‹ Physiologie élémentaire de l'hommeChapitre 8 sur 41 · PREMIERE CLASSE · texte numérisé non relu

PREMIERE CLASSE

ARTICLE Ier. — INNERVATION OU FONCTIONS DU SYSTEME NERVEUX GANGLIONNAIRE.

Les fonctions etl'influence du système nerveux ganglionnaire n'ont été bien appréciées que dans ces derniers temps. On ne s'en étonnera pas si l'on tient compte de la situation profonde de cet appareil , qui le soustrait dans presque toute son étendue à l'action de nos instruments. Dans quelques points seulement on peut arriver jusqu'à lui , et là il ne se rend à aucun organe important. La manière dont ce nerf pénètre dans nos tissus lui fait aussi éluder la plupart des tentatives qu'on peut faire sur lui. Ce n'est point un nerf, un cordon, ce sont des milliers de nerfs et de cordons qui y arrivent à la fois et les pénètrent presque de tous les côtés : de sorte que, pour intercepter la communication d'un organe important avec le système ganglionnaire, il faut presque détacher en entier cet organe et le priver des matériaux de la nutrition, puisqu'il est indispensable de faire aussi la section des vaisseaux , leurs tuniques étant parcourues d'un grand nombre de filets nerveux. Willis, Winslow, Zinn, Johnstone, Haase, Haller, Whytt, Lanhossek, Wendeveyer, Reil, Meckel. etc., ont successivement émis sur les fonctions du trisplanchnique des opinions plus ou moins vraisemblables. Scarpa , Chaussier, Bichat, Gall et MM. Ribes, Broussais, Lobstein, Blandin, Muller, Longet et Bernard ont beaucoup ajouté aux connaissances acquises \ mais ils sont loin d'avoir dissipé l'obscurité qui enveloppe encore les fonctions de ce système. Les résultats que nous avons obtenus d'une foule d'expériences tentées dans le but d'arriver à des notions plus satisfaisantes, ne nous permettent plus de regarder ses fonctions comme encore inconnues. Nous avons développé les actes de ce système, avec une précision aussi rigoureuse que cela ait pu être fait pour aucun autre organe. Il est vrai qu'en cela l'analogie et l'anatomie

pathologique nous ont été d'un secours bien grand ; mais qu'importe de quelque part que la vérité vienne, pourvu qu'elle nous arrive?

Nous avons la satisfaction de voir que Virey, MM. Valentin, Médici, etc., partagent notre manière de voir sur les points essentiels et fondamentaux. M. Castel a eu raison de reprocher à M. Bourgery une contradiction dans cette phrase : « Les actes du système nerveux s'exercent sans que nous en ayons la conscience. Cependant le grand sympathique transmet au cerveau ses besoins par les désirs et les appétits.» Mais bientôt il se met lui-même en contradiction flagrante, lorsque (p. 30) il amalgame tellement les deux systèmes nerveux, qu'il finit par faire disparaître le ganglionnaire chez les animaux à sang blanc, et par mettre la sécrétion des glandes sous la puissance des nerfs cérébraux, parce qu'elles en reçoivent quelques filets. Le plaisir de tout critiquer l'a entraîné dans un vague inconcevable jusqu'au point de dire (p. 41) : « L'influence du grand nerf sympathique est aussi étrangère à la vie du fœtus que celle des nerfs cérébraux. Cette vie est purement végétative dans la matrice. »Tiedemann a fait tous ses efforts pour combattre l'isolement du nerf sympathique. Puis , par une confusion étrange, il lui attribue une foule d'actes qui en sont indépendants ; telles sont : la sécrétion des larmes par l'impression d'une vive lumière qui agirait sur les nerfs ganglionnaires , qui , du ganglion ophtalmique , se rendent à la rétine et se transmettraient à la glande ; l'occlusion des paupières par l'impression d'une vive lumière qui également agirait sur les nerfs ganglionnaires et se transmettrait aux nerfs cérébraux ; la cécité par des coliques violentes qui agissent sur les nerfs ganglionnaires abdominaux, et consécutivement sur les nerfs optiques. Muller a fait de même. Après une critique assez amère de la distinction des deux systèmes nerveux , il tombe dans une contradiction formelle. Il a dit : 1° Les parties sensibles auxquelles se rend le nerf grand sympathique sont indépendantes , jusqu'à un certain point , du cerveau et de la moelle ; 2° les organes centraux du système nerveux exercent une influence active sur le grand sympathique et sa puissance motrice. Nous sommes heureux de voir que Longet embrasse notre opinion comme la seule vraie et la seule qui s'appuie d'arguments plausibles.

Le système nerveux ganglionnaire existe dans tous les êtres organisés , et il existe seul dans les végétaux. Plusieurs naturalistes en avaient nié l'existence chez les animaux inférieurs, en regardant la chaîne ganglionnaire comme un appareil cérébro-spinal. Cependant il a été trouvé chez certains mollusques par Cuvier , chez les crustacés par Audoin et Edwards, Della- Chiaze, Brandt ; chez les insectes par Swammerdam, Lyonnet, Cuvier, Brandt, Newport; chez les araignées par Dugès 5 chez les scorpions par Treviranus. Evrenberg en a même découvert des traces chez les infusoires et surtout chez les rotifères.

Ces nerfs appelés nerf récurrent par Swamerdam et Lyonnet, petit système nerveux surajouté par Weuport , nerfs de pharynx, nerfs intestinaux , nerfs stomato-gastriques, appareil abdominal par différents auteurs, sont liés par un ou plusieurs cordons du cerveau , descendent en se réunissant plusieurs

fois par des nœuds ganglionnaires , et se distribuent aux appareils de la vie organique, respiration, digestion, génération. C'est aujourd'hui l'opinion généralement adoptée, au moins par Cuvicr, Dugès, Milne Edwards , Savigny, Otto, Meckel, Walther, Treviranus, Rudolphi , Renak , Purkinje, Muller, Swan, Longet. Le premier pas est fait', le reste viendra; la vérité ne perd jamais à attendre. Plus elle a de peine à se faire jour, plus ensuite elle est solidement établie. J'ai conviction dans le succès, parce que, depuis trente-six ans que j'étudie la question, les objections m'ont toujours paru si faciles à combattre et à résoudre , qu'elles ont été pour moi une source de conviction plus grande. Cette confiance s'accroît par les expériences nouvelles de M. Marshall -Hall, qui vient de démontrer l'isolement et l'indépendance du système nerveux ganglionnaire, par les observations de Muller, de Ridder et de Walkmann , qui ont constaté que les fibres nerveuses qui appartiennent au grand sympathique sont, la plupart du temps, la moitié plus grêles que les autres, d'où Muller arrive à cet aveu que des fibres nerveuses tirent leur origine des ganglions et que ceux-ci sont évidemment un épanouissement de fibres qu'on peut suivre d'un bout à l'autre dans les ganglions cérébraux, tandis que les fibres sont perdues dans la masse grise des ganglions du grand sympathique , et que les parties morbides auxquelles se distribue le nerf sympathique sont indépendantes jusqu'à un certain point du cerveau et de la moelle épinière. L'existence commune de ce vaste appareil a dû faire soupçonner l'importance de ses fonctions. Il est l'organe de la vie végétative. Distribué partout, il transmet à toutes les parties, à toutes les fibres l'impulsion vitale qui leur est indispensable pour entrer en exercice. Sans lui il n'y a plus de vie, plus d'actions, plus de fonctions. Des expériences multipliées sur les végétaux ont prouvé qu'en le détruisant complètement, la vie s'éteignait. Toutes les fonctions du végétal s'exécutent donc sous l'influence du système nerveux ganglionnaire , la conséquence est rigoureuse. M. Leclerc (de Tours) vient de confirmer notre opinion par des expériences électriques très-curieuse sur la sensitive, mimosa pudica.

