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CLASSIFICATION DES FONCTIONS

Il résulte de ce qui précède, que les auteurs qui, en grand nombre, ont admis comme propriétés vitales la sensibilité et la contractilité, ont été induits en erreur, parce qu'ils n'avaient pas assez caractérisé ce qui est un acte. Si, en effet, ils se fussent bien pénétrés de cette vérité, qu'un acte est le résultat constant d'un organe, ils auraient vu que ces propriétés étaient des actes ou fonctions d'organes ou de systèmes, et ils nous auraient présenté sous un autre point de vue les belles considérations dont ils ont embelli leur histoire. Ils auraient restitué à chaque organe les fonctions qui lui appartiennent. Ainsi , la sensibilité animale eût été la sensation cérébrale, parce qu'elle est un acte des nerfs cérébraux , qui transmettent à l'encéphale l'impression qu'ils ont

l)"2 INTRODUCTION.

reçue; la sensibilité organique eût été la sensation ganglionnaire, parce qu'elle est exernée par les filets du système nerveux ganglionnaire, qui reçoivent les impressions que les molécules exercent sur eux à l'intérieur comme à l'extérieur des organes ; la contractilité animale et la contractilité organique sensible eussent été la contraction musculaire , parce qu'elle est exécutée pir des muscles ou des fibres musculaires, que ces fibres soient ou non soumises à l'influence de la volonté \ la contractilité organique insensible eût été la contraction fibrillaire ou moléculaire, parce qu'elle ne se passe que dans les fibres les plus ténues , qu'elles soient ou non organisées en capillaires , et qu'elle exerce son action sur les molécules de ses tissus et de ses liquides. Ces propriétés, qui se présentèrent avec un appareil si séduisant , et qui devinrent la base de la belle classification des fonctions en fonctions de la vie organique ou nutritive, et en fonctions de la vie animale ou de relation , ne sont donc pas des propriétés. Nous en dirons autant de toutes les autres prétendues propriétés vitales : contractilité, incitabilité, tonicité, expansibilité, érectibilité, etc. Elles ne sont que des actions créées par notre imagination , qui les appelle à son secours toutes les fois qu'elle en a besoin pour voiler son ignorance dans l'explication des phénomènes dont les agents lui sont inconnus. Aussi, leur quantité est innombrable : c'est la mythologie des anciens qui créaient une dryade, une hamadryade, un génie ou toute autre divinité, pour chaque phénomène ou chaque être nouveau qu'ils rencontraient. Pour nous, il n'y a donc point de propriétés vitales dans le sens qu'on y attache ; nous ne connaissons que des actes et des fonctions. Et si , je suppose, on voulait conserver le nom de contractilité à la faculté qu'a le muscle de se contracter , et de sensibilité à la faculté qu'ont les organes de sentir, en laissant les noms de sensation et de contraction à l'acte même de leurs organes respectifs, nous ne nous y opposerions pas -, mais alors nous réclamerions le même privilège pour tous les autres viscères, et nous admettrions, avec autant de raison , la respirabilité, la digestibilité, la sécrétionabilité, etc. , pour exprimer la faculté qu'ont les poumons, l'estomac, les glandes, de respirer , de digérer ou de sécréter.

Nous ne rejetons donc pas les propriétés vitales, à la manière des organiciens modernes. Ceux-ci ne leur substituent rien. Ils veulent tout expliquer par l'action moléculaire ou chimique. Nous conservons ce qui peut seul donner une explication simple et naturelle de tous les actes des êtres vivants.

Nous pouvons juger de l'embarras que se créent les physiologistes qui cherchent à tout matérialiser, par cet aveu du physiologiste moderne le plus haut placé. Après une longue et savante réfutation du vitalisme , il s'écrie : « A quels faits-principes arrivons-nous pour les êtres vivants? A des faits de sensibilité, de contractilité , de formation organique. Ces faits ressemblentils à ceux d'attraction , de calorique, d'électricité, d'affinité chimique , tels que nous les connaissons ? Non. Les forces ne sont pas les mêmes dans les deux règnes. Ce qui existe au fond, je n'en sais rien. » Combien il faut que la vérité soit puissante pour se faire jour ainsi ! Nous n'en demandons pas

davantage. Mais, dans cette recherche des causes de la vie et des actes vitaux, nous n'entendons point courir après la cause finale , après cette cause des causes , cette pierre philosophale de la physique et de la chimie , qui n'est à nos yeux que le comble de l'absurdité. Ainsi une fonction est un acte ou la réunion de plusieurs actes exécutés par les tissus ou les organes vivants. Ce n'est point un effet normal produit par une force vivante. Nous repoussons cette physiologie trop ontologique.

