionnaires. Nous ne pouvons nous dispenser de jeter un coup-d'œil sur ces quatre ordres de faits, à cause de l'importance du sujet. Legallois, Philipp, Treviranus , Nasse , Wedemayer , Clifft, Flourens , Muller, Longet , sont les principaux physiologistes qui ont étudié cette influence , et auxquels nous avons associé notre part de recherches.
I. Si le cœur se contractait sous l'influence du cerveau, ses mouvements seraient anéantis ou paralysés par la destruction de ce dernier ou par l'abolition de ses fonctions. Si, au contraire, les contractions du cœur étaient indépendantes de l'influence cérébrale , on enlèverait ou détruirait en vain le cerveau, elles continueraient toujours. Le cerveau a été enlevé seul tantô.t par couches successives , tantôt brusquement sur une foule d'animaux différents , et les mouvements du cœur ont continué le plus ordinairement pen dant une heure ou deux. Cette expérience a été faite d'abord par Perrault Vieussens, Riedley, et répétée ensuite par tous les vivisecteurs, avec de;
résultats semblables, à ta différence près de la durée des contractions , qui n'a pas toujours été la même. Wilson Philipp a même paralysé le cerveau, soit avec les narcotiques , soit en le percutant violemment , et le cœur a continué de se contracter. Le cervelet a aussi été enlevé, sans que la circulation ait cessé d'être régulière. Lorry, le premier, a pratiqué cette expérience souvent répétée depuis. Le cerveau et le cervelet ont été enlevés ensemble , et la circulation n'en a pas moins continué. L'ablation même de la protubérance annulaire avec le cerveau et le cervelet n'a pas arrêté non plus les mouvements du cœur. C'est aussi Lorry qui, le premier, a opéré cette ablation. Willis et Vieussens avaient donc mal observé, lorsqu'ils assurèrent que le cervelet ne pouvait pas être enlevé , sans que la respiration et les mouvements du cœur ne s'arrêtassent. N'auraient-ils pas été conduits à cette conséquence par une idée préconçue qui leur faisait placer dans le cervelet le siège des fonctions organiques? Enfin, on a vu les contractions de cet organe être entretenues pendant plus d'une heure après la destruction simultanée de ces parties et de la queue de la moelle allongée, lorsqu'on avait la précaution de prévenir la suffocation. Cette expérience pratiquée encore par Lorry est de la plus haute importance , en ce que plusieurs physiologistes ayant vu cette destruction causer la mort en deux ou trois minutes, y avaient placé le siège du principe vital. La mort n'arrive aussi subitement alors , que parce que les nerfs de la huitième paire qui partent de ce point, ne transportant plus d'influence cérébrale aux organes de la respiration , le larynx n'est plus maintenu ouvert, et l'asphyxie a lieu par son occlusion. Mais lorsque, dans cette expérience , on a la précaution d'entretenir artificiellement la respiration, on entretient aussi la circulation pendant une et même deux heures. Nous avons remarqué, avec Legallois et le professeur Lallemand, que ces expériences réussissaient d'autant mieux, qu'on les pratiquait sur des animaux plus jeunes et chez lesquels le cerveau, encore inerte , n'exerce qu'une faible influence. Lorsque ces expériences sont pratiquées sur des animaux d'une classe inférieure , tels que les sauriens et les batraciens, la circulation continue bien plus longtemps. On voit les salamandres, les grenouilles, les lézards gris, vivre des mois entiers après qu'on leur a enlevé la totalité du cerveau, et même après la décapitation. Ces expériences ont été pratiquées par un si grand nombre de physiologistes depuis Fontana, et tellement variées par Legallois , Rolando et M. Flourens, qu'il est impossible de les révoquer en doute. On peut leur ajouter les observations faites en \ 826 par le Dr Bartels sur six voleurs de grand chemin qui furent décapités. Pendant plus d'une demi-heure, il a vu chez ces malheureux, le cœur se contracter régulièrement et ne cesser de battre que peu à peu. Nous pouvons donc de ces faits tirer la conséquence naturelle que le cerveau ri exerce aucune influence directe sur le cœur. Cependant, on voit quelquefois le cœur se contracter plus vivement par l'irritation de quelques parties du cerveau. Nous n'en conclurons pas la dépendance directe, et l'accroissement de contraction no met pas plus le cœur sous la dépendance
directe du cerveau, que le vomissement ne met l'estomac , par l'irritation de la luette, sous la dépendance de celle-ci ; pas plus non plus que la vélocité des contractions du cœur dans la péritonite , ne les met sous la dépendance du péritoine, etc. La pathologie est venue bien des fois confirmer cette conséquence. On a vu souvent le cerveau être enlevé presque en totalité par l'explosion d'une arme à feu , et le cœur continuer à battre. Dans les acéphales , le cœur n'a pas seulement battu pendant leur vie utérine, mais chez plusieurs la vie a duré quelques heures et même quelques jours après leur naissance. Les auteurs sont pleins de ces faits, et nousmeme nous avons eu occasion d'en voir plusieurs. Dans ces cas le cœur a donc pu se passer longtemps de l'influence cérébrale, puisque leur conformation atteste que le cerveau manquait depuis longtemps. Ce qui se passe dans la paralysie, l'épilepsie, les convulsions, la catalepsie, et dans les effets de l'opium, des narcotiques et des boissons alcooliques démontre encore cette indépendance du cœur. Un épanchement sanguin , séreux ou purulent des tubercules, une ossification accidentelle, compriment le cerveau, paralysent son action, et avec elle tous les organes sensitifs et moteurs, la cirlation continue. Dans les maladies convulsives et comateuses, le cœur reste impassible au milieu des désordres mille fois variés du système cérébral. Dans le narcotisme et l'ivresse, les fonctions cérébrales sont absorbées et les sens éteints ; le cœur bat avec force.
Si, dans les sujets les plus jeunes et dans les animaux moins élevés dans l'échelle des êtres, les contractions du cœur durent plus longtemps après la destruction du cerveau , c'est parce que ce viscère joue un rôle moins important \ chez eux, la vie est moins intellectuelle , puisqu'ils en passent une partie dans un état de sommeil, pendant lequel cet organe n'exécute plus de fonctions : il n'y a plus ni sensations ni mouvements ; l'animal est livré à la vie nutritive, qui, étant indépendante du cerveau, peut bien plus facilement se passer de son influence et lui survivre.
II. Tout le monde connaît les efforts de Legallois pour placer le siège du principe vital dans la moelle épinière. Quoi qu'il en soit de la justesse de ses opinions , il fraya une nouvelle route aux expérimentateurs , et ses brillants résultats , en donnant au prolongement rachidien plus d'importance qu'on ne lui en avait accordé , dirigèrent sur lui les recherche des physiologistes et préparèrent de nouvelles découvertes. Lorsque l'enthousiasme avec lequel furent reçues ses opinions eut fait place au calme de la réflexion, il fut permis de douter -, aujourd'hui, la vérité peut se dire tout entière.
Toutes les fois qu'on détruit la moelle épinière en entier sur un mammifère déjà d'un certain âge , l'animal tombe , et, malgré l'insufflation pulmonaire, le cœur ne peut jamais se contracter assez régulièrement pour entretenir la circulation ; ces contractions irrégulières ne diffèrent pas de celles qu'on lui voit exécuter lorsqu'il est arraché de la poitrine. La même expérience, faite particulièrement sur la portion cervicale et sur la portion dorsale de la
moelle , donne le même résultat toutes les fois que la destruction est faite brusquement. Toujours alors il est impossible de rétablir la circulation. La destruction de la portion lombaire permet souvent, après le premier trouble, le rétablissement de la circulation, surtout en favorisant la respiration.
Mais, lorsqu'on détruit avec beaucoup de lenteur la moelle épinièresur un jeune mammifère , on parvient , à l'aide de la respiration artificielle , à conserver la circulation quelquefois pendant une heure. Cette expérience a été reproduite de plusieurs manières par Wilson Philipp. Toujours il a obtenu des contractions dans le cœur , assez longtemps après la destruction de la moelle épinière dans sa partie supérieure. L'expérience réussissait mieux lorsqu'il détruisait la moelle par le moyen d'un fer rouge , après avoir préliminairement assommé l'animal par un coup violent sur l'occiput. Il en conclut, contradictoirement à Legallois, que le cœur ne tirait le principe de ses contractions ni de la moelle épinière, ni du cerveau ; mais qu'il le trouvait , comme l'avait dit Haller , dans sa faculté essentiellement irritable et contractile. Veinold aussi démontra l'insuffisance des expériences de Legallois, pour sanctionner la dépendance rachidienne des contractions du cœur. Rappelons que Zimmermann avait déjà pratiqué cette expérience sans ralentir la circulation. M. Flourens aussi a vu la circulation continuer plus d'une heure chez des lapins auxquels il avait enlevé le cerveau et la moelle épinière. L'expérience réussit d'autant mieux que l'animal est plus près de sa naissance , remarque déjà faite par Legallois. Si l'on pratique la destruction de la moelle épinière sur les reptiles , tels que la salamandre , ou sur le poisson, comme l'ont fait Flourens , ClifTt, Marshall-Hall , même après la décapitation , la circulation continue plusieurs heures au milieu d'une paralysie générale, sans qu'il soit nécessaire d'entretenir la respiration, parce que ces animaux , ainsi que l'ont prouvé Legallois et Milne Edwards , respirent par la peau.
Ces expériences , mille fois répétées et variées à l'infini , prouvent d'une manière incontestable que les contractions du cœur qui entretiennent la circulation sont indépendantes de la moelle épinière. Si, en effet, elles étaient sous l'influence de ce prolongement médullaire , elles devraient cesser et s'anéantir pour toujours toutes les fois qu'il a été détruit. Si , au contraire , elles sont indépendantes de cette influence , la destruction de la moelle ne les anéantira point et n'empêchera pas la circulation d'avoir lieu. Or, les expériences ont démontré qu'après cette destruction le cœur se contractait et que la circulation continuait assez longtemps , pour qu'il ne fût pas possible de nier cette indépendance de l'appareil circulatoire. Aussi , Legallois fut-il bien embarrassé lorsqu'il voulut fixer le siège du principe vital et la longueur de la moelle spinale nécessaire à l'entretien des contractions du cœur. « J'eus presque autant de résultats différents que d'expériences , dit-il , et dans la plupart des cas , les différences étaient trop grandes pour que je pusse les regarder comme purement individuelles. » M. Flourens a cru pouvoir le placer dans celte portion de la moelle allongée , qu'il a appelée le
nœud vital; mais ces expériences ne sont point concluantes, puisqu'il n'a agi que sur la vie cérébrale, et qu'il a trouvé que la moelle épinière pouvait être détruite en entier chez les poissons, sans anéantir la circulation , ce qui avait déjà été observé par Clifït. Cependant, M. Budge a cherché à préciser encore davantage. Ainsi , le cœur ne tire pas le principe de son action du prolongement rachidien. Nous dirons qu'il n'est pas question de ces contractions irrégulières qu'on obtient en arrachant le cœur de la poitrine 5 mais seulement des contractions régulières et combinées qui peuvent entretenir la circulation. M. Budge a pratiqué cependant une expérience dont on a cru à tort pouvoir tirer un grand parti pour démontrer l'influence de la moelle épinière sur le cœur. Avec un appareil rotateur , appliqué sur la moelle épinière d'une grenouille , il obtient d'abord une suspension des contractions du cœur, et, après, celui-ci se remet à se contracter. Ce fait, en apparence si extraordinaire , si contraire même à toutes nos idées physiologiques , a été reproduit avec succès par MM. Weber , Moritz , Schiff, Brown - Séquard , Poletti. Les liaisons sympathiques qui unissent les deux grands centres des vies expliquent les influences qu'ils exercent l'un sur l'autre. L'étonnement où jette ce premier effet de suspension de contraction, vient de ce que nous ne nous accoutumons pas assez à reconnaître dans l'économie une foule de nuances ou de modifications ; dans les actes et dans les influences nous sommes trop esclaves de la dichotomie thémisonienne, du strictum et du laxum. En reconnaissant ces différentes modifications d'influences , le fait cesse d'être extraordinaire. D'ailleurs , il prouve que le cœur ne cesse pas de se contracter, puisqu'il recommence.
L'isolement des deux vies tire de nouvelles preuves de ces expériences. Le cerveau et le prolongement rachidien sont détruits , toute la vie cérébrale meurt : sensations , intelligence , mouvements , tout est aboli \ le cœur seul continue à se contracter, la circulation persiste, et avec elle toutes les fonctions nutritives ou ganglionnaires. Ce n'est plus qu'une plante, puisque l'animal est mort. Rendez-lui ses mouvements , ses sensations perçues , et l'animal renaîtra ; ajoutez à une plante des organes de locomotion et de perception intellectuelle et vous en ferez un animal. Nous ferons encore une réflexion : partout la fibre musculaire doit la régularité de ses contractions à l'influence cérébrale , la fibre du cœur en est seule exempte , et cela devait être , puisque le cœur est tout entier un organe de la vie nutritive. Cependant la facilité avec laquelle le cœur meurt, après la destruction de la moelle spinale chez les animaux d'un certain âge, prouve qu'à mesure qu'on avance en âge , l'association , les rapports et le consensus des deux ordres de fonctions deviennent de plus en plus marqués et intimes , puisqu'il n'est plus possible d'en opérer l'isolement. Plus le système cérébral s'est exercé , plus son influence devient grande , plus aussi les deux vies s'unissent intimement : elles ne font plus qu'une , quoique chaque organe conserve ses fonctions. Déjà nos conclusions sont rigoureuses, et cependant nous avons négligé de les appuyer sur une foule de faits pathologiques qui sont en leur fa-
vcur. Nous aurions pu surtout invoquer cette foule d'ancncéphales dont Morgagni, Vanhornc, Ruisch, Littre, Suc, Méry, Béclard, et MM.Lallcmand,Roux, Fauvcl, Geoffroy Saint-Hilaire, Breschet, Serres, Olivry , etc., ont donné des histoires détaillées , et chez lesquels le cœur a battu au moins jusqu'à la naissance, malgré l'absence complète de la moelle épinière. Ces faits sont concluants , malgré les efforts de Legallois pour diminuer la confiance qu'on pouvait leur ajouter, parce qu'ils étaient trop en contradiction avec ses opinions. En effet, ces fœtus ont vécu , puisqu'ils ont continué à se nourrir et à se développer, et qu'il n'y a pas de nutrition sans circulation , ni de circulation sans contraction régulière du cœur. Cet enchaînement de conséquences physiologiques est positif; il prévient toute objection, et fait établir comme dernière conséquence , que les contractions du cœur sont indépendantes de l'influence de la moelle spinale. Ainsi, l'opinion de Legallois sur le siège du principe vital est entièrement renversée. 11 n'est pas vrai , ainsi qu'il le croyait, que le trisplanchnique ait ses racines dans la moelle spinale, et qu'il en tire sa force.
Les anencéphales nous prouvent en outre que, u!ans le fœtus, les fonctions cérébrales sont encore nulles. Le cerveau ne s'est pas encore exercé ; la vie est tout organique , selon l'expression de Bichat , et elle se trouve sous l'influence du système ganglionnaire ; elle n'est point encore compliquée de la vie de relation. Mais à la naissance, le système cérébral sort de l'engourdissement dans lequel il était plongé, l'harmonie s'établit entre les deux ordres de fonctions , et la destruction de la moelle exerce alors une grande influence sur le système des ganglions. Cela explique pourquoi un fœtus anencéphale peut vivre neuf mois dans le sein de sa mère , sous la seule influence du système ganglionnaire, et meurt en naissant. Pendant la gestation, le sang arrive au fœtus avec les qualités requises pour servir à son accroissement-, la respiration lui est inutile. Après la naissance, la respiration devient de première nécessité ; sans elle, la vie s'éteint. Dans l'acéphale , cette fonction ne peut avoir lieu , parce que les muscles respirateurs ne se contractent pas. Le sang ne pouvant pas acquérir dans les poumons les qualités vitales suffisantes , la vie doit cesser et cesse faute d'aliment. Nous sommes persuadé que , si, au moment de la naissance , on établissait la respiration artificielle, on entretiendrait la vie quelques instants. Il y a, d'ailleurs, une différence immense entre nos expériences brusques et spontanées , et les effets lents et insensibles des affections pathologiques. Dans le premier cas, les animaux , torturés par la douleur , l'expriment vivement et éprouvent des réactions sur tous les organes , principalement sur ceux qui jouent les rôles les plus importants. Dans le second cas , on voit souvent détruire la presque totalité de nos organes , sans que leurs fonctions soient presque altérées. Dans une hydrocéphale chronique , par exemple , un épanchement énorme distend le cerveau sans causer de changements notables dans ses fonctions; tandis que le plus petit épanchement opéré rapidement occasionne la parai) sic , l'extinction des facultés intellectuelles ou la mort.