Or, partout où nous retrouverons les mêmes fonctions dans les autres êtres organisés, nous devrons en conclure qu'elles s'exécutent sous la même influence, conséquence non moins rigoureuse. Les végétaux se développent par nutrition. Cette fonction est la conséquence d'une absorption très-active; à leur surface ou dans leur intérieur, tantôt ils fournissent des produits nouveaux, tantôt ils rejettent des fluides superflus, et cela par une véritable sécrétion ; enfin les liquides absorbés n'arrivent à leur destination que par un mouvement de circulation. Nous ne parlons pas de la génération ; elle peut être regardée comme une sécrétion résultant d'un appareil plus compliqué, qui en dénote la haute importance. Ainsi nous retrouvons dans le règne végétal l'absorption, la circulation, la nutrition et les sécrétions, et nous savons qu'elles s'exécutent sous l'influence du système ganglionnaire. Par analogie nous avons conclu que dans les autres êtres vivants les mêmes fonctions devaient s'exécuter sous l'influence du même système nerveux. Les mêmes t. i. 5

causes produisent les mêmes effets, et les mêmes effets sont la conséquence des mêmes causes. Cette supposition cesse d'en être une et elle devient une vérité, lorsque nous voyons toutes ces fonctions continuer dans l'animal le plus parfait, après la destruction du système nerveux cérébral, lorsque, par conséquent, les organes ainsi isolés ne peuvent plus recevoir d'autre influence que celle du système nerveux ganglionnaire.

Selon la remarque de Muller, les fonctions cérébrales sont anéanties pendant le sommeil, tandis que les fonctions ganglionnaires s'exécutent avec la même énergie et la même précision : Animantur animalium omnes partes, a dit Hippocrate. Qu'une attaque d'apoplexie produise une hémiplégie complète, la moitié du corps n'a plus de vie cérébrale, elle ne reçoit plus l'influence du système nerveux cérébral. Il n'y a plus ni sensation ni contraction, elle est morte pour la conscience de l'individu. Et cependant elle continue à se nourrir ; on y voit ruisseler la sueur ; un vésicatoire, sans y causer de douleur, y fait développer la vésicule de sérosité -, qu'on ouvre la veine ou les capillaires, le sang coule abondamment. La section de la moelle épinière à une hauteur considérable éteint l'influence cérébrale dans les organes glandulaires, et cependant la bile et l'urine ne cessent pas d'être sécrétées. Or le système ganglionnaire seul étant resté intact, seul il a pu porter et entretenir dans ces organes l'excitation vitale qu'ils ne recevaient plus du système cérébral, et que Gaubius appelait déjà facilitas quasi sentienda. L'histoire des acéphales et des monstres hétéradelphes nous fournit de nouvelles preuves. Dans les acéphales et dans les anencéphales surtout , l'influence cérébrale ne peut pas se communiquer aux organes , puisque tout l'appareil central manque chez eux ; cependant ils ont vécu pendant leur séjour dans la matrice. L'absorption, la circulation, la nutrition et les sécrétions avaient lieu, puisque d'une part le fœtus s'est développé, et que d'autre part on a trouvé de la bile et de l'urine dans leurs réservoirs respectifs. Ces fonctions n'ont donc pu s'exécuter que sous l'influence du système nerveux ganglionnaire, puisque seul il existait. Dans certains cas d'amyencéphalie, Fauvel, Méry, Sue, ont vu la vie et la respiration continuer pendant deux et même sept heures après la naissance. Alors les nerfs respiratoires, animés par cet instinct qui fait respirer sans savoir ce qu'on fait, ont pu mettre en train cette fonction, et faire ainsi hématoser le sang. Peut-être même restait-il à l'origine de ces nerfs quelques portions de la substance cérébrale à laquelle ils sont liés anatomiquement et physiologiquement. Breschet et M. Lallemand ont vu alors les ganglions du cou plus volumineux, comme pour remplacer la moelle. « Voyez, dit Georget, les paisibles herbivores aux quatre estomacs, au foie volumineux, aux poumons et au cœur énormes, toute leur vie consiste à brouter l'herbe. Ils ont de même les nerfs sympathiques très-développés, ce qui prouve que ces nerfs président spécialement aux fonctions nutritives et pas à autre chose »

Le professeur Mayer, de Berlin, nous a donné l'observation détaillée d'un fœtus hétéradelphe, dans lequel le parasite ne contenait aucun rudiment de

l'appareil cérébro-spinal, mais un développement complet du système nerveux ganglionnaire. C'est donc sous l'influence de ce dernier système seul qu'il a pu prendre nourriture. Bien plus on a vu la mort, c'est-à-dire l'abolition complète du système cérébral, ne pas empêcher, pendant un certain temps, l'exercice de quelques fonctions. Les auteurs sont pleins d'observations de sueurs générales ou locales ; nous-même nous avons vu chez une jeune fille de vingt-deux ans qui avait succombé à une affection typhoïde, des gouttelettes de sueur se renouveler pendant plusieurs heures après la mort. Nous avons vu une hémorrhagie nasale très-abondante survenir cinq heures après la mort chez un homme de trente-sept ans qui avait été enlevé par une métastase rhumatismale sur l'encéphale. Ne voit-on pas tous les jours des hydropisies, des abcès, des engorgements œdémateux diminuer de volume pendant les premières heures qui suivent la mort? Ne voit-on pas encore alors disparaître des rougeurs érésypélateuses, et ne sait-on pas que la barbe et les poils grandissent souvent? Yœpfer, Peyer, Brunner, Stenon, Haller, etc., ont injecté de l'air dans l'oreillette droite, soit par la veine cave , soit par le canal thoracique, et ils ont excité les contractions du cœur pendant plusieurs heures après la mort de l'animal. Sénac a même vu renaître les battements du cœur, par l'insufflation de l'air dans le canal thoracique sur le cadavre d'un homme mort depuis deux heures. Dans tous ces cas, l'influence cérébrale ne peut plus avoir lieu, puisque la mort a frappé l'encéphale ; ces actes ne peuvent plus s'opérer que sous l'influence du système nerveux ganglionnaire, qui a prolongé sa vie.