En condamnant les propriétés vitales, nous n'avons pas prétendu rejeter toute espèce de propriétés inhérentes à l'organisation, et surtout à l'organisation vivante- Chaque tissu, chaque organe, a ses propriétés particulières et spéciales d'élasticité, de friabilité, de consistance, etc. \ mais ces objets sont du ressort de l'anatomie, et nous ne pourrions rien ajouter à ce qu'en a dit l'immortel auteur de YAnatomie générale. Nous admettons encore des propriétés dépendantes de l'organisation vivante ; telles sont : la résistance plus grande des tissus et leur inaltérabilité, et surtout la chaleur animale. Les deux premières sont des conditions de la vie -, elles sont indépendantes de l'action d'aucun organe en particulier. Un corps ne peut pas être vivant, et ne pas opposer aux agents de destruction qui l'entourent une résistance suffisante pour lui faire parcourir sa carrière et remplir sa destinée.

Nous ne pousserons pas plus loin cette admission de propriétés inhérentes à la vie, quoique les physiologistes les plus célèbres en aient adopté quelques-unes , qui nous paraissent plutôt des conséquences d'autres actes vitaux que des propriétés réelles ; telles sont la turgescence vitale de Callisen, Wintelius et Hebenstreit, désignée sous le nom d'expansibilité par Chaussier, la force d'assimilation de Dumas, le nisus formativus de Blumembach, la force de situation fixe de Barthez, etc.

Chaleur animale.

La chaleur animale est aussi une condition de la vie ; elle n'est ni une propriété ni une fonction. Elle se présente avec tant de modifications, et elle reçoit une si grande influence de certaines fonctions ; qu'elle a pu être regardée elle-même comme un acte ou une fonction . mais tous les efforts de Bichat et de quelques autres physiologistes n'ont pu lui trouver un organe spécial. Les belles considérations qui ont été faites sur sa production n'en resteront pas moins, et n'en seront pas moins consultées avec fruit, parce que, sans prouver qu'elle soit une fonction, elles font connaître quels sont les agents et les circonstances qui la modifient à l'infini.

Commune à tous les êtres organisés, elle commence avec la fécondation, et s'éteint avec la vie. Dans l'homme elle est de 28 à 30 degrés (Réaumur). Elle est plus élevée dans les oiseaux, un peu moins dans les quadrupèdes, et successivement de moins en moins dans les reptiles, les insectes, les poissons et les végétaux. Bien différente de ce qu'elle est dans les corps

physiques, elle se maintient à peu près au même degré : quelle que soit la température de l'air ambiant, elle n'en est que faiblement influencée tant que la vie persiste. Un chien plongé dans de l'eau à 50 degrés pendant vingt minutes, ne fait pas élever au-dessus de 32 degrés le thermomètre qu'on lui introduit de suite dans l'estomac ou dans la poitrine. Placé pendant vingtquatre heures dans une température de 20 degrés au-dessous de zéro, il fait toujours monter le thermomètre de 26 à 27 degrés. Nous ne rappellerons pas les expériences nombreuses et intéressantes qui ont été faites par les auteurs les plus recommandables, et surtout par Tillet, Duhamel, Delaroque et Berger, soit pour chercher les degrés les plus extrêmes d'élévation ou d'abaissement de température que puisse supporter l'homme, soit pour chercher la cause présumable de cette résistance du corps à suivre le niveau de la température environnante. Elle est plus grande dans l'enfance, et surtout dans la jeunesse et l'âge mûr, que dans la vieillesse. Elle diminue pendant le sommeil, surtout chez les animaux hibernants. Toutes les causes débilitantes, telles que la faim, l'inanition, les évacuations excessives, la ligature et la compression des nerfs, la font aussi diminuer, tandis qu'elle augmente par l'action des causes excitantes, telles que les boissons alcooliques, la digestion, la course, l'exercice plus grand d'un organe, et une foule de causes d'irritation pathologiques. Les expériences de Hunter et d'Astley Cooperont prouvé que, dans l'inflammation de la peau, la température de cette tunique augmentait sensiblement. La plupart de ces causes n'agissent qu'en accélérant la circulation et en augmentant l'innervation.

