ACTION DES NEUFS
nions diverses que le pneumogastrique. Depuis Galien jusqu'à Longet, on l'a soumis à toutes les espèces de tortures et d'expérimentations. Willis , Baglivi, Valsalva, Vieussens, Petit, Senac, Haller, Housset, etc., ont, les premiers, remarqué l'atteinte profonde que portait aux forces digestives la section du pneumogastrique. Quelques-uns avaient en même temps signalé leur influence sur le cœur et sur l'appareil respiratoire ; mais cette influence, quoique bien constatée, n'était point du tout caractérisée dans ses effets, dans son mode d'action. Ces expériences furent reprises par de Blainville, Brodie, Legallois, Dupuy, Provençal, Dupuytren, Wilson Philip , Clarke Abel, Macdonald, Hastings, Leuret etLassaigne, Mayer, Flourens, Broughton, Brachet, Fourcade, Muller, Longet, Bernard, etc., dans des vues plus précises, afin de déterminer au juste le mode d'influence de ces nerfs sur les différents actes de la respiration, de la circulation et de la digestion. Chacun a envisagé son action sous un point de vue différent, et il en est résulté une somme de faits épars qui a fini par éclairer la véritable physiologie de ce nerf important. S'il ne nous est pas possible de tracer le tableau complet de tout ce qui a été fait, il nous est indispensable de fixer l'attention sur quelques points essentiels.
Goerres est le premier qui ait comparé le nerf vague et l'accessoire aux racines postérieures et antérieures des nerfs rachidiens, en 1805. Cette comparaison perd beaucoup de son importance , lorsqu'on fait attention qu'à cette époque on ne distinguait pas encore les nerfs du mouvement et les nerfs du sentiment. Aussi, cette opinion passa inaperçue. En 1823, je la reproduisis avec confiance, en démontrant, le premier, qu'il était à la fois nerf moteur des fibres de l'estomac et nerf sensitif pour la faim. Deux ans plus tard, Breschet et Milne Edwards, ensuite Andrieux, Wilson Philip, Stilling, Krause, Van Kempen, Bernard, etc., lui ont reconnu cette double propriété, et en ont fait un nerf mixte. Arnold, Scarpa, Bischoff, en 1832, et Muller, en 1834, ont fait des expériences qui appuient cette manière de voir. Cependant, Muller veut qu'il ne soit pas moteur, et Desmoulins dit qu'il n'est pas sensitif. Remak a remarqué avec attention qu'une partie des filets du nerf vague passe au-devant de son ganglion, et donne ainsi au nerf la double action motrice et sensitive. Volkmann reproduisit, en 1844, l'opinion de Van- Deen, qui avait déjà été celle de Legallois, de Gall, de Berutti, etc.; il regarda son ganglion comme une sorte d'arrêt de la sensation , qui s'y arrêtait et n'allait point à l'encéphale, et il regarda comme réflexes les mouvements auxquels présidait ce nerf ; il en fit une sorte de nerf intermédiaire placé sur les limites des nerfs cérébraux et des nerfs ganglionnaires. M. Longet ne voit dans le nerf vague qu'un nerf du sentiment, et il lui fait donner la propriété sensitive aux membranes muqueuses du pharynx, du larynx, du voile du palais, de la trachée, des bronches, de l'œsophage et de l'estomac ; il ne lui donne de propriété motrice que dans l'accessoire , dont la longue origine antérieure explique l'action motrice et l'importance : car, s'il ne fût né que d'un seul point, la lésion de ce point eut anéanti la vie sur le champ ; tandis
qu'un point peut être malade et laisser les autres points donner leur influence au nerf, et entretenir ses fonctions importantes. Ce n'est que par cet accessoire et par quelques autres filets moteurs d'autres nerfs respiratoires que reçoit le nerf vague, que Longet veut qu'il soit mixte. Les recherches délicates d'anatomie auxquelles il s'est livré pour démontrer cette origine purement sensitive du nerf vague , et motrice par l'accessoire , nous ont paru peu importantes et peu convaincantes. Au reste, de quelque part que vienne au nerf pneumogastrique son action motrice, elle existe, et c'est là le point important pour la physiologie. Mais elle n'existe pas seulement dans les rameaux de l'accessoire qui se distribuent aux régions supérieures , nous la retrouvons dans l'œsophage , dans les poumons , dans les bronches et dans l'estomac.