D'après tous ces faits et tant d'autres analogues, il est évident que les fonctions du système nerveux ganglionnaire sont de porter aux organes absorbants, exhalants, circulatoires et sécréteurs, l'impulsion vitale qui leur est nécessaire pour l'exercice de leurs fonctions. Il est l'organe de la vie végétative, l'organe de la transmission du principe vital à tous les organes, parce que, n'eussent ils point d'autres fonctions, ils se nourrissent tous \ de cette manière il les tient tous sous sa dépendance. Pour mieux apprécier le mode d'action de ce système*sur les organes, nous rappellerons que les corps organisés sont essentiellement composés de liquides et de solides, et qu'ils ne vivent que par l'action^constante des uns sur les autres. Le liquide est transporté d'un point dans un autre pour y subir les changements auxquels il est destiné ; ce transport ne peut s'opérer que par l'action du solide. Il y a donc deux mouvements, celui du solide et celui du liquide. L'action du solide est active, c'est lui qui transporte ; l'action du liquide est passive, il est transporté. Lorsque le liquide arrive dans un point, il annonce sa présence par l'impression qu'il fait sur le tissu avec lequel il est en contact ; le solide reçoit la sensation et réagit pour communiquer au liquide une impulsion nouvelle , soit qu'il le fasse avancer plus loin , soit qu'il lui fasse subir des transformations. Ainsi, il y a d'abord sensation produite par le liquide et ensuite contraction du solide. Ces deux actes sont le dernier point auquel puisse remonter l'analyse physiologique. Sentir et se contracter consti

tuent donc les premiers actes de la vie. Ils sont tous les deux indépendants de l'encéphale. La sensation qui a lieu ne lui est point transmise, elle reste dans la partie. Elle constitue ce que Bichat appelait la sensibilité organique; mais elle n'en est pas moins une sensation puisqu'elle résulte d'une impression reçue par le système nerveux ganglionnaire, qui étant indépendant du cerveau, ne peut pas la lui transmettre. C'est la sensation ganglionnaire. Elle est la seule fonction que Scarpa ait reconnue dans ces nerfs, qu'il regardait comme uniquement sensitifs, attendu qu'il les faisait venir uniquement des racines rachidiennes postérieures ou sensitives. M. Bernard vient de lui reconnaître une influence négative sur la production de la chaleur. Car les parties auxquelles se distribuent les nerfs dont il a lait la section acquièrent un développement moins considérable de calorique. M. Budge vient de placer Yorigine du nerf sympathique dans la moelle épinière, parce qu'en piquant un point de celle-ci, il produisait la dilatation des deux pupiles, et que cette dilatation n'avait plus lieu lorsque le nerf sympathique était coupé, et seulement du côté où ce nerf était coupé lorsqu'il n'en coupait qu'un. Malheureusement , M. Budge n'a pas tenu compte du consensus qui lie toutes ces fonctions, de cette sympathie cérébro-ganglionnaire dont nous parlerons plus loin, et qui lui aurait expliqué ce phénomène. L'action des organes sur les liquides s'opère, soit par la contraction des capillaires, soit par la contraction des fibres ou lames qui se trouvent en rapport avec eux. C'est une action réelle, elle correspond à la contractilité organique de Bichat, ou automatique de Morgan, que Glisson le premier désigna sous le nom d'irritabilité . Pour être peu apparente elle n'en a pas moins lieu . C'est un acte et non une propriété. Or cet acte, indépendant de l'influence cérébrale, s'exécute sous l'influence du système nerveux ganglionnaire. Les belles recherches de M. Dutrochet sur l'endosmose et l'exosmose semblent au premier abord infirmer cette action contractile des tissus, puisqu'il a démontré que les fluides s'élevaient en vertu de lois spéciales indépendantes de la vie. Mais cette ascension, et le passage même des liquides à travers d'autres liquides, au lieu de détruire notre opinion, ne* fait que la confirmer. Dans cette double propriété, si habilement démontrée, les corps organisés absorbent et font circuler tous les liquides indifféremment. Il suffit qu'ils soient présentés aux pores ouverts, pour obtenir leur passage, tandis que dans les corps vivants et en activité de fonctions, les liquides ne sont pas admis indistinctement. Les pores s'ouvrent aux uns, se ferment aux autres, ou bien ils n'en prennent que tel ou tel principe constituant. Il y a donc ici plus qu'une admission indistincte ou de propriété. Les pores sont avertis de la présence du liquide et de ses propriétés, et, d'après cette sensation, il est absorbé ou repoussé, ou pris en partie. Il y a donc sensation perçue localement et réaction active du tissu. Par l'endosmose le liquide arrive au lieu de sa destination tel qu'il a été absorbé, à moins qu'il ne s'opère un mélange chimique en route ; mais jamais elle ne produit de sécrétion, de nutrition, de transformation, ni de création de nouveaux principes. Placez dans un

INNERVATION. fiî)

verre d'eau deux morceaux de saule de même calibre et de même longueur, l'un frappé de mort, l'autre dans toute la vigueur de la végétation. L'endosmose aura lieu dans le premier ; mais le liquide arrivera au sommet tel qu'il a été introduit, sans se combiner avec lui, sans le faire croître, sans lui faire pousser de nouvelles branches. Dans le second, au contraire, l'eau absorbée ne se borne pas à s'élever dans le tissu ligneux, elle s'y combine, elle le fait grandir et lui fait pousser des branches ; ce n'est plus l'eau que l'on retrouve, ce sont de nouveaux produits. Pourquoi cela? parce que l'endosmose est une opération mécanique et rien de plus. Il lui manque la vie ; il lui manque l'incitation nerveuse qui en fait une fonction en portant à la partie la sensation et la contraction 5 il lui manque, en un mot, l'influence du système nerveux ganglionnaire.