Les animaux hibernants, tels que la chauve-souris, le loir, le hérisson, le lerot, le muscadin, la marmote ont une température de 36 à 38° centigrades : mais au moment de l'hibernation elle descend à 5 et même à 3 degrés. Ces animaux sont alors engourdis et ils respirent à peine.

Nous connaissons bien les causes qui, en la modifiant, nous prouvent que la température de l'homme lui est propre, et se trouve indépendante des lois physiques qui régissent la distribution du calorique dans les corps inertes ; mais sa cause productrice ou déterminante est encore ignorée, malgré les recherches qui ont été faites à cet égard.

Les anciens avaient placé la calorification dans le cœur, et Hippocrate regardait les oreillettes comme deux soufflets qui activaient la combustion dans les ventricules , qui en étaient le foyer ; mais personne n'a vu ce foyer, et le sang en le traversant l'aurait eu bien vite éteint. Plus tard, durant le règne de la vieille chimie, Descartes, Van-Helmont, Sylvius, Vieussans, etc. , admirent dans le sang une ébullition, des ferments et de l'effervescence que le temps a jugés. Vint ensuite l'époque mécanique de Douglas et Boerhaave, qui l'attribuèrent au frottement des molécules sanguines entre elles et avec les parois vasculaires. L'opinion qui a réuni le plus de suffrages et qui compte encore aujourd'hui un grand nombre de partisans, est celle qui place dans les poumons le siège de la calorification. La respiration exerce, en effet , une grande influence sur la chaleur animale . puisqu'on a

observe qu'elle était, en général, relative à la grandeur , à la capacilé el à l'action des poumons, à la nature et à la quantité de l'air inspiré. Aussi les chimistes de la dernière époque s'efforcèrent-ils, avec. Lavoisier, Laplace, Fourcroy, etc., d'adopter la combustion qu'ils disaient s'y opérer , ou simplement avec Mayow , la solidification de l'oxygène. La fausseté de ces théories est assez évidente. Une combustion clans un lieu rempli de liquides n'est pas possible. Cette combustion devrait échauffer et bientôt griller les poumons: et, à l'autopsie, il n'y a rien qui paraisse avoir été altéré parla chaleur ; de plus, un thermomètre, plongé dans la poitrine d'un animal vivant, ne s'élève pas plus haut qu'ailleurs. Enfin, s'il y a solidification d'oxygène, il y a gazéification d'acide carbonique et évaporation d'humeur perspiratoire, ce qui établit une compensation. Comment, enfin, aurait lieu la chaleur vive qui existe chez les malades atteints de phthisie pulmonaire ou de péripneumonie , et qui ont les poumons détruits ou obstrués presque en entier ? Comment encore le fœtus, qui ne respire pas, pourrait-il présenter une température plus élevée que celle de la mère ?

Plusieurs physiologistes , cependant , admettent encore l'oxygénation du sang comme cause de la chaleur animale. Rappelons toutefois que le célèbre Davy a avoué à Lordat et à Anglada qu'après avoir travaillé deux ans à la recherche de la cause de ce phénomène , « il était arrivé à reconnaître que l'oxygénation du sang était une pure et gratuite hypothèse dont il était impossible de fournir la moindre preuve, que ce phénomène ne dépendait d'aucune loi physique ou chimique , mais qu'il démontrait l'intervention active de la vitalité. »

Quelques physiologistes ont cherché dans le sang et dans la circulation la cause et le véhicule de la chaleur ; mais comment cela pourrait-il être, lorsque dans une fièvre consomptive, quoique le cœur envoie à peine quelques gouttes de sang à chaque organe , la chaleur n'en est pas moins beaucoup augmentée ; tandis que dans une fièvre algide ou dans la période de froid d'une pyrexie intermittente, quoique le sang soit très -abondant, cela n'empêche pas la température de diminuer momentanément ?