D'après une loi de névrogénie, établie par MM. Serres, Geoffroy Saint-Hiiaire, Tiedemann , Breschet, etc. , le cerveau et la moelle épinière ne se développent que lorsque leurs artères , déjà apparentes , apportent dans le lieu que doivent occuper ces organes, les matériaux nécessaires à leur développement. Le cœur est donc antérieur au cerveau et à la moelle épinière-, il se con~ tracte donc avant qu'ils existent. Peut-on maintenant regarder cet organe comme soumis à l'influence nerveuse spinale ? peut-on supposer qu'il dépende d'un organe qu'il a précédé ? Si cette dépendance était vraie, la moelle épinière préexisterait au cœur , au lieu de lui être consécutive. Il serait singulier, absurde, disons le mot , d'établir l'influence d'un organe qui n'existe pas encore sur un organe qui existe déjà. Il ne le serait pas moins de supposer que le cœur , qui a pu s'en passer primitivement , en ait besoin plus tard et se soumette à cette dépendance tardive. Les dernières expériences du malheureux Delpech et de M. Costc , sur l'origine de la moelle épinière , sembleraient devoir infirmer notre opinion -, d'après eux , cette partie du corps serait la première développée. Cette observation était trop contraire à tout ce qui était connu jusqu'à ce jour, pour ne pas provoquer des recherches nouvelles qui pussent ou la confirmer ou l'annuler. Jamais nous n'avons trouvé le développement de la moelle aussi avancé qu'il est indiqué dans leur tra~ vail, ni sur plus de cent cinquante embryons de poulets que nous avons pris à toutes les époques, ni sur plusieurs embryons de brebis ou de vaches que nous nous sommes procurés. Nous avons toujours vu la moelle épinière ne se développer qu'assez tard dans l'espèce de rainure qui sépare les deux cordons musculaires des gouttières vertébrales.
Puisque la moelle épinière n'est point l'organe incitateur des contractions du cœur , il est inutile de réfuter les opinions qui ont cherché quel était le point fixe d'où partait cette incitation. Que nous importe que Legallois et Flourens l'aient placée dans leur nœud vital , que Valentin ait cru l'avoir trouvée dans le point d'origine du nerf accessoire et des nerfs cervicaux supérieurs , et Budge dans la partie supérieure de la moelle , ce qui revient à peu près à dire ce qu'on avait dit avant eux ! Que nous importe aussi que l'huinectation de la moelle épinière avec l'alcool augmente les contractions cardiaques, ainsi que nous l'apprennent Wedemeyer et Wilson Philipp, et que la dissolution d'opium les éteint !
III. La distribution du nerf vague aux organes les plus essentiels a fixé l'attention de tous les physiologistes. Aussi depuis Galien et Rufus d'Éphèse jusqu'à nos jours, il est de tous les nerfs celui sur lequel les expérimentateurs se sont le plus exercés. Willis, le premier, remarqua le trouble que sa section apportait dans les mouvements du cœur, et il attribua à cette cause la mort qui survenait plus tard. Lower, Vieussens et Bayle partagèrent l'opinion de Willis, qui fut combattue par Riolan et Plemp, et qui est généralement rejetée aujourd'hui. En effet, la section ou la ligature des pneumogastriques n'a jamais fait cesser la circulation, et lorsque la mort est survenue, c'est par asphyxie à cause de l'obstruction du larynx, Le trouble et l'irrégu-
iarile des contractions du cœur au moment de la section, sont l'effet de la douleur autant que de l'irritation du nerf, puisqu'on les remarque dans les mêmes expériences faites sur d'autres nerfs. Ainsi nous pouvons conclure que ce ne sont point les nerfs vagues qui portent au cœur le principe de ses contractions.
M. Brown -Square, voyant les grenouilles survivre des mois entiers à la destruction du cerveau et de la moelle épinière, pensa que les contractions du cœur pouvaient dépendre du nerf vague, dont le ganglion est si volumineux chez elles. En conséquence, il en fit l'excision et les grenouilles ont survécu plusieurs jours, et le cœur n'a pas cessé de se contracter. Schmuck, le premier, et ensuite Fowlcr, avaient déjà signalé ces résultats -, ensuite Ludwig, Webster, Crcvc, Mullcr, Longet, les ont confirmés. Ce dernier ne les a obtenus qu'en agissant sur 1er nerfs cardiaques du grand sympathique. 31. Jules Budge, de Bonn, confondant toutes les influences de la huitième paire et du grand sympathique , admet la participation directe de chacun de ces deux ordres de nerfs dans la production des contractions du cœur.
Muller nous fournit îm fait de la plus haute importance. C'est la paralysie du cœur par l'application des narcotiques sur les filets nerveux qui s'y distribuent, pendant qu'ils ne produisent que bien lentement cette paralysie lorsqu'ils sont appliqués sur la fibre musculaire elle-même. Il a fait une autre remarque non moins importante, c'est que ces substances, presque inertes lorsqu'elles sont appliquées à la face externe du cœur, le paralysent subitement lorsqu'elles sont placées à sa face interne. Ce qui s'explique parce que là se trouve le mode de sensibilité du cœur, pour y recevoir les moindres impressions du sang, tandis qu'à la face extérieure il n'en était pas besoin. C'est par la communication des ganglions que Muller explique pourquoi l'irritation d'un seul point peut se propager au muscle tout entier et provoquer sa contraction.
En nous résumant, nous voyons que le système nerveux cérébral n'est point nécessaire à l'entretien de la circulation, puisque 1° le cerveau peut être enlevé en totalité; 2° la tête peut être amputée; 3° la moelle épinière peut être détruite artificiellement ou manquer naturellement; 4° les nerfs vagues peuvent Itre liés, coupés et détruits , sans que cette fonction soit anéantie. Cependant le trouble qui est résulté de chaque expérience, prouve le consensus et l'harmonie qui existent entre les principaux organes de l'économie. Les filets du pneumogastrique qui se joignent au plexus cardiaque, expliquent la réaction de l'encéphale sur le cœur. Les branches nombreuses qui établissent la communication entre les ganglions cervicaux et la moelle épinière, expliquent la réaction de celle-ci. Ces deux moyens de communication nous rendent raison des nombreuses sympathies qui lient ces deux appareils en santé comme en maladie. De là les effets si variés des passions , des affections diverses du cerveau , de l'exercice de ses fonctions, de son influence, etc. Quoique l'influence cérébrale sur le cœur ne soit pas directe , elle n'en existe donc pas moins. C'est elle qui joue le
plus grand rôle dans les sympathies passives du cœur. Les pneumo-gastriques ne servent pas seulement à établir la réaction de l'encéphale sur le cœur, ils sont aussi le moyen de transmission des réactions du cœur sur l'encéphale. C'est par eux que le cerveau perçoit les douleurs que font la cardite et la péricardite. Ainsi ils entretiennent entre ces deux organes une influence réciproque.
Ces communications et cette influence réciproque peuvent encore nous expliquer, jusqu'à un certain point, comment les contractions du cœur ont pu être suspendues à volonté chez le capitaine Townshend, devenu célèbre parce fait, qui est bien insignifiant pour nous, qui parvenons assez fréquemment au même résultat en suspendant quelques instants la respiration, après une profonde expiration.
IV. Puisque les contractions du cœur ne sont point soumises à l'influence du système nerveux cérébro-spinal, il faut en chercher la source ailleurs. Nous n'avons pas cru devoir nous occuper de la faiblesse et de la diminution des contractions qu'occasionne la destruction plus ou moins grande de quelque partie de l'appareil cérébro-spinal. Cette influence est naturelle 5 elle n'est pas particulière au cœur, elle lui est commune avec toute l'économie. Ne pouvant pas non plus la trouver dans l'irritabilité hallérienne, puisqu'elle n'est pas reçue aujourd'hui comme une explication satisfaisante, nous sommes conduit, par voie d'exclusion, à penser que les nerfs cardiaques issus du système ganglionnaire, restent seuls chargés de porter au cœur l'influence nerveuse qui en dirige les contractions régulières. Cette attribution du grand sympathique se trouve en harmonie avec l'opinion émise par Winslow sur ses fonctions, et généralement admise depuis qu'elle a été si heureusement fécondée par le génie de Bichat. D'après ces hommes célèbres, le système nerveux des ganglions est destiné aux fonctions des organes de la nutrition. Or, le cœur étant un des organes principaux, le centre en quelque sorte de cette vie intérieure nutritive doit se trouver le premier sous la dépendance de ce système nerveux. Déjà Prochaska prétendait qu'il puisait dans les ganglions le principe de ses mouvements. Des expériences directes et convaincantes ont confirmé les probabilités qui résultaient de cette manière de raisonner, et en ont fait une vérité incontestable. Quoique avec beaucoup de peine et après de nombreuses tentatives, nous sommes parvevenu à couper complètement le ganglion cardiaque, et, immédiatement après, nous avons vu cesser les battements du cœur. Mais il fallait que la section fût totale : car lorsqu'il restait quelques parties de ce ganglion plexiforme, le cœur continuait à se contracter, à moins que la lésion des gros vaisseaux ne causât la mort, ce qui arrivait fréquemment. L'irrégularité de sa forme a pu faire nier son existence par quelques anatomistes ; mais qu'ils veuillent bien se donner la peine de disséquer avec attention ou de consulter la Nécrologie de Swan et de Ludovic Herschfeld, et ils acquerront la certitude de son existence. Nous pourrions nous appuyer encore de l'expérience de Hum-
boldt, qui, ayant retiré le cœur de la poitrine de deux lapins et d'un renard, a mis à découvert un des nerfs cardiaques, l'a armé, et, après avoir mis en contact les deux métaux, a vu au même instant les contractions devenir plus fortes et plus fréquentes. Il a même obtenu des mouvements, lorsque les deux bouts du nprf coupé étaient écartés de cinq quarts de ligne. M. Longet a même observé qu'alors une sensation vive et douloureuse à la peau faisait battre le cœur avec plus de violence. Ce qui ne pouvait pas avoir lieu par la huitième paire. Fowler et Muller ont obtenu les mêmes résultats. Ce dernier a même déterminé une série de mouvements rhythmiques au lieu d'une simple contraction convulsive. M. Longet fait la remarque que l'action galvanique est plus longue à se produire et qu'elle se prolonge plus longtemps. Home et Weinhold ont vu les battements du cœur devenir également plus forts par l'excitation du grand sympathique, et en établissant le courant galvanique, au moyen d'un ganglion thoracique détaché et renversé sur le cœur. Burdach a confirmé ces expériences. Il a même vu la potasse et l'ammoniaque appliquées sur le nerf grand sympathique, exciter les battements du cœur. Crevé, Webster, Ludvig, etc., ont obtenu des résultats analogues.
Puisque la circulation s'éteint par la section complète du grand plexus cardiaque, nous pouvons établir en principe que c'est le système nerveux ganglionnaire qui est la cause première, la cause vitale du mouvement dont l'action mécanique gît dans la contraction alternative des doubles fibres concentriques et rayonnantes du cœur.
Muller, enfin, fait observer que le cœur, arraché de la poitrine et vide de sang, continue quelquefois assez longtemps ses mouvements alternatifs de systole et de diastole, qu'il est le seul muscle qui agisse ainsi sans excitant , et qu'il ne peut tenir cette propriété que des nerfs qu'il contient, et qui continuent à lui fournir une certaine dose d'excitation, une partie de l'influence qu'ils ont conservée. Ensuite, par une contradiction inconcevable, il dit : « La source constante des contractions du cœur est donc en premier lieu dans la force motrice du grand sympathique, mais la cause conservatrice et excitatrice de cette dernière réside dans la moelle épinière ; » et lorsque le cerveau ou la moelle épinière manque, où réside- t-elle? Muller n'a pas songé à cette objection; elle l'aurait empêché de faire venir le trisplanchnique de la moelle épinière. M. Longet arrive à une conclusion qui est bien voisine d'une acceptation complète : « On concevrait d'autant mieux, dit-il, que la seule intervention du grand sympathique fût d'abord suffisante, que[ d'après Tiedemann, la substance grise de la moelle n'apparaît chez le fœtus que vers le sixième ou septième mois... De cette manière on s'explique, d'une part, l'entretien de la circulation chez le fœtus amyélencéphale, et, de l'autre, la persistance de la circulation, même chez l'adulte, plusieurs heures après la destruction de la moelle épinière. » Ajoutons que Remak a découvert récemment, dans la substance même du cœur, de petits renflements ganglionnaires qui, peut-être, ne sont pas non plus étrangers à l'entretien des contractions plus ou moins directes de cet organe, après qu'on l'a séparé de
l'axe cérébro-spinal et du cordon cervical du grand sympathique. Ils viennent à l'appui de ce que nous avons dit du système ganglionnaire, qu'il n'avait pas un foyer, un point de départ unique, mais qu'il allait se régénérant toujours et partout.
Nous serions confirmé dans notre opinion, si nous envisagions que le système nerveux commence par le ganglion cardiaque, ainsi que Malpighi d'abord et ensuite Ackermann ont cru l'avoir observé ; si nous considérions que le grand sympathique se développe après, et que le cœur, premier organe qui entre en action, n'existe jamais sans ce ganglion, tandis que la moelle épinière manque souvent, quoique le système nerveux ganglionnaire soit alors développé. Disons, enfin, que c'est par les nerfs cardiaques que la douleur est portée au dos dans les ganglions cervicaux inférieurs, où viennent la puiser les rameaux de communication avec la moelle épinière.
Scarpa aussi voulut refuser «à ces nerfs toute influence contractile. Il imagina pour cela de faire du grand sympathique un nerf purement sensitif, tirant son orige des racines rachidîennes postérieures. Nous avons démontré autre part combien cette opinion était erronée.
§ 4. Action des artères.
Nous avons vu plus haut comment chaque contraction des ventricules, en chassant une ondée dans les artères aorte et pulmonaire, poussait la longue colonne de sang de tout l'arbre artériel, et en faisait engager dans les capillaires la partie qui se trouvait à ses dernières extrémités. Ainsi, le sang avance dans les artères par l'impulsion que lui communique successivement chaque nouvelle ondée. Cette progression du sang jusqu'aux extrémités artérielles , est prouvée par un si grand nombre de faits qu'il est superflu d'y insister. Nous dirons cependant que la compression ou la ligature d'une artère arrête le pouls dans la partie du vaisseau la plus éloignée du cœur ; que, dans la blessure d'une artère, le sang jaillit de la partie qui vient du côté du cœur 5 et que, pour arrêter l'hémorrhagie, c'est de ce côté-là qu'on place la ligature ou la compression. Chaque colonne sanguine se partage à mesure, en autant de colonnes décroissantes que les artères se divisent et se subdivisent. En avançant, le sang diminue de force et de vitesse, d'abord à cause de l'augmentation de capacité de l'arbre artériel, à mesure qu'il se divise davantage, parce qu'un liquide diminue de vitesse, lorsqu'il passe d'un lieu plus étroit dans un lieu plus large ; en second lieu, à cause des frottements du liquide contre les parois des vaisseaux, et surtout contre leurs flexuosités et contre les éperons de la naissance des branches artérielles. On a pu s'assurer de cette différence légère dans la force de la circulation, soit dans les opérations chirurgicales, soit en ouvrant comparativement sur le même animal une artère à un membre postérieur et une au col. Toujours le jet de l'artère la plus voisine du cœur est plus grand que celui de
l'artère la plus éloignée. Dans les artérioles, le sang cesse même de couler par saccades; le jet devient uniforme. Ce qu'il faut attribuer, en partie au moins, à la dilatation élastique des parois artérielles.
Chaque ondée de sang qui arrive aux artères produit une pulsation sensible au toucher et même à la vue. C'est à cette pulsation qu'on a donné le nom de pouls. Elle se fait sentir en même temps que les contractions des ventricules, auxquelles elle est isochrone. Elle est par conséquent isochrone au pouls qui bat dans toutes les parties du corps, puisque la même ondée le produit partout à la fois. Aussi , l'ablation du cœur détruit le mouvement rhythmique des artères. Cependant, M. Despine a cru qu'il correspondait au moment qui sépare la contraction des ventricules de celle des oreillettes. M. Pigeau, conséquent à son opinion sur le bruit des ventricules, a prétendu que la diastole des artères répondait à la diastole des ventricules \ ce qui détruirait toute l'harmonie dans la succession des mouvements circulatoires. Aussi, son opinion n'a été adoptée par personne. Néanmoins, cet isochronisme se détruit légèrement à mesure qu'on observe le pouls sur une artère plus éloignée du cœur. Weitbrecht, Liscovius, Weber, Andral, Muller l'ont constaté. Ils attribuent cette différence, d'une part, au frottement qu'éprouve le liquide contre les parois des artères à mesure qu'il avance ; d'autre part, surtout, à l'élasticité de ces parois, qui ralentit chaque ondée au moment où il pénètre dans chaque point du calibre artériel, parce que celui-ci augmente de capacité : on peut ajouter la division qu'éprouve successivement la colonne
nguine.