Le rôle que joue ce système nerveux est donc immense, puisqu'il préside à une classe entière de fonctions. Nous avons vu qu'il y participait en portant dans les organes l'incitation qui y développe la sensation ganglionnaire et la contraction fibrillaire. Telle est la fonction envisagée d'une manière générale ; mais si nous l'étudions dans chaque organe et dans chaque tissu, que de variétés et de nuances elle nous présentera ! Partout nous retrouverons sensation et contraction ; mais ici cette sensation mettra la fibre en harmonie avec tel ou tel principe et la fera réagir sur lui pour se l'approprier et la transformer en sa propre substance, en corps ligneux, en os, en cartilage, en cerveau, selon son organisation; ailleurs, elle lui fera donner naissance à un nouveau produit qui sera de la graisse, de la moelle, de la bile, etc. Pour chacune de ces transformations et de ces modifications de transformation, il faut nécessairement une modification de la sensation et de la contraction ganglionnaires. Sans ces modifications, les tissus seraient tous les mêmes, ou plutôt il n'y aurait qu'un tissu et qu'un fluide. Cela est si vrai que lorsque l'état normal d'une partie vivante vient à changer par une cause morbide quelconque, les produits changent aussi-, la nutrition de l'organe est altérée et les liquides qu'il fournit ne sont plus les mêmes. Le caractère de l'urine ne change si souvent pendant le cours d'une maladie, que parce qu'à chaque instant la sensation ganglionnaire du rein modifiée met cet organe en harmonie avec des molécules différentes, et détermine un travail sans cesse modifié, de manière à en rendre le résultat tout aussi variable.

Ce sont de pareilles considérations qui avaient porté Reil et surtout Bordeu à supposer à chaque organe une vie propre et indépendante, un instinct individuel qui le met en relation avec une substance ou avec un stimulus plutôt qu'avec un autre, et dont Bichat a développé les modifications avec la supériorité du génie.

Les fonctions du système nerveux ganglionnaire sont connues, nous allons essayer d'en préciser les agents. En d'autres termes, nous allons examiner le rôle des ganglions et le rôle des filets nerveux qui en émanent ou qui établissent des communications.

La plupart des anatomistes et des physiologistes, entre autres Winslow, Winters, Johnston, Unzer, Lecat, Pfeffingen, Prochaska, Bichat, Sœmmering, Broussais , Valentin, Lobstein, Virey, Swan, Medici, etc. , ont regardé le système nerveux ganglionnaire comme indépendant du cerveau. Ils ont pensé que chaque ganglion était un petit cerveau composé de filets nerveux et d'une substance grise propre, espèce de gangue, au sein de laquelle semblent se fondre les filaments nerveux , et que de ce centre émane l'influence qui, par les filets nerveux, va se communiquer à tous les organes. Nous ne pouvons donc plus admettre avec Willis qu'ils servent de diverticulum aux esprits animaux , ni avec Vieussens, qu'ils contiennent un principe fermentiscible qui préside à la contraction de la fibre musculaire , ni avec Johnston , Lancisi , qu'ils sont des espèces de cœurs placés sur le trajet du fluide nerveux pour lui imprimer une impulsion nouvelle et accélérer ses mouvements , ni avec Scarpa, Zinn , Mekel , qu'ils ne sont que des organes de division à l'infini de la fibre nerveuse , ni avec beaucoup de modernes , Gall , Legallois, Berutti, etc., qu'ils arrêtent seulement l'influence de la volonté et le passage de la sensation , ni avec Muller , qu'ils reçoivent l'influx nerveux cérébral, et qu'ils le conservent un certain temps pour l'écouler à mesure. Ce physiologiste admet en outre que les impressions reçues par les nerfs ganglionnaires , se réfléchissent sur la moelle épinière et le cerveau , puis , de là , sur l'activité motrice et même sur les sécrétions augmentées du nerl lymphatique , mais à un degré moindre , et il nie le pouvoir réflexe des ganglions eux-mêmes , et la faculté d'arrêter la transmission et de la volonté et de la sensation. Cependant il convient que leurs impressions sensitives n'arrivent pas à la conscience , mais qu'elles s'évanouissent dans la moelle épinière. Mais la vérité se fait enfin jour , et Muller nous dit : Les ganglions paraissent être les parties centrales d'où l'influence végétative s'écoule vers les diverses parties. Cette influence irradiante paraît être indépendante du cerveau et de la moelle épinière. La cause première des mouvements involontaires n'est ni dans le cerveau, ni dans la moelle épinière , mais dans le nerf grand sympathique. Après de pareils aveux , on est tout étonné de voir ce profond physiologiste se contredire souvent. Cet isolement de chaque ganglion est si vrai , que Pommer a pu couper le nerf communiquant d'un ganglion à l'autre sans qu'il s'ensuivît aucune conséquence remarquable. D'ailleurs, cette opinion est aujourd'hui celle de la plupart des physiologistes, et nos expériences l'ont rendue indubitable. Lorsque dans un végétal un ganglion a été complètement détruit , on voit mourir les parties auxquelles vont se distribuer les prolongements médullaires qui en partent. Une branche de plante noueuse, de sureau par exemple, mise enterre, prendra facilement racine , si elle conserve une nodosité du ganglion ; mais si elle n'en a point , quelque longue qu'elle soit , elle meurt au lieu de former un nouvel être. Lorsque le cultivateur plante ses pommes de terre, il a bien soin de conserver un œil à chaque morceau , parce qu'il sait que les mor-

eeaux qui en sont privés ne reproduisent rien. Or , cet œil n'est autre chose qu'un ganglion.

Quoique sur les animaux la position et la distribution du système nerveux ganglionnaire rendent beaucoup plus difficiles et presque impossibles les expériences qu'on pourrait tenter, nous sommes cependant parvenus à obtenir des résultats analogues. Ainsi , l'action du cœur a été paralysée par la destruction des ganglions cardiaques ; l'urine n'a plus été sécrétée après la section complète de tous les filets du plexus rénal ; l'iris ne s'est plus contracté, lorsqu'il a cessé de communiquer avec le ganglion ophtalmique. Cependant ces organes conservaient les filets nerveux qui s'y distribuaient auparavant ; mais la communication ayec le foyer qui envoie l'influence vitale était détruite. Il ne pouvait , par conséquent, plus y avoir d'incitation dans la partie, et ses fonctions devaient être annulées. En reconnaissant ainsi que les ganglions sont les centres ou foyers qui envoient aux organes l'incitation vitale , c'est avoir prouvé que cette incitation ne peut être transmise qu'au moyen de cordons nerveux qui en partent. Ceux-ci ne sont donc que des agents de transmission. Ils établissent entre les ganglions et les organes la communication qui est nécessaire à l'exercice libre et entier de leurs fonctions. Cette communication ne se fait pas seulement du ganglion à l'organe , elle se fait aussi de l'organe au ganglion , ainsi que l'expérience l'a démontré , et c'est toujours le cordon nerveux qui est l'agent de cette réciprocité d'influence en transmettant au ganglion les impressions qu'il a reçues dans l'organe.