Le mode de sensibilité dont il est doué est tout-à-fait spécial. Il n'appartient point à la sensation générale. C'est la faim, c'est la satiété, c'est la soif, c'est le besoin de respirer et d'expirer. En outre, la sensation tactile n'est pas la même dans les différentes parties. A l'isthme du gosier , elle provoque les mouvements de déglutition pour le bol alimentaire , et le vomissement pour repousser les agents nuisibles. A l'épiglotte , à la glotte , elle en sollicite l'ouverture pour l'introduction de l'air , et l'occlusion à l'abord de tous les corps liquides ou solides. Dans la trachée et les bronches, le nerf est insensible à la présence de l'air, et il se révolte contre tout autre agent et provoque des quintes de toux violentes. Dans l'œsophage , il sent le bol alimentaire et fait contracter successivement les fibres de ce conduit pour précipiter l'aliment dans l'estomac. Au pharynx et à la partie supérieure de l'œsophage , il perçoit la moindre température des aliments et des boissons : plus bas il ne la sent plus. Partout il reçoit l'impression locale du bol alimentaire, qui suffit pour solliciter l'action contractile des fibres musculaires de l'organe. Il en est de même dans la partie supérieure de l'intestin.
Comme nerf moteur , le pneumogastrique présente deux choses à considérer. Il fournit à quelques muscles soumis à l'influence de la volonté : tels sont les muscles du larynx, les constricteurs du pharynx , ceux de la partie supérieure de l'œsophage. Il fournit à d'autres muscles qui paraissent soustraits à cette influence, ce sont les muscles de la trachée et des bronches, ceux de la partie inférieure de l'œsophage, ceux de l'estomac , et enfin ceux de la partie supérieure de l'intestin grêle. M. Longet s'est donné beaucoup de peine pour prouver que le pneumogastrique n'était moteur que par les nerfs spinal, facial, etc., qu'il recevait. Eh bien ! la distinction de son influence motrice trouve ici une application satisfaisante. Ces provenances accessoires fournissent aux muscles volontaires leur incitation motrice , et la section du spinal paralyse le larynx : mais les muscles de la trachée, des bronches, de l'estomac, etc., reçoivent leur incitation du pneumogastrique lui-même, dont la section les paralyse. La seconde observation à faire, c'est que Taclion des incitateurs galvaniques et autres est prompte sur les muscles volontaires, et qu'elle ne se fait sentir que lentement sur les muscles involon-
(aires. Aussi elle n'est plus spontanée, brusque et de courte durée; elle est lente et se prolonge longtemps. Cette différence d'action des incitateurs confirme la distinction que nous avons établie. Les filets spinaux qui se réunissent au cordon pneumogastrique portent en eux toutes les vertus des nerfs moteurs volontaires, et ils agissent en conséquence dans les muscles auxquels ils se distribuent. Tandis que les rameaux qui sont fournis par le pneumogastrique pur, ne communiquent qu'une incitation motrice involontaire aux bronches, à l'estomac, etc. Mais c'est toujours une incitation motrice, et cela suffit pour en faire un nerf mixte. M. Longet va même plus loin , il en fait un petit sympathique. Faisons remarquer aussi que ces mouvements sont la plupart des mouvements réflexes.
Des deux rameaux laryngés supérieurs , l'externe seul agit sur la phonation, qu'il altère ou éteint en paralysant les muscles arythmoïdiens et cricothyroïdiens. L'interne porte la sensibilité à la membrane. Le laryngé inférieur ou récurrent influence la phonation en agissant sur les muscles cricoarythénoïdiens postérieurs, qui dilatent la glotte et contribuent à la formation des sons graves. Il entretient aussi la libre introduction de l'air, en maintenant ainsi la glotte ouverte : car sa section chez l'adulte gêne beaucoup la respiration, et chez les jeunes sujets elle cause rapidement la suffocation. Par conséquent il fait accélérer les mouvements de la respiration. Il donne de plus la faculté de sentir le besoin de respirer un air pur et nouveau, et le besoin d'expulser l'air vicié qui a servi à l'oxygénation du sang.
Le nerf vague n'exerce qu'une influence bien secondaire sur la circulation . Sa section n'arrête point les contractions du cœur. Si elle les accélère quelquefois, cela tient à l'union harmonique et solidaire des parties.
Son influence sur l'estomac est des plus remarquables. Elle donne à sa fibre musculaire son incitation contractile. Nous avons les premiers démontré cette influence. Bien que niée par quelques physiologistes, elle a été successivement constatée par Breschet, Milne, Edwards et Vavasseur, Tiedemann et Gmelin, Mayer, Muller et Dieckhoff, Andrieu, Longet, etc. Il se passe ici un phénomène qui mérite la plus grande attention , parce qu'il peut nous expliquer les contradictions qui ont divisé les opinions. Lorsque l'estomac est plein d'aliments, l'influence motrice du pneumogastrique n'est pas douteuse : la section paralyse la contraction des fibres de l'estomac , et cependant alors elles répondent à l'incitation galvanique, et elles se contractent. Lorsque le viscère est vide , sa fibre musculaire ne se contracte plus ; elle ne répond plus aux excitants portés sur le nerf. Ceux qui ont nié son influence motrice ont expérimenté dans cette dernière condition. Ceux , au contraire , qui ont constaté son influence motrice , ont opéré dans la première condition. Cette différence dans les résultats peut paraître singulière , et à cause de cela impossible. Mais nous, qui sommes accoutumé à voir un but dans toutes les opérations de la nature, nous trouvons là une preuve de plus de cette tendance providentielle. Ce n'est que pendant la digestion que l'estomac a besoin de l'action contractile de ses fibres. Lorsqu'il est vide , il n'en a pas be
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soin, puisqu'il n'a rien à digérer. Dans le premier eas , elle donne au nerf toute son influence motrice; dans le second, elle la lui retire comme inutile. Nous reviendrons sur cette influence en parlant des actes de la digestion.