La cause de ce mouvement de l'artère a été expliquée bien différemment par les physiologistes. Les uns avec Hunter, Zimmermann, Lorry, Béclard, Hasting, Muller, ont cru qu'il était le résultat de la dilatation de l'artère par l'abord du sang , et du retour de ses parois à leur premier état. Les autres, avec Davy, Brème, Parry, Bichat, ont pensé que la dilatation de l'artère n'était pour rien dans ce phénomène et qu'il était l'effet d'un déplacement, d'une véritable locomotion latérale du vaisseau. Les uns et les autres ont fait valoir d'excellentes raisons en faveur de leur opinion -, mais, en voulant être trop exclusifs , ils se sont également écartés de la vérité. Oui, sans doute, l'artère est dilatée par chaque ondée de sang , on ne peut pas en douter. Haller, Spallanzani, Meckel, etc., n'ont pas mis en doute cette dilatation. L'expérience de Poiseuil, qui fit passer une artère dans un tube rempli d'un liquide gradué ; celle de Flourens, qui entoura l'artère d'un anneau élastique fendu sur un côté ; celle d'un ressort de montre , etc., ont fourni des preuves convaincantes. Cependant, Arthaud, Lamure, Parry, John Davies ont nié cette expansion de l'artère. Son évaluation à 4/11 ou 1/5 de ligne , par Wedemeyer, est peu importante. Sachons seulement qu'elle est d'autant plus considérable que l'artère est plus grosse. Oui, sans doute aussi, chaque ondée opère un mouvement de locomotion et de redressement de l'artère. Les expériences et les observations de Bichat sont convaincantes : comme on peut s'en assurer en examinant les artères labiales , les mésentériques t 1. 40
des grenouilles et la poplitée dont la force va jusqu'à soulever une jambe croisée sur l'autre. Ainsi, l'on ne peut rejeter ni l'une ni l'autre de ces deux opinions , parce que les deux phénomènes ont également lieu , et qu'ils concourent ensemble au phénomène commun de la pulsation. Comment, en effet, expliquerait-on le pouls dans les artères dont la locomotion n'est pas possible? Comment encore expliquerait-on les battements d'un anévrisme volumineux et immobile ? On a remarqué un autre phénomène ; c'est un léger allongement successif de l'artère et son raccourcissement immédiat, à mesure que l'ondée arrive et passe. On peut en juger en regardant une artère vers un éperon.
Tout le monde sait combien le pouls présente de variétés en force , en vitesse, en raideur, en mollesse, en plénitude, etc., suivant l'état de santé et de maladie . Cela devait être, puisque le cœur, recevant l'influence la plus grande de toutes les parties du corps , ne peut la manifester que par les modifications de ses contractions et consécutivement du pouls. Nous ne suivrons pas Sorano , Niel , Bordeu , ni Fouquet, dans leurs profondes recherches sur l'état du pouls et sur ses rapports diagnostiques et pronostiques avec les maladies.
Chaque ondée de sang opère donc la distension de l'artère , non seulement dans le point où elle est introduite , mais encore dans tout l'arbre artériel, parce que partout la colonne de sang et ses divisions sont poussées et pressées à la fois, et qu'elles font ainsi un effort simultané contre les parois de leurs vaisseaux. Après cette dilatation qui n'est qu'une distension passive des membranes, celles-ci reviennent sur elles-mêmes par élasticité, ou, si l'on veut, contractilité de tissu, et non par une contraction active opérée par des fibres musculaires. Bichat a fait d'inutiles efforts pour combattre ce retour élastique des parois artérielles , il n'est pas possible de le nier. C'est même à lui qu'est due la continuité du jet artériel , quoiqu'il soit saccadé : car, sans le retour élastique de l'artère, chaque contraction du cœuj? produirait un jet, qui s'arrêterait immédiatement après , pour recommencer de nouveau : il y aurait suspension du jet, et non continuité avec saccade. Mais il y a loin de cette contractilité de tissu à une contraction musculaire, telle qu'ont voulu l'admettre de Gorter, Wilson, Allen, Hunter, Hasting, Home , Sénac, Martini, Vicq-d'Azyr , Zimmermann , Verschair , Sœmmering, etc. L'expérience de Hunter, qui a remarqué la diminution du calibre des artères sur les individus presque exsangues et sur les animaux rendus tels, ne prouve pas plus la contraction musculaire de ces vaisseaux, que le retour des téguments sur un membre atrophié ne prouve la contraction musculaire de la peau. Quoique nous ayons répété bien des fois l'expérience de Bikker, Van den Bosch, Giulio, Rossi et Nysten , nous n'avons pas été plus heureux que Richerand , nous n'avons jamais pu voir la contraction du tube artériel sous l'étincelle électrique. Les mouvements du membre et les secousses imprimées au vaisseau isolé, ont bien suffi pour induire en erreur ceux qui, dans une opération délicate, ont cru voir une faible contraction à travers un
mouvement de totalité. D'ailleurs, pour que cette contraction eût lieu, il faudrait qu'il entrât dans la composition des artères un tissu qui en fût chargé. Or, l'anatomie a démontré que. si dans l'éléphant on a cru trouver un tissu musculaire, il n'en est pas de même dans les autres animaux. Aucun ne présente rien d'analogue : car le tissu jaune de la membrane fibreuse ne lui ressemble en rien. Cuvier et Nysten ont même fait d'inutiles efforts pour trouver la texture musculaire dans l'aorte de l'éléphant. Rien ne ressemble à la fibre musculaire, pas même chimiquement, ainsi que l'a démontré Berzélius. Les observations microscopiques de Lauth, de Schwan et d'Eulenbur*y ont démontré les caractères des tissus élastiques. Chez l'homme , il ne présente jamais de structure musculaire; jamais non plus l'artère ne peut suppléer au cœur absent.
Quelques expériences servent encore à démontrer l'impossibilité de cette contraction active. 1° En faisant passer, au moyen d'un tube, le sang artériel d'un animal vivant dans l'artère d'un animal mort ou dans une portion d'artère détachée, l'artère privée de vie fait sentir des pulsations isochrones à celles des artères de l'animal vivant. Si l'on remplace l'artère par une vessie remplie de liquide , elle présente la même sensation de pouls. Si l'on fait couler le sang dans une veine, un pouls obscur, mais sensible, s'y développe. 2° Lorsque sur un sujet mort on remplace le cœur par une seringue, et qu'à l'aide de cet instrument on pousse par saccades brusques un liquide dans les artères, on imite les pulsations du pouls. Si l'on substitue aux artères des tubes factices d'une peau mince, on produit le même effet. 3° Si, dans un animal vivant, on met en rapport une artère avec une veine d'un autre animal aussi vivant, de manière à ce que le sang coule de la veine dans le bout de l'artère qui s'éloigne du cœur, l'artère se remplit de sang, celui-ci y circule 3 mais il n'y a plus de pulsations. Cependant, l'artère devrait se contracter sur le sang, si elle en avait réellement la faculté. 4<> L'ossification d'une artère, chez les vieillards, laisse le pouls se manifester au-delà de la partie ossifiée.' Ainsi, il ne peut pas y avoir de doute, le retour des artères sur elles-mêmes est dû à la seule élasticité de leur tissu. C'est pour cette raison que les artères diminuent de capacité à mesure que le cœur y lance une moindre quantité de sang, et que, chez les agonisants, elles deviennent presque filiformes. Avouons toutefois que la vie donne plus d'étendue , plus de force à cette contraction. Si l'on coupe sur le vivant une artère en travers , elle se resserre et se rétrécit un peu ; ce qui n'a point lieu dans le cadavre. Dans certaines circonstances d'inflammation aiguë dans un membre, le pouls acquiert plus de force dans ce membre, quoique le cœur se contracte d'une manière égale pour tous les deux. On voit encore les artères augmenter de volume dans un organe, lorsque l'action de cet organe augmente momentanément d'activité; par exemple, les artères utérines, pendant la grossesse, les artères mammaires pendant l'allaitement, les artères des parois abdominales dans l'ascite , etc. Quelquefois aussi , dans certaines fièvres de mauvais caractère, le pouls n'est pas égal des deux cotés, ou bien
il est fort à la tète et très-faible tlans les membres. Debaen a trouvé 95 pulsations dans un membre, pendant que l'autre en donnait 114. Laënnec avait constaté cette différence d'action des artères $ il l'a décrite sous le nom de spasmes des artères. Armiger a vu, chez un malade, 110 pulsations à un bras, et seulement 100 à l'autre bras. Albert Broun a cité plusieurs cas de pouls différents sans lésion organique apparente. C'est à la tunique moyenne ou tunique jaune qu'est due cette action des artères. Mais, nous le répétons, elle n'a rien de semblable à la contraction musculaire. Elle est ce qu'elle doit être pour la fonction , elle n'est et ne peut pas être autre chose , bien qu'elle puisse présenter quelques différences avec d'autres actes de contraction, chacun est doué de ce qu'il lui faut. Ainsi, toutes les tentatives de Bikker, de Van den Bosch, de Verschair, de Giulio, de Rossi, de Wedemeyer, de Parry, etc., sont des conjectures qui ne prouvent rien de plus. Nous en tirons autant de la prétendue découverte de la couche légère de fibres libres musculaires à la face interne de la tunique moyenne des artères. Il y a là erreur. On a cru voir ce qu'on désirait voir. Ce qui le prouve, c'est que le siège et le volume de ces fibres sont déjà controversés. Or, une chose de fait ne peut pas l'être. D'ailleurs, la plupart des faits de pouls différent ont été mal interprétés.
Il ne faut pas confondre cette élasticité ou contractilité élastique, avec la contractilité de crispation qu'occasionnent le froid , certains acides et autres agents chimiques sur les artères qu'ils font crisper, au point d'arrêter les hémorrhagies. Les deux Weber ont produit une constriction bien sensible sur les petites artères, au moyen d'une excitation électrique de 10 secondes. On a cherché le siège ou l'agent de la contractilité. Henle semble l'avoir trouvé dans un tissu ou une couche particulière située en dedans de la membrane élastique, entre elle et la tunique interne. Elle diffère en conséquence de la couche élastique elle-même ; elles forment des faisceaux qui diffèrent du dartos et se rapprochent de la tunique musculeuse de l'intestin. Sa propriété contractile s'éteint avec la vie. Toutefois la colonne sanguine reçoit l'impulsion que lui communique le cœur, et elle n'avance par saccades qu'en vertu de cette impulsion, ainsi que Harvey le concevait, et que Spallanzani l'a soutenu, malgré l'opposition de Prochaska.
Nous ne devons pas nous occuper de la force et de la vitesse avec lesquelles le sang circule dans les artères, parce qu'elles sont entièrement dépendantes de l'action du cœur. Liées aux contractions du cœur , elles en suivent toutes les variétés que nous avons signalées plus haut.
L'influence nerveuse ne peut être d'aucune utilité dans les fonctions des artères, puisqu'elles n'agissent pas autrement que le ferait un tube inerte et élastique. Elles ne manifestent jamais aucune sensation, de quelque manière qu'on s'y prenne pour les irriter. On peut impunément les piquer, les pincer ou les corroder par les agents chimiques les plus acres , elles sont insensibles. La section de tous les nerfs cérébraux d'un membre ne les empêche pas de battre avec la même force et la même régularité. Dans un membre
paralysé, la fonction des artères s'exécute également bien; le pouls s'y fait sentir aussi bien qu'auparavant. Le système nerveux cérébral n'exerce dont aucune action sur les artères.
Le système ganglionnaire n'est pas d'une plus grande nécessité aux contractions artérielles, puisque sur des cadavres on a produit artificiellement le pouls dans les artères. Mais ces vaisseaux croissent et se nourrissent, et cette opération vitale dépend du système nerveux ganglionnaire.
Quelques auteurs ont supposé que la face intérieure des artères était lubrifiée par une humeur visqueuse , qui favorisait le glissement du sang sur ses parois. Si cette humeur, dont nous n'avons jamais pu constater l'existence, est réellement sécrétée, sa formation est soumise, comme toutes les autres sécrétions , à l'influence du système ganglionnaire , puisqu'un membre paralysé et séparé de la vie cérébrale continue à fournir cette liqueur.
Le but et l'usage des artères sont de porter le sang du cœur aux poumons et à toutes les parties du corps, puisque ces vaisseaux pénètrent partout, et qu'on ne peut pas faire la moindre piqûre sans en rencontrer quelques-uns et sans faire sortir du sang artériel. Aussi, dans le moment de chaque pulsation, il se fait dans tous les tissus, à l'abord du sang, une espèce de secousse intérieure ou d'épanouissement subit qui se manifeste souvent dans certains moments de pléthore ou après la digestion. Quoique passive, cette opération est de la plus haute importance , et sa lésion entraînerait les accidents les plus graves , soit dans l'économie entière , soit dans la partie à laquelle le sang devrait se distribuer. La nature a prouvé assez combien elle avait fait pour protéger les artères, soit en les plaçant dans les parties les plus profondes ou les moins faciles à être atteintes par les agents extérieurs : soit en prévenant leur compression par la contraction des muscles qu'elles traversent, au moyen d'anses aponévrotiques qui les protègent \ comme on le voit pour l'aorte entre les piliers du diaphragme , pour les perforantes au moment où elles traversent les adducteurs des cuisses , pour la poplitée lorsqu'elle s'engage dans l'extrémité supérieure du muscle solaire : soit en multipliant les anastomoses, afin que si un tronc vient à être lésé, il puisse être suppléé par un autre tronc , afin aussi de favoriser le développement de certains organes comme les intestins, l'estomac, l'utérus, etc. ; admirable prévoyance, sans laquelle l'opération de l'anévrisme et la ligature d'une artère principale ne seraient pas praticables. On peut leur attribuer un autre usage, celui de porter aux organes auxquels elles se distribuent, les nerfs ganglionnaires dont ils ont besoin. Il est évident que le réseau nerveux abondant qui les enveloppe , n'est pas destiné seulement à leurs parois , si l'on considère surtout que les veines, les vaisseaux lymphatiques, en un mot, tout l'appareil vasculaire centripète, ne reçoivent et ne portent point avec eux de cordons du grand sympathique.
§ 5. Action des capillaires.
Lorsque le sang est arrivé aux dernières ramifications artérielles , soit pulmonaires, soit aortiques, il s'avance dans un système vasculaire d'une ténuité telle , que , soustrait à nos regards , il a été , pour ainsi dire , admis plutôt que démontré. Cependant , à l'exception de Wilbrand et de M. Rognot , les anatomistes et les physiologistes modernes ne mettent plus son existence en doute. C'est un composé de véritables vaisseaux rétiformes , à membranes propres et distinctes, et excessivement minces, et dans les mailles desquels se trouve la substance proprement dite des tissus. Ces vaisseaux ne sont donc point de simples sillons creusés dans cette substance , comme l'ont pensé quelques auteurs. Malgré ses dénégations , Muller est obligé de l'admettre. Harvey et Vieussens les premiers , ensuite Ent , Leuwenohek , Malpighi , Baglivi , Van-Heyde, Spallanzani l'ont établie sur un nombre de faits et d'expériences qui ne laissent rien à désirer. Seulement, on ne le reconnaît pas aussi vaste que l'avaient décrit Bichat et Ruisch. Sœmmering , Dœllinger et Berres ont démontré que la disposition de ce vaste appareil n'était pas la même partout. Sœmmering a trouvé que la ramescence ressemblait , dans les intestins , à un arbre dépouillé de son feuillage ; dans le placenta, à une houppe 5 dans la rate, à un goupillon ; dans les muscles, à un fagot ; dans la langue, à un pinceau 5 dans le foie, à une étoile 5 dans les testicules et dans les plexus choroïdes , à une boucle de cheveux ; dans la membrane pituitaire à une vrille ; autre part à des aigrettes , des panaches , des feuillages. Mais partout il sert d'intermédiaire entre l'artériole et la veinule. Ces capillaires, qui ne sont plus l'artère et qui ne sont pas encore la veine, sont plus ou moins étendus. Quelquefois même, comme au placenta, ainsi que M. Weber le fait voir , l'artériole semble se recourber pour commencer de suite la veinule. En général, les mailles qui en séparent les anses sont plus considérables dans certains tissus que dans d'autres. Elles sont moins grandes dans les organes dont le tissu est très-serré, comme dans les tendons. Ellesmêmes s'effacent dans quelques-uns comme le corné , le dentaire , le cristallin. Mais ces détails anatomiques ne sont pas de notre ressort.
Engagé dans ces vaisseaux , dont le calibre est approprié au diamètre des corpuscules du sang , ce liquide y parcourt un trajet dont on ne peut apprécier ni la longueur ni la durée, parce qu'ils forment par leurs anastomoses un réseau, dans lequel ce fluide, en passant des uns dans les autres, peut avoir des courants différents et toutes sortes de directions et y prolonger ainsi son trajet et son séjour. Il est aisé de s'assurer de cette course du sang à l'aide du microscope. On voit alors les globules marcher tantôt isolés , tantôt accouplés , tantôt avec vitesse, tantôt avec lenteur, tantôt avec hésitation , et quelquefois même on les voit rétrograder. Ils semblent nager dans un liquide transparent sur lequel M, Poiseuille a beaucoup insisté. On peut s'assurer de
cette disposition en mettant à découvert une membrane séreuse partout , et en l'irritant dans un point. Alors on voit les capillaires se prononcer davantage autour du point irrité et y diriger le sang, de manière à former dans ce point une véritable circulation locale et concentrique. En pratiquant un autre point d'irritation ailleurs , il s'établit une nouvelle fluxion concentri que , semblable à la première. On peut multiplier ainsi les points d'irritation et par conséquent ces circulations locales et partielles. On voit alors le sang marcher dans une foule de sens opposés. De cette manière , le système capillaire ne forme qu'un tout continu , toutes les parties du corps tiennent les unes aux autres , et tous les vaisseaux afférents et efférents communiquent les uns avec les autres dans ce système , de telle sorte que si l'un vient à s'obstruer , un autre le remplace.