Cette disposition gangliforme, qui fut tant contestée, est aujourd'hui bien constatée, puisque entre autres anatomistes, Valentin , M. Longet y ont trouvé une substance grise. De cette manière, il y a un mouvement centripète et un mouvement centrifuge : ce qui nous force à penser qu'il doit y avoir des nerfs centripètes ou convergents , et des nerfs centrifuges ou divergents. Les premiers apportent les impressions à la substance grise du ganglion , les seconds en emportent l'influence d'excitation vitale organique -> et , pour le cœur, l'influence de l'action motrice, ainsi que l'ont démontré les expériences galvaniques de Fowler, Ludwig , Webster, Crevé , de Humboldt, Burdach , Longet , et les nôtres principalement , et les expériences narcotiques de Henry et de Muller. Nous limitons au cœur cette influence motrice , bien que Muller , Marshall-Hall, et M. Longet l'aient étendue aux intestins , parce qu'en laissant reposer un lapin après en avoir ouvert l'abdomen, et en appliquant un morceau de potasse caustique sur les ganglions solaires , on voit , au bout de quelques minutes , les mouvements péristaltiques du canal intestinal reprendre toute leur vivacité. Cette expérience ne réussit pas toujours , car M. Longet l'a vue échouer le plus souvent lorsque l'intestin était vide , surtout avec le galvanisme. D'ailleurs, nous avons démontré l'influence motrice du pneumogastrique sur la partie supérieure du canal intestinal , et celle de la partie inférieure de la moelle épinière sur le gros intestin : ce que M. Longet a reconnu lui-même. Quelques expériences et quelques faits pathologiques nous ont démontre également l'influence des parties plus su-

périeures de lamoelle sur la partie intermédiaire de ce long canal. Wolkmann aussi a vu l'irritation de l'intestin ne causer que des contractions partielles et locales lorsque la moelle épinière était détruite -, tandis que les contractions s'étendaient à tout l'intestin, lorsqu'elle était intacte. M. Longet a obtenu le même résultat , et il en conclut l'intervention nécessaire de la moelle épinière pour ces contractions. On est étonné de voir ensuite cet habile physiologiste flotter encore indécis, et chercher avec Muller, Prochaska , Grainger et Clark une cause de ce phénomène dans un pouvoir réflexe que ces trois derniers refusent aux ganglions pour les placer dans la moelle et qui est , selon nous, leur véritable attribution.

Cette portion centrale du tube digestif ne pourrait-elle pas conserver un mélange des deux influences nerveuses, comme pour servir de passage , dans les êtres élevés , entre les actes bien francs du système nerveux ganglionnaire et ceux du système nerveux cérébral? Disons encore que Muller a placé cette cause première des mouvements involontaires non dans le cerveau et la moelle épinière , mais dans le nerf grand sympathique , bien qu'il se soit contredit un peu plus loin. En général, les mouvements qu'il communique au cœur sont péristaltiques ou alternatifs, et non continus. On peut étendre cette considération aux mouvements des conduits excréteurs de la bile , de l'urine , etc. Les dernières expériences de M. Julius Budge , et Auguste Walter ont démontré que l'excitation galvanique du ganglion cervical supérieur occasionnait la contraction de la pupile, d'où ils ont tort de conclure que l'influence ganglionnaire remonte en sens inverse de l'influence cérébrale, car dans bien d'autres endroits, elle descend aussi. Ils se sont aussi un peu trop aventurés, lorsqu'ils ont voulu préciser le point de lamoelle épinière d'où venait le grand nerf sympathique, en appelant ce point région cilio-spinale . Les phénomènes obtenus parles expériences sur la partie supérieure du trisplanchnique sont si nombreuses, si disparates , ils ressemblent si bien aux elfets purs obtenus de l'administration du médicament pur , de la matière médicale pure d'Hahnemann , que nous n'osons pas les transcrire. Ainsi nous devons reconnaître, comme dans l'appareil cérébro-spinal, deux ordres de nerfs , les uns sensitifs et les autres moteurs. Quoi qu'il en soit , chaque filet nerveux sorti d'un ganglion , eût été trop petit pour se diviser à l'infini et aller au loin se distribuer aux organes auxquels il va porter la vie, si, par une sage prévoyance de la nature, il n'avait pas trouvé dans sa disposition même une cause de cette multiplication surprenante. En effet, les filets forment sur les artères qu'ils accompagnent , un réseau plexiforme dont beaucoup de rameaux prennent un aspect gangliforme , régénérant le nerf et en éternisant la chaîne.

Ce que nous disions ainsi , il y a trente ans , vient d'être démontré par Remak , qui a découvert de petits ganglions sur le trajet des nerfs ganglionnaires. Cette disposition explique aussi pourquoi la destruction du ganglion principal n'anéantit pas au loin la vie qu'il y envoie ; ces renflements gangliformes, représentant de nouveaux foyers , fournissent toute l'incitation ne-

cessairc. Ils nous expliquent aussi la lenteur plus grande et la persistance plus longue de transmission de l'excitation nerveuse que ces nerfs conservent , même après leur séparation de leurs troncs naturels.

Nous ferons observer que les nerfs ganglionnaires ne forment point sur les veines ce lassis ou plexus abondant qui accompagne les artères. Elles reçoivent à peine quelques filets. Cette distribution a pu paraître étonnante ; mais en y réflécbissant , on la trouve toute naturelle. Le nombre des filets nerveux est toujours en rapport avec les actes qu'ils sont appelés à faire exécuter. Sur les veines ils n'ont qu'à diriger leur faible nutrition. Avec les artères, ils ont de plus à porter dans les organes leur vie nutritive, leur incitation fonctionnelle et leur action directe.]

Mais ce n'est pas aux organes seulement que les ganglions envoient des filets nerveux , ils se transmettent réciproquement un plus ou moins grand nombre de rameaux de communication et ils en reçoivent du système nerveux cérébral , de façon que dans l'économie tout est lié , tout se tient , tout se communique : merveilleuse disposition qui nous servira plus tard à expliquer ces rapports si variés , et ces corrélations indispensables des organes , qui nous fera surtout comprendre cet ensemble harmonique des fonctions qui constitue le moi physiologique.

Ainsi , les ganglions sont les aboutissants et les points de départ de chaque nerf. Ils sont les conservateurs, les régénérateurs et les distributeurs de la partie d'action vitale relative aux fonctions qui sont sous leur dépendance. Les filets nerveux transmettent cette action aux organes auxquels ils vont se distribuer, et, pour ne pas finir trop tôt, ils se multiplient et renaissent , pour ainsi dire , au milieu de petits gonflements gangliformes placés sur le trajet même dans l'épaisseur des organes. Ils communiquent la sensation ganglionnaire , cette sensation qui préside aux fonctions nutritives , qui reçoit l'impression moléculaire des matériaux de la nutrition, en fait le choix , et détermine la réaction capillaire pour les transformer ou les faire circuler.