Les efforts de MM. Chossat et Brodie pour en placer l'origine, l'un dans la moelle spirale, l'autre dans le système nerveux ganglionnaire, ne peuvent convaincre personne ; car la section d'un nerf cérébral et la paralysie diminuent la chaleur, mais ne réteignent pas. D'un autre coté, le système nerveux ganglionnaire allant en augmentant de proportion à mesure qu'on l'examine dans des classes plus inférieures jusqu'aux végétaux, devrait produire une élévation de température d'autant plus grande, que sa proportion est plus grande aussi, au lieu de la diminution progressive qui caractérise ces classes inférieures. Une expérience récente dans laquelle l'excision d'une portion cervicale du trisplanchnique, aurait causé un abaissement considérable de la température, a eu beaucoup de retentissement et a même été l'objet d'une distinction honorable de la part de l'Institut. Nous repoussons les conséquences anticipées qu'on a voulu en tirer. Il y a là quelque chose

qui ne nous permet pas de les admettre, et qui a induit en erreur les expérimentateurs sur le fait lui-même ou dans son interprétation. •

Dans ces derniers temps, on a cherché la cause de cette fonction dans la nutrition elle-même, et l'on s'est beaucoup étayé de ce que Bichat, Josse, etc., avaient pensé que la solidification du sang, pour former les organes, devait dégager une grande quantité de calorique ; mais cette raison est tout à fait illusoire, car si dans la nutrition il y a solidification des liquides, il y a aussi liquéfaction des solides pour l'élimination correspondante à l'assimilation, et l'équilibre se trouve rétabli. Comment, en outre, avec cette théorie, pourraiton expliquer la chaleur si vive qui accompagne les fièvres hectiques ou autres, pendant lesquelles il n'y a que le mouvement de décomposition? Comment encore, pendant un accès de fièvre algide, la température éprouverait-elle une diminution aussi grande, quoique la nutrition ne souffrît pas? Pourquoi, enfin, la nutrition qui s'opère dans les classes inférieures aussi bien que dans les autres, n'y développe-t-elle pas une chaleur aussi grande? Parlerons-nous de la récente introduction des courants calorifères dans notre économie? Il ne manque à cette opinion, pour être vraie, que l'existence et la démonstration de ces courants. Ainsi, nous sommes forcé de revenir à ce que nous avons dit en commençant, que la chaleur animale est une condition de la vie, par conséquent une propriété vitale, puisqu'elle ne s'éteint qu'avec la vie. Nous reprenons notre sujet.

Chaque partie, chaque fibre, chaque tissu, chaque système, chaque organe, chaque appareil exercent un ou plusieurs actes , une ou plusieurs fonctions. Les actes sont le plus souvent simples et spéciaux. Souvent aussi ils sont complexes et multiples, et le même tissu en exécute plusieurs, parce qu'il est lui-même composé de plusieurs tissus créateurs, qui exercent chacun les actes spéciaux qui sont de leur ressort. Ainsi un nerf est piqué, il en reçoit l'impression et il la transmet, voilà un acte simple. Ainsi les téguments reçoivent des sensations des corps ambiants et de leurs qualités différentes, ils rougissent ou ils pâlissent, ils absorbent les liquides qui sont mis en rapport avec eux, ils déposent à leur surface un liquide perspiratoire, la sueur et la matière sébacée ; voilà des actes multiples pour#un seul tissu, parce qu'il y a dans sa composition plusieurs autres tissus élémentaires, dont chacun exécute son action. Quelques-uns de ces actes constituent seuls une fonction, c'est lorsqu'ils sont le résultat d'un tissu qui n'en exécute pas d'autres, comme la sensation, qui est l'action spéciale et unique du nerf. La fonction, dont l'étymologie veut dire s'acquitter, n'est pas toujours aussi simple. Le plus souvent elle exige le concours ou la coopération de plusieurs actes : c'est même le plus grand nombre. Quelquefois aussi elle se compose de la réunion de plusieurs fonctions pour se compléter. Ainsi la digestion appelle à son aide plusieurs sécrétions, la contraction de plusieurs muscles ■ de la vie cérébrale, la sensation du goût et de la faim, les mouvements successifs de l'œsophage, de l'estomac et des intestins, l'absorption du fluide vivifiant et réparateur connu sous le nom de chyle, et même, selon quelques

auteurs, la respiration et la sécrétion et excrétion urinaire. On voit que le nombre des fonctions n'a pas toujours dû être bien limité.

Une première observation se présente. Que la fonction soit un acte simple ou une série d'actes concourant au même but , elle a lieu tantôt sous la forme d'un acte vastement étendu, occupant toutes ou presque toutes les régions de l'économie et s'exécutant sans organe spécial et limité , telles sont l'absorption, l'exhalation et la nutrition; tantôt sous la forme d'un ou de plusieurs actes exécutés par des organes bien déterminés , bien circonscrits. Nous verrons plus loin de quelle importance est cette distinction, puisque plusieurs physiologistes ont essayé de rayer du nombre des fonctions l'absorption et la nutrition, parce qu'elles ne paraissaient pas avoir un organe spécial pour les exécuter. Cette dénégation ne nous paraîtrait pas sérieuse, si elle ne comptait pas des partisans du plus grand mérite.