Quelle que soit la durée de son trajet, le liquide finit par être transmis dans les radicules des veines avec lesquelles les capillaires se continuent. Ce passage a été constaté sur différents animaux par Villard , Thomson , Ermann , Cuvier, Confiliaschi , Rusconi, Meckel, Dœllingcr, Carus , Reynaud. Mais le sang n'arrive pas aux veines le même qu'il était dans les artères ; pendant ce trajet , une partie abandonne les capillaires pour pénétrer dans le tissu des organes. C'est pour expliquer ce départ d'une partie du sang que Boerhaave, Haller et Bichat ont supposé que les extrémités artérielles se partageaient en deux ordres de vaisseaux : les capillaires sanguins , destinés à reporter aux veines le sang qui n'est pas employé ; et les capillaires exhalants ou nutritifs, destinés à porter dans l'épaisseur des tissus la quantité de sang qui leur est nécessaire. Malgré le charme et l'entraînement avec lesquels Bichat a développé cette opinion, la plupart des physiologistes ne sont pas convaincus aujourd'hui de l'existence de cet ordre de vaisseaux 5 et l'apparition des vaisseaux sanguins dans les tissus où il n'en existait point antérieurement , comme à la conjonctive et aux membranes séreuses , ne leur paraît pas une preuve. Ils regardent ces vaisseaux imperceptibles, non comme des vaisseaux blancs d'un autre ordre, mais comme des capillaires si ténus que les globules de sang qu'ils admettent sont trop divisés pour réfléchir la couleur rouge. Ils pensent donc que lorsqu'ils deviennent apparents , c'est parce qu'ils admettent une quantité de globules assez grande pour que la couleur devienne sensible. Ce qui explique l'expérience de Blenland, sans qu'on soit obligé d'admettre des vaisseaux séreux dans lesquels s'engagerait la partie la plus fluide et incolore de la matière d'une injection colorée. Lippi a voulu reconnaître ces vaisseaux blancs dans quelques lymphatiques. M. Bourgery vient de réhabiliter ce second système capillaire sous le nom de capillicules. Ce sont eux qui forment un réseau à la surface des granules ou des fibrilles des organes et qui fournissent les matériaux de leur nutrition et de leurs sécrétions. Quelques auteurs sont allés plus loin. Ils ont supposé que les organes généraux, vaisseaux et nerfs, se confondaient dans leurs dernières ramifications, et ils ont donné le nom de névrartères à ces filets sanguins et nerveux réunis. Mais ces névrartères sont le produit de l'imagination, Ils attestent les
difficultés qu'on éprouve, lorsqu'on veut sonder les abîmes de notre organisation intime , que ne peut nous révéler l'observation des grenouilles , où nerfs et vaisseaux , tout est séparé jusqu'à la fin. L'influx nerveux est donc ainsi porté au tissu intervasculaire qui leur est interposé.
Voici ce que l'expérience microscopique nous a démontré à ce sujet. Nous avons bien facilement suivi des capillaires depuis les artères jusqu'aux veines. Jamais nous n'avons vu des vaisseaux s'en détacher pour finir dans l'épaisseur des organes en y versant un liquide quelconque. Mais nous avons vu bien des fois un courant de molécules extra-vasculaires , lequel semble partir d'auprès d'un capillaire , s'arrête , recommence, court dans le même sens ou en sens inverse , et semble finir , tantôt au même capillaire , tantôt à un autre , sans que la marche bien visible des molécules sanguines dans ces vaisseaux en éprouve aucune variation. En général, lorsque ce courant extravasculaire n'est pas troublé , il se fait dans le sens du courant vasculaire , soit dans les molécules de dégagement , soit dans les molécules de retour. Nous les désignons ainsi , quoique nous n'ayuns jamais pu voir distinctement les orifices par lesquels se font leur sortie et leur rentrée. Dans son trajet dans les capillaires , le sang fournit donc et reçoit : de façon que ces vaisseaux ne sont pas, comme les artères, de simples conducteurs eu conduits de transmission. Ils distribuent aux organes une partie de leur fluide, et ils leur en reprennent une autre partie. Celui qu'ils reçoivent des artères est vermeil , celui qu'ils rendent aux veines est foncé et noir ; il a donc , pendant son trajet , changé de couleur et de qualité. C'est donc à tort que Muller a soutenu que tous les globules du sang, sans exception, se rendaient des artérioles dans les veinules, sans s'arrêter dans les capillaires, sans y rien laisser, sans y rien prendre. S'il en était ainsi , où s'arrêterait l'accumulation toujours croissante des globules qui en serait la conséquence ? Marshall-Hall a fait de nouvelles recherches , et il a donné des planches très-exactes sur le cours du sang dans les capillaires pulmonaires. Les vaisseaux artériels et veineux se terminent brusquement dans le réseau capillaire où la circulation se fait presque indépendante. Kaltenbrunner, Schultz, Donné, etc., ont aussi fait de nombreuses recherches microscopiques sur la circulation capillaire et sur la destination des molécules.
Nous ne parlons pas de la quantité relative de sang que chaque organe reçoit, parce qu'elle est proportionnée au nombre des vaisseaux capillaires qui entrent dans sa composition , et que leur nombre est lui-même subordonné aux fonctions de l'organe. Celui qui consomme beaucoup de sang , comme les glandes , la peau, les membranes muqueuses , etc. , a besoin de beaucoup de sang , et vice versa : aussi les tendons , les os , les cartilages , les membranes fibreuses, n'en reçoivent que peu, parce que leurs fonctions sont passives , et qu'ils n'ont besoin de sang que ce qu'il leur en faut pour se nourrir : ils n'ont besoin d'y puiser ni incitation, ni matériaux différents.
Les physiologistes n'ont pas été bien d'accord, quand il a fallu expliquer
la cause du mouvement du sang dans les capillaires. Harvey avait fait dépendre la circulation entière de la force du cœur. En conséquence le sang traversait les capillaires, parce qu'il était successivement poussé par le sang artériel. Cette opinion , adoptée dans le principe par tous les physiologistes, a été reproduite et soutenue avec beaucoup de talent par un des physiologistes modernes les plus distingués, parMuller, parce que, chez les animaux débilités par une hémorrhagie , Schwan avait vu chaque ondée de sang qu'il laissait passer, porter des globules dans les capillaires. Matteucci se range à cette opinion , parce qu'il a vu le sang cesser de couler dans les veines lorsqu'il comprimait l'artère , sans tenir compte du défaut de sang que l'artère comprimée n'apportait plus. D'un autre côté, un grand nombre de physiologistes, tels que Stahl , Whyth, de Gorter , Fabre , Broussais , Bordeu , Spallanzani et Bichat surtout, ont limité l'action du cœur aux artères et ont soustrait les capillaires à son influence. En effet , peut-on accorder au cœur cette action , lorsqu'on voit un si grand nombre d'êtres organisés ne posséder qu'une circulation capillaire et se passer de l'impulsion du cœur pour faire circuler leurs liquides -, lorsqu'on voit dans quelques animaux des classes inférieures , les capillaires continuer , pendant quelques minutes , à pousser le sang dans les veines , quoique le cœur ait été arraché -, lorsqu'on a vu le cœur manquer dans des fœtus humains , chez lesquels cependant la circulation capillaire surtout s'est très-bien opérée? Ces faits , nous le savons , ont été révoqués en doute. Mais on n'a pas pu nier celui que Sue, en 1797, a publié dans le Magasin encyclopédique. C'était un fœtus de cinq mois, qui n'avait ni tète , ni poitrine , ni estomac, ni gros intestin , et dont la moitié inférieure du bas-ventre, les organes mâles de la génération et un membre inférieur étaient bien développés. Il n'avait ni cerveau, ni moelle épinière , ni cœur. Mille preuves viennent encore déposer en faveur de l'action indépendante des capillaires. Ainsi , la circulation capillaire présente à chaque instant des variations nombreuses, qu'on peut même produire à volonté à l'aide des irritants chimiques ou autres , comme l'ont observé Thomson , Hastings , et M. Gendrin. Ainsi, dans l'immense réseau capillaire , le sang obéit à son propre poids en se portant toujours en plus grande quantité vers la partie la plus déclive. Ce fait, connu de tous les physiologistes, a été développé d'une manière piquante par M. Bourdon , dans un Mémoire rempli de vues ingénieuses. Ainsi les capillaires d'un membre continuent à pousser dans les veines le sang qu'ils contiennent , quoique la compression de l'artère leur empêche de recevoir l'impulsion du cœur. Ce fait est bien sensible lorsqu'on pratique la saignée au bras. En plaçant la ligature quelques instants avant d'ouvrir la veine , le sang après avoir distendu les veines , reste en stagnation dans les capillaires , qui se gonflent et rendent le bras plus volumineux et plus rouge. Si dans ce moment on serre la ligature jusqu'à intercepter le passage du sang dans l'artère , et qu'on ouvre la veine , le sang coule abondamment. Peu à peu le bras diminue et pâlit , et insensiblement le jet du sang faiblit , et il finit par s'arrêter lorsque les capillaires ont exprimé tout le
sang qu'ils contenaient. Ici ce n'est pas l'action du cœur qui pousse le sang des capillaires dans les veines , puisque la communication des capillaires avec le cœur est interceptée. L'expérience par laquelle on a suspendu le cours du sang dans une veine en comprimant l'artère correspondante, nous a prouvé , lorsque nous l'avons répétée , non point la nécessité de l'action du cœur, mais seulement la nécessité de l'arrivée du sang. Il est évident que la présence matérielle de ce liquide est indispensable à la circulation. Ce n'est que de cette manière , c'est-à-dire en envoyant du sang, que le cœur influence la circulation capillaire. Ainsi, plus il en enverra, plus cette circulation sera active, comme on le voit si souvent. Ce fait prouve que Bordeu a eu tort d'isoler complètement le système capillaire pour en faire une circulation à part. Nous en dirons autant de M. Schultz qui en faisait un véritable cœur, par une exagération que nous ne partageons pas. Liée à la grande circulation , elle en fait une partie intégrante. Il n'y a que l'action impulsive de l'organe qui ne dépend pas plus du cœur que celle du cœur ne dépend des capillaires. Le jet de sang légèrement saccadé que M. Fourcault a vu dans une saignée , dépend de la même cause : il ne prouve rien de plus. Placez un corps froid sur une partie des téguments, maintenez-l'y en contact pendant un quarl d'heure : la partie se refroidit. Si la circulation capillaire était sous la dé pendance du cœur , deux ou trois pulsations suffiraient pour y ramener la chaleur en y renouvelant le sang. Cependant , le froid persiste souvent un quart d'heure et plus, parce que le froid en engourdissant l'action des capillaires , y laisse stagner le sang qui a été refroidi.
Cette soustraction de l'action des capillaires à l'influence du cœur en a fait chercher la cause et le mécanisme. Trois opinions se présentent. Les uns admettent la capillarité ou l'endosmose 5 quelques autres supposent un mouvement spontané vital du sang lui-même; et le plus grand nombre reconnaît dans les capillaires une action directe sur le liquide.
La capillarité et l'endosmose ne peuvent pas être admises, puisque la circulation cesse avec la vie , quoique la disposition des capillaires n'ait pas changé. Les capillaires des parties les [plus déclives se gorgent même de sang après la mort. En voyant la vie s'écouler avec le sang, les anciens en avaient placé le siège dans ce liquide : Anima omnis carnis in sanguine est , a dit Moïse. De là était venu la défense de manger le sang. Mais il y a loin de cette opinion sur le siège de la vie , à la vie ou vitalité du sang de quelques modernes.
Depuis Harvey, Glisson , Bonn et Hunter, qui avaient admis dans le sang une vie active et susceptible de mouvement spontané , Albinus, Wilson , Rosa, Bordeu, Walthcr , Heïdmann, Gruthuisen, Wolff, Treviranus, Carus, Dœllinger , OEsterreicher , Kielmeyer , Koch , Pander, Venderkolk , et surtout Kaltenbrunner, ont beaucoup fécondé cette idée par des observations et des expériences très-ingénieuses. Dans quelques expériences, Haller a vu les globules de sang se mouvoir et s'attirer sans l'action des vaisseaux. Barthcz
a fait beaucoup pour trouver dans le sang un certain degré de vitalité , une influence directe du principe vital. Il s'appuyait sur les faits d'altération du sang dans les empoisonnements par le venin de la vipère et autres animaux, dans certaines médications actives , et surtout dans certaines maladies putrides, pestilentielles, scorbutiques, chlorotiques, etc. Hunter a déduit aussi la vitalité du sang de plusieurs faits assez importants dans lesquels le sangconserve sa fluidité après la mort , comme après la foudre , après la fatigue des animaux surmenés, après l'action funeste d'une passion violente. Tourdes et Volta la lui accordaient , parce qu'ils avaient vu la fibrine se contracter sous l'action de la pile. Nous ne refuserons pas à ce liquide une sorte de vitalité en vertu de laquelle il est apte à fournir à tous les organes l'incitation nécessaire et les matériaux de leurs fonctions , nous lui accorderons même une part très-grande dans plusieurs circonstances physiologiques ou pathologiques , dans lesquelles , sans changer de quantité , il paraît plus ou moins volumineux. Ainsi , dans un moment de joie ou de colère , le pouls devient plein et fort, les joues se colorent; il y a une véritable pléthore. Une nouvelle fâcheuse , une frayeur change subitement la scène , le pouls devient si petit, que les vaisseaux semblent contenir à peine du sang. La pathologie nous offre mille exemples de ce genre de travail , dans les fièvres inflammatoires , adynamiques, dans le scorbut , etc. Nous admettons même que le sang extravasé n'est plus propre à entretenir la vie , ni à fournir les matériaux nutritifs convenables. Mais admettre avec Rosa, Fourcault, Baumgœzner une vitalité qui le ferait courir tout seul dans les vaisseaux, qui lui ferait élaborer les matériaux des^ nutritions et des sécrétions pour les diriger vers leurs organes respectifs , nous semble si absurde , que nous n'aurions pas osé aborder cette question , si elle n'avait pas été développée et soutenue avec un talent remarquable. Puisque le sang en petite quantité se meut tout seul dans les capillaires , ne devrait-il pas se mouvoir bien mieux dans les gros vaisseaux dans lesquels il est en masse plus considérable ? Et cependant il a besoin alors d'un agent d'impulsion. Si l'on supposait une attraction vitale des molécules, une partie , une fois vide de sang , n'en recevrait plus , parce qu'elle n'aurait plus de molécules pour en appeler de nouvelles , et que les molécules circonvoisines seraient forcées de rétrograder par l'attraction d'autres molécules plus éloignées. Cependant , lorsque sur une partie de la peau tres-rouge par l'injection de ses capillaires , on exerce une pression qui les évacue et qui blanchit la partie, le sang y afflue bientôt de proche en proche et de la circonférence au centre. Ce serait une plaisante attraction que celle qui se ferait par des molécules absentes. Le sang est donc nécessairement poussé dans la partie exsangue, puisqu'il ne peut pas y être attiré. Si nous ne parlons pas de l'électricité , cause du mouvement du sang et de la circulation capillaire, c'est parce que, malgré les efforts de Bonarden, cette opinion n'a paru vraisemblable à personne.
Le sang ne peut donc avancer dans les capillaires que par l'action d'un organe vivant : la conséquence est rigoureuse. Barthez lui-même la reconnais-
sait. Or, aucun autre organe que les capillaires ne peut agir sur lui, puisqu'il n'est en rapport qu'avec les vaisseaux. Ainsi, point de doute, la circulation capillaire dépend des vaisseaux dans lesquels elle s'opère. Mais comment agissent-ils? Leur ténuité les soustrait tellement à toute expèce d'expérimentation, qu'on ne peut expliquer leur mode d'action que par analogie. Ainsi nous admettons avec Bichat une contraction successive des parois de ces vaisseaux, parce qu'ils n'ont pas d'autre manière d'agir sur le sang. Cependant, il est impossible de constater cette contraction , car, à l'inspection microscopique, on ne voit rien qui la prouve ; on voit les molécules sanguines courir avec rapidité, et rien de plus. C'est cette action à la fois impulsive et attractive des capillaires qui opère les congestions , les turgescences , les expansibilités et les érections physiologiques et morbides. Ces vaisseaux sont indépendants de l'action du cœur. Ils le sont aussi de l'attraction des molécules du sang , quoi qu'en dise Muller, qui, sur ce sujet, flotte de contradictions en contradictions. La moutarde appliquée sur un membre mort ne produit plus de rougeur, plus de congestion, même sur les parties les plus gorgées de sang. Ce liquide ne manque pas , mais l'action des capillaires ne peut plus être réveillée.
Puisqu'il est déjà si difficile d'établir l'action des capillaires , il ne le sera pas moins de déterminer le degré de force avec lequel ils poussent le sang. Cependant on le peut jusqu'à un certain point : car , ainsi que nous le verrons plus loin , cette contraction des capillaires ne se borne pas à faire parcourir au sang le trajet de ces petits vaisseaux , elle le pousse dans les veines, et c'est elle qui l'y fait avancer.
Il est une circonstance dans laquelle les capillaires semblent agir en partie en sens inverse : c'est dans le pouls dicrote, bis feriens; alors la seconde impulsion ne correspond plus aux contractions du cœur , elle est le résultat d'un reflux partiel du sang qui arrive aux capillaires dont la contraction spasmodiquement provoquée à l'abord de l'ondée du sang en repousse une partie dans l'artère. Nous n'avons pas cru devoir parler de la pression atmosphérique. Les physiologistes qui ont voulu y trouver la cause de cette circulation se sont fait une fausse idée de cette pression. Ils ne l'ont envisagée que mathématiquement à l'extérieur : ils n'ont pas assez tenu compte de son action dans tous les sens et par conséquent du contrepoids qu'elle opère ainsi contre elle-même pour en neutraliser ou paralyser l'action apparente.