Il nous importe de préciser autant qu'il est possible le mode de sensation du système nerveux ganglionnaire. Nous avons dit que c'était une sensation dont la connaissance n'arrivait point à l'encéphale ; mais il ne suffit pas de le dire, il faut le prouver. Or, voici ce que l'expérience a démontré. De quelque manière que l'on pique un cordon nerveux ganglionnaire , l'animal ne témoigne jamais en avoir la sensation. Mais lorsqu'après cette première piqûre, on recommence à plusieurs reprises, le plus souvent alors l'animal manifeste de la douleur. Si l'on coupe le nerf entre le ganglion auquel il aboutit et le point que l'on irrite, jamais aucune douleur n'est ressentie. Si l'on pique à plusieurs reprises un ganglion , tantôt l'animal reste insensible , tantôt il donne des signes non équivoques de douleur 5 mais lorsqu'on l'irrite quelques instants après ces premières tentatives, presque toujours la douleur est manifeste. Si alors on coupe le cordon de communication du ganglion avec le système nerveux cérébral , l'animal cesse d'abord de donner des signes de douleur, et quelques instants après, de nouvelles piqûres en font

souvent éprouver ; mais si l'on coupe en même temps les cordons de communication avec les ganglions supérieur et inférieur , ou bien les rameaux de communication de ces deux derniers avec la moelle spinale, jamais alors la douleur n'est sentie. De ces faits bien des fois répétés et toujours avec un résultat analogue, il résulte : 1° que , dans leur état normal , les nerfs ganglionnaires sont privés de la sensation cérébrale, mais que l' inflammation l'y fait développer , puisqu'ils en transmettent la douleur , et que cette transmission cesse au moment où l'on interrompt leur communication avec les ganglions auxquels ils se rendent ; 2° que le ganglion paraît tantôt posséder la sensation cérébrale , tantôt en être privé ; ce qui ne peut s'expliquer qu'en se rappelant la branche de communication du système nerveux cérébral que reçoit chaque ganglion , et qui se distribue en entier dans son intérieur. Lorsque la pointe de l'instrument en rencontre un filet , il en résulte une sensation cérébrale douloureuse ; mais lorsqu'elle n'en rencontre aucun , la douleur n'a pas lieu. Cela est si vrai , que la sensation cesse d'être transmise dès le moment qu'on a détruit sa communication avec la moelle spinale. Lorsqu'après, la douleur est encore sentie, c'est parce que l'inflammation du ganglion la fait porter au ganglion voisin au moyen de ses rameaux de communication , puisqu'elle cesse d'être perçue dès que ces branches sont coupées , ou bien lorsqu'on a intercepté les communications de ces deux ganglions voisins avec la moelle spinale ; 3° enfin , que la sensation cérébrale qui se développe dans les nerfs comme dans les ganglions n'est point dans leurs attributions, mais qu'elle dépend du système nerveux cérébral, qui vient puiser dans chaque ganglion la sensation qu'il éprouve lui-même et qui lui est apportée par ses cordons nerveux, lorsqu'ils sont malades. Cette manière de voir nous explique les prétendues douleurs sympathiques qui se font sentir dans des points éloignés de l'organe malade ; telles sont les douleurs de l'épaule droite dans les maladies du foie , les douleurs du dos dans les maladies de l'estomac , les douleurs du sacrum dans le moment de l'accouchement, parce que la sensation est transmise aux ganglions qui sont dans ces parties, par les nerfs ganglionnaires qui viennent de l'organe malade , et qu'elle y est reçue par les nerfs cérébraux qui ne tirent leur origine que des racines postérieures, et qui ne sont en conséquence que des nerfs sensitifs. Ce qui paraît en contradiction avec les recherches de Muller, de Retzius , de Mayer et de Wurtzer, qui ont cru avoir suivi des filets nerveux dans les racines antérieures. Voilà pourquoi la plupart des organes intérieurs présentent deux sortes de douleurs , une douleur locale , qui est perçue directement par les nerfs cérébraux qui s'y distribuent , et qui sont eux-mêmes irrités , et une douleur éloignée ou sympathique, qui est puisée dans le ganglion auquel elle est apportée par les nerfs ganglionnaires de l'organe malade.

C'est parce que plusieurs auteurs , tels que Mayer, Dupuy, Wurtzer, Lobstein, Muller, Médici, Berutti, Longet, etc. , n'ont voulu reconnaître qu'une sensation, la sensation perçue et cérébrale , qu'ils sont arrivés , Médici surtout, à nier que le nerf inter-costal et ses ganglions pussent transmettre la

sensation. Cependant nos expériences nous ont démontré que les nerfs ganglionnaires enflammés ou irrités devenaient aptes à transmettre la sensation à leurs ganglions respectifs, et que les nerfs cérébraux qui s'y rendent venaient l'y puiser ; elles nous ont démontré aussi que les ganglions étaient quelquefois sensibles à l'action du stimulus, lorsque, sans doute, celui-ci agissait directement sur les nerfs cérébraux qui s'y rendent. Si Médici n'a jamais pu constater le fait, Vandeen et M. Longet ont, comme nous, pu le reconnaître quelquefois, puisque, selon ce dernier, jamais la douleur n'a paru se produire dès les premiers moments de l'expérience , comme cela s'observe avec les nerfs sensitifs cèrèbro-rachidiens. Déjà de Humboldt l'avait vérifié et M. Berutti avait obtenu le même résultat, en présence des docteurs et professeurs Malinverni, Conti et Cantu. Haller a vu un animal souffrir par l'irritation du plexus hépatique. M. Flourens a vu des lapins donner des signes manifestes de douleur parle pincement du ganglion semi-lunaire. Mayer a obtenu de la souffrance en coupant le ganglion cervical supérieur et le plexus solaire. Muller a, plusieurs fois aussi, constaté le développement de la douleur chez les lapins, par l'irritation chimique ou mécanique du ganglion cœliaque. Nous sommes heureux de voir que M. Longet a , sur les chiens , réussi à faire naître des manifestations de sensibilité après une irritation proloîigée des ganglions cervicaux et lombaires, et à les trouver plus prononcés encore sur les ganglions semilunaires. M. Piégu a cru pouvoir se tirer d'affaire et expliquer mieux le défaut de sensibilité perçu des nerfs ganglionnaires, en la supposant plus faible à cause de la faiblesse numérique de leurs fibres sensitives, dont la faculté s'exalte dans l'état morbide. Ainsi les nerfs ganglionnaires ne transmettent pas la sensation cérébrale, parce que ce n'est pas leur fonction, et non parce que la sensation est arrêtée ou évanouie. Dès le moment que l'isolement est établi , il devient superflu de rechercher avec Muller quels sont les points de l'encéphale et de la moelle épinière avec laquelle correspond chaque partie du nerf trisplanchnique. Ce serait un contre-sens, à moins de faire abstraction d'origine et d'influence.