Dans l'étude d'une fonction, nous trouverons toujours à examiner: 1° l'organe qui en est l'agent; 2° la cause excitante qui détermine l'organe à agir; 3° l'opération par laquelle le phénomène est produit; 4° l'influence nerveuse sous laquelle il s'exécute ; 5° la cause finale ou le but de la fonction. Ainsi un organe se manifeste par ses actes : supprimez-le, ses fonctions sont anéanties. Où il n'y a pas d'organe, il ne peut y avoir de fonction. La fonction indique l'organe, comme l'organe est l'instrument de la fonction. L'un ne peut pas exister sans l'autre : ils sont deux conditions indispensables. De telle sorte qu'où l'organe manque, la fonction manque nécessairement, et où la fonction manque, l'organe manque aussi. Cela est si vrai que dans les larves de certains insectes, lorsque pendant leurs métamorphoses un sens disparaît, son nerf disparaît avec lui. Ainsi dans les larves de l'orycte nasicorne, de la lucane cerf-volant, des capricornes, des scarabées, etc., l'œil disparaît, et avec lui le gros nerf optique de l'insecte parfait. Ce fait est de la plus haute importance. Il conduit à bien des vérités.

Nous avons vu que la nature faisait concourir plusieurs fonctions à la même fonction. Nous devons dire aussi que bien des fois elle fait servir un seul organe à plusieurs fonctions. Ainsi le poumon sert à la fois à la respiration et à la phonation. Le sang porte également l'incitation et les matériaux de la nutrition et des sécrétions, le pénis sert à l'émission des urines et à la copulation, etc. Toutefois nous nous abstiendrons de ces tours de force, dans lesquels on veut voir des transformations de fonctions les unes dans les autres, ou des identités, où la nature n'en a point établi ; telles sont les transformations des téguments en membranes muqueuses , et de celles-ci en appareils glandulaires , etc. La science ne peut rien y gagner, et, pour nous, une fonction ne peut être que ce que la nature l'a faite. Au milieu de cet ensemble d'actes et de fonctions, chaque tissu, chaque organe conserve ses attributions, et jamais il n'acquiert celles d'un autre, ni il ne lui cède les siennes. La digestion ne s'opère jamais ailleurs que dans le tube digestif, le foie ne sécrète jamais que la bile, le rein ne fournit que l'urine, les testicules le sperme, etc. Les yeux seuls sont condamnés à voir

et les oreilles à entendre. Tous les faits de transposition des sens et de sécrétions déplacées sont erronés et mal observés.

