DES MOUVEMENTS VOLONTAIRES
En accordant aux animaux la faculté de connaître et de juger les qualités favorables ou nuisibles des objets qui agissent sur eux, la nature leur a donné l'aptitude de se déplacer spontanément pour s'en rapprocher ou s'en éloigner, ou bien de les rapprocher ou éloigner eux-mêmes et d'exprimer d'une manière active les modifications qu'ils éprouvent, selon les influences auxquelles ils sont soumis. Ainsi , l'étude des sensations et des fonctions intellectuelles conduit à celle des mouvements et de la parole. Nous ne nous occuperons, dans ce chapitre, que du mécanisme suivant lequel ont lieu les attitudes immobiles et les divers actes qui consistent soit à nous rapprocher ou à nous éloigner des corps extérieurs, soit à les saisir ou à les repousser. Le mécanisme de la voix et de la parole fera l'objet du chapitre suivant. On sent qu'il ne peut pas être ici question des mouvements dus à l'épithelium vibratile , ou au tissu cellulaire contractile, ou au tissu élastique, ou au tissu erectile. Ce sont des actes qui sont tout-à-fait étrangers à l'action musculaire et à l'influence cérébrale. Leur étude appartient à celle des organes qui les exécutent ou des fonctions auxquelles ils coopèrent.
La mécanique animale repose sur un système de leviers brisés. Tout y est tellement combiné, qu'il suffit bien souvent que l'impulsion soit communiquée à l'un d'eux pour qu'elle se transmette de proche en proche à l'économie tout entière. Il suffit alors d'un point d'appui, le sol , pour que l'acte de locomotion s'efFectue. Pour accomplir un mouvement volontaire, le corps doit toujours représenter un levier dans une de ses parties ou dans son ensemble, selon que le mouvement est limité , partiel ou général. Rappelons que le levier varie suivant les rapports de son point d'appui, de la puissance qui le meut et de la résistance à surmonter. De là trois genres de levier , selon que le point d'appui, la résistance ou la puissance se trouve intermédiaire. On appelle bras de la résistance ou de la puissance l'espace compris entre l'une
ou l'autre et le point d'appui. Toutes choses égales, d'ailleurs, la puissance est d'autant plus grande ou la résistance est d'autant plus difficile à se montrer, que l'une ou l'autre agit sur un bras plus étendu. D'où il résulte : 4° que le levier du second genre (inter-résistant) est le plus favorable à la puissance ; 2° que le levier du troisième genre (inter-puissant) est le plus défectueux sous ce rapport ; 3° enfin, que le levier du premier genre (intermobile) est le seul où la résistance et la puissance puissent se faire exactement équilibre. Dans les animaux vertébrés , les leviers sont représentés par les os. La résistance consiste dans le poids de ces organes et des objets qui doivent être déplacés simultanément. Le point d'appui réside dans les articulations. La puissance est tout entière dans les muscles. Ainsi, nous avons à considérer : 1° les organes passifs de la locomotion ; 2° leurs connexions mobiles ; 3° les organes actifs des mouvements; 4° la cause intrinsèque qui met en jeu ces organes actifs.
§ \. Des os, organes passifs de la locomotion.
Les os larges sont réunis par des articulations immobiles à la tète, au bassin , pour former des cavités qui reçoivent et protègent des appareils et des organes. Ils n'exécutent point de mouvements sensibles ; jls sont, en conséquence, étrangers à la locomotion. Cependant , ils fournissent des points d'appui, soit aux os, soit aux muscles de la locomotion. Sous ce rapport , ils y participent, quoique d'une manière indirecte.
Les os longs contribuent à des mouvements étendus. Ils servent en outre de colonnes pour soutenir le corps et pour les actes par lesquels nous varions nos rapports avec les objets extérieurs. Leur canal médullaire accroît la surface pour les insertions musculaires ; il contribue aussi à leur solidité 5 car, de deux colonnes identiques par le poids, la hauteur et la composition, celle qui est creuse offre plus de résistance aux causes qui tendent à en opérer la solution de continuité. D'ailleurs , il rend les os moins pesants, parce que la moelle qui les remplit est bien plus légère que la substance osseuse.
Les os courts se réunissent , en nombre plus ou moins considérable , aux mains, aux pieds et à la colonne vertébrale, pour contribuer, par leurs mouvements partiels, à des mouvements plus étendus. Leur assemblage a, comme celui des os plats, pour but' d'affaiblir les efforts, en disséminant ceux-ci sur un grand nombre de points.