En général, la section des deux nerfs vagues est mortelle vers le quatrième jour. Quelquefois elle a duré jusqu'au huitième et même jusqu'au onzième. Le chien que M. Fourcade a gardé plusieurs mois après cette opération , est trop contraire à toutes les autres expériences pour qu'il n'y ait pas eu chez lui des particularités qui peuvent expliquer cette survivance , et qui demandent en conséquence un nouvel examen, de nouveaux faits.
Nerfs rachidiens.
Ils naissent de la moelle épinière par deux cordons, l'un antérieur et l'autre postérieur. Le premier s'insère au cordon latéral antérieur, le second au cordon latéral postérieur. Ils sont séparés à leur origine par le ligament dentelé, qui les laisse bientôt se réunir en un cordon unique , qui sort des trous rachidiens pour se diviser en deux branches, l'une antérieure et l'autre postérieure. Ces deux racines représentent ce que nous avons dit des nerfs du sentiment et des nerfs du mouvement. Les racines antérieures sont affectées seules au mouvement. Lorsqu'elles ont paru sensibles , elles le devaient à la difficulté de l'opération. Les racines postérieures sont affectées au sentiment. Elles sont les organes incontestables de la sensation. Seules elles rapportent à la moelle épinière et au cerveau les impressions qu'ont reçues les extrémités périphériques des nerfs. Quel rôle joue le renflement du ganglion que chaque racine présente à sa sortie du canal rachidien? Nous l'ignorons. Il n'y a qu'hypothèse et incertitude là-dessus.
Après leur union, les fibres des deux racines se mêlent tellement qu'il est impossible de les suivre. L'anatomie ne distingue plus le nerf du sentiment du nerf du mouvement : tout est uni , mêlé et confondu. Néanmoins , dans cette réunion, il n'y a point identification. Chaque fibre conserve ses attributions jusqu'à sa destination. De cette manière, les nerfs rachidiens peuvent être regardés comme mixtes, c'est-à-dire, moteurs et sensitifs à la fois. Mais chaque fibre sait bien se séparer du tronc commun pour aller porter à son organe ou la sensibilité ou la motilité. Cependant le nerf médian et le nerf cubital semblent faire exception à cette règle. Ils sont purement sensitifs. Ils ne vont se distribuer qu'aux téguments de la main. Sous ce rapport ils doivent être assimilés aux nerfs sensoriauxde la tête. Ils sont de véritables nerfs des sens. C'est ce qui porte à les regarder comme les organes du toucher et à les distinguer des nerfs de la sensation générale.
Il est inutile de prendre chaque paire de nerfs rachidiens pour indiquer minutieusement à quels muscles ses cordons moteurs portent le mouvement, à quelle partie des téguments ses cordons sensitifs donnent la sensibilité. Faisons une remarque importante , c'est que les nerfs qui se rendent aux membres tant supérieurs qu'inférieurs , commencent par se réunir et s'en-
trelacer en plexus avant de fournir les véritables nerfs qui doivent se rendre à leur destination. Dans ces plexus , les fibres se mêlent et s'entrecroisent de telle manière , qu'il est impossible de les suivre , et qu'on ne sait pas de quelle paire viennent les fibres du nerf qui en sort. Les nerfs intermédiaires se distribuent presque uniformément soit aux muscles de la poitrine, soit aux muscles du dos, soit aux téguments. Ils se ressemblent tous , et la description de l'un peut presque servir de description aux autres. Ces détails anatomiques ne sont pas d'une grande utilité à la physiologie. De ce que les douze paires dorsales servent à la respiration , et les cinq paires lombaires concourent aux actes accessoires de la digestion, et les paires sacrées aux actes du rectum, de la vessie , de la matrice , faut-il pour cela en faire des nerfs respiratoires , des nerfs digestifs, des nerfs urinaires , des nerfs génitaux ? L'esprit peut s'amuser à ces jeux de l'imagination, mais rien n'en justifie ni l'exactitude ni l'utilité.