De tout temps on a senti le besoin d'une classification méthodique dans l'exposition des fonctions, et l'on a cherché à les distribuer dans un ordre qui en rendît l'étude plus facile, en montrant leur analogie, leur enchaînement et leurs dépendances. Cette question présente de grandes difficultés, à cause du concours simultané de toutes les fonctions à un même but et de l'influence réciproque qu'elles exercent les unes sur les autres. Ainsi que le disait Hippocrate, elles forment un cercle non interrompu, dans lequel elles s'enchaînent toutes, de façon qu'il est impossible de dire quelle est la première et quelle est la dernière. Il n'y a pas de point de départ, tout est, en même temps, commencement et fin. Aussi, plusieurs physiologistes encore, à l'exemple de Haller, Burdach et Muller, semblent avoir repoussé toute espèce de classification, en commençant d'emblée l'étude des fonctions, sans avoir indiqué d'avance la raison qui les fait commencer par l'une plutôt que par l'autre. Cependant, on a essayé de les grouper d'après le but auquel on les a crues plus spécialement destinées. De là ces dénominations de fonctions vitales, naturelles, animales, génitales, etc., que Galien avait établies, et que nous voyons encore reproduites aujourd'hui, parce qu'elles paraissent plus philosophiques, parce qu'elles paraissent mieux dominer les fonctions en dehors de l'organisme. Ces divisions n'ayant jamais satisfait, non plus que l'étude topographique des fonctions, on en a toujours cherché de plus rationnelles. Déjà Aristote avait entrevu la distinction des fonctions en internes et en externes. Il en naquit un peu d'embarras, ce qui la fit d'abord attaquer, puis modifier, et enfin rejeter par quelques physiologistes. Cependant Broussais l'a conservée, nous la retrouvons aussi dans la physiologie de Martini, dans celle de Tiedemann et dans le tableau de physiologie comparée de Jourdan, Muller la conserve aussi, et s'il paraît l'attaquer, c'est qu'il n'a pas su distinguer ce qui appartient à une fonction générale de ce qui appartient aux fonctions spéciales, et qu'il n'a voulu admettre d'autre sensation que «elle qui était perçue par le cerveau. Burdach rapporte tous les actes physiologiques à la vie végétative et à la vie animale. On les trouve toujours ainsi partagés, malgré la confusion qui règne dans son admirable ouvrage. M. Bérard vient de la reproduire intacte dans son traité remarquable de physiologie, ainsi que M. Dépierris venait de le faire dans son traité de physiologie générale. Il est vrai que ce dernier en change les dénominations. Les trois vies sont trois centres : la vie animale est le centre rationnel, la vie organique est le centre digestif, et la vie de l'espèce est le centre génital. Les difficultés n'en existent pas moins. BufTon, Pouteau, et surtout Grimaud, s'emparèrent de cette idée et lui donnèrent quelques développements de plus. De Sèse la conserva aussi dans son travail étonnant sur la sensibilité. Chiaverini ne changea que les noms de vie organique en vie automatique, el de vie animale en vie sensitive, Bichat la saisit en maître: il la développa

INTRODUCTION. î)()

et la présenta dans un jour si lucide, qu'elle fut adoptée presque sans réclamation par tous les physiologistes.

Il établit deux classes de fonctions, selon qu'elles appartenaient à l'individu ou à l'espèce. Il divisa celles de l'individu en fonctions animales ou de relation et en fonctions organiques ou de nutrition. Les premières sont sous la dépendance du cerveau, elles appartiennent exclusivement aux animaux. Les secondes sont communes à tous les êtres organisés : ce sont elles qui président à leur nutrition, à leur accroissement, à leurs sécrétions.

Les fonctions de l'espèce ont pour but la génération et, par elles, la conservation de l'espèce qui se perpétue et s'éternise ainsi.

Mais, dans cette classification si séduisante, en groupant les fonctions qui lui paraissaient concourir à un but commun, Bichat a négligé le lien qui les unit, ou l'organe moteur sous l'influence duquel elles s'exercent. Aussi la classification que nous avons adoptée, tout en se rapprochant beaucoup de celle de Bichat, s'en éloigne sous le rapport de cette influence nerveuse. Déjà plus haut nous avons indiqué les bases sur lesquelles elle était fondée; en faisant connaître à quel ordre de fonctions chaque système nerveux présidait isolément et en commun. C'est en effet sur cette action indépendante et concomitante des deux systèmes nerveux, que nous établissons notre classification. Ainsi, nous admettons trois classes de fonctions : 1° fonctions s'exerçant sous l'influence du système nerveux ganglionnaire ; 2° fonctions s'exerçant sous l'influence du système nerveux cérébral ; 3° fonctions s'exerçant sous l'influence combinée des deux systèmes.

A la première classe appartiennent les fonctions communes à tous les êtres organisés. Sous ce rapport, elles mériteraient la dénomination de fonctions organiques , que leur avait donnée Bichat : ce sont l'innervation ganglionnaire, l'absorption, le cours de la lymphe, la circulation sanguine, la nutrition et les sécrétions. Ces fonctions commencent avec la vie et ne finissent qu'avec elle. Aussi parfaites au commencement qu'à la fin, elles n'ont pas besoin d'éducation , elles ne sont pas susceptibles de perfectionnement j elles s'exercent toutes sous l'influence directe et exclusive du système nerveux ganglionnaire. Peut-être eussions-nous dû les désigner sous le nom de fonctions ganglionnaires ou de la vie ganglionnaire. Cette dénomination n'eût pas présenté les inconvénients de la plupart des autres : l'exhalation cutanée, par exemple, n'est pas une fonction aussi intérieure que le sens du goût ou de l'odorat ; elle n'est pas non plus une fonction nutritive. Le sang qui arrive aux organes de cette classe y fournit à la fois à la nutrition et aux sécrétions.

