ACTION DES NERFS
Son origine et les muscles auxquels il se distribue l'ont fait ranger par Ch. Bell au nombre des nerfs respiratoires. Lorsqu'il donne des signes de sensation, il le doit aux filets qu'il reçoit des nerfs cervicaux.
Nerfs sensitifs.
Nous mettons en première ligne le nerf trijumeau. Toutes les ramifications de la première et de la seconde branche, qui partent de la racine ganglionnaire , sont sensitives. Ainsi, le dentaire inférieur, le lingual , le sous-orbitaire sont essentiellement sensitifs. Bellingeri, le premier qui ait eu la pensée de diviser les nerfs de la face en nerfs sensitifs et en nerfs moteurs , s'est donc trompé en en faisant un nerf moteur. C'est à Ch. Bell qu'appartient l'honneur d'avoir fixé, en 1821, son action sensitive, en lui faisant l'application de sa belle découverte sur la vertu différente des racines antérieures et des racines postérieures des nerfs rachidiens. Fodera, Herbert-Mayo, Serres, Eschricht, Schoepf, Backer, Mullcr, Longet, etc., ont répété et multiplié les expériences : toutes leur ont donné les mêmes résultats. Le nerf trijumeau est donc, par sa grande racine , le nerf sensitif de toute la partie antérieure et latérale de la tète, et même de toutes les membranes muqueuses, oculaire, nasale, buccale. Aussi, dans la paralysie de l'un de ces nerfs, les malades sentent la moitié seulement des objets qui sont appliqués sur la ligne médiane des lèvres. Ce nerf porte aussi la sensibilité aux muscles de la face, auxquels il envoie des filets \ mais il n'y porte point la motilité. Celle-ci est opérée par l'influence de la septième paire , dont la section la paralyse , pendant que la section des trijumeaux ne les empêche pas de se mouvoir. Ce fait prouve que les nerfs sensitifs sont nerfs sensitifs partout, et que ce n'est pas , comme on l'a prétendu, l'organe auquel il se distribue qui en détermine la fonction sensoriale ou motrice. Il a sa destination bien tranchée.
La troisième branche du trijumeau se compose de la petite racine et d'une partie de la grande. Elle est à la fois motrice et sensitive, comme le sont les nerfs rachidiens, qui résultent de la réunion d'une racine ganglionnaire sensitive et d'une racine non ganglionnaire motrice. Les nerfs massétérins, temporaux profonds , buccal , pterygoïdien et mylo-hyoïdien, et ceux des muscles péristaphylin interne, péristaphylin externe et interne du marteau, qui naissent de cette troisième branche , sont évidemment moteurs ; tandis que le nerf auriculaire externe et quelques autres filets ,sont, au contraire , sensitifs. Expériences et faits pathologiques, tout prouve ces assertions.
Les anastomoses nombreuses de ce nerf expliquent l'influence qu'il exerce sur les autres organes de la tète et sur leurs fonctions.
Nous avons déjà repoussé la pensée de quelques physiologistes qui ont voulu faire du trijumeau le nerf sensorial commun. Oui, sans doute, sa distribution aux appareils sensoriaux y apporte un contingent d'action qui
s'ajoute à celle du nerf essentiel, et favorise ou complète le sens 5 mais il n'est point l'organe de la sensation spéciale. Ce n'est point avec lui qu'on voit, qu'on entend, qu'on sent, qu'on goûte. Cependant, le sens du goût a réuni quelques adhérents. L'impression que font les saveurs est si voisine de la simple impression tactile, que cela explique l'erreur. Le rameau lingual n'est pas gustatif. Les expériences, en apparence contradictoires, ne prouvent rien. Nous avons vu plusieurs cas de paralysie du sentiment de la face, avec intégrité du sens du goût. Cette expérience est positive.
C'est bien à tort qu'on a cru que ce nerf influençait directement la sécrétion des larmes, celle de la salive , et celle des mucus oculaire , nasal et buccal. Leur influence n'est jamais directe : elle est secondaire ; ce qu'on ne distingue pas assez.
Son influence sur les contractions du canal digestif est admise un peu prématurément par Valentin, Schiff, Henle.
L'origine du glosso-pharyngien dans le sillon postérieur collatéral de la moelle, son ganglion d'Andersh et sa distribution terminale indiquent déjà qu'il est un nerf sensitif. Reid, Valentin, Longet, etc., le reconnaissent pour tel : ils n'ont jamais vu aucune contraction résulter de l'incitation galvanique du bout inférieur ou excentrique. Cependant, Volkmann, Howe, Muller. Hein, Debrou ont vu la section de ce nerf gêner les mouvements du pharynx et d'une partie de la langue, et ils en ont fait un nerf mixte. Ch. Bell, ayant aussi remarqué plusieurs fois de la gêne dans la déglutition après cette section, l'a regardé comme une sorte de régulateur chargé d'associer les mouvements du pharynx à ceux de la respiration. Alcock, Cazalis et Guyot ont obtenu cette gêne de déglutition , et ils ont partagé l'opinion de Bell, tandis que Panizza , Reid et Longet n'ont jamais pu l'obtenir. Lorsqu'elle a existé, elle était due à une autre cause , et surtout à la lésion du rameau pharyngien du spinal et d'un petit rameau du facial. Peut-être alors aussi l'irritation est-elle transmise directement au muscle, indépendamment du nerf. Il donne la sensation à la membrane muqueuse des piliers du voile du palais, au tiers postérieur de la langue, aux amygdales et à une partie du pharynx.
Une grande question s'est élevée. Le glosso-pharyngien est-il nerf sensitif général, ou nerf sensitif spécial de la gustation ? Panizza veut qu'il soit guttural seulement, parce qu'il l'a trouvé insensible aux agents piquants, pinçants, etc. C'est aussi l'opinion de Valentin , qui a obtenu les mêmes résultats. Reid, au contraire, Alcock, Cazalis et Guyot , l'ont trouvé trèssensible aux irritations mécaniques, et ils le croient sensitif général. Cependant, ils ne lui contestent pas toute influence sur la gustation. Au milieu de ce conflit d'expérimentations contradictoires, nous pensons qu'il ne peut être ni gustatif exclusif, ni sensitif général relatif, mais qu'il est doué des deux sensibilités générale et spéciale.
Aucun nerf n'a autant excité la curiosité, aucun n'a été le sujet d'autan! d'expériences, aucun n'a fourni matière à autant d'interprétations et d'opi-