L'action des capillaires s'éteint avec la vie ; ils reçoivent donc leur influence de l'un des deux systèmes nerveux. Ce ne peut pas être du cérébral, puisque le cerveau ne reçoit aucune sensation de la présence du sang dans les capillaires, et qu'il ne réagit en aucune façon sur cet appareil vasculaire. Dans un membre paralysé , la circulation capillaire s'opère avec la même précision que dans un membre sain. La destruction ou la section des nerfs cérébraux qui se rendent à une partie n'y suspend et n'y ralentit pas même le cours du sang dans les capillaires. Dès le moment que cet acte est soustrait à l'in-
fluence cérébrale, il apparlient à l'influence du système ganglionnaire. A mesure que le liquide avance dans les capillaires, ils sont avertis de sa présence par la sensation qu'ils en éprouvent au moyen de ce système nerveux, et ils réagi s se ni en vertu d'un acte de contraction auquel préside également ce système. Bichat a beaucoup insisté sur ces deux actes , dont il a fait deux propriétés vitales sous les noms de sensibilité et de contractilité organiques. C'est aussi au moyen de cette sensation que les vaisseaux sont instruits des molécules qu'ils doivent retenir et faire circuler, et de celles qu'ils doivent pousser hors de leur capacité dans les parenchymes ambiants.
L'activité plus grande d'un organe et surtout d'une glande augmente la circulation capillaire , en faisant un appel au sang, en exerçant sur lui une attraction vitale qui en augmente la vitesse et la quantité. Ce n'est pas sur le liquide que cette attraction s'exerce, elle ne s'opère que par le ministère des capillaires qui alors redoublent d'action; comme aussi dans les cas d'inflammation, de plaie, etc. Cependant Krimer, Baumgœrtner, Burdach, etc., ont vu la circulation se ralentir beaucoup dans les membres dont on avait coupé les nerfs, et ils en tirent une conséquence opposée à celle que nous y avons trouvée. La circulation diminue d'activité , il est vrai , mais ce n'est pas à cause de l'influence directe des nerfs sur elle, c'est parce que le membre paralysé devient inutile, et que tout organe qui n'exécute plus ses fonctions s'atrophie, et que par conséquent la circulation perd de son activité et lui apporte moins de matériaux nutritifs. Les expériences de Treviranus, de Wilson Philipp, de Stilling et de Koch reposent également sur les nerfs de la vie cérébrale , et ne prouvent qu'une influence secondaire. Aussi Muller a-t -il eu tort de refuser toute influence nerveuse aux capillaires.
Darwin accorde d'autres attributions au système capillaire. Sa divisibilité, le réseau dont il enveloppe toute l'économie , le lui font comparer à une glande, et il lui attribue toutes les sécrétions qui se font aux surfaces libres séreuses, muqueuses et cutanées. Il sécréterait même les coquilles et les tests des animaux. Mais ils ne font que présenter aux organes sécréteurs les matériaux de leurs sécrétions et ceux de leur nutrition. C'est ainsi que le sang se désoxygène dans les capillaires généraux et qu'il s'oxygène dans les capillaires pulmonaires.
§ 6. Action des veines.
Nous savons que le sang est rapporté des capillaires au cœur , d'une part , par les quatre veines pulmonaires ; d'autre part, par les deux veines caves. Cette marche de la circonférence au centre, ou des extrémités capillaires veineuses aux troncs principaux, est bien connue. Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner ce qui se passe dans la saignée. Une ligature placée autour du membre arrête le sang dans les veines superficielles de la partie du membre la plus éloignée du cœur : on voit les veines se gonfler, tandis que celles
de la partie la plus voisine du cœur restent presque vides. Lorsqu'on ouvre l'un des vaisseaux distendus, le sang coule abondamment et avec force, tandis qu'en ouvrant une veine au-dessus de la ligature , on aurait à peine quelques gouttes de sang qu'elle avait retenues. Une expérience bien simple et convaincante, c'est de choisir à l'avant-bras une veine qui parcoure un certain trajet sans communiquer avec les veines voisines. En plaçant le doigt sur le point de ce vaisseau le plus rapproché du coude, et en le ramenant, avec une assez forte pression , du côté du poignet, le vaisseau reste vide et restera vide tout le temps que le doigt demeurera appliqué sur la veine. Aussitôt que la compression cesse , on voit la colonne du sang remonter et distendre le vaisseau. En faisant l'expérience inverse , on ne produit plus de vide dans la veine, parce que la colonne du sang suit le mouvement ascendant du doigt.
Le cours du sang est uniforme et beaucoup plus lent dans les veines que dans les artères, ce dont on peut s'assurer en ouvrant comparativement deux de ces vaisseaux. Le jet de la veine n'est point saccadé et il jaillit beaucoup moins que celui de l'artère. Dès lors les veines ont dû présenter une capacité plus grande que les artères , ce à quoi la nature a pourvu, moins en faisant des veines plus volumineuses qu'en en multipliant le nombre ; aussi voit-on en général au moins deux veines pour une artère.
Le sang veineux marche d'autant plus vite qu'il s'approche davantage du cœur. On trouve la raison de cette augmentation de rapidité dans la diminution de capacité de l'espace qu'occupe le sang à mesure qu'il se rapproche du cœur : car la capacité d'un tronc veineux est moins considérable que celle de toutes les branches qui se réunissent pour le former. Et, en physique, on sait que le cours d'un liquide est d'autant plus grand qu'il passe d'un lieu plus large dans un lieu plus resserré.
La nature n'a rien négligé pour protéger le cours du sang veineux. Elle a prévenu la constriction des veines à leur passage à travers les muscles en y plaçant des arcades tendineuses. Elle a multiplié à l'infini le nombre des veines et leurs anastomoses , surtout à la superficie des membres , afin que la compression fréquente de ces vaisseaux n'arrêtât pas la circulation, et que le sang trouvât toujours un passage facile quelque part , lorsqu'il serait gène dans un point. Elle a garni de valvules les veines des membres inférieurs, afin de briser d'espace en espace la colonne sanguine et de l'empêcher de presser de tout son poids contre les parois des veines les plus inférieures , surtout lorsqu'un obstacle vient en contrarier le retour au cœur ; sans cette précaution , ces veines eussent été énormément distendues ou rompues , et même trop souvent encore on les voit se distendre outre mesure et causer l'indisposition connue sous le nom de varice.
Il nous faut maintenant déterminer quel est l'agent du cours du sang dans les veines. Il est peu de sujets sur lesquels on ait été plus partagé. Les uns en ont placé la cause dans l'action du cœur , les autres dans celle des capillaires , quelques-uns dans les parois mêmes des veines , d'autres dans une sorte d'aspiration produite par la respiration.
4° Nous avons vu que l'action du cœur s'arrêtait aux capillaires. Dès lors il est impossible qu'elle puisse s'étendre aux veines. Ainsi nous n'y reviendrons pas.
2° L'opinion de Bordeu et de Bichat sur l'action des capillaires est assez généralement admise. Elle réunit, en effet, le plus de chances en sa faveur. Partout le sang arrive des capillaires dans les veines , et il y est poussé de proche en proche par de nouvelles quantités qui y sont introduites. Lorsqu'on lie ou comprime une veine, la circulation s'arrête dans la partie la plus voisine du cœur. Si l'action de cet organe, nous le supposons, s'étendait jusqu'à la veine porte, elle finirait au moins aux capillaires hépatiques. Ceux-ci devraient donc pousser le sang dans les veines hépatiques. Ce qu'ils feraient, tous peuvent le faire et tous le font. Enfin , dans les végétaux et dans une foule d'animaux inférieurs qui n'ont pas de cœur , la circulation a bien dû trouver dans les capillaires son agent d'impulsion.
3° Malgré l'opinion de Haller, qui a vu qu'en ouvrant une veine le sang s'y dirigeait des veines voisines avec une vitesse singulière due à la contraction veineuse ; malgré l'expérience de M. Sarlandière, qui a vu la contraction veineuse survivre à l'ablation du cœur chez une grenouille 5 malgré l'opinion de Béclard, qui a vu le sang jaillir plus vivement de la veine d'un animal vivant que de celle d'un animal mort, et celle de Meckel, qui , dans certaines expériences, a vu les veines agitées de mouvements contractiles, nous persistons à refuser à leurs parois la moindre participation]active dans la circulation. Le tissu des veines est contractile et il revient sur lui lorsque le sang s'échappe. Mais cette contractilité de tissu n'est qu'une sorte d'élasticité qui était nécessaire pour mettre le calibre des veines en harmonie avec la quantité de sang sans cesse variable dans leur intérieur. Ce n'est pas la contraction des veines qui fait courir le sang plus vite vers l'ouverture pratiquée, c'est la contraction des capillaires, qui est d'autant plus grande que le jet du sang diminue d'autant la colonne contre laquelle elle avait à lutter. Il en est de même de l'accélération du sang veineux dans les fièvres inflammatoires. Nous n'avons jamais pu observer les mouvements que Meckel dit avoir obtenus. Nous pensons que cet habile anatomiste aura pris pour des contractions, ou le racornissement, ou le mouvement communiqué aux vaisseaux par l'agitation du membre ou des parties voisines. Les parois veineuses ne sont douées que de la force de résistance nécessaire pour servir de conduit à la colonne du sang. Elles sont même soutenues et aidées dans cette fonction toute passive par les tissus dans lesquels elles sont plongées. Ce qui le prouve , c'est qu'une compression modérée, en diminuant leur capacité, accélère le cours du sang ; c'est qu'une chaussette est bien souvent nécessaire pour suppléer à l'action contentive des téguments relâchés 5 c'est que la contraction musculaire accélère la circulation des veines superficielles en comprimant les veines profondes , et sans doute aussi en vidant les capillaires musculaires pour faire affluer une plus grande quantité de sang dans les veines. Nous avons vainement cherché, à l'œil nu ou armé d'une lentille , le moindre mouvement dans les veines les
plus superficielles de l'avant-bras et dans les veines mises à découvert sur plusieurs animaux.
Vainement nous avons recherché avec le doigt ou tout autre instrument le moindre mouvement de dilatation ou de resserrement. Nos recherches ont été infructueuses. Ainsi il est évident que les veines ne se contractent point pour faire circuler le sang. Leur contractilité de tissu ou élasticité ne fait que proportionner leur calibre à la quantité de sang qu'elles contiennent. Elle ne peut pas être le résultat des fibres musculaires admises par Martini, puisque l'anatomie ne démontre nulle part cette structure.
4° Quelques faits observés par Valsalva, Morgagni, Haller et quelques autres avaient fait soupçonner l'influence de la respiration sur le cours du sang dans les grosses veines voisines de la poitrine.
Dans ces derniers temps, M. Barry a démontré que le thorax exerçait sur le sang veineux une action d'aspiration pendant sa dilatation pour l'inspiration. Selon lui, pendant cet acte, le vide s'opère pour les veines comme pour les poumons, et le sang est attiré dans les gros troncs veineux, comme l'air extérieur dans les poumons dilatés. En même temps que l'atmosphère presse sur la surface du cœur et refoule le sang vers la poitrine, un tube, rempli de liquide et placé dans le péricarde, laisse voir le liquide s'abaisser à chaque inspiration. Les deux MM. Bérard, en constatant les faits signalés par M. Barry, leur en ont ajouté de nouveaux. Ils ont démontré qu'au moment où elles pénètrent dans la poitrine, les veines sont maintenues ouvertes par des adhérences de leurs parois à des parties voisines solides, qui en préviennent l'affaissement pendant cette sorte d'aspiration du sang. Oui, certainement, chaque mouvement de la respiration exerce une influence sur le sang veineux, nous l'avons mainte et mainte fois reconnu en nous assurant de l'espèce d'ondulation qui en résulte, et que les physiologistes ont appelée pouls respiratoire. Mais il y a loin de cette ondulation à une action aspirante capable d'entretenir la circulation. Une foule de faits viendraient combattre cette théorie. Qu'il nous suffise de faire observer que, si la dilatation de la poitrine appelle à la fois l'air et le sang en faisant le vide dans son intérieur, son resserrement pendant l'aspiration doit chasser et chasse en effet l'air et le sang, et que ce n'est pas dans un ballottement semblable d'allée et de venue qu'on peut trouver la cause de la circulation, qui se neutraliserait ainsi elle-même. Indépendamment de cette considération, il est un fait péremptoire ; c'est que des personnes hystériques ou cataleptiques demeurent quelquefois plusieurs heures sans exercer le moindre mouvement respiratoire, et chez lesquels cependant la circulation continue avec la même précision et la même régularité. On sent tout ce qu'il y aurait d'inconséquence à admettre un agent dont on pourrait se passer si longtemps. D'ailleurs, comment se ferait la circulation dans les veines pulmonaires qui sont entièrement renfermées dans la poitrine? Comment enfin se ferait la circulation veineuse chez le fœtus qui ne respire pas?
Malgré l'autorité des deux MM. Bérard et de M. Bernard qui ont admis des
oscillations directes entre la veine porte et la veine cave inférieure, l'influence de l'inspiration est bien moins sensible encore sur la circulation abdominale. Quand l'esprit de l'homme saura-t-il donc se renfermer dans l'étude sévère de la vérité et éviter cette chatouilleuse démangeaison d'avoir l'air de dire quelque chose de nouveau? Nous parlons autre part de l'équilibre qui s'établit intrà et extra, entre l'air extérieur et l'air intérieur.
Ainsi la circulation veineuse est opérée tout à la fois par l'action des capillaires qui agissent comme vis à tergo, et secondée par la résistance élastique des parois des veines et par le jeu des valvules. A ces auxiliaires nous en ajouterons un qui nous paraît beaucoup plus puissant, surtout dans les gros troncs veineux, et que nous avons fait connaître dans notre dissertation inaugurale. Cette cause se trouve dans l'action même du cœur. Nous l'avons indiquée plus haut en disant, au sujet de la diastole, que le sang était aspiré par cet acte autant que poussé par ses autres agents de circulation. Nous avons prouvé que la diastole était active. Dès lors, au moment où elle s'opère, le vide se fait dans les cavités auriculaires, et le sang y est appelé des parties les plus voisines. Cette aspiration est réelle, mais elle ne suffit pas pour déterminer la circulation veineuse tout entière ; quoiqu'on pût dire que le vide opéré dans un point de la veine serait rempli par une quantité de sang voisine, et qu'ainsi de proche en proche tout le sang veineux serait appelé vers le cœur. Nous ne tiendrons point ce langage, parce qu'on nous objecterait, comme Arnolt, que cette aspiration aurait bientôt rapproché les parois molles et flexibles des veines, malgré leurs adhérences aux parties voisines , et que le sang s'arrêterait. Cette action ne s'étend pas au-delà du voisinage du cœur, et c'est déjà beaucoup, parce que dans ce point une grande masse de sang nécessite de plus grands efforts pour avancer, et qu'elle y a besoin de ce puissant auxiliaire. On peut se convaincre de cette action aspirante des oreillettes, en mettant à découvert une grosse veine. On la voit s'affaisser à chaque dilatation auriculaire, et se gonfler par une sorte de pulsation, lorsque le sang, arrivé dans la cavité de l'oreillette, est en partie refoulé dans la veine par la systole. Ce refoulement constitue l'ondulation pulsative ou pouls veineux, qu'on remarque dans les veines les plus voisines du cœur, souvent même dans la jugulaire. Tout le inonde sait que les contractions musculaires activent la circulation veineuse , et par conséquent les contractions du cœur et le double cours du sang, pulmonaire et général. Elles peuvent donc être regardées comme un puissant auxiliaire de la circulation. Mais elles ne lui sont pas indispensables, puisque les organes les plus volumineux, le cerveau, le foie n'ont point de muscle, puisque les membres paralysés n'ont point de contraction musculaire.
Faut-il avec quelques physiologistes admettre une différence dans la circulation du sang veineux dans les sinus veineux et dans quelques autres parties du corps? Non, sans doute. Le sang marche dans ces cavités comme dans les autres veines. La forme seule des vaisseaux diffère, parce qu'elle était nécessitée ainsi par la conformation du cerveau. Ils sont une preuve de plus t. i, M
du défaut d'action des veines sur le sang : car il leur est bien de toute impossibilité de faire le moindre mouvement.
L'action des veines étant passive, nous sommes dispensé de chercber sous l'influence de quel système nerveux elle s'opère. Les veines n'ayant qu'à se nourrir, cet acte s'exécute, comme celui de la nutrition en général, sous la dépendance du système nerveux ganglionnaire.
Influences que reçoit la circulation de différentes circonstances physiologiques.
La plus grande est celle qui lui Vient du système nerveux, principalement de l'encéphale, dans les affections morales gaies ou tristes. Quelques physiologistes ont fait une grande part d'influence à la pression atmosphérique sur les capillaires. Cette opinion est avec juste raison repoussée par M. Poiseuille. La circulation artérielle est accélérée par la respiration d'un air raréfié. Le besoin de l'hématose nécessite alors plus d'accélération dans la respiration, et par conséquent plus de contractions du cœur. S'il était vrai que la pression atmosphérique accélérât la respiration, pourquoi serait-elle accélérée par l'air raréfié , et ralentie par le bain d'air comprimé , comme Ta démontré mon savant ami , le docteur Pravaz, et comme on le voit chez les personnes qui descendent dans la cloche à plongeur ?
3e SECTION. USAGES DU SANG.