M. Médici étend la circonscription du système nerveux ganglionnaire au delà des ganglions vertébraux : il comprend le cordon de communication avec les nerfs spinaux , parce qu'il l'a trouvé insensible à l'action des stimulants. Comme nous l'avons toujours trouvé sensible et que M. Berutti l'a trouvé sensible de même , nous persistons à limiter son étendue aux ganglions et à placer la communication ganglionnaire avec le système cérébral dans ces ganglions au moyen du rameau de communication. Cette différence dans les résultats vient sans doute de ce que, dans ces grands délabrements, il y a toujours des difficultés à bien apprécier ce qui peut occasionner l'irritation ambiante des organes et la torpeur qu'ils déterminent dans l'économie.

Cette manière d'envisager les fonctions du système nerveux ganglionnaire et ses rapports avec le système cérébral nous fournirait le sujet d'une foule de considérations du plus haut intérêt , et nous donnerait l'explication d'un

grand nombre de phénomènes pathologiques qui sont étrangers à notre sujet. On peut voir cependant combien cette disposition favorise les relations des deux systèmes nerveux et rend plus faciles les réactions et les influences perpétuelles de l'un sur l'autre, depuis la communication du ganglion ophtalmique avec le moteur oculaire commun, jusqu'aux communications des plexus sacrés avec les nerfs lombaires et sacrés ; de façon que, bien qu'isolés, ils ne cessent de se transmettre ce qu'ils éprouvent et de faire en quelque sorte cause commune dans tout ce qui se passe dans l'économie , tout en gardant son mode d'action ou d'influence spéciale.

Les maladies de la moelle épinière exercent de nombreuses et fréquentes influences sur la respiration, la circulation et la sécrétion urinaire. Les affections nerveuses de toute espèce ne produisent pas de moins fréquentes influences de ce genre ; et les lésions des nerfs ganglionnaires , dans l'inflammation, dans le cancer , dans les tubercules, ne sont pas moins aptes à causer une foule de réactions sur l'encéphale .et sur les nerfs cérébraux. Cette influence réciproque vient ajouter de nouvelles preuves à celles qui établissent le consensus de toutes les fonctions et de tous les actes , que ne comprennent pas assez ceux qui nous font sans cesse le reproche de séparer des fonctions et des organes qui sont unis par tant de liens. Nous verrons autre part le rôle qu'ils jouent dans les sympathies , soit isolément , soit en commun. Quoique les nerfs ganglionnaires n'en transmettent pas la sensation au cerveau, ils n'en reçoivent pas moins l'influence de la température, et ils provoquent d'autres actes du même système. Ainsi la chaleur les fait agir sur les capillaires qui se dilatent et admettent plus de sang dans leur inté rieur et sur les ehxalants cutanés qui sécrètent une sueur plus abondante, tandis que le froid fait crisper les capillaires et refouler le sang à l'intérieur, et supprimer la sueur. Cette exposition des fonctions du système nerveux ganglionnaire nous le présente comme un nerf mixte , à la fois moteur et sensitif ; elle nous explique d'où sont venus les erreurs, les hésitations et le vague de tant de physiologistes sur l'irritabilité et la sensibilité. Tantôt, avec Haller, Morgan, etc., ils ont trouvé de l'irritabilité partout , même dans les tissus qui ne reçoivent point de nerfs. Tantôt ils ont admis la sensibilité là où d'autres la rejetaient, et vice versa. De là sont nées ces disputes interminables et souvent remplies d'aigreur entre les hommes les plus éminents dans la science , parce qu'ils ne pouvaient pas s'entendre sur des faits dont l'explication découle naturellement de la répartition des fonctions et des actes à chaque organe et surtout à chaque système nerveux. Elle fait aussi cesser le vague qui régnait sur la cause déterminante de la nutrition, et qui avait porté Willis, Boerhaave, Sementini à la placer dans le cervelet, Berlinghieri à admettre un cordon latéral de la moelle pour en faire émaner ce principe. Elle montre enfin le vice de Johnston, Reil, Legallois, Berutti, Longet, Imbert de Lyon, Piégu, Hirschfeld, etc. , qui veulent ne voir dans les ganglions qu'un organe modificateur de la transmission nerveuse cérébrale, soit qu'ils arrêtent l'influence de la volonté, soit qu'ils éteignent la propagation des sensations

faibles, tout en laissant passer l'influence nerveuse. Cette distinction est si vraie que ce système est d'autant plus développé proportionnellement, qu'on l'examine chez des animaux plus inférieurs. Cayre a même démontré le plus É grand développement de ce système chez les idiots j Virey a fait la même remarque chez l'homme, à mesure qu'il se rapproche davantage de l'abrutissement. Nous avons autre part démontré les contradictions de M. Longet, lorsqu'après avoir refusé à ce système nerveux toute action indépendante , lorsqu'après avoir fait évanouir dans la moelle épinière la sensation transportée par les nerfs ganglionnaires au lieu de la faire arriver au cerveau , il ne croit pas qiïon puisse refuser aux renflements ganglionnaires une coopération active, comme centre d'innervation, lorsqu'il prouve que chez le fœtus, faction propre des ganglions est suffisante à l'entretien fonctionnel du grand sympathique , et qu ils jouissent d'une action nerveuse indépendante. Nous prenons acte de ces aveux et nous nous réjouissons de voir M. Longet se rendre à la force de la vérité, pour ainsi dire, à son insu ; car il ne voudrait pas sérieusement admettre deux nutritions, une nutrition fœtale et une nutrition extra-utérine. Disons encore qu'il veut que pour V entretien dliarmonie d'action qui caractérise la santé , aucun des deux systèmes nerveux n'empiète sur Vautre, et qu'il voit, dans la rupture de cet équilibre, éclater des désordres fonctionnels ou des maladies plus ou moins graves.

Avec notre manière d'envisager les fonctions ganglionnaires , on explique aussi pourquoi les cantharides agissent sur un membre paralysé comme sur le membre sain; c'est parce que le premier, en perdant l'influence cérébrale , a gardé l'influence ganglionnaire : pourquoi elles n'agissent pas du tout sur l'homme mourant ou frappé de certaines fièvres ataxiques et sur le mort, c'est parce que l'action nerveuse du système ganglionnaire s'est retirée des parties sur lesquelles le vésicatoire est appliqué.