Dans la seconde classe sont comprises toutes les fonctions qui appartiennent aux animaux, qui servent à les caractériser, et qui les distinguent des végétaux. Elles correspondent aux fonctions animales de Bichat ou relatives de quelques autres auteurs : ce sont l'innervation cérébrale, les sensations externes, les fonctions intellectuelles, la locomotion, la voix et la parole. Le système nerveux cérébral préside à toutes ces fonctions ; elles s'exécutent

par lui et pour lui ; elles sont véritablement des fonctions cérébrales ou de la vie cérébrale ; elles n'entrent en exercice qu'après la naissance. D'abord imparfaites, elles ont besoin d'éducation pour arriver au degré de perfectionnement dont elles sont susceptibles. Le sang qui est apporté aux organes de cette classe ne sert qu'à leur nutrition et à leur incitation organique : il ne fournit à aucun autre produit dépendant de leurs fonctions. Il y a donc plus de simplicité, plus d'indépendance dans les appareils de cette classe.

Enfin, dans la troisième classe, nous ferons entrer les fonctions que nous avons vu s'ajouter à l'animal, à cause de sa destinée locomotive, et pour remplacer les appareils analogues des végétaux. Ce sont la digestion, la respiration, la génération et l'excrétion urinaire. Nous les appellerons fonctions mixtes, parce qu'elles ne peuvent s'exécuter que sous l'influence combinée des deux systèmes nerveux. La suppression de l'influence de l'un des deux les trouble et les arrête. Les deux premières et la dernière ne commencent que lorsque l'animal cesse de trouver dans le sol auquel il tient avant sa naissance, les matériaux de la nutrition, et la troisième beaucoup plus tard, lorsque l'accroissement est terminé, et que le moment de la reproduction arrive.

Chaque fonction, quoique le résultat d'un organe ou d'un appareil d'organe particulier, ne peut pas s'isoler 5 elle concourt avec les autres à l'entretien de l'organisation entière. L'économie représente en quelque sorte une machine dans laquelle tout est lié par un but commun, et à laquelle chaque fonction particulière fournit son contingent d'action. Il existe donc entre elles une corrélation, une dépendance et une réciprocité d'action et d'influence, qui n'ont échappé à aucun physiologiste, et qu'Hippocrate avait si bien comprises. Il sera donc indispensable de faire de cet objet une étude toute spéciale, parce que, n'appartenant à aucune fonction en particulier, il ne peut trouver place dans la description d'aucune. Il formera un appendice sous le nom de considérations générales. Cette partie comprendra l'étude des rapports et des connexions des fonctions entre elles, les sympathies, l'habitude, l'influence des différents modificateurs sur l'économie et les fonctions, tels que l'âge, le sexe, les tempéraments, les climats, etc.

Cette classification nous paraît d'ailleurs la plus naturelle. Pour qu'une fonction ait lieu, il faut que l'organe vive. Il fallait donc commencer par démontrer l'action de l'organe de la vie, du système nerveux, et d'abord du système nerveux ganglionnaire, puisque nous commencions par les fonctions communes à tous les êtres organisés. Par l'absorption, les matériaux sont introduits dans l'économie ; par la circulation, ils sont ensuite transportés à tous les organes ; ceux-ci s'en approprient une partie pour s'en nourrir, et quelques-uns y puisent des matériaux qu'ils transforment, par la sécrétion, en de nouvelles substances qui sont rejetées comme inutiles, ou qui vont concourir à d'autres fonctions. Il en est de même pour les fonctions du deuxième ordre. Nous étudions d'abord les fonctions nerveuses cérébrales en

général ; nous examinons ensuite les sensations spéciales qui reçoivent les impressions des corps extérieurs et les transmettent à l'encéphale, qui les juge et les transforme en pensées, en idées, etc. , et qui réagit ensuite par les organes de manifestation, la locomotion et la parole. Viennent enfin les fonctions de la troisième classe, dont il est facile de comprendre la dépendance et l'enchaînement.

Pour en mieux faire sentir l'ensemble et l'utilité, nous avons dressé le tableau suivant, dans lequel on verra d'un coup d'œil l'ordre dans lequel les fonctions se succèdent.

Classification méthodique des fonctions.

lre classe. Fonctions

de la vie ganglionnaire , communes à tous les êtres ] "• Absorption organisés et s'exerçant/ III. Cours delà lymphe, sous l'influence du sys-]IV circulation, terne nerveux ganglionnaire seul.

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