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L'attention et la respiration

Les modifitations respiratoires concomitantes à l'attention sont des [)lus significatives. Toute concentration de notre esprit ne tarde pas à produire une inhibition respiratoire, en général et, en particulier, une atténuation de la respiration thoracique. Cette inhibition peut revêtir plusieurs formes :

(i) Recherchas sur la sensibilité tactile pendant l'étal de distraclion, L'Année psj-choL, l. VI, pp. 4^4 ^ 44o-

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tantôt elle apparaît comme un arrêt respiratoire, tantôt elle se manifeste par un abaissement de la respiration, ou autrement dit, par un raccourcissement de l'ordonnée, lequel s'accompagne, presque toujours, d'une accélération dans lemouvement respiratoire.

11 est avéré, dans tous les cas, que les oscillations et les irrégularités de la courbe respiratoire correspondent à peu près aux oscillations mêmes de l'attention (i). Le psychologue américain, Mac Dougall (12), a obtenu d'ingénieux résultats sur le même point. II a imaginé quatre séries d'expériences qui sont du [)lus grand intérêt.

Dans le premier cas, il étudie un acte d'attention simple. Que se passe-t-il lorsque nous écoutons le « tic tac » d'une montre? Les mouvements « expiratoiies » tendent à diminuer tandis que les mouvements « ins[)iratoires » s'allongent. La respiration devient [>lus accélérée et moins protonde.

En deuxième lieu, Mac Dougall dessine avec une pointe mousse, sur la joue d'un sujet, des figures que celui-ci doit s'efforcer de reconnaître. Le « test » proposé est maintenant plus compliqué. Qu'arrive-t-il ? Tous les phénomènes mentionnés dans le premier cas s'accentuent et se précisent.

Dans le troisième cas, le sujet doit se représenter mentalement des objets et évoquer des souvenirs. L'expérience est maintenant fort compliquée, car le sujet doit faire ici un effort assez sérieux. Aussi, plus le rap{)el des images est pénible et plus les modifications respiratoires concomitantes sont accentuées. C'est pourquoi, le rap})el d'une série de souvenirs est accompagné d'une respiration rapide et superficielle. L'élément émotif qui se surajoute ài'eirort provoque de nombreuses irrégularités dans le rythme respiratoire. Cependant Lehmann (3), dans ses Recherches sur les manifestations corporelles des étals psychiques ^ trouve que la fixation involontaire et désagréable de l'attention (par la frayeur surtout) n'a pas d'influence, au moins visible, sur la respiration.

(i) J'ai observé constamment ce fait dans les expériences que j'ai faites sur l'état de la respiration durant l'attention.

{1) The psychol. /{et'iec, mars-septembre 1896.

(3) Lehmann, Die k6rperlich*n /Eiisserungen psychischer Zustaenrfer (trad. du danois), Lcipzig^, lleisland, i vol. riiS pages, 1899.

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Enfin, en quatrième lieu, l'attention soutenue par des calculs mentaux fait disparaître la pause qui sépare l'inspiration de l'expiration. Les deux temps se suivent sans intervalle. Cette caractéristique est d'autant plus nette que l'attention est plus profonde. Plus le travail intellectuel se prolongera et d'autant la respiration deviendra artificielle.

Le travail de Lehmann, que nous venons de citer, n'a pas été confirmé suffisamment II paraît assez difficile de concevoir qu'un élément émotionnel ne modifie en rien le rythme respiratoire. Dans tous les cas, les recherches que nous avons faites (i) sur ce point concordent parfaitement avec les résultats de Mac Dougall.

Nous avons habitué successivement trois chiens à être fixés sommairement sur une table d'opération. Le chien étant en général très craintif, ce n'est qu'au bout de sept ou huit séances et grâce à des caresses et à des friandises que chacun de nos sujets s'est trouvé prêt pour l'expérience. C'est alors que, à l'aide du cylindre de Marey et du pneumographede Ghauveau, nous avons étudié l'état de la respiration, chez chacun d'eux, en fonction d'une certaine attention et en tenant un morceau de sucre, au bout de nos doigts et à une distance de trente centimètres du chien en expérience. Que se passait-il ? Immédiatement tous les muscles du sujet se contractaient; il prenait une attitude offensive ; son museau semblait s'allonger vers le morceau de sucre, ses yeux devenaient fixes, l'orifice pupillaire augmentait, la convergence des yeux diminuait et le cristallin s'aplatissait tout comme chez l'homme. Toute l'attention, je pourrais dire, toute l'activité de nos sujets, était dirigée vers l'objet de convoitise. Gela était si vrai que, si en cours d'expérience, nous nous avisions de les faire piquer légèrement à la patte ou à tout autre partie du corps assez éloignée des centres corticaux, nous n'obtenions qu'une faible réaction et pas même un léger mouvement de tête (2). L'atten-

(1) Expériences faites au laboratoire de physiologfie de rÉcole d'AU'ort, de 1902 a 1903, sur l'attention chez les animaux.

(2) Je dois yjouler que ces chiens, qui étaient nourris assez sommairement au chenil du laboratoire, provenaient tous de la fourrière ; ils n'en appréciaient que mieux les friandises que je leur

aisais désirer.

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lion de chacun de nos chiens était donc presque uniquement dirii^ée vers l'objet « test ». Aussi, la plume de Marey inscrivait constamment une respiration très irrégulière en même temps que superficielle et accélérée. En renouvelant deux ou trois lois la même expérience, diuis la même séance, noas obtenions des résultats encore plus significatifs.

Chez le chien, comme chez l'hoinme, l'attention retentit donc sur la respiration dans des conditions mécaniques et semblables. Il va sans dire que l'élément affeclif s'est sans cesse mêlé à mfîs expériences; mais il n'était guère possible de le neuti-aliser ou de l'éloigner. Si je n'ai étudié, soiiime toute, que l'attention alFective (sensualité, joie de la possession), je n'en suis pas moins à même de conclure légitimement que les modifications respiratoires que j'ai observées sont en coi-rélation avec le phénomène central.

L'attention, nous le voyons, est étroitement liée aux phénomènes respiratoires et ceux-ci sont le plus souvent parallèles aux i)hénomènes circulatoires. 11 n'est pas douteux que la res[)iralion est «comprimée », gênée », et, partant, accélérée et superiicielle dans l'attention. La respiration est inhibée par l'attention. Si toutes ces conclusions n'ont pas un caractère absolu, cela tient à la com[)lexité même du phénomène étudié. L'on peut cependant affirmer avec Obici (i), qu'en règle générale, un travail intellectuel de courte durée accélère la respiration, tandis qu'un travail intellectuel, long el patient, la ralentit progressivement ; cette gêne peut aboutir même à l'arrêt total, c'est-à-dire à la syncope.

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