Nous ne pouvons nous dispenser de relever une erreur de Virey. Ce savant considère le système ganglionnaire comme le régulateur de toutes les autres fonctions sensitives extérieures, auxquelles il envoie ou retire la vie à volonté, en les animant, les ébranlant, aii moyen de nombreux filets nerveux qui vont s'anastomoser de toutes les manières avec le système nerveux cérébro-spinal. Cette influence vitale est vraie , mais ce n'est pas par la raison qu'en donne Virey , c'est parce que les organes sensoriaux ne peuvent vivre qu'en se nourrissant et que la nutrition est sous la dépendance absolue des nerfs ganglionnaires. Son défaut d'application bien précise de l'influence ganglionnaire lui a fait regarder comme machinaux et inexplicables les actes spontanés que ne déterminent pas l'intelligence et le raisonnement, tandis qu'avec leur incitateur naturel , les nerfs ganglionnaires , tout s'explique si facilement.

Nous verrons plus loin à quels actes instinctifs nombreux le système nerveux ganglionnaire préside. Nous le verrons déterminer toujours ces actes si multipliés et si étonnants des végétaux, depuis la germination de la plante jusqu'à sa feuillaison, sa nutrition , et surtout sa fécondation. Nous le ver-

rons chez les animaux sous le nom de nisus formativus, veiller d'abord sur le développement de l'embryon. Puis nous le verrons présider aux absorptions, à la circulation, à la nutrition toujours si variée et si admirable , aux sécrétions non moins remarquables. Là nous verrons déterminer des tissus qui se touchent à puiser dans le même liquide , le sang , des matériaux uniformes et les transformer en matériaux non seulement différents de ceux de l'origine, mais encore de ceux de la métamorphose. A côté de la bile se sécrète la sérosité ; à côté de l'urine, du sperme, etc., se forment des tissus de l'organe sécréteur lui-même , et cela sans se tromper jamais , et on peut dire avec une intelligence rare , car , autrement, ce serait admettre une intelligence non intelligible. Mais c'est surtout dans les maladies que la puissance instinctive du système nerveux ganglionnaire , sous le nom de vitalisme , se manifeste. Cette lutte, ces crises , ces efforts conservateurs , pour être soustraits à notre intelligence et à notre volonté, ne sont pas pour cela soumis à une cause aveugle : une sage prévoyance les dirige tous.

Dans ces derniers temps, les observations microscopiques de Langenbeck et de Retzius leur ont révélé l'existence de fibriles grises ou organiques qu'ils ont regardées comme des fibres végétatives , et ils sont partis de là pour en faire l'appareil nerveux nutritif. Et l'anatomie et la physiologie de ces fibres sont encore à l'état embryonnaire. Leurs efforts pour leur confier les fonctions végétatives du système nerveux ganglionnaire sont trop insuffisants pour mériter une plus sérieuse attention.

Nous ne parlerons pas de la manière dont les nerfs ganglionnaires exécutent leurs fonctions. Elle est la même pour les deux systèmes nerveux , et nous n'en traiterons qu'à l'occasion du système cérébral, parce que c'est à son sujet principalement qu'ont été créés les systèmes d'atmosphère nerveuse, de vibration des nerfs et du fluide nerveux.

ART . II . — ARSORPTION .

Depuis Hippocrate , on a reconnu une action absorbante par laquelle les fluides qui sont présentés aux différentes surfaces du corps , y sont pompés en plus ou moins grande quantité pour aller de là contribuer à de nouvelles fonctions. Nous n'en donnons pas d'autre définition. Cette fonction semble être la première mise en activité : c'est par elle que le germe s'approprie les matériaux ambiants dont il a besoin pour faire développer l'économie. Elle dure toute la vie ; elle semble même s'exercer quelquefois après la mort : elle est en quelque sorte le primum vivens etYultimum moriens. Cette considération prouve son importance et son utilité. « La nature, dit Frank, a placé à l'extrémité des absorbants des sentinelles qui les ouvrent et les ferment selon ses ordres. »

Ce n'est pas seulement à l'extérieur du corps que s'exécute l'absorption, elle a lieu également à la surface libre des membranes muqueuses, séreuses et s^

noviales, dans la cavité médullaire, dans les cellules et le réseau du tissu lamineux, et même dans le parenchyme des organes. Avant de passera l'examen de chacune de ces voies d'absorption, rappelons que les corps ne peuvent pas être absorbés à l'état solide. On tiendra vainement appliqué sur la peau un bloc de marbre ou une plaque de métal, il y restera intact, si rien ne vient en détruire l'agrégation pour en diviser et en dissoudre les molécules. Ce n'est qu'à l'état fluide que les substances peuvent être absorbées, parce qu'à cet état seulement les molécules n'étant plus disproportionnées avec le calibre des bouches absorbantes , peuvent être prises et s'y engager. Cette vérité était bien connue des anciens , qui nous ont laissé ce vieil adage : Corpora non agunt nisi soluta . En parlant de l'état fluide, nous n'entendons pas seulement la liquidité aqueuse , mais toutes les formes de la matière autres que celle qui la rend solide; aussi nous y comprenons les corps mous , liquides, vaporeux et gazeux. Nous en trouverons des preuves à mesure que nous avancerons dans l'étude de la fonction.

Cependant, il y a de nombreuses exceptions. M. Olsterlen en a réuni un assez grand nombre, auxquelles il a joint quelques expériences faites avec du charbon porphyrisé et quelques autres substances solides. Il ne sait comment expliquer l'absorption de molécules beaucoup plus volumineuses (1/60 de ligne) que ne le sont les pores qui les reçoivent (1/500 de ligne) , car il ne croit pas à la déchirure de l'épithelium. M. Olsterlen n'a pas connu l'influence de la vie sur les pores , qui se dilatent selon le volume des molécules. M. Soubeiran, pour le réfuter, a mêlé du charbon porphyrisé avec les aliments qu'il a fait avaler à une poule, et il n'a pas trouvé un atome de charbon dans le sang. M. Soubeiran a eu tort de conclure, comme il l'a fait ; les vaisseaux absorbants ne sont pas toujours disposés à absorber indistinctement toutes les substances ; de plus ils peuvent en absorber une et laisser l'autre. MM. Mialhe , Valentin , Lebert ne croient pas à cette absorption. Cependant le fer, le mercure, le plomb, le cuivre, bien qu'insolubles, sont absorbés à l'état métallique. Rien ne prouve mieux cette action élective et variable, que les expériences de M. Bernard sur le curare. L'activité de ce poison est foudroyante sur les téguments dépouillés de leur épiderme. Une simple gouttelette tue instantanément l'animal le plus robuste ; et ce poison peut être ingéré impunément dans les voies digestives, et sur toutes les membranes muqueuses ; l'absorption n'en a pas eu lieu, les pores absorbants s'y refusent. (Académie des sciences, séance du 21 octobre 1850).

Nous allons d'abord étudier l'absorption dans les différentes parties du corps où elle s'opère. Nous en comptons sept. Nous leur en joindrons une huitième que nous appellerons pathologique. Après, nous en chercherons le mécanisme.

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