Nous avons vule sang partir d'un point et y revenir après avoir parcouru le grand cercle delà circulation ; nous avons vu la part plus ou moins active que prennent à cette fonction le cœur, les artères, les vaisseaux capillaires et les veines. Nous savons, en un mot, comment le sang circule et par quels agents il est mis en mouvement. Mais on ne peut pas supposer que cette grande fonction, dont la suppression cause une mort presque subite, ne soit établie que pour faire ainsi promener sans cesse un liquide. Ce perpétuel transport du sang à toutes les parties et son retour ont donc un autre but et d'autres usages. On ne saurait pas en douter, lorsqu'on voit ce liquide changer plusieurs fois de caractère, lorsque surtout on le voit alternativement s'enrichir et se dépouiller de différents matériaux qu'il prend ou cède aux organes. C'est là ce qu'il nous reste à étudier, et pour cela il nous faut examiner de quelle manière le sang agit sur les organes. Est-ce par sa présence seulement, en produisant sur les tissus une excitation ou modification particulière? Est-ce en leur fournissant des matériaux qu'il leur apporte et qui les pénètrent ? Réunit-il ces deux modes d'action ? Voilà ce qu'il nous importe de connaître pour bien comprendre les usages de la circulation. Nous avons négligé de nous occuper de l'origine du sang et des premières conditions de sa formation ; car il n'existe pas dans les premiers instants de la fécondation. L'organisation alors se forme avec des éléments plus adaptés à son état. Ces détails appartiennent à l'embryogénie, nous v reviendrons
Pour le moment, nous ne devons nous occuper que de l'action du sang sur l'homme fait et sur ses actes fonctionnels.
A. L'excitation du sang sur les organes n'est pas douteuse. Chaque ondée qui leur arrive produit une stimulation, établie sur un trop grand nombre de faits pour laisser la moindre incertitude. Au moment où le cœur cesse de battre et d'envoyer aux organes la quantité de sang dont ils ont besoin, les fonctions cessent et la syncope a lieu. Aussitôt qu'il se contracte de nouveau et qu'il leur envoie du sang, les fonctions recommencent. Cette suspension de tous les actes de l'économie à la fois, a lieu dans chaque organe en particulier : lorsqu'on le prive de l'abord de ses ondées de sang ; alors ses fonctions se suspendent, et il tombe dans une espèce de paralysie. Ainsi la ligature ou la compression de toutes les artères d'un membre en cause bientôt la paralysie, en le privant de son stimulant naturel. Les mouvements y reviennent, aussitôt qu'en enlevant la ligature ou la compression on y laisse arriver le sang.
Chaque ondée de sang porte donc aux organes l'excitation et la vie par sa présence seulement, et peut-être aussi par la secousse qu'il y produit. Mais pour que ce phénomène ait lieu convenablement, il faut que le sang soit lancé dans des proportions suffisantes. L'excès en plus ou en moins devient nuisible en déterminant une congestion sanguine ou un défaut de stimulation : car dans l'un et l'autre cas il y a diminution d'action. Dans la pléthore, les organes, encombrés de sang, ne peuvent pas exécuter leurs fonctions avec cette liberté et cette aisance qui leur est nécessaire. Dans l'anémie, il y a défaut de stimulation par défaut de sang. Que l'anémie soit le résultat d'une hémorrhagie naturelle ou artificielle, l'asthénie en est la conséquence nécessaire et immédiate. Elle est moins subite, lorsqu'elle est l'effet d'un défaut d'alimentation ; mais elle n'est pas moins réelle, et chaque jour elle se fait sentir avant l'heure du repas : les forces, alors épuisées, se raniment bientôt après qu'on a mangé. Cette stimulation de l'économie se manifeste quelquefois par un éréthisme ou sorte d'érection générale et saccadée, qu'on observe surtout après un repas copieux \ alors le sang poussé en plus grande quantité produit une turgescence ou pulsation générale bien souvent sensible à la vue.
Pour que la stimulation causée par la présence du sang soit complète , il ne suffit pas que ce soit du sang, il faut que ce soit du sang artériel, c'est-àdire du sang rouge, revivifié par son passage à travers les poumons. Cela est si vrai, que, dans l'asphyxie , lorsque le sang artériel a conservé les qualités du sang veineux, les organes, ne recevant plus une stimulation convenable, cessent d'agir, et la mort a lieu si l'on ne remédie à cet état en rendant bien vite au sang ses qualités vivifiantes. Qu'on intercepte la respiration par strangulation ou autrement, qu'on plonge un animal dans le vide ou dans un gaz impropre à la respiration , tel que l'azote, l'effet sera le même. Le sang, en passant dans les poumons , n'y trouvera plus les matériaux de son hématose complète ; il s'en retournera noir comme il y était venu , et arrivant tel aux
organes, il ne produira plus sur eux l'excitation dont ils ont besoin. La même chose a lieu et plus promptement encore si , à l'aide d'un gaz délétère , on combine avec le sang des principes toxiques qui vont porter la mort dans l'économie. C'est à cette incitation du sang vital qu'il faut aussi attribuer en grande partie l'entretien de la chaleur normale dans l'économie. Le membre dont on lie l'artère se refroidit bientôt. Il en est de même si l'on substitue au sang artériel du sang veineux, ou du sang vicié et impropre à la vie, ou un liquide étranger. Ce calorique est-il le résultat de celui qui se développe dans les poumons pour le complément de l'hématose, et qui serait ainsi porté par le sang aux organes ? ou bien est-il dû au travail fonctionnel de chaque tissu, de chaque organe sur le sang lui-même? Là se taisent les recherches positives , là commencent le vague et le doute des hypothèses. Peut-être, et nous le pensons , ces deux moyens de développement y participent-ils également. Gardons -nous toutefois d'en faire l'origine unique de la chaleur animale, et de faire ensuite de celle-ci la cause de la circulation capillaire, et par suite, de la fièvre.
De quelque manière qu'on envisage cette incitation, pour être normale, il faut qu'elle soit modérée. Trop grande , elle surexciterait ; trop faible , elle laisserait les organes s'affaiblir. Si les organes sont languissants, l'incitation leur donnera plus d'énergie -, s'ils sont trop excités, elle réprimera l'exaltation : Sanguis moderator virium. Marshall-Hall et Brown squarre sont conduits, d'après quelques faits, à attribuer au sang veineux une sorte d'incitation sur quelques organes. Ainsi, le premier le croit l'agent incitateur des mouvements respiratoires en agissant sur la moelle spinale. Le second le croit apte à provoquer les contractions des intestins et de la vessie chez les mourants. Si la chose est réelle , cela doit tenir au sentiment de malaise qu'occasionne alors la présence du sang veineux, et par conséquent, au besoin qu'il fait sentir de la respiration pour une nouvelle hématose. Mais, dans les cas ordinaires, c'est toujours le sang artériel qui est l'incitateur normal.
B. Pour savoir si le sang porte et abandonne aux organes des matériaux tout à la fois incitateurs et nutritifs , il importe de savoir d'abord si la suppression du sang dans un membre y cause un défaut de nutrition. C'est ce que démontrent l'obstruction, la compression ou la ligature de l'artère principale d'un membre : toujours alors , comme l'a expérimenté Portai , ce membre maigrit. Il faut s'assurer encore de son influence sur la sécrétion des organes glandulaires ; or, la même interruption du cours de sang qui se rend à ces organes , suspend aussi la sécrétion. Il faut examiner enfin si le sang qui sort des organes diffère de celui qui y arrive et en quoi il diffère. Pour cela il est indispensable de jeter un coup-d'œil sur la composition de ce liquide.
De quelque vaisseau que le sang soit retiré, il est d'un rouge plus ou moins foncé, et il répand une odeur sui generis, aura, sanguinis, halitus sanguinis , spiritus roriferus, qui est propre à chaque animal et que M. Barruel a trouvée semblable à l'odeur de la sueur ; cette odeur varie aussi suivant les aliments
el suivant les maladies; e'est une émanation et non un gaz, c.omme Kosa et Rloscati l'avaient prétendu. Sa pesanteur spécifique est de 4,0527 à 1,057. Elle est un peu plus grande quand il est froid. Mais il n'est pas vrai, comme le dit Rosa, que le sang vivant occupe un espace dix fois plus grand que le sang cadavre. Il n'est pas vrai non plus , comme le prétend Walœus, que le sang artériel soit quatre fois plus raréfié que le sang veineux. Il a une saveur salée. Il réagit faiblement à la manière des alcalis. D'abord liquide, le sang se coagule plus ou moins vite en une masse homogène et mollasse , qui se partage bientôt et peu à peu en une partie tout à fait liquide , plus ou moins limpide et citrine ; c'est le sérum -, et en une masse presque solide, rouge à l'extérieur plus qu'à l'intérieur, spongieuse et d'une forme variable : c'est le caillot. Le sang se coagule aussi dans les vaisseaux après la mort, et même quelquefois sur le vivant. Sont-ce les parois artérielles qui exercent une action dissolvante sur le sang et qui en empêchent la coagulation? Cette opinion est erronée, et les faits sur lesquels elle s'appuie sont inexacts, ou du moins inexactement interprétés. Quelques auteurs , avec Scudamore et Gendrin, ont prétendu qu'il y avait congélation du calorique pendant la coagulation. Des expériences plus précises n'ont pas justifié cette opinion. Nous ne nous occuperons pas des phénomènes ni des causes de cette séparation. Toutes les opinions qui, depuis Hoffmann jusqu'à John Davy, Hewson , Everard, Home, et MM. Denis, John limiter, Scudamore, Van der Kosck, Trousseau et Leblanc , ont été émises à ce sujet , ne sont encore que des hypothèses ingénieuses. Des faits nombreux ont prouvé que ce n'étaient ni le refroidissement, ni l'exposition à l'air, ni le repos, ni la vie intrinsèque du sang, ni la privation de la vie, ni une fermentation acide ou alcaline , qui étaient la cause de ce phénomène. Il a lieu parce que la composition normale du sang ne saurait se maintenir dans son équilibre hors des parties vivantes , parce que la fibrine ne peut pas être tenue en dissolution dans le sérum autrement que pendant la vie. Nous ne chercherons pas à savoir non plus si le caillot est un commencement d'organisation, et s'il fait du sang ce que Bordeu appelait métaphoriquement une chair coulante. Les proportions du sérum et du caillot varient à l'infini selon les individus, l'âge, le sexe, les aliments, les heures de la journée et une foule d'autres conditions, et surtout dans l'état pathologique. Beaucoup de réactifs chimiques et de poisons accélèrent aussi, retardent ou empêchent cette coagulation. Le caillot est plus lourd que l'eau , et même que le sérum. Au moment de la coagulation, les molécules de fibrine s'unissent et forment un réseau qui retient dans ses aréoles le sérum et les globules. Le caillot se resserre et exprime peu à peu le sérum , pour ne retenir que la fibrine et les globules et, vers la fin, quelques sels et l'albumine du sérum, et il se réduit à une proportion très-minime. Mais comment apprécier au juste des principes qui changent pendant 48 heures , puisque souvent le caillot n'en laisse point échapper et qu'il semble constituer seul toute la masse du sang ? MM. Prévost et Dumas ont voulu, pour plus d'exactitude, ne compter que le caillot desséché, et ils n'en ont trouvé que
129 parties sur 1,000 parties de sang. Mais cette manière d'évaluer est-elle bien exacte? D'après les expériences du docteur Polli, publiées, en 1849, dans la Gazette médicale lombarde , une lente coagulation indique un excès de force et d'inflammation ; une prompte formation du coagulum indique faiblesse et épuisement. Nous n'entendons ni admettre ni exclure le liquide incolore que le microscope croit avoir démontré , et auquel on a donné le nom de liqueur du sang. Tout en reconnaissant l'importance des travaux de Lémery, Boerhaave, Langrisse, Cheyne, Gaubius, Rouelle, Hecquet, Thouvenel, Deyeux, Vauquelin, Proust , Dumas, Marcel, Davy, Berzélius, Denis, Àndral et Delafond, Gavaret, Donné, sur le sang , nous n'entrerons pas dans les détails qu'une analyse chimique complète nécessiterait. Nous n'énumérerons donc pas les 43 substances dont on a trouvé des traces plus ou moins palpables dans le sang, parce qu'elles ne feraient qu'encombrer notre mémoire »ans utilité aucune pour la physiologie. Quelque intéressantes que puissent être les recherches sur l'action des réactifs chimiques sur les globules, nous ne nous en occuperons pas -, cette étude n'est d'aucune utilité dans notre sujet. Nous ne nous permettrons pas même de suivre les belles considérations de Bordeu , Bichat et Chaussier, qui , cependant , l'ont si bien étudié sous le point de vue physiologique et médical.
Nous pensons devoir mentionner l'analyse microscopique à l'aide de laquelle on a trouvé que le sang était composé de globules dont on a voulu inutilement donner la composition, le nombre et la forme jusqu'à ce jour, Ils rappellent le joli roman de Lcuwenoeck, dans lequel le globule rouge se divise en six globules jaunes , et le jaune en six globules blancs , et sur lequel le grand Boerhaave bâtit son autre roman des trois ordres de vaisseaux décroissants, et sa fameuse théorie de l'erreur de lieu. Les physiologistes micrographes sont si peu d'accord, non seulement sur leur existence, mais surtout sur leur forme, que les uns, avec Hewson et Dellatorre, ont cru ces globules annulaires ; d'autres , avec Iwammerdam , les ont regardés comme sphériques , solides , lenticulaires , nummulaires , ou en forme de petits gâteaux ; quelques-uns les croient vésiculeux et contenant dans leur intérieur un noyau de matière colorante ou plusieurs autres petits globules ; d'autres, enfin, n'y ont vu que des vésicules d'air circulant avec le sang , ou contenant une matière semi-liquide ; Schwann n'y a vu que la cellule élémentaire. Il est impossible de se décider pour aucune de ces opinions, lorsqu'on voit qu'elles sont émises par des hommes de bonne foi et du plus grand mérite ; lorsque surtout on sait qu'on peut, presque à volonté, l'obtenir avec une de ces formes plutôt qu'avec une autre. Leuwenoeck, Malpighi, Blumenbach, Hodgkins, Lister, Young, Hewson, Home, Prévost, Dumas, Dutrochet, Denis, Donné, Andral et Gavaret, Becquerel et Rodier, Muller, Schina, etc., ont dit tout ce qu'ils ont vu et comme ils l'ont vu 5 et cependant leurs travaux n'ont conduit à aucun résultat satisfaisant . de l'aveu même de ceux qui, avec Fodera et Schultz, s'en sont occupés avec le plus de zèle. Ils n'ont encore , pour ainsi dire , que constaté les erreurs
émises à ce sujet. Ils n'ont pu trouver que des globules très-variables de fibrine ou d'albumine, qui finissent par se dissoudre dans le véhicule où ils les placent. Nous en avons encore la preuve dans les questions que fait l'auteur de la physiologie la plus moderne sur les points les plus importants de ces recherches, relativement au noyau, à la membrane, à la matière colorante. Rien n'est démontré, rien n'est positif. Ce qui est admis et démontré par l'un est combattu par un autre.
M. Donné a cru pouvoir distinguer trois espèces de globules : les globules rouges , les blancs, et les globulins. Les premiers sont les globules proprement dits. Les derniers semblent n'être que les globules de la lymphe non encore assimilés au sang : ils sont très-peu nombreux -, ils semblent de la fibrine concrétée. M. Davaine a vu s'y former des impressions successives qui les déformaient. Mandl croit qu'ils n'existent que sur le vivant. Applaudissons à ces travaux ; mais ne leur ajoutons encore qu'une importance bien secondaire. Ces formes rondes, elliptiques, etc. , sont si peu nécessaires à la composition du sang et à ses usages , qu'elles varient d'un animal à l'autre , et que sur le même animal on trouve quelquefois en même temps des globules différents, et que d'autres fois même on les voit changer. Combien encore les micrographes sont peu d'accord dans l'évaluation qu'ils ont faite du volume de ces globules ! Les globules rouges sont toujours de cette couleur, ce qui est constaté surtout dans leur agglomération. Lorsqu'ils paraissent transparents, cela tient à ce qu'on les observe à la lumière réfractée. Peutêtre un jour serons-nous plus heureux et pourrons-nous, à l'aide de cette analyse microscopique , découvrir surtout les changements qu'éprouve le sang dans chaque organe. Espérons tout de cette inspection en quelque sorte infinitésimale ; mais, en attendant ce brillant résultat , nous sommes réduit à penser, avec M. de Blainville, ce que Spallanzani et Haller ont toujours pensé, que le sang est un fluide uniforme, qui fournit immédiatement ses matériaux à l'assimilation. Nous ne pouvons cependant pas nous dispenser d'examiner séparément les trois principes constituants du sang : le sérum , la fibrine et l'hématosine. Malgré les variations innombrables que présentent leurs proportions selon l'âge, le sexe, la constitution, l'alimentation, et même le moment de la saignée , puisque le sang qui sort le premier est bien différent de celui qui sort le dernier, et surtout si l'on fait des saignées assez rapprochées, à cause de la lenteur avec laquelle l'hématosine se sépare ; malgré ces différences, on a cru pouvoir en établir les proportions de la manière suivante :
Sérum 41 — 20
Fibrine 14 — 40
Hématosine 47 — 40
Une différence importante à signaler , c'est que le sang artériel contient plus de fibrine et par conséquent moius de sérum que le sang veineux.