Dans toutes les régions où les os se trouvent réunis en un certain nombre pour un but commun, l'un de ces os s'articule avec presque tous les autres. C'est ainsi que le sphénoïde a des connexions avec tous les os du crâne et même avec la plupart de ceux de la face \ que le sternum se trouve uni avec les côtes et, par leur moyen, avec les vertèbres, et que le sacrum s'articule avec tous les os du bassin, le grand os avec les os du carpe, et la scaphoïde avec les os du tarse.
Les substances compacte et spongieuse des os sont disposées de manière que partout où il est besoin d'une grande solidité avec moins de volume, comme aux os plats et dans le corps des os longs , la substance compacte existe presque seule, et que partout où il faut une plus grande surface avec moins de pesanteur, comme à la colonne vertébrale, aux os courts du poignet et du tarse, et aux extrémités des os longs , c'est la substance spongieuse qui domine.
S 2. Des connexions des os.
Toupies os sont unis entre eux. Le mode de leur union varie. Quel qu'il soit , on le désigne sous le nom d'articulation. On a donné différents noms aux articulations, d'après leurs moyens d'union , la disposition des surfaces articulaires et le genre des mouvements. La division la plus générale est celle qui les distingue en articulations immobiles et en articulations mobiles. Les articulations immobiles réunissent, en quelque sorte, en un seul os plusieurs os, et contribuent ainsi à augmenter leur résistance commune. Ce sont les os plats, comme au crâne, qui les présentent.
Dans les articulations mobiles, des surfaces polies d'un os sont en contact avec des surfaces correspondantes d'un autre os , de manière à favoriser le glissement de l'un sur l'autre , pour que le levier qu'ils représentent puisse à la fois y trouver un point d'appui et une mobilité convenables. Des ligaments, des capsules fibreuses et les prolongements tendineux et aponévrotiques des muscles permettent aux articulations de concilier la solidité avec la mobilité. Les cartilages articulaires, les membranes synoviales et la synovie surtout favorisent cette mobilité par le poli de leurs surfaces et par l'enduit onctueux dont elles sont lubrifiées.
On a établi un grand nombre de classifications des articulations mobiles, fondées sur la manière dont les mouvements s'y exécutent. Bichat en a fait cinq genres. Nous les adoptons , parce que toutes les articulations mobiles peuvent y être comprises sans difficulté. Ce sont : 1° articulation susceptible d'opposition vague, de circumduction et de rotation , énarthrose trèsétendue, articulations scapulo -numérale et coxo-fémorale ; 2° articulations où l'opposition vague etla circumduction seules s'observent, énartbrose moins étendue ; on en trouve des exemples dans les articulations temporo-maxillaire , sterno-claviculaire , radio-carpienne, métacarpo-phalangienne, carpométacarpienne du pouce. Le défaut de rotation suppose évidemment l'absence d'une tète osseuse et d'une cavité pour la recevoir ; 3° articulation qui ne peut exécuter que la flexion et l'extension ginglyme angulaire , comme au coude, au genou, dans les phalanges des doigts et des orteils ; 4° articulation où la rotation seule a lieu, ginglyme latéral ; on la trouve dans les articulations cubito-radiale et atloïdo-axoïdienne ; 5° articulation qui ne présente
que le glissement , arthrodie ; elle est la plus nombreuse ; on la trouve dans les os du carpe et du tarse entre eux , et avec les os du métacarpe et du métatarse, dans les apophyses articulaires des vertèbres, dans l'atlas avec .'occipital, etc.
Dans le mouvement de circumduction, l'os décrit une espèce de cône dont le sommet est à l'articulation supérieure et la base à l'extrémité inférieure. Dans le mouvement de rotation , l'os tourne sur son axe. Le glissement est un mouvement obscur d'une surface sur une autre. Les articulations du premier genre résident à la partie supérieure des membres, pour imprimer à ceux-ci des mouvements de totalité. La rotation y est d'autant plus grande et la circumduction d'autant moindre que le col de l'os est plus étendu. Les articulations du second genre ne présentent pas la rotation , parce que l'axe du condyle ne fait pas, comme dans le genre précédent , un angle avec l'axe de la diaphyse. Les articulations du troisième genre exécutent des mouvements de flexion et d'extension ; elles occupent le milieu des membres. Pour le quatrième genre, il y a rotation d'une surface concave sur une surface convexe, ou d'une surface convexe sur une surface concave. Les articulations du cinquième genre ont des surfaces planes et des ligaments nombreux : la multiplicité de ces articulations permet mieux aux extrémités des membres de s'appliquer aux corps extérieurs par beaucoup de points.