On s'est vainement évertué pour trouver la cause de cette séparation des parties constituantes du sang. Jamais on n'a pu savoir pourquoi certains globules se précipitent un moment et non un autre , pourquoi ils se réunissent ou se séparent, etc. Les opinions de Scudamore, de Hewson , ne sont pas plus admissibles les unes que les autres. MM. Lecanu et Denis ont voulu fixer la proportion relative de ces principes. Ils ont trouvé qu'il y avait plus d'eau et moins de fibrine chez la femme et dans le tempérament lymphatique que chez l'homme et dans le tempérament sanguin : Denis en a aussi trouvé davantage chez les enfants et chez les vieillards. Ces proportions ne sont pas toujours constantes \ elles sont sujettes à une foule de variations suivant mille conditions différentes. Sa coagulation est même différente au commencement et à la fin de la saignée -, son aspect commun change également. Dans ces derniers temps , quelques auteurs, entre autres Burdach , Vogel ont cru avoir découvert dans le sang un principe spécial destiné à fournir à l'économie et aux organes les éléments de leur nutrition et de leurs fonctions , et ils font appelé le premier néo-plasme, suc plastique ; le second , plasma. Ce plasma n'est ni le sérum ni le caillot. Il paraît être ce que d'autres modernes ont appelé la liqueur du sang , qui tient les globules en dissolution pendant la vie : ce n'est qu'après la mort que le sang se sépare en sérum et en caillot, sans que le caillot soit non plus un amas de globules. Mulder a réveillé cette découverte, et il adonné à ce principe le nom de protéine. Il se la procure à l'aide de différents procédés destinés soit à la précipiter , soit à la débarrasser de toute substance étrangère. La protéine est une substance floconneuse, insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, et soluble dans les acides, avec lesquels elle se combine ainsi qu'avec les bases. Elle est composée de :
Carbone. . . 55,29
Hydrogène 7,00
Oxygène 21,70
Elle ne se présente pas toujours dans le même état. Suivant les modifications vitales qu'elle éprouve , elle acquiert un degré d'oxygénation plus ou moins considérable. Ainsi elle est tantôt protéine, tantôt oxyprotéine, tantôt deutoxyprotéine; tantôt enfin tritoxy ou peroxyprotéine. Elle forme l'albumine en se combinant avec du soufre, du phosphore et du phosphate calcique. Elle forme la fibrine en se combinant avec les mêmes éléments, mais avec moitié moins de soufre. Cette découverte paraît expliquer mieux la nutrition et les sécrétions. Puisse-t-elle n'être pas un beau rêve, un simple jeu d'une imagination impatiente : car cette protéine n'explique rien de plus que le liquide du sang, que la chair coulante de Bordeu, que la fibrine de Berthold !
Quelque chimistes ont aussi admis, comme un des matériaux du sang, une substance qu'ils ont désignée sous le nom de globuline. Ils l'ont comparée la plupart avec le caséum. La difficulté de l'isoler de l'hématine pour se la procurer , rend son existence si problématique, que Mulder la regarde comme une des combinaisons de la protéine.
CIRCULATION. i09
MM. Becquerel et Rodicr ont cru pouvoir fixer, ainsi qu'il suit la composition du sang chez l'homme sain :
Moyenn Maxim. Miuini.
Densité du sang défibriné 1060,2 1062 1058
— du sérum 1028 1030 1027
Eau 779 800 760
Globules 141,1 152 131
Albumine 69,4 73 62
Matières extractives et sels libres. . 6,8 8 5
Matières grasses 4,600 3,255 1,00
Séroline 0,020 0,80 »
Matière grasse phosphoréc 0,488 1 0,270
Cholestérine 0,088 0,475 0,030
Savon 1,004 2 0,700
Sur 4000 grammes de sang calciné :
Moyenn. Maxim. Minim.
Chlorure de sodium. . , 3,4 4,2 2,3
Sels solubles 2,50 3,2 2,0
Phosphate 0,334 0,7 0,225
Fer 0,508 0,663 0,365
Ces proportions ne sont pas tout à fait les mêmes que celles qu'ont données M3I. Lecanu, Andral et Gavaret.
Du sérum.
Le sérum est la partie du sang qui sert de véhicule aux autres. Il leur est combiné pendant la vie et dans les vaisseaux. Mais lorsqu'il en est isolé , il forme un liquide plus ou moins limpide , d'une couleur jaune verdâtre, quelquefois un peu lactescente et même rosée. Le sérum varie suivant l'époque de la digestion. Une heure et demie après le repas, il est trouble; de quatre à six heures, il est laiteux, opaque ; après dix heures, il redevient limpide. Il doit ces changements à une sorte d'émulsion produite par la graisse. Il est d'une pesanteur spécifique supérieure à celle de l'eau distillée : D'après Berzélius, elle est de 1,027 à 4,029. Il réagit à la manière des alcalis ; et, par une chaleur de 70 à 75 degrés, son albumine le fait prendre en gelée. Elle est liquide dans le sang renfermé et circulante dans les vaisseaux. Il contient :
Eau. 0,905
Albumine 0,080
Chlorure de potassium et de sodium 0,006
Lactate de soude uni à une matière animale 0,004
Soude carbonatée \
Phosphate de soude > ensemble 0,004
Matière animale )
Perte • 0,001
Mulder trouve à l'albumine la même composition qu'à la fibrine ; seulement
elle contient le double de soufre. En voici le tableau :
Carbone 54,70
Hydrogène 6,92
Azote 15,84
Oxygène 21,47
Phosphore 0,35
Soufre 0,72
C'est toujours de la protéine.
De la fibrine.
La fibrine est la partie la moins considérable du sang : elle en forme les trois millièmes seulement. Son nom lui vient de sa composition identique avec les fibres musculaires qui, selon quelques auteurs , est la fibrine ellemême suspendue dans le sang, et circulant dissoute avec lui. Elle est combinée , dans le caillot , avec l'hématosine , dont on la sépare aisément en lavant et malaxant le caillot sous un filet d'eau, ou en fouettant du sang frais. Dans ce dernier cas , la fibrine se prend sur-le-champ en filaments qui s'appliquent aux baguettes , tandis que les globules rouges nagent dans le reste du sang, qui conserve sa liquidité. Elle est inodore, insoluble et insipide dans l'eau. Elle se combine différemment avec les acides , et même avec le même acide selon qu'il est étendu ou concentré. Elle est d'un blanc grisâtre ou jaunâtre et opaque ; elle jouit de beaucoup de ténacité ; son élasticité est si grande, qu'elle a été quelquefois assimilée à la contraction musculaire, d'autant plus facilement qu'elle affecte souvent les apparences d'une disposition fibrillaire : Heidmann a victorieusement réfuté les expériences de M. Tourdes favorables à cette opinion. Sa pesanteur spécifique est supérieure à celle de l'eau. Voici l'analyse qu'en ont donnée MM. Gay-Lussac et Thénard.
Carbone 53,360
Oxygène 19,685
Hydrogène 7,021
Azote 19,934
Elle ne contient ni sels, ni acides, ni alcalis.
Les proportions données par Muller ne sont pas tout-à-fait les mêmes 3 il y trouve quelques parcelles de phosphore et de soufre. Mulder la croit coin posée de protéine, de phosphore, de soufre et de phosphate caleique ; c'est-
à-dire qu'il en fait deux substances identiques. Elle n'est point une agglomération des globules et de leurs noyaux, comme l'ont prétendu Home, Prévost et Dumas. Elle existe dissoute dans la liqueur du sang sous forme de petites granulations qui s'agglomèrent pour la constituer, ainsi que le pensent Milnc Eilw mis , Becquerel et Rodier. Elle est d'abord homogène et non grenue , ni à L'état de libre. Ce n'est qu'après qu'elle s'est resserrée et qu'elle a pris une teinte blanche, que le microscope y découvre un aspect granulé. Nous nous abstenons de mentionner les travaux de Hewson, de Hunter, de Deyeux, de Denis, de Schina, etc., sur la fibrine : nous rappellerons cependant que Schultz veut qu'elle n'existe pas sur le vivant et qu'elle se forme après la mort aux dépens du plasma.
Suivant M. Donné, le sang défibriné, laissé en repos dans une éprouvette, se sépare en trois couches : une rouge considérable , qui occupe le fond du vase ; une autre très-mince, formant une pellicule grisâtre , qui est composée de globules blancs; et une troisième incolore ou jaunâtre, formée par le sérum.
La découverte récente de la caséine dans le sang par MM. Panum, Guilhct et Leblanc, n'a aucune portée physiologique.
Nous ne dirons rien non plus de l'albumine , de l'osmazone , de la cruorine, de la créoline, de la créotinine, etc., sur lesquelles on est fort peu d'accord, ce qui nous porterait à penser que la cornue du chimiste extrait du sang tous les matériaux qu'elle élabore, comme le foie , le rein , le testicule, etc. , y puisant les matériaux de leurs sécrétions ou de la conversion qu'ils opèrent.
De lliémalosine ou matière rouge (cruor).
L'hématosine est la matière colorante du sang ; elle fut d'abord regardée comme une combinaison, soit du sous-phosphate rouge de fer avec l'albumine (Fourcroy et Vauquelin), soit du fer avec l'alcali libre du sang (Deyeux et Parmentier), soit du peroxyde de fer avec l'albumine (Prévost et Damas). Brande et Vauquelin crurent plus tard avoir démontré que cette substance était un principe constituant dans lequel on ne trouvait que des traces insignifiantes de fer, et ils lui donnèrent le nom qu'il porte. Depuis, Berzélius, ainsi que Rose et Jugelhart , ont de nouveau attribué la couleur à la présence du fer dans un état indéterminé de combinaison. M. Beau en a fait de nouveau un principe à part et essentiel du sang. Ce qu'il y a de plus positif, c'est que deux substances composent ce produit: l'hématine et la globuline. Toutes les recherches intéressantes et souvent contradictoires de MM. Lecanu, Simon, Prévost et Dumas, Rodier et Becquerel , Chevreul, Andral, Delafond, Gavaret, Richardson ne sauraient trouver place dans un traité de physiologie élémentaire. Voici la dernière formule donnée par Mulder : elle se trouve en harmonie avec celle de Dumas.
Carbone 69,49
Hydrogène 5,30
Azote 10,54
Oxygène 11,01
Fer * . . . 6,66
Répandue à la fois dans toutes les parties du sang, l'hématosine ne se précipite jamais spontanément toute seule : elle accompagne, dans le caillot, la fibrine avec laquelle elle est intimement combinée. Ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on parvient à l'isoler, à l'aide de lavages répétés ou d'autres procédés chimiques. Davy en a évalué la quantité à 0,47$ d'une consistance semi-liquide et gélatineuse, elle a une pesanteur spécifique plus grande que l'eau distillée. Elle se coagule dans les mêmes circonstances que l'albumine 5 comme elle aussi, elle se dissout dans l'acide acétique, dans les alcalis et dans l'eau. Elle se dissout, de plus, dans l'alcool et dans l'éther. Elle attire l'oxygène, qui la fait passer à un rouge vermeil. L'acide carbonique et l'azote lui donnent une couleur purpurine foncée. Ces effets varient beaucoup selon les circonstances plus ou moins bien déterminées. D'après l'analyse que Berzélius en a donnée, cette substance est composée d'oxygène, d'azote, de carbone, d'hydrogène, de soufre, de calcium , de phosphore et de fer. Il y a trouvé de la matière grasse du cerveau et de l'albumine. En l'incinérant, la cendre lui a donné sur cent parties :
Sous-phosphate de fer 0,750
Oxyde de fer 0,500
Magnésie 0,200
Chaux 0,200
Acide carbonique et perte 0,105
La dernière analyse de l'hématine pure a été faite par Lecanu et par Mulder. Elle ne contient ni soufre, ni phosphore, ni chaux, et le fer est la seule substance minérale qu'on y rencontre, dans les proportions de dix pour cent, selon Lecanu.
D'après Mulder on y trouve :
Carbone 65,84
Hydrogène 5,97
Azote 10;40
Oxygène 11,65
Fer 6,64
Indépendamment de ces principes constituants , M. Denis a trouvé dans le sang une huile phosphorée blanche et de l'osmazone. M. Chevreul a trouvé aussi dans le sérum une huile grasse phosphorée , qui lui donne sa couleur jaune et qui ne contient point d'azote. Plusieurs principes calcaires y ont été trouvés par Samson, Polly, Chassagne, Simon, Sigwart. Dans cette analyse, nous n'avons pas dû parler des principes qui s'y rencontrent accidentellement.
La présence de plusieurs métaux a été reconnue aussi dans le sang. Le fer surtout y a joué un grand rôle. Haller, Mcnghini, Sage et Gren, Deyeux, Parmentier, Fourcroy, Vauquelin, etc., en ont fait la matière colorante, sous différentes formes métalliques, ou d'acide, de sulfate, etc., jusqu'à ce que Wells, Bcrzélius, Brande, Lecanu eurent démontré que cette matière colorante était un principe essentiel et indépendant du fer. Cependant, d'après les dernières expériences de Bcrzélius et de M. Lecanu, la matière colorante ne peut pas exister sans le fer. Les chimistes ne sont pas d'accord sur ses proportions. 31. Lecanu l'évalue à sept parties de fer sur cent d'hématosine. Évitons de mettre en présence les opinions des chimistes les plus célèbres sur l'état du fer dans le sang, sur son isolement ou sur sa combinaison avec l'albumine. Ces discussions scientifiques sur un sujet en apparence aussi simple nous affligeraient. Qui pourra espérer de dire mieux la vérité, lorsque Fourcroy, Bcrzélius, Rose, Gmelin, Emmert, Mulder, ne peuvent pas s'accorder? Que conclure, en effet, lorsqu'on voit MM. Denis, Liebig, Catien trouver l'analogie, l'identité la plus complète entre la fibrine, l'albumine et la globuline ? La physiologie repousse avec énergie ces aberrations de l'envie de se singulariser. Elle trouve entre ces éléments organiques des différences immenses, et elle gémit sur cette tendance de la chimie à confondre ainsi ce qui est bien distinct, et à vouloir s'immiscer toujours dans les actes de la vie. Cette identité chimique prouve cependant que le sang est plus homogène qu'on ne l'a cru, et que, plasma ou protéine, il est tout disposé à prendre les formes que la vie veut lui donner.
Quelques autres métaux ont été trouvés dans le sang : ce sont le cuivre, le plomb, le manganèse, même l'arsenic. Que n'y trouve-t-on pas? Il est douteux que le sucre trouvé par M. Bernard dans le sang venant du foie, en fasse partie intégrante. MM. Becquerel, Mialhe et les autres chimistes n'en avaient jamais trouvé. M. Boudet vient d'y trouver un savon, de l'acide margarique et oléique, de la cholestérine, de la séroline. M. Gobby vient de trouver aussi la matière grasse , mais en bien plus petite quantité qu'on ne l'avait fait. Quel rôle jouent ces diverses substances dans les états divers du sang ? La chimie est à peu près muette là-dessus : car il n'est pas bien prouvé que le sang blanc , par exemple , soit dû à la présence de la matière grasse, plutôt qu'à l'absence de la matière colorante.
MM. Verdeil et Delphin y ont aussi démontré la présence de l'urée, que MM. Dumas, Prévost, Denis n'avaient pas pu y trouver, et que M. Becquerel n'y trouve pas non plus. M. Vendic vient d'y démontrer un nouveau principe. M. Millon vient de démontrer que le sang contient plus de principes métalliques qu'on ne l'avait cru. M. Bernard admet la présence du sucre dans le sang, et par des expériences probantes, il a établi qu'il était formé dans le foie, puisque les veines hépatiques en contiennent plus que les autres parties du sang. Cette conclusion ne nous paraît pas encore bien démontrée pour l'adopter dans son entier. M. Bernard voyant le sucre se développer, même avec l'usage d'aliments impropres à sa formation, s'élève contre la
prétention des chimistes qui veulent tout faire venir de l'aliment sans rien créer. Nous applaudissons à cette sentence. Nous ne devons pas nous occuper ici des différences que produisent les états pathologiques du sang , soit dans les infections vénéneuses, soit dans les infections morbides, soit enfin dans l'infection purulente.
Tel est le résultat des efforts combinés des chimistes les plus célèbres sur l'analyse du sang. Serait-ce donc sur eux que la chimie et la physique fonderaient leurs prétentions à l'explication des phénomènes de la vie , tandis que rien ne démontre mieux la sottise de ces prétentions? Elles ne nous apprennent rien sur les changements de proportion et de caractère que présentent les principes constituants du sang dans les différentes parties de l'économie, surtout avant leur entrée dans les organes et après leur sortie, afin de connaître ce qu'ils ont perdu ou acquis dans ce passage, et d'arriver par là aux résultats les plus précieux sur la nutrition et la sécrétion. Ce sujet d'étude, dont l'importance avait été méconnue jusqu'à ce jour, présente une immense lacune à remplir ; que la chimie s'en occupe, elle rendra un grand service à la science. Mais jusqu'à présent elle est encore presque muette làdessus; le sang s'est présenté le même à ses réactifs. Dans le sang veineux comme dans le sang artériel, elle a toujours trouvé les mêmes principes constituants. Cependant la différence entre ces deux sangs est immense, et si les menstrues la méconnaissent, les organes vivants ne s'y trompent pas : le sang veineux à la place du sang artériel éteint bien vite leurs fonctions. Il est en effet impossible de croire à leur identité.
Nos vœux sont en partie réalisés. La chimie organique s'occupe de la recherche des matériaux des organes qui se trouvent dans le sang. Elle croit même déjà les avoir trouvés : la fibrine, l'albumine, Fosmazone, l'acide lactique, la matière grasse. De cette façon, les organes y trouvent tout préparés les éléments dont ils ont besoin ; ils n'ont qu'à les prendre tels qu'ils sont, ils n'ont point de conversion à leur faire subir. Malheureusement on va trop loin : on veut trouver l'origine de ces principes dans les matières premières de la digestion, dans les végétaux, et l'on pense que ceux-ci les fournissent tous, et que par conséquent il n'y a point d'élaboration, point de transformation. MM. Dumas, Liébig, Sandras et Bouchardat, etc., ont fait des efforts incroyables pour établir cette opinion \ mais elle est bien loin encore d'être l'expression de la vérité, puisque le sang ne contient ni gélatine, ni chondrine, puisque les animaux qui vivent exclusivement de végétaux qui ne contiennent point de fibrine n'en ont pas moins un sang aussi riche en fibrine que ceux qui ne vivent que de chair.
Le sang artériel, depuis les capillaires pulmonaires jusqu'aux capillaires généraux, est d'un rouge vif et vermeil ; il est plus chaud, moins pesant, plus oxygéné, moins hydrogéné et moins carboné ; il se coagule promptement et fournit de la fibrine en proportions plus considérables. Quelques physiologistes ont avancé qu'il y avait des différences entre le sang des vei-
nés pulmonaires et celui des artères aortiques : nous n'avons pu jamais les constater: partout il nous a paru identique.
Déjà Boerhaave et Boissicr avaient prétendu qu'il différait suivant qu'il élail pris dans les artères supérieures et dans les artères inférieures.
Lé sang veineux, depuis les capillaires généraux jusqu'aux capillaires pulmonaires, est d'un rouge violet ou noir. Il est moins chaud de deux degrés, plus visqueux, moins oxygéné, plus hydrogéné et moins carboné. Il se eoagule moins promptement, et il fournit du sérum et de l'albumine en plus grande quantité ; son caillot est moins ferme et plus spongieux.
Sous le rapport des qualités physiques du sang, la circulation présente donc une division bien essentielle. D'un coté on trouve le sang rouge, de l'autre le sang noir. La première commence aux capillaires pulmonaires et finit aux capillaires généraux : elle comprend les veines pulmonaires, les cavités gauches du cœur et les artères aortiques. La seconde commence aux capillaires généraux et finit aux capillaires pulmonaires : elle comprend les veines proprement diles, les cavités droites du cœur et l'artère pulmonaire. On pourrait établir sur cette distinction un système vasculaire à sang rouge et un système vasculaire à sang noir, ainsi que l'a fait un des physiologistes les plus célèbres.
Cette différence dans les qualités du sang artériel et du sang veineux, est une preuve des changements qu'il éprouve en traversant les capillaires, puisque c'est en deçà et au delà qu'elles se font remarquer. Ces changements sont à leur tour une preuve que le sang a fait quelque chose de plus que de traverser les capillaires. Or ces changements ne peuvent être que le résultat des combinaisons nouvelles qui ont eu lieu dans sa composition, soit par addition, soit par soustraction, soit par modification des matériaux. Le sang artériel que nous avons déjà vu être seul propre à entretenir la vie, a donc cédé quelque chose aux organes, puisqu'il en sort moins oxygéné ; il en a donc reçu quelque chose, puisqu'il en sort plus chargé d'hydrogène et de carbone, et surtout d'acide carbonique, ainsi que MM. Vogel, Barruel et Orfila l'ont démontré. Serait-ce donc sur ces trois principes que roulerait tout le mécanisme de la nutrition et des sécrétions, puisque les autres restent à peu près les mêmes? Qu'il nous suffise pour le moment d'établir que les qualités du sang changent en traversant les organes , que par conséquent l'action de ce liquide ne se borne pas à les stimuler par sa simple présence.
Comme dans chaque organe les fonctions donnent des résultats différents, soit de nutrition, soit de sécrétion, on a pensé que les matériaux fournis par le sang ne devaient pas être les mêmes, et qu'ils devaient être analogues à l'organisation et à la sécrétion de chaque organe. S'il en était ainsi, le sang différerait dans chaque veine-, parce que, suivant l'organe dont elle sortirait, il aurait abandonné à l'un du picromel, à l'autre de l'urée, de la fibrine ou de l'albumine, etc. Les recherches laborieuses qu'on a faites sur ce sujet n'ont fourni que des probabilités et des hypothèses, mais rien de satisfaisant ou de positif. Les différences qu'on a cru remarquer ont été plutôt suppo-
sées d'après des considérations plus ou moins plausibles que démontrées par des faits : nous n'avons jamais pu les saisir.
Que serait-ce donc si nous demandions compte à la chimie des modifications infinies qu'apportent à ses qualités une foule de circonstances difficiles à préciser, telles que l'âge, le sexe, le tempérament, le climat, la nourriture, les habitudes de la vie, etc., et dont Haller nous a donné une peinture excellente dans ce passage remarquable :« Quo robustiorhomo fuerit, etc.?» Ainsi la quantité du cruor, relativement à celle du sérum, est en. raison directe de l'âge ; les globules sont un peu moins nombreux chez la femme. Ils paraissent diminuer un peu avec la fibrine pendant la grossesse, surtout vers la fin. Cette particularité a conduit tout dernièrement à une idée fausse , à une erreur : c'est qu'il n'y avait pas, qu'il ne pouvait pas y avoir pléthore chez la femme grosse. On trouve plus de fibrine, plus de globules dans le tempérament sanguin ; plus de sérosité, moins de fibrine dans le lymphatique.
L'alimentation exerce une plus grande influence sur la quantité absolue du sang que sur ses principes constituants ; cependant , d'après les expériences de M. Verdeil, les sels phosphatés augmentent avec le régime animal et diminuent avec le régime végétal. Tandis que c'est l'inverse pour les carbonates : ils augmentent avec le régime végétal et diminuent avec le régime animal. Le séjour dans les pays humides et marécageux rend plus abondante la quantité du sérum. Ces nuances, peu importantes pour la chimie , apportent cependant des différences bien grandes dans le mode d'influence du sang sur les tissus vivants. Le sang riche en cruor est plus excitant et donne plus d'activité aux organes, tandis que le sang appauvri par une plus grande quantité de sérosité est éminemment débilitant.
Il est une remarque bien importante à faire. Toujours et partout le sang perd sa couleur rutilante en traversant les organes : il perd donc une certaine quantité d'hématine ; mais il en perd davantage lorsque l'organe exécute sa fonction. Alors il revient plus noir, lors même que la fonction n'enlève rien au sang, comme la contraction musculaire. Ainsi que je l'ai démontré en 4840, le sang qui sort d'un muscle en contraction est toujours plus noir , par conséquent plus défibriné que celui qui sort d'un muscle en repos. L'incitation vitale que produit le sang suffit donc pour opérer cet effet. Il n'est donc pas nécessaire pour cela que la fonction enlève des matériaux physiques, comme le font la sécrétion, la nutrition, etc.
Il importe de faire observer aussi que les différents éléments du sang ne sont pas également propres à entretenir l'incitation vitale et la nutrition. La fibrine et l'hématine sont seules indispensables. Après une hémorrhagie abondante , l'injection du sérum dans les artères ne réveille point la vie , tandis que celle du sang finit par la rétablir , ainsi que l'ont expérimenté Dieffenbach et Bischoff. L'activité et la nutrition languissent dans la chlorose et dans les cachexies séreuses. Les globules et la fibrine , et non le sérum, sont donc les véritables matériaux de la vie dans le sang.
Déjà nous avons vu, dans le tableau emprunté à MM. Becquerel et Rodier,
les différences de quantité dos principes dans l'homme sain, puisque le maximum et le minimum diffèrent assez. On a soupçonne aussi que le sang de la raie différait de tous les autres sangs veineux. M. Schultz est venu apporter le poids de son autorité pour établir la différence du sang des veines hépatiques : il le trouve plus noir, ne rougissant pas au contact de l'air, ne se coagulant pas , moins fihrineux, moins albumineux et surtout chargé du double de graisse de ce qu'il en a partout ailleurs. Ces résultats ne répondent pas du tout à la destination qu'on attribue au foie d'être un organe d'hématose, puisque le sang serait bien moins hématose en en sortant qu'en y entrant. Aujourd'hui M. Bernard y trouve beaucoup de sucre, qu'il dit s'être formé dans le foie même : mais à quoi bon ce sucre pour disparaître quelques centimètres plus loin ? Applaudissons à ces recherches, souhaitons qu'elles nous amènent des résultats satisfaisants ; mais convenons que jusqu'à ce jour elles n'ont encore abouti à rien pour la physiologie. D'ailleurs, ne faut-il pas que tous ces sangs en apparence divers se mêlent et deviennent homogènes dans le cœur?
Disons encore qu'on n'a pas assez tenu compte de la disposition anatomique de cet organe, qui ne lui permet de fournir qu'un liquide uniforme , le plasma, la protéine. Ce qu'il prend étant identique, ce qui reste doit être identique aussi.
Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper des altérations ou des modifications nombreuses que le sang éprouve dans les maladies, ni de celles que lui font subir le plus ou moins grand nombre de saignées : ce n'est plus l'état normal. Aussi nous regrettons de ne pouvoir analyser les belles expériences de M. Abeille sur les causes de la défibrination du sang dans les cas pathologiques.
Ainsi le véritable usage de la circulation est de recevoir les matériaux de la nutrition et de les transporter aux organes, soit pour y entretenir l'excitation vitale, soit pour leur fournir les matériaux dont ils ont besoin pour leur nutrition ou pour leurs sécrétions.
Nous n'avons pas cru devoir parler de la quantité absolue du sang, ni de ses proportions selon l'âge, le sexe, le tempérament, parce que toutes les évaluations qu'on en a faites sont inexactes et devaient l'être lorsqu'on envisage les changements qui surviennent d'un instant à l'autre ; lorsqu'on envisage l'impossibilité d'examiner le sang en totalité, et celle plus grande encore de n'en évaluer qu'une partie, et de juger comparativement de cette partie avec le tout 5 lorsqu'on veut surtout calculer sur la quantité que différents individus en ont perdue avant de mourir, puisque, suivant Haller et Burdach, neuf livres ont quelquefois suffi, tandis que d'autres fois il en a fallu perdre vingt, vingt-cinq et même trente livres 5 lorsqu'on veut, avec Valentin, apprécier la quantité de sang sur l'évaluation de ses principes, comparativement entre la proportion du sang tiré par une veine et de celui qu'on aura tiré ensuite, après qu'on aura fait boire une quantité d'eau égale ; ce qui donnait trente-deux livres pour un homme adulte et vingt-sept pour t. i. 12
une femme; lorsqu'on voudra, avec Szeiw, comparer la quantité de fer que fournit une quantité de sang déterminée, avec toute la quantité qu'en fournit le corps entier incinéré \ lorsqu'enfin, avec Herbst, on substitue au sang une matière solide dont on apprécie la quantité.
Aussi, pendant qu'Allen, Moulins, Loob, Lister, Wanner, etc., établissent les rapports du poids du sang à celui du corps dans les proportions de 1 à 20, d'autres, avec Harvey, l'ont porté à un dixième ; et le plus grand nombre, d'après les recherches de Quesnoy et de F. Hoffmann, estiment que la quantité du sang, dans un homme adulte, est d'un quart ou un cinquième, ce qui la porterait à vingt-huit ou trente livres, vingt pour cent ou un cinquième. Cependant Herbst ne l'évalue qu'à dix ou quatorze livres, ou au dixième du poids du corps. Quelques autres physiologistes prennent un juste milieu et le portent à vingt livres ou au huitième du poids total du corps, sauf les différences qui naissent de l'âge , du sexe et du tempérament , et d'après lesquelles on sait que l'enfant est à proportion plus sanguin que l'adulte et le vieillard, parce que beaucoup de vaisseaux s'oblitèrent ou diminuent de capacité ; que l'homme ayant les vaisseaux plus développés, contient aussi plus de sang ; que le tempérament sanguin présente aussi un système vasculaire plus développé et plus de sang ; que les gens obèses en ont proportionnellement moins que les autres ; qu'un repas copieux en augmente la quantité, tandis que l'abstinence la diminue. N'oublions pas, au milieu de ces variations, que, si le sang fait des pertes continuelles, il les répare sans cesse avec les substances admises dans l'économie, etc. Nous ne devons pas oublier non plus de faire observer que le sang veineux est proportionnellement plus considérable que le sang artériel, parce qu'il parcourt plus lentement des vaisseaux plus nombreux.
Ce que nous avons dit nous a dispensé également de parler de plusieurs théories sur l'hématose. Ainsi Legallois voulait que cette opération se complétât par le fait seul du mélange de la lymphe et du chyle au sang. Théorie erronée, puisque le sang arrive noir aux poumons, quoiqu'il ait reçu en route la lymphe et le chyle, et que c'est là seulement qu'il devient vermeil et rutilant, tandis qu'il conserve ses qualités veineuses, lorsqu'on suspend la respiration. Ainsi, quelques physiologistes, trompés sans doute par l'opinion que le chyle se retrouvait encore en nature dans le sang, ont pensé que celui-ci complétait son hématose en avançant dans les artères, et que ce n'était que loin du cœur qu'il était parfait, tandis que nous savons qu'il est le même partout, depuis les poumons jusqu'aux organes ; d'ailleurs dans cette hypothèse, le cœur et les autres organes les plus voisins ne recevraient jamais qu'un sang imparfait, puisqu'il n'aurait pas eu le temps de circuler bien loin.
Enfin c'est uniquement par l'addition de la lymphe et du chyle, que le sang s'entretient et se renouvelle. C'est dans son passage à travers les poumons qu'il complète l'hématose, et non par l'addition des particules ferrugineuses, comme l'ont supposé les chimistes, d'après Lavoisier et Fourcroy.
Que penser de toutes ces analyses, de tous ces produits si différents et si multipliés, qu'ils font du sang une véritable étable d'Augias et de son étude un chaos impénétrable? Et encore nous n'avons pas abordé la question oiseuse de la raison de la formation des globules, de la fibrine , de l'albumine, etc.; encore bien moins de celle des cellules, du cytoblastcet du cytofilastème.
Malgré les résultats si variés de ces analyses du sang , sa composition a paru si bien démontrée à Grindel, qu'il a cru avoir reconstitué ce liquide en soumettant à un courant galvanique un mélange d'albumine , de phosphate de fer, d'hydrochlorate de soude et d'eau , parce que ce composé avait pris une couleur rouge analogue à celle du sang. Mais cette similitude de couleur suffit-elle pour établir l'identité , lorsque la composition diffère essentiellement?
Tout ce que nous en avons dil est fondé sur la plus sévère observation, tout démontre le rôle indispensable qu'il joue dans notre économie , tout justifie cette expression sublime du Législateur des Hébreux : « L'âme de la chair est dans le sang. «Mais ce n'est pas lui qui pense, qui digère , qui sécrète, qui produit les mouvements ; il fournit l'incitation et les matériaux, les organes sont les instruments.
Quand le sang a rempli ses fonctions , quand il a fourni aux organes les matériaux de leur nutrition et de leurs sécrétions et l'incitation dont ils ont besoin, il devient impropre à remplir les mêmes fonctions ; l'économie entière languit et succombe s'il ne reprend pas des qualités nouvelles. La même chose a lieu lorsqu'une grande quantité a été soustraite par une hémorragie ou par une saignée. Car il faut qu'il reçoive autant qu'il dépense pour conserver l'équilibre. Cette quantité de perdition et de remplacement a été évaluée approximativement à deux livres par jour ; mais elle varie à l'infini selon les individus et selon mille circonstances. Il est donc indispensable que le sang soit changé ou renouvelé. On se demande d'où vient alors ce liquide. Cette question importante devient oiseuse pour nous , qui connaissons son origine, qui savons que la circulation du sang succède à la circulation de la lymphe et qu'elle reçoit les matériaux qui doivent renouveler et entretenir sa quantité proportionnelle et réparer ses pertes incessantes. Nous savons en conséquence qu'il vient de deux sources : de la lymphe qui est puisée dans les organes, et du chyle que fournit la digestion. Nous savons aussi par quelle gradation se forme le sang dans le chyle et se développent ses principes immédiats. La transformation se fait de suite aux poumons. L'on a cru remarquer le chyle dans le sang après plusieurs tours de circulations, ou bien il y a eu erreur , et l'on a pris pour chyle ce qui n'en était pas , ou bien il y avait un état morbide.
Ce que nous devons dire ici, c'est que dans les grandes déperditions sanguines, il était urgent que la circulation trouvât dans l'absorption lymphatique un réservoir qui vînt sur-le-champ à son aide , sans attendre les lenteurs d'une digeslion tardive, qui laisserait succomber l'individu avant
de lui avoir fourni les matériaux réparateurs dont il avait besoin , et que la prévoyante nature lui fait trouver de suite. C'est ce réservoir naturel qui sauve la vie dans les grandes hémorrhagies aetives ; c'est lui qui nous explique la possibilité de ees quantités effrayantes de saignées de Hecquet , de Botal, de Guy-Patin, de Bosquillon, ete. Il rend à nos yeux au moins inutile la transfusion du sang qu'une coupable singularité semble remettre en honneur. Nous avons bien des fois vu des hémorrhagies utérines mettre les malades dans un état exsangue voisin de la mort , jamais nous n'avons perdu aucune malade. Les succès ne justifient pas la témérité de l'opération, et les revers la condamnent.
Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper de la formation du sang ; cette étude appartient à l'embryogénie.